pour être une bonne avocate ou un bon avocat et là l'ordre vous le répète constamment il faut prendre des distance il faut surtout pas vous identifier avec la cause ou la personne que vous défendez mais je peux le faire dans certains procès mais dans d'autres comme tous ces procès qui touchent justement à la dignité de la femme à ses libertés c'est impossible pour moi parce que j'ai toujours l'impression que c'est moi-même que je défends oser dire je pour faire passer son message quand comment pourquoi avec Giselle Alimi l'avocate qui transformait ses dossiers en cause monsieur
le Président messieur du tribunal je ressens avec une plénitude jamais connu à ce jour un parfait accord entre mon métier qui est de plaider qui est de défendre et ma condition de femme je ressens donc au premier plan au plan physique il faut le dire une solidarité fondamentale avec ces quatre femmes et avec les autres dans l'interview que nous avons écouté tout à l'heure Giselle Alimi dit à quel point il est incongru pour un avocat de plaider à la première personne si l'on fait appel à un avocat c'est effectivement comme elle le dit pour avoir
une vision extérieure du recul une distance et c'est précisément d'ailleurs la raison pour laquelle lorsqu'un avocat a lui-même une affaire judiciaire il fait appel à un avocat on ne se défend pas soi-même car on n pas cette distance cette froideur ce regard extérieur qui est nécessaire pour bien argumenter pour autant il est vrai que dans des procès qui impliquent non pas seulement des questions juridiques mais bien au-delà des évolutions de société il est bien difficile de rester extérieur et c'est toute la difficulté du jeu de l'avocat et du jeu de la femme derrière l'avocat que
l'avocat dise je c'est assez classique mais c'est un je d'avocat je vous demande de la quitter c'est tout à fait autre chose que de s'identifier à son client de l'incarner en disant la accusé c'est moi et là Gisel Alimi franchit cette étape franchit ce cap qui est de faire d'un procès le procès de toutes les femmes et le procès d'une loi qu'elle juge liberticide nous sommes en 1972 lorsque survient le procès dit de bobini et Gis la liimie défend MarieClaire chevalier une adolescente accusée d'avoir avorté après avoir subi un viol lorsqu'elle était mineur à cette
époque et bien faire cela était possible de sanction pénale la loi est ainsi faite mais face à une telle difficulté quel est le rôle de l'Avocat il peut faire deux choses soit il se satisfait de la loi telle qu'elle est et il essaie de défendre son client en fonction du droit existant soit il combat le droit existant il essaie de le faire changer et il transforme le tribunal en prêtoire médiatique en tribune politique pour faire changer la loi ça n'aura pas forcément un impact judiciaire et d'ailleurs il y aura une condamnation mais au-delà il y
aura une caisse de résonance politique pour la revendication du droit des femmes qui conduira quelques années plus tard avec l'élection de Valérie giscardestin à la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse et c'est tout le génie de Gisel Alimi d' avoir su que le procès de bobini ne pouvait pas être gagné judiciaairement cont tenu de la loi telle qu'elle était mais qui pouvait l'être politiquement en faisant précisément changer la force injuste de la loi ce que j'essaie d'exprimer ici c'est que je m'identifie précisément et totalement avec Madame chevalier et avec ses trois femmes présentes à l'audience
avec ces femmes qui manifestent dans la rue avec ces millions de femes femmees française et autres elles sont ma famille elles sont mon combat elles sont ma pratique [Musique] quotidienne la force de la pldoirie de Giselle Alimi tient aussi à cette identification à cette implication parce qu'il y a en elle un alignement parfait entre la cause qu'elle défend judiciairement et la personne qu'elle est intimement il n'y a aucun décalage entre ce qu'elle défend et ce qu'elle pense on dit souvent que les avocats sont des mercenaires de la parole qu's ont une parole et des convictions
qui varient au gré des dossiers pour le coup s'il y en a une qui à ce moment-là est en pleine congruence entre ce qu'elle dit et ce qu'elle pense c'est Giselle Alimi et donc quand elle dit je ça n'est pas une figure de style c'est vraiment moi Gisel Alimi femme ça n'est pas moi Giselle l' mis avocate et j'allais dire en quelque sorte payé pour parler c'est moi femme libre de militer et il y a entre cette liberté de milité et cette parole professionnelle un accord et une fusion absolue qui sont garant de la sincérité
du propos et finalement de sa force de conviction et si je ne parle aujourd'hui messieurs que de l'avortement et de la Condition faite à la femme par une loi répressive une loi d'un autre c'est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi est la pierre de touche de l'oppression qui frappe la femme dans cet extrait de la pldoirie de gisalimi lu par Arian ascarid il y a probablement un mot qui a éveiller votre oreille c'est le mot messieur parce que à ce moment-là Giselle Alimi plaide devant un tribunal exclusivement composé
