Nous sommes en France, en juin 2021. Depuis quinze mois, le pays a connu des confinements, des couvre-feux, des restrictions de déplacements. Comme ailleurs à travers le monde, des pans entiers de l'économie ont été mis à l'arrêt, en particulier dans le secteur de la culture, de la restauration, du divertissement.
Mais alors que l'été approche, la pression se lève légèrement : les restrictions sanitaires semblent sur le point d'être très allégées, les déplacements vont redevenir possibles. Le beau temps ramène avec lui l'espoir des vacances. Ancrées dans nos habitudes depuis maintenant près de deux siècles, les vacances sont largement synonyme de départ et de tourisme – même si en 2019, près de 40% des français ne sont pas partis par manque de moyens.
Avec cet été 2021, nombreux sont ceux qui espèrent goûter un peu à la « vie d'avant ». Pour le géographe Rémi Knafou, de l'Équipe MIT (Mobilité, Itinéraires, Territoires), l'avènement du tourisme est ainsi « la révolution dont on ne parle pas » (Tourismes, Lieux Communs, 2002). En s'affirmant toujours davantage, le tourisme a bousculé les habitudes, les représentations, les paysages, les cycles économiques, les structures sociales.
Pourtant, malgré son poids certain sur nos vies, le « phénomène tourisme » est très récent dans l'histoire de l'humanité. A l'aube de l'été, il semble intéressant de se pencher un peu sur ses origines. Commençons par une bonne vieille généralité : « DE TOUS TEMPS, LES INDIVIDUS ONT VOYAGE ».
Les récits antiques ou médiévaux comme L'Odyssée, L'Enéide, le voyage vers l'Ouest du roi-singe, le Kalevala finnois, sont autant de preuves littéraires que l'idée de voyage n'est pas récente. A cela, il faut ajouter les grandes campagnes de conquêtes, comme celle d'Alexandre le grand à travers tout le Moyen-Orient et l'Asie Centrale, ou bien la vague mongole qui a, tout de même, submergé 15% des terres émergées et mis en contact des dizaines de peuples et de cultures. Par ailleurs, les marchands, les diplomates, les hommes de lettres, les espions ou encore les pèlerins ont régulièrement parcouru le monde, que ce soit pour en découvrir les merveilles, mais aussi pour les décrire ensuite et diffuser ce savoir dans leurs régions d'origines – au risque de déformations, comme on l'avait évoqué dans le double épisode sur les légendes du Prêtre Jean.
Mais, jusqu'à la fin du XIXe siècle, si tout cela existait, on ne parlait pas de tourisme, car le but du voyage n'était quasiment jamais de s'évader, d'expérimenter la différence, de jouir d'une forme de divertissement capable de rompre ponctuellement le quotidien vers lequel l'individu reviendrait inéluctablement. Aussi, le tourisme tel qu'on le connaît aujourd'hui est à la fois une cause et une conséquence de la forme la plus récente et la plus aboutie de la mondialisation. C'est d'abord la colonisation européenne, puis les rapports économiques qui en ont découlé, qui ont renforcé les liens entre les pays du monde.
Par le biais d'alliances politiques et financières entre États se sont dessinés les premiers liens de tourisme. Ainsi, dès les années 1870, Thomas Cook propose un tour du monde à sa clientèle londonienne, en s'appuyant sur le réseau mondial que constituent les comptoirs commerciaux et coloniaux de l'empire britannique. Depuis le XIXe siècle, de nombreux progrès techniques ont permis d'amplifier largement la circulation des personnes.
La révolution des transports, notamment, a permis une contraction exceptionnelle de l'espace-temps : on a l'impression que les régions lointaines sont plus proches, à seulement quelques heures d'avion. Cette situation a permis, dans les dernières décennies, une diffusion du tourisme jusqu'aux marges de monde habité : on a vu apparaître des hôtels dans des recoins longtemps inaccessibles ou des excursions en immersion parmi des peuples isolés. .
. et des entrepreneurs comme Jeff Bezos ou Elon Musk en sont même à planifier le tourisme spatial ! Mais la pratique touristique, si commune aujourd'hui, s'est développée dans le temps long.
En tant que tel, le mot « touriste » apparaît en 1800 dans la langue anglaise, en 1803 en français et en 1875 en allemand. En mandarin, la langue officielle de la Chine, le terme existe seulement depuis le début du millénaire. La chose est révélatrice, parce que l'apparition du mot marque la naissance de la pratique touristique dans un pays, ainsi qu'un développement suffisamment important pour qu'il devienne nécessaire de la qualifier clairement.
