Une étrange épidémie commence à décimer les archéologues et leurs proches. Le chercheur Hugh Evelyn-White, le professeur Lafleur, le demi-frère du Lord Carnarvon, le gouverneur de la province, mais aussi le radiologiste Archibald Douglas Reed, le millionnaire George Gould ou encore, le secrétaire particulier de Carter. En tout, plus d’une vingtaine de personnes frappées de divers maux : insolation, pneumonie, infection, démence, accident… avec un point commun : avoir approché la momie de Toutânkhamon.
Chaque nouvelle disparition fait les gros titres. Cinéastes et romanciers se saisissent à leur tour de l’histoire. Et les journaux d’évoquer des gaz radioactifs, des bactéries mortelles, des piqûres d’insectes empoisonnées ou des incantations maléfiques.
Depuis la fin du 19e siècle, les momies ne cessent d’être invoquées dans notre imaginaire collectif comme des êtres vengeurs, détruisant tout ou presque sur leur passage afin de punir ceux qui auraient osé troubler leur tombe ou pire, leur repos millénaire. Cette perception est tellement dans notre imaginaire collectif que le cinéma et la littérature en perpétuent toujours l’image. Mais d’où vient cette interprétation ?
Comment et pourquoi s’est-elle cristallisée dans la culture populaire ? Comment ? Allez, aujourd’hui, à l’Histoire nous le dira, la malédiction des momies Egyptiennes.
Il est courant de considérer que la diffusion de la culture pharaonique s’est éteinte progressivement dès la mise en place du protectorat Romain en 30 av. notre ère, soit, suite à la défaite de Cléopâtre et de Marc- Antoine contre Auguste lors de la bataille d’Actium. Toutefois, si la disparition du modèle politique pharaonique tend inexorablement à s’effriter jusqu’au dernier feu de la période Romaine, qu’en est-il des pratiques funéraires et de la culture religieuse de l’Égypte ancienne?
La culture religieuse de l’Égypte s’est éteinte après l’édit de Théodose au 4e siècle de notre ère, édit interdisant les cultes païens. Toutefois, un temple est autorisé à demeurer en activité malgré cet édit. Il s’agit du temple de Philae qui fonctionne jusqu’au 6e siècle de notre ère.
Le temple est ensuite transformé en église copte. En effet, les Nubiens ont bénéficié d’une exemption et ont pu continuer à pratiquer le culte d’Isis, au temple de Philae. D’ailleurs, la dernière inscription hiéroglyphique connue date également du 6e siècle de notre ère.
Par conséquent, on comprend qu’au moins jusqu’au 4e siècle de notre ère, la religion Égyptienne va demeurer active pour s’éteindre définitivement au courant du 6e siècle. Mais qu’en est-il de la pratique de la momification ? Est-ce qu’elle va s’éteindre simultanément avec la religion Égyptienne ?
En fait, la momification est une pratique qui va perdurer jusqu’aux invasions Arabes au 7e siècle de notre ère et à l’arrivée de l’Islam en Égypte. La momification est alors interdite et condamnée par les nouveaux dirigeants de l’Égypte. Les Coptes continuent donc à pratiquer la momification, bien que celle-ci soit faite de manière différente : les corps ne sont pas enduits d’essences diverses ni ne sont éviscérés.
Petite énigme qui peut être intéressante : Comment les égyptologues distinguent les momies de la période pharaonique de celles de la période copte ? À l’odeur! Les momies pharaoniques étaient enduites d’huiles, d’onguents, en plus d’être ôtées de leurs viscères, contrairement aux momies coptes - ça veut dire qu’il y en qui puent plus que les autres, je vous laisse deviner lesquels - Avant toute chose, quelques notions de vocabulaire.
D’où vient le mot momie ? Que veut-il dire ? Le nom momie vient du terme arabe mūmyāʾ, dérivé plus tard en latin médiéval en mummia.
Le terme désigne une des substances dans laquelle étaient baignées les momies, substance composée de bitume, donnant souvent une couleur noire, presque charbonneuse à de nombreuses momies. Le terme mummia est utilisé par les Arabes pour nommer la poudre issue de momies Égyptiennes qui étaient broyées et utilisées dans des remèdes médicinaux. Vous irez voir, j’ai fait une capsule là-dessus.
