[Musique] bonjour je m'appelle Jean David Zeitoun je suis médecin je travaille à Paris et je vais essayer de vous parler pendant les 15 minutes à peu près qui suivent de l'histoire de la santé humaine ou plutôt de l'histoire de l'amélioration de la santé humaine alors si on regarde la l'histoire de la santé humaine telle qu'elle peut être définie par l'espérance de vie l'espérance de vie étant la durée de vie moyenne à laquelle on peut s'attendre à un moment donné depuis 500 ans en gros ça donne ça et donc si vous regardez ce graphe vous avez
peut-être l'impression qu'il y a deux périodes une période de stagnation une période d'amélioration mais je vais essayer de vous montrer en fait comme le montre les deux barres qu'il y a plutôt eu trois périodes ce que le graphe ne dit pas et donc il faut rentrer dans les données détaillées pour s'en rendre compte sur cette histoire de l'espérance de vie depuis au moins 300 ans en gros les trois phases il y a une première phase qui commence au moment de la transition néolithique c'est-à-dire au moment du passage de chasseurs-cueilleurs au passage en société et qui
est une phase en fait de grande stagnation après il y a une première période d'amélioration qui commence en gros à partir du milieu du XVIIIe siècle du moins dans les pays occidentaux qui sont les pays pour lesquels on a des données et qui à peu près jusqu'au milieu du XXe siècle et qui est une phase de progression continue de l'espérance de vie et qui va se faire de façon collective et après il y a une troisième phase qui commence après la deuxième guerre mondiale et qui va jusque vers 2010 probablement qui est une phase où
le rythme de progression continue mais pas par les mêmes moyens et de façon plutôt individuelle la question à laquelle on n'a pas la réponse mais je vais essayer de la poser et de vous montrer les termes de la question c'est de savoir si depuis 2010 on est entré dans une quatrième période qui est une période de régression partielle de la santé alors la première phase c'est la phase de stagnation dont j'ai parlé tout à l'heure c'est une phase donc qui commence au moment de la transition néolitique c'est-à-dire quand les humains passent du statut de chasseur
cueilleur au statut où il commence à se fixer pour former des petites sociétés c'était il y a 12 à 15000 ans et à ce moment-là quand les humains progressent vers une société il commence à vivre les uns plus proches des autres et plus proche des animaux ce qui veut dire aussi qui vont commencer à produire plus de microbes et qui vont pouvoir les disséminer de l'un à l'autre et c'est une phase à partir de laquelle en fait la santé va se dégrader donc on pense que les chasseurs cueilleurs avaient une expérience de vie moyenne autour
de 40 ans ce qui est évidemment pas bon mais ce qui est mieux que les 12000 années suivantes puisque au moment où ils vont se former en société on pense que les humains occidentaux vont avoir une longévité moyenne qui va être comprise entre 25 et 35 ans à peu près selon les années alors c'est un intervalle qui est très large parce que il y avait des fluctuations qui étaient très importantes d'une année sur l'autre ou de quelques années sur les autres et ce qui est quelque chose qui est complètement inconnu aujourd'hui puisque aujourd'hui quand on
a des variations d'expérience de vie des années sur l'autre c'est même pas chez moi même avec le covid en France pendant la première année on a perdu cinq six mois maximum d'espérance de vie alors que là il y avait des variations qui étaient beaucoup plus importantes et donc ça veut dire qu'il y avait aussi des disparités entre les individus parce qu'en fait cette espérance de vie moyenne de 25 à 35 ans ça n'est qu'une moyenne et c'était une moyenne qui comme toutes les moyennes en mathématiques et très influencées par les extrêmes et c'était très déséquilibré
entre une grande partie des humains qui mouraient avant l'âge de 4-5 ans donc une mortalité infantile très très élevée entre un enfant sur cinq et un enfant sur deux qui pouvait mourir avant l'âge de 10 ans et ceux qui dépassaient le stade de l'enfance et qui atteignait à peu près l'adolescence qui eux arrivaient à vivre parfois jusqu'à 50 ou 60 ans mais à la fin ça faisait une moyenne qui était comprise entre 25 et 35 ans avec trois causes dominantes de mortalité on n'a pas de statistiques précises mais on sait que c'est trois causes là
ont été large dominantes pendant des milliers d'années qui étaient les infections et les épidémies toutes les infections ne se comportaient pas en épidémie mais il y avait un fond endémique de base sur lequel se rajouter ensuite des épidémies deuxièmement un problème de défaut nutritionnel et donc avec des un défaut nutritionnels chroniques sur lequel se rajoutait là encore des famines et troisièmement une mortalité violente qui était importante à l'époque aujourd'hui la mortalité violente c'est à peu près 8% de la mortalité mondiale il est probable qu'à certaines époques ça a été plus que ça alors le contexte
