Neil Armstrong saute d'une échelle et se pose sur la Lune. Un pas de géant pour l’humanité, et une victoire éclatante pour les Etats-Unis. Le drapeau américain est planté, l’événement retransmis dans le monde entier et Richard Nixon appelle directement la Lune pour féliciter les astronautes.
En 4 ans, la Lune voit défiler 12 hommes américains sur son sol. Mais passé 1972… plus rien. Plus aucun être humain n’est envoyé sur la Lune.
Il faut dire que la mission Apollo 11 avait un but bien plus politique que scientifique. Or, les Etats-Unis ayant gagné la conquête spatiale face à l’URSS, le but politique est atteint. Et le coût exorbitant des voyages sur la Lune décourage les gouvernements successifs de relancer ce type de missions.
Mais, en décembre 2017, le président des Etats-Unis Donald Trump dit ça : A nouveau, les Américains ont décidé d’envoyer des hommes sur la Lune. Et ils ne sont pas les seuls. Les Etats-Unis, la Chine, l’Europe, la Russie ou même le Japon, toutes ces puissances sont bien décidées à poser le pied sur la Lune dans les années qui viennent.
Mais si ce n’est pas pour planter des drapeaux, Tout d’abord, comme en 1969, pour des raisons politiques. Depuis la guerre froide, une nouvelle puissance a fait son apparition dans la course à l’espace : la Chine. La Chine en particulier avait à cœur dans les années 50, au moment où elle a décidé de son programme spatial, de démontrer qu’ils n’étaient plus un pays en voie de développement, mais de démontrer qu’elle était désormais une grande puissance spatiale.
Et Mao Zedong a envisagé et annoncé un programme spatial dès 1956. Finalement, c’est au début des années 2000 que la Chine se lance réellement à la conquête de l’espace. Malgré un budget spatial que l’on estime 5 fois inférieur à celui des Etats-Unis, la Chine est parvenue à rattraper rapidement son retard dans la conquête de l’espace.
En 2018, par exemple, elle a effectué plus de lancements orbitaux que les Etats-Unis. Mais pour que la Chine devienne une puissance spatiale à part entière, il fallait qu’elle marque les esprits. Il faut trouver ce que l’on appelle une première, c’est-à-dire le moyen d’attirer l’attention sur vous, qui soit à la fois technologiquement accessible et en même temps symbolique et remarquable.
Donc la Chine, sur la Lune, a choisi de se poser sur la face cachée. Bien sûr ce n’est pas en soi un intérêt scientifique exceptionnel, en revanche ça démontre des compétences technologiques. Parce que si vous êtes sur la face cachée vous n’êtes plus en situation de communiquer directement avec la Terre.
C’est le 3 janvier 2019 que la Chine a réalisé cet exploit avec son module Chang’e 4. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir les Etats-Unis. Comme dans les années 60, les Etats-Unis veulent donc à nouveau asseoir leur statut de puissance mondiale.
Mais une des choses qui a changé depuis la guerre froide, c’est la façon de financer ces expéditions. En 1961, John Kennedy prend un engagement : aller sur la Lune en moins de 10 ans. Mais pour ça, comme on le voit sur ce graphique, il fait exploser le budget de la NASA.
Or en 2017, lorsque Donald Trump promet un retour sur la Lune en 5 ans, il ne peut pas se permettre de faire la même chose. La NASA va donc devoir se tourner vers d’autres solutions. Mike Pence fait notamment allusion à Blue Origin de Jeff Bezos et SpaceX d’Elon Musk.
Devenus riches grâce aux nouvelles technologies, ces milliardaires investissent en masse dans le domaine spatial. Le rendant de plus en plus concurrentiel. Cependant, s’ils pourraient effectivement aider la NASA à renvoyer des astronautes sur la Lune, ça ne fait pas vraiment partie de leurs priorités.
Blue Origin a plutôt pour objectif d’envoyer des touristes dans l’espace, tandis que SpaceX vise directement la planète Mars. Mais même en comptant sur la participation de ces acteurs privés, les Etats-Unis peuvent-ils réellement atteindre leur objectif en 5 ans ? Ce monsieur très sûr de lui, c’est Markus Landgraf.
Il travaille à l’ESA, l’agence spatiale européenne, et il dirige la mission Héraclès, qui doit envoyer un robot sur la Lune afin de préparer la future arrivée d’astronautes. Mais le retour des astronautes sur la Lune n’est pas motivé que par des raisons politiques. Il existe un réel intérêt scientifique à y retourner.