Mais avant d'aller plus loin, commençons. . .
par le commencement. Le Grand Tour est une pratique courante courante de la gentry anglaise, c'est-à-dire de la petite noblesse, à partir du XVIIe siècle. Ce voyage à travers l'Europe devient rapidement une exigence sociale pour que les nobles apprennent d'autres langues (le français et l'italien, notamment), acquièrent une certaine connaissance du monde et, le cas échéant, mettent en place un réseau de connaissances qui pourrait leur servir plus tard.
Par ailleurs, le « loisir cultivé », hérité de l'otium des latins, demeure la norme pour occuper son temps. Pour les représentants des classes aisées qui s'y adonnent, le loisir est alors un travail en soi : on s'abandonne à une œuvre charitable, à un travail intellectuel, à l'écriture d'un roman ou de poésie, … Le voyage lui-même, hors du grand Tour, est une excuse pour gagner en culture : les ruines antiques, par exemple, ont un charme certain mais constituent surtout un lien avec un passé fantasmé qu'il s'agit de redécouvrir et de s'approprier. Dans ses « Mémoires d'un touriste » publiées en 1838, Henri Beyle, plus connu sous son nom d'auteur de Stendhal, explique la transformation du Grand Tour au XIXe siècle.
Il écrit notamment que les villes deviennent particulièrement attractives pour ceux qui recherchent l'accès à culture et la sociabilité tandis que, à l'inverse, les peintres et les artistes recherchent plutôt l'isolement et le contact avec la nature. Parti à Florence et subjugué par la cité des Médicis, l'écrivain raconte même qu'il est tombé malade pendant plusieurs jours lorsqu'il a entrepris son retour vers la France. Il définit ainsi le « syndrome de Stendhal » : une expérience de voyage si enivrante qu'elle laisse des traces sur celui qui a pu la vivre.
Et à l'inverse, il existe un « syndrome de Paris », qui décrit la déception de certains touristes asiatiques qui découvrent la réalité parfois peu reluisante de la capitale française alors que l'image qu'ils en avaient était bien plus lumineuse et romantique. Je ne ferai pas davantage de commentaire à ce sujet ! Jusqu'au XIXe siècle, la différence avec le tourisme contemporain touche donc aux objectifs et aux personnes concernées.
En effet, le tourisme d'aujourd'hui n'a pas avant tout un but éducatif et ne concerne plus seulement les élites. De nouveaux lieux touristiques vont émerger au fil des années. Moins marqués par la culture classique, ils vont susciter d'autres sources d'intérêts et voir, de décennie en décennie, la dimension éducative perdre en importance.
Par exemple, au XVIIIe siècle, le physicien Horace Benedict de Saussure a, pour effectuer une série de relevés scientifiques, organisé une grande expédition afin d'escalader le Mont-Blanc. Ses résultats ont été publiés dans son ouvrage « Les Voyages dans les Alpes », en 1779. Mais davantage que l'aspect scientifique, son travail a surtout contribué à la renommée des massifs alpins, et donc au développement du tourisme de montagne.
Enthousiasmés par les descriptions de Saussure, Jacques Balmat et Michel-Gabriel Paccard sont les premiers à effectuer l'ascension du Mont-Blanc en 1786, inaugurant la pratique de l'alpinisme. Proche dans l'espace mais sur un tout autre plan, on peut se pencher sur le cas du tourisme balnéaire, c'est-à-dire le tourisme de plage. En 1836, Lord Henry Brougham se rend en Italie durant son Grand Tour, mais doit rebrousser chemin à cause d'une épidémie de choléra.
En raison des quarantaines et des difficultés du voyage, il est obligé de rester à Cannes qui n'est, à l'époque, qu'un petit village provençal sans aucune renommée. Mais Lord Henry est subjugué par la nature locale, les paysage et le mode de vie de la région. Faisant rimer culture avec nature, il décide de s'y installer.
Par ses lettres et allers-retours enthousiastes en Grande-Bretagne, il a largement participé au lancement touristique de la Côte d'Azur. Toujours sur les littoraux, le médecin britannique Richard Russel a pris l'habitude, au XVIIIe siècle, d'envoyer ses patients à Brighton pour respirer l'air marin, multiplier les promenades et donc se refaire une santé. Il a ainsi contribué à la renommée touristique de la région.