qui fait que ça se passait comme ça c'était que les microbes étaient partout et l'environnement était complètement infectant mais on ne connaissait pas l'existence des microbes on ne savait pas que c'était les microbes c'est-à-dire des germes qui causaient les maladies et on croyait plus souvent que c'était dû à quelque chose qui était dans l'air qui était des miasmes et donc à partir de ce moment là les mesures de santé publique qui aujourd'hui semble être la base n'était pas appliquée et donc on se défendait mal contre les microbes d'un point de vue collectif ensuite l'agriculture n'était
pas du tout mécanisée comme elle l'a été après ce qui fait que la production alimentaire était très sensible aux aléas météo et donc il y avait des années où il y avait des bonnes récoltes des années où il y avait des mauvaises récoltes avec des variations de production alimentaire importantes et donc une atteinte nutritionnelle au passage les épidémies et les famines agissaient en synergie parce que quand les gens étaient touchés par un microbe il restait à la maison donc il ne pouvait pas aller dans les champs pour participer aux récoltes donc la nez était une
mauvaise année en termes de rendement agricole donc les gens étaient des nutri donc ils se défendaient moins bien contre les microbes et ainsi de suite donc il y avait facilement des phénomènes de feedback positifs c'est-à-dire de cercle vicieux des problèmes qui se mettaient en place et qui expliquait l'auto-agravation des complications et le fait qu'il y avait des variations d'espérance de vie très importante d'une année sur l'autre et par ailleurs la médecine a été complètement inefficace alors jusqu'à quel moment c'est difficile à dire mais en tout cas pendant des milliers d'années on sait que la médecine
n'exercait pas un effet statistiquement détectable sur les statistiques vitales et donc ni la chirurgie ni les médicaments n'avaient un impact réel à l'échelle populationnelle sur l'espérance de vie à partir du milieu du XVIIIe siècle on va entrer dans une phase vraiment de santé publique ou la santé va s'améliorer de façon collective et où l'espérance de vie va commencer à décoller significativement donc on pense que c'est vers le milieu ou la fin du 18e siècle selon les pays et c'est une phase de 200 ans donc quand même assez longue à l'échelle de l'histoire mais qui peut
être caractérisé de façon relativement homogène avec les trois caractéristiques que je vous ai mis sur cette diapo premièrement ça n'est pas la médecine mais c'est la santé publique qui a permis à ces améliorations de se faire deuxièmement les maladies qui ont été clairement atténuées ça a été pas du tout les maladies chroniques mais les maladies microbiennes qui de plus étaient les plus problématiques quasiment donc ça tombe bien troisièmement le segment de population qui a le plus bénéficié de ces améliorations c'est celui qui était le plus déficitaire en termes de santé c'est-à-dire les enfants les enfants
étaient très sensibles aux infections et aux microbes évidemment et donc à partir du moment où on a mieux lutté contre les infections les enfants on en profiter en termes de santé et comme je l'ai dit tout à l'heure la mortalité infantile pénalisait énormément la moyenne et ben c'était une façon très efficiente de en sauvant quelques enfants d'améliorer la moyenne générale et donc de faire progresser l'espérance de vie de façon relativement efficace et accessoirement pour pas cher on pense que pendant cette période les quatre principales causes d'amélioration c'est très difficile à déterminer rétrospectivement mais on pense
que les quatre principales causes d'amélioration de la santé pendant ces 200 ans ça a été l'assainissement c'est-à-dire le traitement des déchets dans les villes deuxièmement l'apport en eau potable parce que si on faisait sortir le sale il fallait faire rentrer du propre troisièmement une amélioration de l'agriculture et donc de l'alimentation de la population et puis quatrièmement les premières immunisations volontaires donc au début avec la variolisation puis avec les premières vaccinations contre la variole la vaccination contre la variole a été inventée en 1796 par Jenner et en moins 10-15 ans on voit que la généralisation relative
de la vaccination contre la variole commence déjà à exercer un manifeste statistiques détectable dans les données de population avec une baisse de mortalité infantile déjà très importante puisque la variole c'était 10 15 20 30 40 % de mortalité parfois toujours pour le contexte il y a eu deux phénomènes qui ont été décisifs probablement en tout cas c'est ce que les historiens nous disent pour que cette santé publique puisse se développer premièrement le phénomène des lumières qui est surtout né en France même s'il y a eu des lumières anglaises ou des lumières allemandes et qui a