Parce que, finalement, on connaît assez mal la Lune. Grâce aux missions passées, on connaît une partie de la Lune, c’est déjà très bien. Mais on en connaît, on va dire, que quelques pour cents de la surface.
Sans parler de la profondeur. Donc il reste beaucoup, beaucoup d’études à faire. Depuis 50 ans, les scientifiques étudient les 382 kg de roches lunaires rapportées par les missions Apollo.
Ces études ont permis de découvrir la présence de plusieurs ressources qui pourraient être utilisées sur Terre. Comme par exemple les terres rares. Contrairement à ce que leur nom indique, ces métaux ne sont pas rares sur Terre.
Mais ils sont de plus en plus utilisés. Ils sont des composants indispensables aux puces de nos téléphones portables, aux écrans de nos ordinateurs et de plein d’autres objets issus de la haute technologie. En plus des terres rares, on trouve aussi sur la Lune une ressource qui n’est quasiment pas présente sur Terre : l’hélium 3.
C’est le même atome d’hélium que celui que l’on connaît sur terre, sauf qu’il a un neutron en moins. Et cet hélium 3 pourrait être utile à l’avenir pour produire une énergie nucléaire plus propre et en plus grande quantité. En effet, aujourd’hui, dans les centrales, on fissionne des atomes d’uranium.
Mais certains scientifiques cherchent à présent à faire fusionner des atomes. C’est-à-dire reproduire le phénomène qui a lieu à l’intérieur des étoiles. L’avantage c’est que cette méthode permet de générer environ quatre fois plus d’énergie que la fission tout en produisant nettement moins de déchets nucléaires.
Et l’utilisation de l’hélium 3 dans cette fusion permettrait même potentiellement de ne plus générer aucun déchet du tout. Alors, selon les estimations, la fusion nucléaire ne devrait pas être maîtrisée avant 2050. Mais si elle venait à l’être, il faudrait aller sur la Lune pour se fournir en hélium 3.
Une éventualité qui pose la question de l’exploitation des ressources lunaires. Depuis l’adoption du traité de l’espace en 1966, il existe un principe de non-appropriation de l’espace, et donc de la Lune. L’idée est que l’espace appartient à tous et donc qu’aucun Etat ne peut s’approprier ses ressources.
Mais en 2015, une loi américaine, le Space Act, va à l’encontre de ce principe. Elle autorise les sociétés américaines à s’emparer des ressources de l’espace. Deux ans plus tard, le Luxembourg vote une loi similaire.
Ainsi, les deux pays ont décidé de façon unilatérale de retirer à l’espace son statut de bien commun. Pour autant, il est encore trop tôt pour envisager l’exploitation de ressources lunaires sur Terre. Faire transiter des matériaux entre la Terre et la Lune coûte beaucoup trop cher pour le moment.
Alors puisque l’exploitation des ressources lunaires n’est pas encore à l’ordre du jour, les agences spatiales ont eu une autre idée : utiliser les ressources lunaires directement sur place en créant une base lunaire. C’est un autre argument en faveur d’un retour sur la Lune. En faire : C’est beaucoup plus facile, si je puis dire, d’essayer de faire ça sur la Lune dans un premier temps avant d’aller plus loin dans le système solaire où on aura les mêmes problèmes.
Le premier avantage de la Lune, c’est qu’elle est particulièrement proche de nous. Il faut 3 jours pour l’atteindre contre 6 mois pour aller sur Mars. Une proximité qui permet une meilleure communication et l’envoi de missions de secours assez rapides.
L’élaboration d’une base lunaire permanente serait également facilitée par la présence d’eau. Cette eau pourrait permettre aux habitants de la base de se laver et de boire. Mais comme elle est composée d’hydrogène et d’oxygène, elle leur permettrait aussi de respirer.
Mais ce n’est pas tout. Difficile à croire mais oui, le patron de la NASA a raison. Les principaux carburants des fusées sont de l’oxygène et de l’hydrogène.
Encore une fois les deux composants de l’eau. Il serait d’ailleurs particulièrement avantageux de faire décoller des fusées directement depuis la Lune. Etant donné sa faible pesanteur, il faudrait en effet beaucoup moins de carburant.
D’où la proposition de certains scientifiques de faire de notre satellite une sorte de station-service. Mais pour le moment, les différents usages de l’eau lunaire ainsi que toutes les techniques pour permettre aux astronautes de vivre de façon prolongée sur la Lune restent théoriques. Faible pesanteur, radiations, météorites, nuits de 14 jours, températures allant de -180 à 130 degrés… la Lune reste une terre inhospitalière.
Si l’homme est bien en passe d’y retourner, il est encore bien loin de s’y installer.