d'homme et évidemment il y a aussi une façon j'is la limi de mettre les hommes devant leur responsabilité historique et il y a une sorte d'effet miroir entre le je qu'elle dit pour parler d'elle-même et le messieur qu'elle dit pour parler du tribunal elle ne dit pas messieurs les juges elle dit messieurs c'estàdire qu'elle les prend non pas dans leur fonction mais dans leur être de la même façon que pour elle elle s'investit non pas seulement en tant qu'avocate mais en tant que femme et lorsqu'elle dit messieurs et bien elle les met en quelque sorte
face à leur responsabilité non seulement juridique d'application de la loi mais aussi sociale de questionnement sur est-ce que cette loi finalement est à la hauteur des évolutions sociales c'est très habile parce qu'elle sait que si elle dit messieurs les juges ça signifie qu'elle accepte la loi telle qu'elle est et elle va perdre si elle dit messieur elle a peut-être une chance de faire raisonner en eux une fibre personnelle qui va les amener à se rendre compte de l'absurdité de la loi et de son décalage avec une situation pratique où plusieurs centaines de milliers d'avortements clandestins
se pratiqueent par an quelle est cette loi qui réprime une pratique aussi répandue c'est ce que dira aussi mais dans un autre registre Simon veale quelques années plus tard à la tribune de l'Assemblée nationale vous avez messieurs heureusement pour vous car je vous ai senti accabler sous le poids de mes témoins et de leur témoignage échapper de justesse à deux témoignages de jeunes gens de 20 ans et 17 ans mes deux fils aîné qui voulait venir à cette barre il voulait vous dire d'abord à quel point l'éducation sexuelle avait été inexistante pendant leurs études l'un
est dans un lycée l'autre est étudiant il voulait faire il faut le dire mon procès mon procès c'est-à-dire le procès de tous les parents c'est là encore très inhabituel que de convoquer ses propres enfants devant un tribunal correctionnel un tribunal c'est une enceinte judiciaire et il n'est pas d'usage de faire témoigner des gens qui n'ont rien à voir avec l'affaire juste pour leur situation d'homme et c'est bien la la preuve là encore que gisè Alimi ne prend pas le tribunal comme un tribunal elle prend le tribunal comme une tribune politique et que tout témoignage est
bon à prendre même s'il n'a rien à voir avec l'affaire mais parce que sa pldoirie n'a rien à voir avec l'affaire et qu'elle ne plaide pas tant pour Madame chevalier qu'elle ne plaide pour la légalisation de l'avortement son combat va bien au-delà et il peut justifier qu'il soit fait appel à ses enfants comme moins des carences de l'éducation sexuelle des jeunes à l'époque on voit bien donc que c'est bien un combat sociétal que mène Gisel Alimi au-delà de son combat judiciaire alors qu'est-ce que ça nous apprend tout cela sur le jeu au profit de sa
cause jusqu'où faut-il mettre son ego son être tout entier au profit de la cause que l'on défend et bien il doit y avoir une sincérité une authenticité dans la parole être orateur ça n'est pas jouer un rôle d'acteur ça n'est pas mentir c'est dire profondément ce que l'on pense et la première question que vous devez vous poser avant de prendre la parole c'est qu'est-ce que je veux dire à quoi je crois quel est mon message et s'il n'y a pas d'authenticité s'il n'y a pas de sincérité il n'y a pas de conviction possible il faut
être convaincu soi-même pour être convaincant pour les autres et c'est ce quiillustre Gisel limi bien sûr ça ne veut pas dire que on a aucun recul sur ce que l'on pense et d'ailleurs on doit être honnête avec soi-même et se dire mais finalement ce que je pense est-ce que c'est totalement vrai et quels sont les arguments que l'on pourrait m'opposer mais une fois que l'on a fait la balance entre ce que l'on pense instinctivement les contre-arguments et que l'on s'est fait une opinion et bien on peut la défendre avec toute la force de sa personne
avec toute la force de sa voix de son énergie c'est ce que fait Giselle liimi et c'est en cela qu'elle est une merveilleuse oratrice vous êtes désormais familier de notre rubrique à refaire chez vous à la fin de chaque épisode et je vous propose de faire vous-même cette expérience d'introspection vous croyez forcément à une cause ça peut-être l'égalité hommees-femme ça peut-être la préservation de la planète ça peut-être l'aide au pays en développement et bien demandez-vous depuis quand dans ma vie personnelle j'ai décidé de me mobiliser pour cette cause qu'est-ce qui s'est passé dans ma vie
qui justifie que je milite pour cela est-ce que c'est une rencontre est-ce que c'est un épisode de votre existence est-ce que c'est l'écoute d'une émission de radio qu'est-ce qui a fait naître chez vous la volonté de vous engager pour la situation des personnes en situation de handicap pour la situation des enfants dénutris qu'est-ce qui vous a donné envie dans votre vie de vous engager pour cela et bien essayez de le trouver et faites-moi un petit discours en me disant depuis que j'ai vécu ceci j'ai voulu m'engager pour cela c'est à VOUS l'anaphore l'argument d'autorité dire
je pour être plus percutant voilà trois premières techniques auxquelles j'ajouterai dans l'épisode suivant l'une des clé d'un discours réussi savoir décrire et raconter