. . et initié une tradition touristique qui allait vivre plus d'un siècle : le modèle thérapeutique.
En 1988, l'historien Alain Corbin publie l'un de ses ouvrages majeurs : Le territoire du Vide. Il y considère, non sans raison, que le voyage pour raison médicale a constitué une pratique fondatrice du tourisme. Pratique dominante de la fin du XVIIIème au début du XXème siècle, la retraite médicale a d'abord été concentrée sur les côtes, puis s'est ensuite étendue aux espaces de haute montagne.
Des territoires comme la côte provençale (on a évoqué Cannes), la Normandie (citons l'exemple de Deauville) ou le pays basque ont vu émerger leur industrie touristique à cette époque. Par exemple, l'auteur de Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, a fait construire sa maison près des sources thermales de Cambo-les-Bains, où il a fait descendre de nombreux amis de l'élite intellectuelle parisienne, qui ont a leur tour apprécié la région et se sont installés, notamment, à Biarritz, qui avait déjà attiré la petite famille de Napoléon III quelques temps plus tôt pour les vertus de son climat. Ces healthy places, deviennent ainsi, au XIXe siècle, des lieux importants dans les pratiques médicales, puis sociales des élites.
La création de bâtiments dédiés à la fois à l'hébergement, aux soins, à la distraction de ces voyageurs ponctuels ou saisonniers, sur plusieurs semaines et pas uniquement pour quelques jours, est un phénomène novateur pour l'époque. Les espaces sont également réaménagés, comme la promenade des anglais à Nice, qui permet de profiter du paysage durant une ballade tranquille, tandis que les jetées de Brighton Pier au Royaume-Uni voient s'élever une grande roue ou même l'une des premières montagnes russes. Le facteur thérapeutique, présent au déclenchement du processus touristique, demeure central jusqu'au XXe siècle, mais s'accompagne aussi d'ambitions esthétiques pour la découverte des paysages, sociales pour les échanges entre pairs que permettent ces retraites loin des grandes villes, et urbanistique puisqu'il faut bien rendre accessible ces petits paradis si éloignés des centres urbains !
A partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, on peut donc commencer à parler de certains de ces lieux, suffisamment attractifs et développés, comme des premières véritables stations touristiques. Au tournant du siècle, les premiers campings apparaissent, tandis que les pouvoirs publics lancent les premières politiques d'encadrement et de moralisation du tourisme – et des touristes issus des classes populaires. Pour les pouvoirs publics, il s'agit alors de ne pas lâcher des hordes de sauvages à travers le pays, et d’éviter que les afflux de touristes ne causent des troubles.
L'activité devenant de plus en plus identifiée, certaines entreprises ferroviaires puis automobiles créent des guides touristiques, censés orienter les touristes vers les meilleures destinations, et par les meilleurs chemins : c'est le cas notamment du célèbre Guide Michelin, qui trace les itinéraires, puis se met à noter les hôtels et les restaurants. Cet état de fait amorce une bascule vers une conception plus approfondie du tourisme, désormais perçu comme une véritable activité économique. Ce qui va conduire à une massification des pratiques et une transformation profonde des espaces.
La raison purement thérapeutique va progressivement laisser la place au besoin de détente en lui-même : « C'est parce qu'une pression inédite s'est progressivement imposée sur le quotidien des européens qu'une nécessité s'est fait sentir d'inventer une nouvelle logique dans les usages du temps. Ainsi sont nés et se sont développés les loisirs, jusqu'à devenir un motif central de notre ère contemporaine ». A partir des années 1930, un changement assez profond s'opère dans la fréquentation des espaces : les bords de mer prennent le pas sur les collines, la chaleur balaie la fraîcheur.
L'heure est à la baignade explicite (sea), à la farniente allongé sur la plage (sand) aux corps qui se dévoilent progressivement (sun). En 1962, le sociologue Joffre Dumazedier est revenu sur cette évolution, dans son ouvrage Vers une civilisation du loisir ? .
Dans une société industrielle où le travail est un automatisme, parfois une souffrance physique ou morale, les individus ont ressenti un besoin irrépressible de rupture avec leur quotidien, l'appel d'un Ailleurs qui pourrait à la fois répondre à leur besoin de récréation et de re-création. En France notamment, avec la généralisation des congés payés après l'élection du Front Populaire en 1936 puis avec la 3e semaine de congés acquise en 1956, les eaux chaudes, le sable et le soleil deviennent les nouveaux emblèmes d'un tourisme qui devient accessible au plus grand nombre. Les congés sont rapidement assimilés au départ, à l'éloignement physique et géographique du quotidien, donc au voyage, puis finalement au tourisme consumériste que l'on connaît si bien aujourd'hui.
