[Musique] chaque époque a ses clichés sur les bandes de jeunes plus ou moins délinquantes après les blousons noirs des années 50 il y a eu les loubars des années 70 et depuis les années 80 les médias parlent des jeunes des cités mais que deviennent donc ces jeunes 10 15 ans plus tard yvononga a grandi dans la cité à vilier Lebelle il a fait sa part de bêtises comme il dit mais aujourd'hui il est cadre à la SNCF il raconte son parcours dans un ouvrage qui s'appelle petit frère comprendre les Destinées familiales ce livre il a
eu besoin de l'écrire après le meurtre en 2016 de son petit frère Wilfried dans un règlement de compte Yvon est alors hanté par une question pourquoi son frère n'a pas échappé aux embrouilles alors que lui a réussi pour l'aider à y répondre il fait appel à Isabelle Coutan sociologue et directrice de recherche au CNRS elle avait rencontré son frère au début des années 2000 dans le cadre de sa thèse sur la délinquence juvénile comment échapper à l'attraction qu'exerce la culture de rue pourquoi dans une fratterie l'un sans sort et l'autre pas peut-on quitter le [Musique]
ghetto il arrive régulièrement qu'un projet en sciences social soit initié non pas par la chercheuse mais par quelqu'un qui connaît son travail et lui demande d'enquêter sur son histoire et sa famille c'est ce qui s'est passé pour ce livre Isabelle Coutan a mené des entretiens sociologiques avec les proches des frères àonga et ça ça produit un type de recherche très intéressant qui est ancré dans la vie intime des gens avant de rencontrer Yvon j'ai rencontré Wilfried son petit frère au début des années 2000 moi j'étais étudiante je faisais une thèse de sociologie sur les sorties
de délinquences et donc je m'étais intéressé à un dispositif d'insertion la protection judiciaire de la jeunesse qui préparait des jeunes qui avaient eu maille à partir avec la justice au métier de l'animation et Wilfried était l'un d'eux on s'était retrouvé pour faire un entretien et donc voilà la question c'était bah déjà pourquoi tu as fait enfin comment tu t'es retrouvé dans cette formation d'animateur et puis de là avait déroulé son fil en expliquant aussi pourquoi il s'était retrouvé en bringué dans la rue dans cet engrenage de la rue hein si les jeunes il disaiit on
se fait engrener donc ça c'était en 2001 je l'ai rencontré ensuite en 2015 euh suite aux attentats de Charlie Hebdo avec Mia Audi qui fait du documentaire on avait fait un travail pour Arte Radio dans l'idée au départ de faire son portrait de voir voilà ce qu'il était devenu euh 15 ans plus tard il s'occupait d'un club de boxe toujours à vilier Lebelle j'aime mon getto mais je sais que je vais le quitter je faudrais pas le quitter comme ça au bout de plusieurs mois en fait on av avait plus de nouvelles de Wilfried et
on a appris que finalement il avait été assassiné dans dans un règlement de compte on a décidé de quand même poursuivre ce travail c'est dans ce cadre là que j'ai rencontré ses frères donc d'abord le frère aîné et puis Jean nous a invité au lancement d'une association de quartier ghetto star No Limit créé par Yvon et c'est comme ça qu'on s'est rencontré la première fois quand on entend Wilfried dans le documentaire d'artier radio il s'apprête à nager avec sa compagne et ses filles dans un pavillon qu' vient d'acheter dans une commune voisine et c'est au
moment où il pense quitter le ghetto comme il dit que le ghetto le rattrape ilvon donc voulu comprendre pourquoi mais travailler avec une sociologue ça implique de transformer sa vie en objet d'études scientifique et ça ça ne va pas de soi et donc en travaillant avec avec Isabelle lorsqu'on a eu ce projet de de livre elle m'a proposé en fait de de lire un livre de sociaux pour que je sache à quoi ça ça ça ça ressemble et savoir si c'est ce que je voulais ou pas et cetera donc j'ai pu étudier la France des
Bouis j'ai trouvé le livre intéressant mais j'avais l'impression que c'était plutôt un professionnel qui étudiait une bête étrange et qui a dissquit un peu comme on faisait à l'école cette bête là et qui essayer de comprendre qu'est-ce qu'il y avait à l'intérieur et je lui ai dit Isabelle moi je veux c'est pas ça que je veux moi ce que je veux c'est qu'il y ait de l'émotion je veux vraiment qu'on rentre dans dans l'histoire alors la France des bomis est un livre de 2018 du sociologue Stéphane be qui a beaucoup travaillé sur les parcours d'enfants