On croyait à l’époque que cette poudre avait le don de guérir de nombreuses maladies : céphalées, nausée, paralysie, maux de gorge, fractures, tuberculose, etc. , en plus d’être bon engrais - oui, ça guérit, puis ça fait pousser les plantes - Le remède est introduit en Europe au retour des croisades. Cette poudre est alors si prisée qu’il se développe, au 15e siècle, un commerce des momies Égyptiennes dans le but de produire des baumes de momie et de la liqueur de momie aux vertus curatrices.
Puis, au 16e siècle, les momies sont en poudre pour servir à créer un nouveau pigment utilisé autant pour les teintures en textile que pour la peinture à l’huile : le brun momie. Le brun momie existe encore aujourd’hui, mais n’a de momies que le nom, je vous l’assure. On comprend dès lors que les momies ne sont jamais vraiment disparues du paysage.
On va oublier cependant les raisons qui vont mener les anciens Égyptiens à momifier leurs défunts, mais on va garder la connaissance de leur existence tout en leur conférant une utilité. Si au cours des 15e et 16e siècles, le trafic de momie était connu, reconnu et même répandu, les momies n’en étaient pas pour autant exposées à l’œil des curieux. La naissance des cabinets de curiosité entre les 16e et 17e siècles va mener les explorateurs à ramener quelques momies, qu’ils exposèrent ensuite dans leur cabinet.
S’organisent alors des soirées où les momies étaient démaillotées publiquement, puis brûlées comme du bois de chauffage. Les momies de chats étaient particulièrement prisées pour cette fonction et vont constituer plusieurs tonnes de bois de chauffage à l’époque Victorienne. Il existe d’ailleurs une « légende urbaine » qui circule au sujet du roi Charles II en Angleterre.
On raconte que le roi ne sortait jamais sans s’être saupoudré de poussière de momie, qui, pour lui, représentait un gage de protection et de grandeur. Néanmoins, si l’histoire est connue, il ne nous a pas été possible de remonter à la source quant à son authenticité. Cependant, cette histoire traduit bien l’idée du symbolisme de la momie.
La momie, comme objet d’étude, a fait son apparition en Europe entre la fin du 18e et le début du 19e siècle. Le déclencheur de ce phénomène est la campagne de Napoléon Bonaparte en Égypte entre 1798 et 1801. Cette campagne participe à l'essor d’un mouvement artistique qui se répand en Europe et aux États-Unis : l'Orientalisme.
L’essor de l’orientalisme au 19e siècle comme mouvement artistique est lié aux bouleversements politiques que connaît l’Orient tout au long du siècle, avec l’expansion du colonialisme Européen et le lent effondrement de l’Empire Ottoman. Lors de l’expédition d’Égypte, des artistes accompagnent le général Bonaparte. Lui-même imprégné de l’Orientalisme diffus des Lumières, il souhaite que l’expédition d’Égypte ne soit pas une simple campagne militaire, mais une véritable expédition culturelle et scientifique.
Le baron Vivant Denon, considéré comme l’un des fondateurs de l’Orientalisme, accompagne Bonaparte en Égypte où il fait de nombreux croquis des sites archéologiques visités. Son ouvrage Voyage dans la Basse et la Haute Égypte, publié en 1802, est l’un des premiers d’une longue série de voyages en Orient par les artistes Européens, peintres ou encore écrivains. C’est durant cette campagne que l’armée Française découvre la Pierre de Rosette.
Nous sommes le 15 Juillet 1799, dans le fort de Rosette. C’est le premier document trilingue mis au jour : copte, démotique et hiéroglyphe. Il va susciter l’intérêt de toute la communauté savante Européenne, et les estampillages circulent un peu partout.
La France, défaite par l’armée Anglaise en 1801, devra céder cette trouvaille aux Anglais, qui se l’approprient en tant que butin de guerre, d’où la raison pour laquelle vous pouvez la voir aujourd’hui au British Museum à Londres. Si le texte Grec est le plus rapide à être traduit, dès 1803, il faut attendre Septembre 1822 pour que le texte hiéroglyphique le soit par Champollion. La traduction des hiéroglyphes achève de donner naissance à la discipline égyptologique.
Parallèlement à la naissance de l’égyptologie en tant que discipline scientifique, l’engouement suscité dans la société par la traduction des hiéroglyphes est tel, qu’un nouveau courant se propage, issu de l’orientalisme et de l’Égyptologie, soit : l’égyptomanie. Art, architecture, littérature, décoration, peinture, rien n'échappe à la vague de l'égyptomanie. Tout au long du 19e siècle, l’égyptologie et l’égyptomanie coexistent.
