C'est vraiment surprenant vous savez c'est quelque chose qui m'impressionne depuis que j'enseigne la Communication Non Violente c'est combien les gens ne s'écoutent pas. Ils se fourguent des conseils, des solutions, des commentaires et ils ne s'écoutent pas et ça fait souffrir beaucoup d'êtres. Énormément.
Notamment, si pas principalement, dans les familles. Je me souviens de cette famille qui m'appelle, une maman qui m'appelle en disant : "On a des difficultés avec notre ado, un garçon de 14 ans, on ne se comprend pas, vraiment à ce qu'on peut venir chez vous, vous pourriez peut-être nous aider à nous comprendre ? " Et ils arrivent, les deux parents, le garçon.
Et les parents me racontent toutes leurs attentes et leurs misères à communiquer avec le garçon et à un moment, après les avoir écoutés, je me tourne vers le garçon et je dis : "Et toi comment tu te sens quand tu entends tes parents te dire ça ? " et il me répond du tac au tac : "Mais je suis extrêmement en colère parce que mes parents, là vous les avez écouté, mais eux ils ne m'écoutent jamais. " Et la mère saute sur ses deux pieds en disant : "comment on ne t'écoute jamais, mais on passe son temps à t'écouter !
" Et je dis : "Stop madame pourriez-vous faire un petit arrêt sur image, votre enfant dit que vous ne l'écoutez jamais, donc ça veut dire qu'il ne se sent pas écouté et vous montrez que vous ne l'écoutez pas. Vous argumentez pour avoir raison : "mais si je t'écoute, mais je t'ai déjà écouté. " Vous n'écoutez pas le fait que lui ne se sent pas écouté.
Et bien sûr que c'est dérangeant d'entendre son enfant qu'on a cru écouter dire : "je ne me sens pas écouté". Mais si il ne se sent pas écouté c'est qu'il ne se sent pas écouté. Et je me retourne vers le garçon et je lui dit : "que veux-tu dire par là, quand tu dis que tes parents ne t'écoutent jamais ?
Apparemment, ils ont l'impression de t'écouter. " Et bien je vais vous le dire clairement il ne me laisse jamais finir mes phrases. Et je me retourne vers la mère, je dis : "est-ce que ça vous parle ?
" Elle reconnaît, la larme à l'oeil, effectivement, j'ai du mal effectivement, à le laisser aller jusqu'au bout. Souvent, je pense que j'ai la solution, que c'est moi qui comprend comment ça doit se passer. Je dis : "ba voilà", apprenez juste à écouter.
Et ceci m'a illustré, cette maman ne savait pas, écouter ce qui est une chose quand on ne sait pas écouter on peut apprendre à écouter, mais ce qui est plus grave encore, et cette maman illustre un problème qui nous touche pratiquement tous et toutes, cette maman ne savait pas qu'elle ne savait pas écouter ! Je ne sais pas que je ne sais pas, comment voulez-vous que j'améliore ? Et ça c'est un enjeu fondamental.
Et la plupart du temps les gens qui viennent faire des sessions de Communication Non Violente réalisent et souvent remercient simplement parce qu'ils disent : "tu nous as appris, tu m'as appris ou nous avons appris que nous ne savions pas écouter. Et que écouter c'est la fermer et laisser l'autre arriver au bout de sa phase. Et éventuellement ajouter à ça un reflet ou même une formulation empathique pour s'assurer qu'on a bien compris l'autre.
Et écouter l'autre ça ne veut pas dire qu'on est d'accord. Et être en empathie avec l'autre, refléter ce que l'autre ressens, ça ne veut pas dire qu'on souscrit à son besoin ça veut simplement dire qu'on reconnaît que cet être humain il est là. Et quand l'autre être humain en face de nous se sent reconnu et le droit d'exister comme vous l'évoquiez et bien et il nous reconnaît, il nous donne le droit d'exister aussi.
C'est un échange. Dans mon expérience, dans nos habitudes de communication nous sommes assez souvent dans 80% d'affirmation de ce que je veux, de ce que j'attends, de mes objectifs, de "il faudrait que tu", "il est temps que tu" etc pour un petit 20 % d'écoute de l'autre. Ça crée beaucoup de "mal-entendu" puisqu'il y a des "mal-écouté" un petit 20% du temps d'échange ça ne fait pas beaucoup d'écoute pour l'autre.
Donc la difficulté c'est que l'autre se sent contraint, imposé et se rebelle et donc on n'obtient pas ce qu'on veut. Ceux qui parmi vous ont une vie de couple, et/ou de parents, heureuse, profonde, féconde et fluide, ce qui paraît le sens de la vie et bien je pense qu'ils auront mesuré que cette proportion est inversée. Une communication heureuse, profonde, féconde et fluide avec l'autre, ça veut dire que je consacre 80 % du temps à l'écoute, le temps d'échange, pour un petit 20% d'expression de moi.
Et l'idée n'est pas du tout doloris, de s'écraser en se sacrifiant pour être gentil, l'idée c'est que quand l'autre se sent bien rejoint, bien écouté, bien compris même si on n'est pas d'accord mais il se sent bien compris et bien ils me ressert le même climat. Il va m'écouter, bien me comprendre et il me suffira de 20% du temps d'échange pour dire ce que j'ai à dire dans un climat que j'ai contribué à créer comme étant de collaboration, de compréhension, de respect. Mais inversement, quand l'autre en face ne se sent pas écouté, pas compris et parfois même invité à penser autrement c'est clair qu'il se rebelle contre mes propositions.
Donc c'est de bonne économie et de bonne écologie que de consacrer du temps à l'écoute. Le retour sur investissement est considérable, si j'ose emprunter cette expression de business. Et je peux vous témoigner que dans l'entreprise quand j'anime des sessions dans l'entreprise, la plupart du temps c'est le même écho des équipes tu nous a appris que nous ne savions pas écouter.
Je pense à des équipes qui donnent des conseils en informatique etc. . .
qui arrivent avec leurs solutions et ils n'écoutent pas les vrais enjeux. Et donc ça dysfonctionne. Ils pensent qu'ils n'ont pas le temps, comme dans les familles on n'a pas le temps, alors que le temps consacré à bien écouter fait que le résultat s'ajuste.
Et je vous encourage bien sûr à mettre ça en pratique, voir que quand vous aurez créé du nous, par une belle et bonne écoute, même si vous n'êtes pas d'accord avec l'autre ce nous est fécond. On va trouver des solutions qui nous arrange de façon gagnant/gagnant, plutôt que des solutions qui sont dans la domination, soumission, agression, démission. Voilà l'énorme, l'énorme bénéfice de l'écoute.