de milieu populaire en particulier immigrés dans ce livre il a interrogé une frattererie de huit enfants d'immigrés maghrébains sur 30 ans de leur quotidien pour essayer de saisir les ressorts de leur ascension sociale le livre est très beau mais c'est sûr que le sociologue est en position de surplomb est-ce qu'à un moment la position de surplom n'est pas inévitable est-ce que c'est pas ça aussi le travail de sociologue il y a un texte de Pierre brudieux que que j'aime beaucoup dans la misère du monde qui s'appelle l'espace des points de vue et cette idée effectivement
que le sociologue ce qu'il a de spécifique et moi je m'inscris quand même là-dedans c'est qu' en fait il comme il peut recueillir plusieurs points de vues sur le monde social il a un point de vue spécifique c'est d'être le point de vue sur les points de vue et donc c'est effectivement une forme de surplomb et c'est ce qui fait que ça peut être perçu comme une une science un peu une forme de domination scientifique aussi très objectivante en même temps ce type d'enquête s'y prêtait à l'émotion puisque c'est aussi autour d'un deuil donc il
y avait des entretiens qui était fort en émotion pour les personnes et pour moi de l'autre côté donc il suffit en fait de laisser la place à ce qu'on vit dans l'enquête dans le texte pour avoir une forme d'écriture effectivement qui paraît en tout cas moins objectivante le fait qu'il y ait une certaine empathie à chez Isabelle c'est ce qui permet en fait de de de de de faire naître ce livre parce que je n'aurais pas pu le faire avec qui que ce soit c'est vraiment le lien qu'elle avait avec wilfri le fait qu'elle vienne
au procès euh qu'elle vienne à la création de de de l'association donc tout ça crée déjà un lien empathique qui derrière crée un lien de confiance parce que quand je fais ce livre et je suis pas anonymisé dans ce livre j'embarque toute ma famille tous mes amis et cetera moi il faut que je le porte derrière tout ça B c'est pour mon frère oui mais il faut que je le porte il faut que je l'assume et je peux je peux le faire uniquement si je sais que isabelle est une personne inre une personne qui va
avoir ce souci pour moi et pour les personnes qui sont qui sont enquêté dans leur livre on a donc les récits divons et des proche de Wilfried qui donne une idée concrète de ce que ça veut dire de grandir dans les années 80 dans une famille congolaise chrétienne et polygame avec 11 enfants et deux mamans dans un trois pièces dans l'une des communes les plus pauvres de France et à la toute fin il y a une postphas plus théorique où Isabelle Coutan assume cette position de surplomb et où elle donne des clés de compréhension plus
général notamment sur les voies d'entrée dans ce que les sociologues appellent la culture de rue et la première chose qui joue souvent c'est un rapport difficile avec l'école Wilfried en l'occurrence avait décroché à l'adolescence mon papa depuis qu'on est tout jeune nous a toujours dit d'aller lire il nous a toujours expliqué que réussir et et et et réussir à à changer de milieu social et d'avoir une meilleure vie pour nous et pour nos enfants ça devait passer forcément par l'école donc ça on le comprenait parce qu'il nous le disait mais on avait pas les méthodes
on savait pas comment faire on savait pas qui était important de faire ses devoirs tout de suite donc on rentrait à la maison jeter le le cartable et puis on descendait au quartier avec les amis je trouve ça intéressant quand il vont dit que son père avit pas les méthodes c'està-dire qu'il savait en théorie que l'école c'est important mais lui étant un alphabète il n'était pas en mesure de leur lire ou de leur conseiller des livres il lui manque à ce que Pierre Bourdieu appelle le capital culturel un des avantages majeurs en des des des
enfants des catégories intellectuelles par exemple outre le fait que ils entendent dans leur famille un langage qui est assez proche de celui qui se parle à l'école et que l'école exigeon outre le fait qu'il ils ont une attitude de de rapport rapport à la culture des intéressés et cetera très proche de ce de ce que l'école demande il y a le fait qu'ils reçoivent de leur famille des indications pour ne pas dire des incitations concernant la manière de travailler la manière d'organiser le le travail dans le temps laisse tomber ça fais plutôt ça maintenant al