Toutes deux sont friandes d’une activité en particulier : le démaillotage de momie. L’une dans le but d’étudier le corps et la manière dont la momification était effectuée, et d’étudier les objets ornant les défunts, leurs symboliques autant que leur emplacement. L’autre, pour découvrir parmi les bandelettes, des petits trésors et soumettant leurs corps desséchés aux regards d’une curiosité macabre.
Tandis que les institutions scientifiques émergent, dotant la discipline de structures et de méthodologies, la littérature devient, quant à elle, un des médiums favoris de l’égyptomanie, et sert notamment à la diffusion d’une image de la momie, miroir par lequel valeurs morales et regard critique sur la société transparaissent. C’est le cas de la courte nouvelle écrite en 1845 par Edgar Allan Poe, intitulée Some Words with a Mummy, Petite conversation avec une Momie. Il existe tout un contexte social qui accentue les raisons de l’engouement des Britanniques, de l’époque Victorienne, sur ces macabres passions.
Les cimetières débordent et les corps sont souvent entassés dans des fausses, dans les grandes villes industrielles, il y a même des cercueils qui sont défoncés pour faire de la place dans les cimetières. Tout ça augmente l’insalubrité du lieu et la propagation de maladies. Ainsi, l’image de corps préservés de la putréfaction et de la destruction depuis des millénaires fascine et intrigue, d’autant que souvent de précieux objets les recouvrent.
Si la traduction de la Pierre de Rosette en 1822 marque la naissance de l’égyptologie, la découverte de la Cachette de Deir el Bahari en 1891 la consacre comme discipline scientifique à part entière, grâce à la découverte très médiatisée de momies royales, dont celles de Ramsès II et de son père Séthi Ier. Cette découverte d’une quarantaine de momies royales entreposées dans la TT320 relance en outre l’engouement égyptomaniaque dans l’Europe. Les momies sont alors exposées dans des musées, notamment au musée Boulaq, qui deviendra le musée du Caire.
Plusieurs personnages célèbres du 20e siècle succombent à l’égyptomanie « scientifique », dont Rodin ou encore Freud. Rodin, de 1893 à 1911, étoffe sa collection. Aujourd’hui, on peut aller la visiter au Musée Rodin à Paris.
La passion de Freud pour l’Égypte ancienne naît aux alentours de 1901 mais s’affirme dès 1906. En 1918, il va jusqu’à produire un texte : Contributions à la psychologie de la vie amoureuse, dont les bases reposent sur la culture Egyptienne connue jusque-là. Mais évidemment, l’apothéose de l’Égyptologie et de la folie égyptomaniaque éclate lors d’un évènement : la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922 par Howard Carter Le tombeau de Toutankhamon fut découvert dans la Vallée des Rois, le 4 Novembre 1922 par Howard Carter, archéologue chargé des fouilles pour Lord Carnarvon.
L’entrée de la tombe aurait été accidentellement préservée grâce aux gravats provenant de la tombe KV9. Le trésor mis au jour est tel qu’il fallut environ 10 ans à Carter pour finir d’inventorier les quelques 5398 objets découverts. À la mort de ce dernier, 17 ans après la découverte, il n’avait toujours pas eu le temps de faire le rapport de ses découvertes.
La fantastique découverte du Britannique a lieu dans un contexte politique bien particulier. En effet, après avoir été sous protectorat Anglais une bonne partie du 19e siècle, l’Angleterre tenta de faire de l’Égypte une nouvelle colonie entre 1914 et 1919, par peur de voir les intérêts de la couronne être en danger. Cette tentative échoue et le Royaume d’Égypte accède à l’indépendance exactement la même année que la découverte de Carter.
Le gouvernement Egyptien décrète rapidement que désormais, aucun objet mis au jour sur le sol Egyptien n’aura le droit de quitter le pays et devra impérativement être rendu au Service des Antiquités Egyptiennes. On imagine alors la déception de Lord Carnarvon et d’Howard Carter qui n’ont désormais plus le droit d’envoyer en Angleterre le précieux butin. Les agissements considérés peu diplomatiques de Carter lui valent l’interdiction de travailler en 1924.