Cette nouvelle forme de tourisme, davantage oisive et populaire, a émergé en trois temps : Acte 1 : Hawaï et sa célèbre plage de Waïkiki. Là, le journaliste américain Jack London découvre la pratique du surf, le ciel éclatant, les eaux turquoises, l'attitude détendue et les corps bronzés et sportifs des insulaires. Dans son livre La croisière du snark, publié en 1911, il en dresse un portrait fasciné qui va, à son tour, intriguer la population américaine.
Moins poétique, l'Acte 2 n'en est pas moins fondamental : il s'agit de la démocratisation de la voiture et de l'élaboration d'un réseau routier plus dense, qui permettent à une part plus grande de la population d'aller chercher son petit coin de paradis lorsque vient l'été. Aux Etats-Unis, pays pionnier de ce tourisme nouveau, les premières highways relient ainsi la Nouvelle Angleterre et la Floride dès les années 1920. Le fait que, après les deux guerres mondiales, les côtés ensoleillées des Caraïbes, de la Californie et de Hawaï aient été les lieux de convalescence privilégiés des soldats blessés a également participé à ancrer dans les meneurs l'idée que ces espaces étaient idéaux pour la détente et le divertissement.
L'Acte 3, enfin atteste la mondialisation du phénomène touristique : il est marqué par l’œuvre Tendre est la Nuit de Francis Scott Fitzgerald. Publiée en 1934, l'auteur y raconte ses années d'expatriation sur la côte d'Azur, où il côtoie à la fois les locaux, les élites françaises descendues depuis Paris, et les anglais qui ont pris leurs habitudes dans la région. Tous, déjà, partagent les mêmes occupations, les mêmes divertissements dans ces espaces tout entiers modelés, d'année en année, pour répondre aux attentes des touristes qu'ils sont : les sports, les jeux, les activités de détente, la restauration, … Et tout ce microcosme n'a pas fini de se développer et de se concentrer.
Passées les années 1950, le tourisme devient si généralisé, si lucratif, que ses promoteurs embrassent sans hésiter le gigantisme. . .
et le all-inclusive. Comment mieux comprendre la démesure du tourisme qu'en allant. .
. à Las Vegas ? Simple ville-étape sur la route Est-Ouest traversant les montagnes, la législation bienveillante des autorités a permis d'y implanter subitement une myriade de casinos et d'hôtels, transformant le bourg isolé en mégalopole inattendue où se mêlent loisirs, sociabilité et extravagance.
On peut dire que Vegas est littéralement « née du jeu » et que ses promoteurs ont cherché, très vite, à faire de chaque casino un havre autonome, dont le touriste n'a nul besoin de sortir pour assouvir ses besoins, qu'ils soient en divertissement, en nourriture, en repos ou en rencontres. C'est le tout-compris, le all-inclusive. « Les marchands sont entrés dans le temple du loisir.
Ils s'y sont installés et s'y sont montrés fort inventifs. » Emmanuelle Loyer, 2017 Dans un genre légèrement différent, les parcs à thème fonctionnent sur le même principe. Ils constituent un espace fermé dans lequel tout est à portée de main : restaurants, hôtels, attractions.
Paradoxalement, cet espace de détente et de liberté est un environnement marqué par les restrictions : l'offre des magasins est drastiquement encadrée, l'espace est morcelé en environnements thématiques, les déplacements et les files d'attentes sont codifiés. Lieux de la joie et de l'amusent permanent (au risque d'une crispation faciale, j'en conviens), tout y est fait pour dépayser sans déstabiliser, renvoyer au touriste un maximum de représentations joyeuses et positives – ce qui le met en condition favorable pour céder à la consommation et à la dépense. Cet encadrement, parfois jusqu'à l'absurde, culmine avec la « formule club » des villages-vacances, comme le Club Méditerranée, fondé en 1950.
Le temps y est organisé selon les activités, les excursions, les heures de départ, d'arrivée, de repas. Le dépaysement et le relâchement des mœurs sont garantis, l'amusement et l'aventure mis en scène, le rythme intense assuré comme à l'usine. D'autres formes touristiques continuent toutefois d'exister en parallèle des grosses machines industrielles.