là tu feris d'aller d'aller jouer au foot tu es trop fatigué ou bien fais d'abord ça puis feras ça après et bon ces choseslà qui sont apparemment très peu de chos presque rien en fait me semble sont parmi les facteurs de différenciation décisifs euh bon c'est l'art de travailler or le système scolaire donne ça très peu Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont travaillé cette question dans leur ouvrage la reproduction ils constatent d'abord une corrélation entre l'origine sociale et l'orientation scolaire en gros les enfants d'ouvriers font moins d'études supérieur que les enfants de cadre et il
montre que c'est parce que l'école ne fabrique pas de l'égalité comme elle prétend le faire en reproduisant les codes les références du modèle culturel bourgeois l'école sélectionne et valide ceux qui sont capables de se les approprier et donc l'école non seulement reproduit mais elle légitime les inégalités existantes puisqu'on pourra toujours dire si tu n'as pas réussi dans la vie c'est parce que tu n'as pas assez travaillé à l'école or ce sont ceux qui sont en échec scolaire qui compensent souvent dans la culture de ruche ce qui a précipité l'engagement dans la rue c'est le décrochage
enfin le fait à un moment donné Srou s retrouvé en dehors de l'école ça c'est bien montré aussi par la sociie de la délinquence euh et donc il y a cette question aussi du donc qui a un concept de de la sociologie interactionniste des années 60 sociologie américaine de la question du stigmate euh et donc d'avoir été stigmatisé enfin d'abord à l'école parfois dans la famille euh et et et cette idée que finalement on intériorise en fait ça fonctionne aussi comme des prophéties autoralisatrices on finit par intérioriser l'image que les autres ont de nous on
finit par être ce que les autres euh nous disent qu'on est hein et donc les institutions évidemment institutions policières institutions judiciaires voisinage mais que voilà c'est un processus progressif et que au fur et à mesure de cette assignation d'une identité dé viiantes on finit effectivement par se reconnaître dans un groupe de de pères avec lesquels on fabrique une sous-culture une sous-culture des viandes donc cette fameuse culture de rue qui a été aussi travaillé par David lepout Philippe Bourgois qu'on est déviant vis-à-vis de la société dominante mais vis-à-vis de du groupe on n'est pas on obéit
à des normes c'est pas anomique on est d'autant plus attiré par la rue qu'on a une place fragile dans les autres cercles d'existance Isabelle Coutan mentionne le sociologue David Lepoutre qui explique bien cette notion de culture de rue dans son ouvrage cœur de B lieu à partir de la préadolescence en particulier dans les petits groupes masculins dans la tension et le regard permanent entre les grands et les petits du quartier au moment où l'avenir social s'assombit à travers la relégation scolaire cette culture de rue basée sur la réputation l'honneur le courage la virilité et la
performance permet à une partie des adolescents de retrouver une forte estime de soi à travers la réputation et le respect qu'il peuvent acquérir en quelques coup d'éclat la déviance par rapport aux normes scolaires est le premier terrain de ses exploits la rue ça apporte d'abord des raisons d'être et une existence sociale les les jeunes que j'avais rencontré expliqué queon se fait un nom dans la rue dans la sociologie de pierre bourdieux qui est la sociologie qui m'a nourr on parle aussi de capital symbolique au-delà de la question aussi des rétributions économiques éventuelles hein de on
peut aussi se faire de l'argent dans la rue mais moi ce qui m'avait frappé en discutant avec ces jeunes c'était d'abord cette existence la réputation aussi he se faire un nom j'ai pas été à l'écoleo je suis de la rue moi qu'est-ce qu'il y a qu'est-ce qu'il y a je suis ce qu'elle m'a appris moi la rue à moi elle m'a pris que tu donnes ta joue tu te fais ta mère et puis c'est tout al tu me laisses vas-y bouge il y a quelque chose qui est sûr c'est que la culture de rue c'est