valorisé la science la connaissance et la rationalité deuxièmement la Révolution française qui est quelque chose à la fois de conceptuel mais aussi de pratique puisque ça disséminé une envie de changement dans toute l'Europe là aussi la révolution ça a commencé en France et on pense que ça a participé au fait que les sociétés ont pu se transformer un autre phénomène qui lui a été négatif puis positif c'est la transition industrielle qui elle-même à générer une transition urbaine donc la transition industrielle c'est quelque chose qui est perçu par les économistes comme décisif pour le début de
la croissance économique dans le monde ce qui est vrai au début la croissance économique l'industrialisation pardon donc la transition industrielle a eu un impact sanitaire négatif sur la population et ça s'est vu notamment sur les statistiques de mortalité infantile qui se sont redégradés pendant une période ou sur la taille humaine par exemple qui a diminué dans certains pays ou dans certaines régions du monde donc ça a dessiné une courbe en Chine la transition industrielle au début ça a fait du mal et puis après ça a permis la croissance économique donc l'amélioration des standards de vie
donc le redéveloppement de la santé publique donc l'amélioration de l'espérance de vie et puis il y a eu deux derniers accélérateurs d'amélioration un qui s'est appelé le mouvement sanitaire le mouvement sanitaire c'est quelque chose qui a eu lieu au Royaume-Uni d'abord qui d'ailleurs a été le premier pays affecté par les effets négatifs de la transition industrielle et qui a consisté à désinfecter les villes anglaises parce que les Anglais c'était aperçus que au milieu du XIXe siècle leur ville était sale leur envermement était infectant et que leur statistiques justement de santé populationnelle c'était redégradé donc ça
c'est le mouvement sanitaire qui ensuite c'est déployer en toute l'Europe et qui a permis de désinfecter notre environnement de tous les jours et d'aller vers quelque chose qui ressemble un petit peu à ce qu'on connaît aujourd'hui et le deuxième élément majeur qui lui n'est pas législative ou politique mais qui est purement scientifique c'est la théorie des germes puisque progressivement au cours du 19e siècle la théorie des germes a remplacé la théorie des miasmes et on s'est rendu compte que c'était les germes qui causaient les maladies microbiennes et en connaissant la nature des germes ce que
c'était ça a aidé à améliorer la qualité des mesures de santé publique comme le lavage des mains comme le fait de mettre la main devant la bouche quand on tousse de mettre des masques même parfois et ainsi de suite donc la théorie des germes qui est quelque chose de scientifique qui a été surtout porté par Pasteur et par coq et un peu par lister c'est quelque chose qui a changé la vision du monde et qui a permis à la santé publique d'être éclairé par une réalité vraie et non pas par des idées conceptuellement fausses comme
la théorie des miasmes après cette phase 2 qui en gros va donc aller jusqu'à la deuxième guerre mondiale on a une troisième phase qui est significativement différente qui va s'amorcer et je vous ai mis ce tableau là pour montrer que schématiquement c'est un peu caricatural mais c'est relativement vrai il va y avoir des différences très importantes entre les deux phases avec d'un côté la santé publique comme je viens de le dire et de l'autre côté après la deuxième guerre mondiale c'est la médecine et la pharmacie qui vont permettre à la longévité de poursuivre sa progression
au même rythme c'est à dire à peu près trois mois par an de gagner deuxièmement les enfants ne mourraient plus donc il ne restait plus que des adultes donc c'est les adultes qui ont commencé à bénéficier des progrès de la médecine et de la pharmacie troisièmement les maladies microbiennes avaient été déjà assez largement réprimés et donc il fallait maintenant commencer à lutter contre les maladies chroniques dont les deux plus gros tueurs étaient déjà les maladies cardiovasculaires et les cancers c'est encore le cas aujourd'hui mais à des taux qui beaucoup moins problématique que à ressortir de
la deuxième guerre mondiale alors en fait ce tableau est un peu schématique comme je l'ai dit il y a eu une espèce de phase d'articulation entre les années 50 ou les années 70 où il y a eu encore des progrès qui ont été faits contre les maladies microbiennes avec pas mal de vaccins et avec les premiers antibiotiques qui ont été industriellement développés le premier antibiotique c'était la pénicilline dans les années 30 mais en fait ça n'a pas été alors c'était formidable mais il y a eu un peu que celui-là pendant 10-15 ans et après il
y a eu beaucoup d'antibiotiques qui ont été développés par les laboratoires pharmaceutique dans les années 50 et dans les années 60 et ce développement a permis de lutter contre d'autres maladies microbiennes et donc d'améliorer l'espérance de vie donc ça c'est une courbe qui vous montre le déclin de la mortalité cardiovasculaire sur une longue période l'intérêt la raison pour laquelle je vous la montre c'est pour vous montrer que même après les années 2000 c'est-à-dire quand on avait déjà atteint un taux de mortalité cardiovasculaire qui était bas ça a continué de baisser alors que à tous les