L'avènement du low cost au tournant des années 2000 a permis l'apparition des courts séjours qui paraissent abolir les distances. C'est le fameux « week-end à Rome » chanté par Étienne Daho. [noir, pas de musique] Ne me demandez pas d'où vient cette référence, merci.
[fin] Dans la même veine, le tourisme thérapeutique a évolué en tourisme médical : partir deux semaines à l'étranger pour recevoir des soins ou être opéré à moindre coût, ou dans de meilleures conditions. Un tourisme « responsable » est également apparu, notamment à travers des expéditions dans lesquelles l'objectif est autant de voyager et de découvrir une région que d'aider les populations et de se découvrir soi-même. Mais pour le sociologue Rachid Amirou, il s'agt là de l'ultime tromperie !
Il parle ainsi d'une construction exotiques de la pauvreté comme gage d'authenticité. C'est vous dire à quel point il est peu emballé par la formule. En lien avec ce paradoxe, les géographes ont établi la catégorie dite du « dark tourism » : les séjours organisés ou guidés dans les espaces de grande pauvreté, voire de violence, comme dans les favelas de Rio de Janeiro, ou dans les lieux morbides Par exemple, visiter Auschwitz peut relever du tourisme mémoriel : se rappeler ou appréhender les horreurs commises par le régime nazi.
C'est une forme de voyage en soi, qui n'a rien de condamnable. Mais le même voyage à Auschwitz peut bien constituer un petit shoot d'adrénaline pour ceux qui voudraient simplement voir un lieu où se sont déroulés des atrocités, ce qui est subitement bien moins nobles sur le plan moral. Ce qui correspond pourtant à une même réalité de voyage n'est pas à une même expérience vécue.
On en revient alors à l'origine même du principe du tourisme : voyager pour être coupé de son quotidien, et expérimenté la différence. Le tout reste de savoir de quelle expérience on veut. .
. Aujourd'hui, ou en tout cas jusqu'à l'apparition du Covid-19, les sociétés d'Europe et d'Asie, mais aussi les élites internationales en général, ont permis l'avènement d'une nouvelle étape de « touristification » : un tourisme de masse omniprésent dans l'espace et diversifié dans les pratiques. Jusqu'en 2019, les professionnels du loisir mais aussi les sociologues et les géographes voyaient l'émergence d'un bloc asiatique demandeur de voyage, à tel point que la consommation touristique de l'Asie commençait à rattraper le bloc américain.
Le bloc européen, lui, ralentissait, alors qu'il avait longtemps dominé le paysage touristique. L'augmentation exponentielle des quantités de touristes, et le fait que cet été 2021 voie la relâche des restrictions sanitaires et une envie généralisée de « revenir à la normale » et donc à la reprise des voyages et des divertissement « d'avant », pérennise le constat du géographe Michel Lussault : le touriste est devenu un « genre commun ». Pourtant, la récente (et encore en cours) crise sanitaire du covid-19 a rebattu les cartes.
Le tourisme international a été subitement stoppé, tandis que le tourisme national, en France, a été très fortement ralenti, jusque dans les secteurs annexes comme la culture et la restauration. Dans une partie conséquente de l'opinion publique, il devient désormais courant de lire et d'entendre que l'on ne voyagera plus comme avant, que le tourisme de masse n'est plus valorisé ou même désirable, de par les risques de santé qu'il pose, mais aussi en raison de son coût environnemental. Pourtant, l'industrie n'a pas eu le temps de se retourner.
Dans certains pays, elle pèse même pour une part importante de la richesse et des emplois – c'est le cas en France, par exemple. Nous sommes en juin et, j'en suis sûr, nombre d'entre vous ont déjà reçu la newsletter d'un voyagiste alignant les offres promotionnelles et célébrant le retour des vols longs courriers, ou bien vu des affiches placardées dans les rues des villes, comme si la mondialisation touristique s'apprêtait à relancer sa machine, exactement comme avant : massive, attractive, rassurante. Sur cette chaîne, il n'y a aucun devin.
A l'inverse, notre truc, c'est plutôt de regarder en arrière. Aussi, je ne ferai aucune prédiction tarabiscotée quant à l'avenir du tourisme, dans son ampleur ou dans ses formes. J'espère, en revanche, que cette vidéo vous aura donné des éléments de réflexion utiles pour appréhender cet été et les suivants.
Je vous souhaite de bien profiter et de prendre soin de vous. Et en attendant, je vous dis à la prochaine !