Il la partage avec E. Musk. - Comme chaque mercredi matin, pour les élèves de cette école publique bilingue, c'est l'heure du cours de biologie.
- Bonjour. Comment ça va? Qui peut m'expliquer ce que vous faites?
- On étudie le système musculaire. - Une leçon a priori banale, mais une matière qui donne du fil à retordre pour cette enseignante. Alors qu'au collège et au lycée, les cours de biologie évoquent généralement l'éducation à la sexualité, l'Etat du Texas ne veut pas en entendre parler.
- Ici, on voit tout ce qui a été retiré du programme. Par exemple, ils ont enlevé la partie sur la santé émotionnelle et la prévention de la grossesse. Au Texas, nous n'avons plus de marge de manoeuvre.
Le programme doit être basé sur l'abstinence. On sait que nos lycéens sont sexuellement actifs. Pour moi, c'est important d'avoir une éducation plus adaptée, pour qu'ils puissent faire le bon choix et rester en bonne santé.
- Un enseignement rétrograde défendu par des conseils de parents qui remettent de plus en plus en cause les contenus des programmes. Une fronde contre l'école publique à laquelle participent activement ces mères de famille. - L'éducation publique, aux Etats-Unis, c'est une éducation socialiste.
Elle est fondée et régulée par le gouvernement. - Avant, elle reposait sur des principes bibliques. Ils ont enlevé Dieu de notre système d'éducation.
Le désordre national est arrivé. - Pour garder la main sur l'éducation de ses enfants, cette femme fait l'école à la maison. - Il y a des petits garçons et des petites filles qui pensent qu'ils peuvent devenir du sexe opposé.
Ce sont les écoles qui leur apprennent ça à tous les niveaux, en primaire, au collège et au lycée. Les enfants sont exposés à ces idées nouvelles. - Pour cette femme, ancienne institutrice, l'école publique encouragerait même l'homosexualité.
- Maintenant, il y a des garçons qui embrassent des garçons. C'est inhabituel. Je n'avais jamais vu ça avant.
- Un combat que cette femme mène jusqu'à la salle de classe de sa fille de 16 ans. La mère de famille vérifie toutes les lectures recommandées par les professeurs. Elle censure les ouvrages qu'elle juge inappropriés.
- "La petite fille de la rue Mango". Quand ma professeure m'a demandé de le lire, j'ai pris cette photo et je l'ai envoyée à ma mère. - Ce livre parle de viol et de sexualité, de violence familiale.
Il n'est pas adapté pour les adolescents. Il y a aussi beaucoup de choses sur les émotions, l'aspect social, ce qui peut perturber leur cerveau. Ce n'est pas bien.
- Tu fais confiance à ton école? - Pas du tout. Il y a quelques professeurs que j'aime bien, mais je ne leur fais pas confiance.
- Deux mondes qui s'opposent, deux visions de la société. Dans l'école de cette femme, la plupart des enfants sont hispaniques et issus de milieux défavorisés. La professeure défend une pédagogie basée sur l'inclusion et l'égalité.
- On a des enfants qui viennent de partout. Il faut les aider individuellement. Les professeurs doivent enseigner de façon différenciée.
- Une méthode qui fait bondir la frange la plus conservatrice de l'Amérique, convaincue que si l'école s'adapte trop au milieu social des élèves, le système éducatif va en pâtir. - Je pense qu'il y a une vérité difficile à entendre aujourd'hui aux Etats-Unis: on veut privatiser l'éducation. Certains hommes politiques disent publiquement des choses qui font mal à l'éducation publique et à la réputation de l'école publique.
Ca, c'est un problème. - Un combat qui aura eu raison de cette proviseure. Face aux critiques sur sa pédagogie, la principale a dû quitter son poste quelques semaines après notre tournage.
- C. Roux: On faisait écho aux convictions que défend E. Musk sur ce sujet.
Là, il y a un point commun avec D. Trump. - P.
Haski: Dans sa vie personnelle, il a réagi très brutalement car l'un de ses fils est devenu une fille. Il y a un conflit. Il l'a déshéritée, désavouée.
Cette jeune fille a écrit des textes pour attaquer et répudier son père. Aujourd'hui, après la victoire de D. Trump, elle a annoncé qu'elle quittait les Etats-Unis.
On a là un drame familial d'un père qui n'accepte pas cette transition de genre de son enfant. Ca devient un phénomène politique, dans la tête d'E. Musk qui, je pense, n'accepte pas beaucoup la contradiction ni dans son travail ni dans sa vie personnelle.
- C. Roux: Il a une vision sur la politique nataliste? - O.
Tesquet: C'est un peu la variation américaine de la théorie du grand remplacement. Il faudrait faire des enfants. Il est très angoissé.
Une vision à long terme dans laquelle il faudrait garantir la perpétuité de la population. On voit beaucoup de gens dans cet univers de la tech, de la grande finance, qui ont des familles très nombreuses. E.
Musk fait construire un ranch au Texas pour abriter tous ses enfants et les femmes avec lesquelles il a eu ces enfants. On ne sait pas si c'est pour créer un harem ou une civilisation. Il a ce discours très nataliste, qui reste empreint d'une forme de suprémacisme.
Dans le même mouvement, vous voulez expulser les personnes immigrées, qui seraient responsables de tous les maux et, d'un autre côté, vous voulez repeupler les Etats-Unis avec votre progéniture blanche, avec les bons gènes. On l'entend souvent dans la bouche de D. Trump, "le bon gène", "le QI".
- C. Roux: E. Musk le dit également?
- O. Tesquet: Il est moins obsédé que D. Trump, mais on est dans un culte du génie.
Sauver une partie du monde. . .
- C. Roux: Question. - N.
Bacharan: Il est question de supprimer le département de l'Education nationale. Il a été créé dans les années 70 par J. Carter.
Il y aurait des économies à faire. Ce qui est au coeur De ce débat, pour ou contre le wokisme dans la sphère publique, c'est la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Thomas Jefferson, quand il a fait passer le premier amendement, a dit: "J'ai élevé un mur entre l'Eglise et l'Etat.
" Ca ne date pas de Trump et d'E. Musk.