Les fouilles seront de nouveau autorisées un an plus tard et reprennent alors en 1925, mais cette fois-ci, sous la supervision du Service des Antiquités Egyptiennes dirigé par Pierre Lacau en 1925. Le célèbre sarcophage du roi n’est ouvert qu’en 1925. Lord Carnarvon ne vit donc jamais la splendeur du si célèbre masque funéraire de Toutankhamon… Au début du 20e siècle, après les horreurs de la Première Guerre mondiale, l’Occident se délecte de la découverte de ce fabuleux trésor royal et de sa momie tout autant qu’elle angoisse des répercussions d’une telle découverte.
D’ailleurs, la mort de Lord Carnarvon dans la nuit du 4 au 5 Avril 1923 est le déclencheur de la propagation de cette croyance en la malédiction de la momie. Parmi les arguments de cette malédiction se trouvent en plus de la mort de Lord Carnarvon : L’avertissement inscrit sur la pierre à l’entrée de la tombe royale : « Je suis celui qui refoule les voleurs de la tombe grâce aux flammes du désert. Je suis le protecteur du tombeau de Toutânkhamon.
» Mais Howard Carter est un homme rationnel : il sait que ce type de « malédiction » est courant dans les tombes Égyptiennes et il passe outre. On les appelle d’ailleurs les formules d’exécration. Mais il va en négliger une autre qui se trouvait sur une tablette en terre cuite, trouvée dans la chambre des sarcophages : « La mort touchera de ses ailes quiconque troublera la paix du pharaon.
» Et ajoutons aussi cette étrange anecdote : l’archéologue avait acheté un canari qu’il emportait avec lui lors des fouilles, et cet « oiseau doré », symbole de bonheur et de fortune, était devenu la mascotte de l’équipe. Aussi, lorsqu’un matin un cobra sorti de nulle part entra dans la cage et goba le canari, chacun y vit un funeste présage. Le cobra était, dans l’ancienne Égypte, l’animal sacré des pharaons.
Jusqu’au début du 20e siècle, l’image de momies souhaitant se venger du voyeurisme, des outrages subits et de leur repos troublé semble bien ancrée, mais reste dans l’ordre de la superstition. La peur réelle d’une malédiction s’abattant sur les fauteurs de troubles est toutefois consumée suite à la découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922. C’est en fait à Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, grand féru de spiritisme et de mystère, que l’on doit la propagation de ce mythe de la « malédiction de la momie ».
Il fut le premier à en parler dans les journaux. Il ne se doutait probablement pas que sa théorie serait suivie au point que l’attention de la société occidentale se détourna de l’actualité relative à la politique pour aller avec plus d’intérêt vers tout ce qui concernait les documents, textes, objets, croyances qui nourrissaient cette théorie. Certains iront même jusqu’à comptabiliser avec assiduité tous les décès liés de près ou de loin à Toutankhamon.
« Une étrange épidémie commence à décimer les archéologues et leurs proches. Le chercheur Hugh Evelyn-White, le professeur Lafleur, le demi-frère de Lord Carnarvon, le gouverneur de la province, mais aussi le radiologiste Archibald Douglas Reed, le millionnaire George Gould ou encore le secrétaire particulier de Carter. En tout, plus d’une vingtaine de personnes, frappées de divers maux : insolation, pneumonie, infection, démence, accident, avec un point commun : avoir approché la momie de Toutankhamon.
Chaque nouvelle disparition fait les gros titres. Cinéastes et romanciers se saisissent à leur tour de l’histoire. Et les journaux d’évoquer des gaz radioactifs, des bactéries mortelles, des piqûres d’insectes empoisonnées ou encore des incantations maléfiques » Ainsi, on peut affirmer que « la malédiction de la momie » est définitivement un mythe contemporain issus de plusieurs siècles d’observations coupables de l’Occident.
Mythe qui fut consacré définitivement suite à la découverte majeure du plus gros trésor connu à ce jour de l’Histoire de l’Égypte ancienne. Cette image d’une momie vengeresse n’est pas près de s’essouffler, non, vraiment pas ! Allez, c’est fini pour aujourd’hui, merci à Perrine Poiron qui a rédigé cette vidéo.
Si ça vous a plu, dites-le. Vous pouvez aller voir YouTube, le Patréon, aimer la vidéo, la partager, la faire vivre. Vous ne savez pas combien c’est important les différentes interactions que vous pouvez avoir avec moi mais aussi avec la chaîne parce que ça nous fait mont dans le fameux algorithme de YouTube que personne ne comprend.
Allez, je suis Laurent Turcot de l’Histoire nous le dira puis je vous dis à la prochaine ! Bye !