quelque chose que nous on a qui permet de développer notre éego notre orgueil et et surtout d'exister on existe à travers notre famille de la rue à travers notre quartier à travers le mur qu'on tient toute la journée et c'est tout ce qu'on a c'est en fait le le nom de notre quartier c'est notre titre de propriété dans cette culture de rue il y a les amis le rap mais aussi les bagarres entre bandes entre quartiers les mises à l'amand les jeux de pouvoir entre les grandes gueules et puis le vol à l'étalage le deal
les gardes- à vue mais pendant longtemps la participation des adolescents à cette culture de rue était analysée comme étant presque toujours transitoire de manière générale euh la la délinquence entre c'est c'est associé à la jeunesse c'estd que il y a aussi tous les travaux des années 70 sur les loubars il y a c'est c'est un temps et c'est presque il y a cette idée dans les milieux populaires que pour les garçons il y a une forme de tolérance aussi en tout cas par rapport à la petite délinquance il faut bien que jeunesse se passe le
par des sports parisiens à l'heure du rock and roll ça c'est du sport remarquez que quel que soit les circonstances si on perd le nord en revanche on ne perd jamais le R et il y avait cette idée que finalement le marché du travail en tout cas dans le milieu ouvrier en général le le marché du travail assurait lui-même la conversion en fait la sortie du des bande le marché du travail le service militaire à l'époque et le mariage la mise en couple voilà il y avait une forme de de de de sortie presque spontanée
du monde des bandes pour la majorité des jeunes et l'idée aussi que le passage à l'âge adulte fait qu'on se range c'est aussi ça reste aussi malgré tout même aujourd'hui ça reste la norme en fait la plupart des jeunes en fait quand ils se projettent enfin moi quand je les interviewais sur sur la la leur projection dans l'avenir c'était avoir un travail une femme une maison une voiture et donc c'est des rêves très standardisés on va dire je voulais juste un portail avec des pointes moi je suis pas compliqué parce que j'aime bien quand des
pointes sans pointes j'aurais pas [Musique] pris ça fait patron on rentre alors ou ou là on rentre peti veranda classique mais tout ça moi je l'ai cassé mais ça fait longtemps j'ai le projet d'acheter une maison là j'ai une occasion je l'ai prise c'est pas chez mes parents c'est bien quoi le l'idée c'est c'est après c'est comment on peut on peut s'en sortir et en plus moi les années 2000 il y avait un fort chômage mais bon dans les quartiers populaires il y a toujours un taux de chômage important et en plus dans un contexte
où les emplois non qualifiés sont plutôt des emplois dans le secteur des services c'est plus compliqué parce que le monde le monde ouvriers reposait sur des valeurs de virilité qui étaient finalement très homologues avec les valeurs de virilité des groupe des bandes or dans le secteur des services c'est cont sont des valeurs qui sont contradictoires avec les valeurs de la rue non ça c'est les bas de contention ça si je l'aimis pas le sang circule mal du coup je risque de m'évanouir moi je v pas vous mettre des bas là il y a un petit
problème petit problème parce que comme je v pas le faire à un moment donné c'est faut que faut qu'on voit si Marcel si Marcel peut revenir pour pour les mettre elle parce que elle en plus comment se faire c'est comme c'est une fille et tout je sais même pas pourquoi on discute franchement je vais pas le faire même pour vous vaut mieux vous évanouir franchement à un moment donné faut on dit non on les met pas on reste là Marcel on va pas les mettre le sociologue Philippe Bourgois le résume bien le rêve macho prolétarien
de faire ses 8hur plus les heures supplémentaires tout au long de leur vie d'adulte dans un atelier syndqué à un poste difficile a été remplacé par le cauchemar d'un travail de bureau subalterne mal payé et très féminisé la la période dans laquelle les frères à tongar arrivent à l'âge adulte s'avè donc moins favorable à la sortie du ghetto il y a 5 million de chômeurs on varê on a 3 millions qui travaillent au noir tuis ce que je veux dire ça fait 8 9 10 millions il disent ce qu'ils veulent toi tu es à l'école
