En 1968, la France s’ennuie, De Gaulle aussi. L’Hexagone est en paix de tous côtés, à l’abri des soubresauts internationaux. Le baby-boom révèle un nouvel acteur social : le jeune.
Pour lui, l’imagination est plus nécessaire que l’expansion. Les libertés individuelles et l’épanouissement personnel doivent être hissés au firmament. Le 22 mars, c’est l’étincelle : une centaine d’étudiants prennent d’assaut la tour administrative de la faculté des lettres de Nanterre, excités par Daniel Cohn-Bendit, dit « Dany le Rouge ».
Le 2 mai, trotskistes, maoïstes et anarchistes organisent une journée anti-impérialiste. Au programme : occupation d’amphithéâtres. Le lendemain, Nanterre est fermée.
Résultat, la Sorbonne est occupée. La police intervient avec brutalité : 600 arrestations et 100 blessés. La fronde s’étend.
La fermeture de la Sorbonne jette les étudiants dans la rue. Le 6 mai, les affrontements dans le Quartier latin font 900 blessés. Le lendemain, 30 000 étudiants défilent sur les Champs-Elysées.
Le mouvement gagne la plupart des villes universitaires. Nuit du 10 au 11 mai, Paris barricadé, c’est l’anarchie sur les pavés. L’élan devient soulèvement.
Nouvelle nuit d’émeutes. Les CRS prennent d’assaut 60 barricades : 367 blessés graves, dont 251 policiers. La population voit cette agitation avec sympathie.
L’insurrection change de catégorie. Des grèves soudaines touchent plusieurs usines. Le 18 mai, la France compte deux millions de grévistes.
Le 19 mai, à l’Elysée, dans son palais, le général de Gaulle déclare : « La réforme oui, la chienlit, non. » Le 20 mai, six millions de grévistes. Le 24 mai, c’est le sommet : dix millions de grévistes.
Dans la nuit des commissariats sont attaqués. A Lyon, un commissaire est tué. Un mois après, poursuivi par des policiers, un lycéen meurt noyé.
La crise est devenue sociale. Le 27 mai, augmentation du SMIG et des salaires, réduction du temps de travail, abaissement de l’âge de la retraite : syndicats, patronat et gouvernement trouvent un arrangement. Ce sont les accords de Grenelle.
Pour autant, les ouvriers des grandes entreprises ne se prononcent pas en faveur de la reprise du travail. Le 29 mai, en pleine crise, le conseil des ministres est ajourné. Pendant sept heures, De Gaulle se volatilise.
Il part à Baden-Baden pour y consulter son camarade, le général Massu. Un coup pour les Français. Mais un coup de pouce pour le chef de l’Etat qui réagit.
Le lendemain, ça pétille sous le képi. Remaniement ministériel, dissolution de l’Assemblée nationale : le soir même un défilé à l’appel des gaullistes réunit un million de personnes sur les Champs. Après deux semaines de paralysie, les dépôts de carburant sont débloqués.
Le 4 juin, reprise du travail dans certaines entreprises. Et progressivement à EDF-GDF, la SNCF, la RATP et les PTT. 23-30 juin, aux élections législatives, l’Union des démocrates pour la République obtient la majorité absolue.
Du jamais-vu. De Gaulle a gagné. Mais rien ne sera plus comme avant.