moments de cette courbe il y a des gens qui disaient on est au minimum on fera pas mieux ça ne baissera plus donc il y aura plus de progrès en fait si ça a continué à progresser du point de vue médical et donc à régresser du point de vue de la mortalité y compris après les années 2000 ou au courant des années 2000 alors qu'on avait déjà atteint un niveau qui était beaucoup plus bas que des dizaines d'années avant pour la mortalité par cancer c'est pareil c'est un échantillon de pays ça baisse on voit que
ça baisse plus lentement ça a été relativement plus facile de faire baisser la mortalité cardiovasculaire grâce aux antihypertenseurs et aux diurétique grâce au pontage cardiovasculaire ou grâce à la lutte contre le tabagisme que de faire baisser la mortalité par cancer probablement parce que les cancers se sont des entités qui sont beaucoup plus hétérogènes il y a plusieurs cancers par organe il y a des dizaines d'organes donc des centaines de cancers différents et ça a été relativement plus difficile de lutter contre le cancer même si les trois armes principales que sont la chirurgie la radiothérapie et
la chimiothérapie en toute progressé pendant le XXème siècle et donc il y a des cancers qui en ont plus bénéficié que d'autres et dont la mortalité a nettement diminué et au total elle a aussi diminué et donc finalement on voit que depuis les années 50 la longévité continue de s'améliorer de façon remarquablement linéaire toujours à ce rythme de trois mois par an à peu près qui sont capturés et elle finit par atteindre entre 70 et 78 et 88 ans dans certains pays du monde avec une différence assez nette entre les hommes et les femmes les
femmes au XXe siècle ont toujours eu une signification avance de longévité par rapport aux hommes pour plein de raisons qu'on peut pas détailler aujourd'hui cette progression a produit ce que les démographes ont appelé la compression de la mortalité ou la rectangularisation de la courbe de survie c'est à dire veut dire que jusqu'au début du 20e siècle on pouvait tous s'attendre à mourir avec une probabilité relativement équivalente quelques fut notre âge et à partir de la fin du 20e siècle et bien la mortalité c'est compressée à la fin de la vie et aujourd'hui on peut tout
s'attendre à mourir entre 65 et 90 ans en gros et donc ça produit cette compression et donc cette réputant régularisation comme j'ai essayé de la matérialiser de la courbe de survie alors le contexte aujourd'hui n'est plus complètement le même et c'était déjà à le cas avant la pandémie de covid-19 puisque à partir des années 2000 pas mal d'indicateurs épidémiologiques ce sont détériorés donc d'abord on a eu l'espérance de vie qui a arrêté de progresser dans certains pays riches c'est le paradoxe comme les États-Unis ou comme le Royaume-Uni voir qui a baissé ce qui a été
le cas plusieurs années de suite aux États-Unis bien avant le covid-19 et donc c'était déjà un premier signal qui a été très remarqué mais qui venait de loin puisque dégrader une espérance de vie ça ensuite il y a eu une hausse de mortalité de maladies chroniques et donc à la fois les mortalités cardiovasculaires et pour certains cancers dans certains pays là encore dans des pays riches la mortalité cardiovasculaire a commencé à stagner ou à augmenter donc aux États-Unis je l'ai dit mais aussi au Royaume-Uni en Australie en Autriche au Mexique qui sont pas des pays
sous-développés et on pense que l'obésité a joué un rôle très important là-dedans par exemple la mortalité infantile augmente depuis 10 ans en France une équipe française a publié un article en septembre qui s'est aperçu rétrospectivement que il y avait eu un creux d'expérience de mortalité infantile pardon dans les années 2000 un plateau et que ça remonte à partir de 2012 et quand la mortalité infantile augmente évidemment c'est un drame pour les enfants qui meurent mais ça témoigne avant tout de la mauvaise santé des mamans qui fument ou qui sont obèses et qui donc font naître
des enfants qui sont plus fragiles et qui sont plus susceptibles de mourir de façon extrêmement prématurée donc là encore c'est un mauvais signal et puis dernièrement l'impact des maladies mentales était parfaitement stable depuis 30 ans donc aucune amélioration alors qu'il existe des antidépresseurs qui sont en plus génériques et donc qui ne sont pas chers et récemment ça a été un peu accentué probablement sous l'effet de la pandémie en parallèle de toutes ces mauvaises nouvelles qui sont des mauvaises nouvelles directes sur la morbidité on a des risques c'est à dire les causes directes des maladies qui
sont en augmentation au 21e siècle et alors il y en a beaucoup il y en a certains qui baissent qui sont les risques liés au développement il y en a certains qui sont à peu près stable et puis il y en a certains qui augmentent l'alcool les drogues et les deux plus problématiques à cause de leur taille et de leur trajectoire qui sont la pollution au sens large la pollution est en baisse dans les pays riches mais en hausse dans le monde et l'obésité qui est en baisse dans 0 pays du monde je vous remercie
[Musique]