tu es un gentil étudiant demain tu vas sortir tu vas te retrouver chômeur à la rue sans rien tu vois ce que je veux dire et tu seras comme nous on est là dans un arrêt de bus non seulement le chômage et la désindustrialisation complique l'intégration sur le marché du travail mais leur quartier évolue s'appauvrit presque tous les blancs partent le trafic de drogue arrive l'attraction de l'argent facile est plus forte et enfin il faut mesurer aussi l'effet de l'évolution des politiques publiques qu'est-ce qui a changé dans les années 90 par rapport aux années 80
dit c'est pas la même chose de grandir dans cette destinée là en quoi ça a changé j'ai pu l'observer parce que je regardais comment vivait euh à cette époque làà mes mes grands frères ils avaient beaucoup plus accès euh aux maisons de quartier on leur donnait beaucoup plus la possibilité de monter des projets euh c'était beaucoup plus encadré on avait nous en étant encore plus jeune on avait un peu la police de proximité avec qui on faisait des sorties voilà quoi boulevard des sorties on faisait des matchs de foot donc ça créait une certaine proximité
donc ça c'était par rapport à la politique de la ville tu as connu la police de proximité toi ouais même nous on les respectait quand on les voyait des fois moi j'étais petit je caassé comme tout le monde quand on se met cassé Jean-Pierre c'est moi on s'arrêtait parce que pourquoi il y avait un respect mais nous quand on est arrivé à notre adolescence en fait tout s'est fermé tout s'est fermé donc on s'est retrouvé nous dans la rue la police de proximité s'est arrêté donc les policiers n'étaient plus ils étaient beaucoup moins proches que
que nous donc forcément nous comme on était dans la rue ben il fallait qu'on qu'on puisse défendre notre territoire puisque c'est tout ce qui nous restait puisquon nous donnait accès à rien du tout donc il a commencé à avoir des frictions avec la police c'était beaucoup plus de de répression que de la discussion ou de l'échange techniquement la police qui faisait les ti avec les jeunes dans les années 80 ce n'était pas encore la police de proximité à proprement parler qui a été instaurée en 98 et supprimée à partir de 2003 par Nicolas Sarkozy vous
nêtes pas des travailleurs sociaux organiseer un match de rugby pour les jeunes du quartier c'est bien c'est pas la mission première de la police la mission première de la police l'investigation l'interpellation la lutte contre la délinquence le contexte des années 2000 est donc défavorable pour les jeunes adultes de banlieu à tel point qu'Isabelle coutant on conclut que c'est surtout l'ascension sociale vivons qui doit être comprise comme étant une exception à la règle on en revient donc à la question de la divergence de parcours entre les deux frères qu'est-ce qui a fait la différence cette question
a justement été abordée dans le livre qu'Isabelle avait prêté à évon c'est la France des boumis sur l'histoire d'une famille issue de l'immigration algérienne et qui revient aussi sur les parcours alors là à la demande d'une sœur de la de la fille aînée dans la dans cette famille et Stéphane be mais bien en évidence les différences effectivement entre filles et garçons les les filles réussissent mieux à l'école que les garçons la disposition à la docilité euh acquise dans la sphère familiale sont transposables sur la scène scolaire et puis elles sont moins dans l'espace public les
cinq filles boui avec un père analphabè une mère qui s'est arrê en 4e les cinq filles boui vont toutes obtenir des diplômes supérieur bac + 3 bac + 4 donc ça m'a beaucoup intéressé d'une part la belle réussite scolaire de ces cinq filles et d'autre part en contraste la réussite scolaire des des garçons beaucoup moins affirmé puisque aucun des garçons n un bac général celui qui est le plus diplômé hasdin a un bac pro Mounir qui est le 3e qui en 81 il a raté son BEP et Rachid comme j'ai dit a redoublé deux fois
et s'est arrêté en fin de 4e donc il est ce qu'on appelle un non diplômé et puis aussi mais bien en évidence Stéphane be dans ce livre le lien la différence entre les les aîné et les cadets la place joue aussi on voit très bien le rôle de l'aîné en plus donc enfin les deux aînés les les les deux sœurs aînées qui ont joué un rôle effec ent de aussi de qui qui doit qui porte le projet familial et l'héritier du projet parental c'est c'est c'est plutôt l'aîné quoi il porte le projet d'ascension sociale des
parents les études sur les différences entre les aînés et les cadets sont stimulantes mais elles ne sont pas forcément éclairantes pour les frères àongars qui sont très proches en âge dans leur cas il y a surtout autre chose qui fait une différence c'est qu'ils n'ont pas la même mère quand on demande à évon de revenir sur sa trajectoire pour identifier les moments clés de bifurcation il insiste sur l'importance de l'attit et des choix de sa mère j'ai pris un peu de distance avec avec le quartier à l'été de de mes 15 ans parce que ma
maman m'avait renvoyé au Congo brzaville donc notre pays d'origine parce que je commençais à faire un peu de des bêtises et pour que je me rends compte des difficultés qu'il y avaient là-bas donc moi ça a pu faire un électrochoc en moi donc prendre un peu de distance avec le quartier me concentrer un peu plus sur l'école et et mon frère lui il a continué en fait dans cette dans dans dans cette mentalité de rue en en étant dans le quartier en travaillant dans le quartier en ayant ses amis dans le quartier donc j'allais beaucoup
plus à la bibliothèque j'étudiais un peu plus et puis ben ça m'a permis ensuite d'être de partir dans un lycée général donc j' arrivais dans un nouvel environnement un environnement que je ne connaissais pas des gens que je ne connaissais pas puisque moi tous mes amis sont partis ils ont plutôt été orientés vers le le le professionnel donc là il a fallu que je me recrée recrée un groupe que je j'ai change avec d'autres personnes qui faisaient qui étaient dans d'autres milieux sociaux qui m'ont invité chez eux ben j'explique dans le livre qu'il y a
un ami qui qui m'invite chez lui à midi pour manger donc on va chez lui et quand j'arrive chez lui je vois une grande maison alors que moi j'ai un petit appartement où on est on est 14 dans l'appartement là je vois une grande maison je vois un grand jardin je vois un frigo américain à l'époque il met son verre et puis il y a des glaçons qui tombent qui tombent dans son verre et c'est à partir de là où je commence à m'interroger je lui pose la question mais qu'est-ce qu'ils font tes parents c'est
là où il me dit ouais c'est un entrepreneur juriste donc dans ma tête je commence à me poser les questions je me dis ok donc ça veut dire si je fais ce métier là je vais pouvoir moi avoir la même chose donc c'est des interrogations comme ça des qui me permettent derrière de de de de me concentrer un peu plus sur les sur sur l'école et puis j'ai rencontré aussi des des professeurs qui av qui qui qui m'ont toujours dit que ben j'avais un peu de facilité qu'il fallait que j'ai j'essaie d'aller un peu plus
loin donc à partir de là ben j'essayé de comprendre un peu de me rapprocher de ceux qui avaient les meilleures notes dans la classe et qui derrière m'aident en permanence pour pouvoir faire les devoirs et cetera et cetera mettre à distance la rue ça représentait évidemment un gros effort personnel qui lui a permis d'aller dans un lycée général puis de faire 2 ans d'cogestion à l'université mais il n'aurait pas pu y arriver tout seul ses professeurs l'ont encouragé il a trouvé un ancrage dans d'autres groupes d'amis au lycée et encore une fois sa mère l'a
aidé à résister à la force de rappel de la culture de ruche Yvon raconte une anecdote pour l'illustrer j'étais dans dans dans dans ma chambre et j'ai des amis qui viennent me chercher à la maison et c'est ma maman qui ouvre la porte et quand elle voit les amis elle sait que je suis en train de faire mes devoirs j'étais à la fac et elle leur dit non il vont il est pas là ben ils sont partis ils ont fait un braquage ils ont pris 8 à 10 ans de prison donc tous ces éléments là
à un moment donné ça fait un un électrochoc en moi en me disant mais là tu as encore une chance et ben essae de pousser un peu plus loin et ensuite au moment où Jospin était premier ministre il y a eu les emplois jeunes donc j'étais emploi jeune aide éducateur dans un collège de viler le Belge et et à partir de là ben il y a eu l'opportunité de la SNCF qui ouvrait en fait la possibilité à la diversité de de rentrer à SNCF et moi pour moi c'était une occasion de pouvoir avoir un travail
stable et et de pouvoir par la suite construire ma vie c'est là qu'on voit que les politiques publiques même celles qui ne transforment pas les choses en profondeur elles ont quand même une influence sur la vie des gens on l'a vu avec la suppression de l'approche préventive dans la police mais aussi la création des emplois jeunes en 97 ou encore les politiques de recrutement de la SNCF dans les quartiers populaires dans le milieu de la SNCF je rencontre pas mal de personnes qui m'expliquent comment qui me pose la question notamment un plus ancien que moi
qui me dit tu es en CDI pourquoi tu es pas en propriétaire j'ai dis mais j'ai pas d'argent il me dit mais non mais tu as un CDI donc tu as de l'argent et c'est là où en fait il m'explique comment investir dans l'immobilier donc là j'achète mon premier appartement ensuite je fais construire ma maison mais c'est toujours en fait en rencontrant des personnes comme ça qui me guident et qui me qui m'ouvre une petite porte et puis je découvre un un autre monde et aujourd'hui ben ça je peux le transmettre directement à mes enfants
et je vois le résultat tout de suite dans mes enfants qui eux gagnent énormément de temps dans dans dans la vie par rapport à par rapport à moi d'où je viens et où j'en suis aujourd'hui ma fille a fait des des études en commerce international actuellement elle est en elle est en Thaïlande en stage en entreprise elle étudie le mandarin voilà mon fils il est premier de sa classe ce que je trouve frappant quand j'entends Yvon livrer son récit c'est à quel point son travail avec Isabelle l'a amené à une grande réflexivité sur son parcours
et ça rappelle que la sociologie est une sciences social que l'on peut s'approprier qui permet de faire ce que Bourdieu appelle une socioanalyse dans laquelle on prend conscience des déterminations sociales qui nous amène là où on est en tout cas quand on travaille sur des sujets comme les miens et notamment voilà j'ai passé plusieurs années à travailler sur les quartiers populaires c'est c'est important pour moi que que ça fasse que ça puisse aussi faire sens pour les populations concernées parce que la sociologie elle peut avoir une fonction émancipatriste c'est aussi la question de la psychanalyse
hein c'est que c'est en comprenant ce qui nous agit c'est en comprenant les déterministes qu'on peut un tout petit peu acquérir la liberté et s'émanciper comprendre les déterminismes sociaux fait aussi que ça peut décupabiliser et se rendre compte de la limite de la de nos marges de manœuvre voilà exactement c'est ça et c'est à travers tous ces concepts en fait toutes ces ces analyses qui sont en fait qui me permettent de de derrière de comprendre que c'est pas totalement de ma faute parce que je le prenais quand même pour moi qu'est-ce qui fait que je
n'ai pas pu sortir extirper mon frère de mon petit frère de la rue donc ça m'a permis moi à travers la Poste face et à travers le travail que j'ai fait avec Isabelle de comprendre qui j'étais pourquoi j'avais ce besoin de ne pas trahir le quartier pourquoi j'avais toujours le besoin de d'avoir cette cette ascension effectivement cette ascension soci sociale mais sans sans pour autant me couper du quartier toujours revenir monter cette association puis j'essaye à travers l'association de transmettre un peu aux petits frères petites sœurs du quartier pour que eux aussi essayent de gagner
du temps sur la vie et qu' qu'ils évitent de faire les les mauvaises rencontres et les mauvaises de prendre les mauvaises habitudes il n'existe pas de recette miracle pour quitter le ghetto l'entrée dans la vie professionnelle et conjugale ne permet plus aux jeunes de sortir naturellement de la culture de rue ce qui est sûr c'est on nen sort pas seul il faut être soutenu par ses parents faire de bonnes rencontres avec des professeurs des amis des collègues et surtout il faut que les institutions publiques qu'elles soient scolaire policière ou culturel jouent leur rôle Yvon ne
pouvait pas à lui tout seul sauver son frère et s'il a réussi à quitter le ghetto il lui reste une préoccupation celle de ne pas le trahir en aidant les autres petits frères à gagner du temps sur la [Musique] vie pour aller plus loin mes sources sont en description et pour garder les idées larges il y a d'autres épisodes à bientôt