En psychologie, l'une des premières choses qu'on nous apprend en statistiques, c'est qu'une corrélation n'est pas une causalité. Ce n'est pas parce que deux variables sont corrélées qu'on peut parler d'un lien de causalité entre les deux. Ce n'est pas parce que le sexe et le salaire sont corrélés entre eux que cela signifie que le sexe est une cause directe de la différence de salaire.
C'est ce qu'on appelle l'effet cigogne : dans les communes qui abritent des cigognes, le taux de natalité est plus élevé que dans l'ensemble du pays. Ainsi, il y a une corrélation entre la présence de cigognes et le nombre d'enfants. Est-ce que ça veut dire, pour autant, que ce sont les cigognes qui apportent les bébés ?
Non, l'explication, c'est que les cigognes nichent de préférence dans les villages, plutôt que dans les villes. Or, il se trouve que la natalité est plus forte dans les villages que dans les villes. Il a donc fallu invoquer une troisième variable pour comprendre le lien qui existait entre la variable cigogne et la variable taux de natalité.
C'est ce qu'on appelle une variable médiatrice. La troisième variable, on ne peut pas étudier un phénomène – y compris l'écart salarial entre les hommes et les femmes – en ignorant les variables médiatrices. Les variables médiatrices expliquent comment et pourquoi certains effets apparaissent, en l'occurrence entre le sexe et le salaire.
Et si on veut être précis, il faudrait dire là entre la variable indépendante et la variable dépendante : de quelle manière est-ce que la variable indépendante influe sur la variable dépendante ? Selon le document du Secrétariat de l'égalité homme-femme publié en 2010, l'écart salarial hommes-femmes est de 24 %, c'est-à-dire que la moyenne des salaires de tous les hommes est de 24 % supérieure à la moyenne des salaires de toutes les femmes en équivalent temps plein. L'écart de salaire moyen dans le secteur privé et les entreprises publiques est alors de 18,6 %.
Puis, lorsqu'on a contrôlé toutes les variables socio-économiques, on descend à entre 4 et 10 % de part inexpliquée, c'est-à-dire, selon Marlène Schiappa, 4 à 10 % de discrimination pure. On appelle ce pourcentage « résiduel », la composante injustifiée ou inexpliquée de l'écart salarial. Celle-ci est souvent interprétée comme étant de la discrimination.
C'est à ce moment-là, en général, que la psychologie prend le relais sur l'économie pour expliquer ce genre de phénomène. Mais, avant cela, il faut d'abord s'interroger sur le lien qui existe entre la variable sexe, salaires et choix de métier, puisque cette dernière explique, selon l'INSEE, un énorme pourcentage de l'écart salarial. En clair, comprendre pourquoi les femmes se dirigent-elles vers des métiers qui sont peu rémunérateurs.
L'évaluation des intérêts professionnels est une branche de la psychologie différentielle qui va nous aider à résoudre ce problème. Il faut savoir que les intérêts professionnels diffèrent entre les hommes et les femmes. En psychologie, on dit que les hommes préfèrent travailler des objets, alors que les femmes préfèrent travailler des gens.
Les hommes préfèrent travailler dans les métiers des sciences, métiers techniques, métiers d'ingénieurs, tout ce qui est en rapport avec les maths, ce que les Américains appellent « STEM ». Les femmes, quant à elles, préfèrent travailler plutôt dans les métiers de la santé, de l'éducation et de la psychologie. Je précise que dire que les hommes sont en moyenne plus intéressés par travailler avec des objets que les femmes ne signifie pas que les hommes sont souvent intéressés par les choses et que ce n'est pas le cas pour les femmes.
Quand on dit que les hommes sont plus grands que les femmes, on comprend bien, et cela ne signifie pas que les hommes sont souvent grands et que les femmes ne le sont pas. Cela ne signifie pas non plus que tous les hommes sont plus grands que toutes les femmes. Ça signifie simplement que la moyenne et la médiane concernant la taille des hommes sont plus élevées que celles des femmes.
Si on calculait deux courbes de Gauss, les deux répartitions seraient décalées : celle des hommes sera plus avancée sur l'axe des abscisses. Dire que les hommes sont plus grands que les femmes n'est donc absolument pas contradictoire avec le fait que vous-même puissiez être une femme grande ou alors un homme petit. Donc, merci d'éviter les commentaires peu constructifs du style « je ne suis pas d'accord avec toi », « toutes les femmes » ou « tous les hommes ne sont pas comme ça », parce que moi, je ne porte pas de jugement sur le fait que les hommes soient plus intéressés à l'idée de travailler avec des objets, alors que les femmes sont plus intéressées à être avec des gens.
Ça, ce sont de très grosses corrélations qui ont été répliquées dans de nombreuses études. Je peux vous citer notamment une étude qui a été mentionnée de nombreuses fois, qui est l'étude de Sovereign et Armstrong sur un échantillon de plus de 500 000 individus. D'ailleurs, si on se base sur le modèle de RIASEC de Holland, qui est le plus connu dans le domaine des intérêts professionnels, il distingue six groupes d'intérêts professionnels : réalistes, investigateurs, artistiques, sociaux, entreprenants et conventionnels.
Les femmes se dirigent majoritairement vers les métiers représentés par les catégories artistiques, sociales et conventionnelles, tandis que les hommes se dirigent majoritairement vers les métiers représentés par les catégories réalistes et investigateurs. Les hommes, plus que les femmes, préfèrent se diriger vers des études ou des métiers où ils pourront construire et comprendre des systèmes, travailler avec des objets, comme les métiers d'ingénieurs, les métiers liés aux maths, à l'informatique, etc. Les femmes, plus que les hommes, préfèrent se diriger vers des études et des métiers où elles seront en contact avec d'autres êtres humains, où elles pourront exercer leurs compétences.
C'est pour ça qu'on voit énormément de femmes en psychologie. Et ce n'est pas de la discrimination contre les hommes. Même parmi les matières scientifiques, c'est la médecine qui est.
. . L'une des plus représentées par les femmes, c'est-à-dire la science.
On travaille le plus avec l'humain. Si vous prenez un garçon de 18 mois et que vous lui montrez l'image d'une voiture qu'une image d'un visage, il regardera plus longtemps la voiture. Et si vous prenez une petite fille de 18 mois, elle, elle regardera plus longtemps le visage.
Les chercheurs, pour être bien sûrs qu'il n'y ait aucun effet de l'éducation ou de la culture sur ses préférences, sont allés voir des bébés le jour de leur naissance, et ils ont répliqué cette étude. Les résultats sont exactement les mêmes. Pour mieux comprendre d'où viennent ces préférences différentes selon les genres, il faut regarder, entre autres, les travaux de Simon Baron-Cohen, où il explique en quoi nos cerveaux sont câblés différemment selon l'autre sexe.
Les femmes ont un cerveau, dix ans plus tôt, qui est programmé pour l'empathie, et les hommes, pour comprendre un cerveau plutôt programmé pour comprendre et créer des systèmes. J'en parlerai dans une autre vidéo parce que c'est un énorme sujet. Donc, si l'on revient à notre sujet de départ, l'écart salarial, il s'avère que les métiers de la santé, de l'éducation, de la psychologie, c'est-à-dire des branches dans lesquelles se retrouvent majoritairement des femmes, ne sont pas aussi bien rémunérés que les métiers STEM, comme disent les Américains.
Donc, métiers de la science, les métiers techniques et métiers d'ingénieurs, tout ce qui est en rapport avec les maths, qui regroupe majoritairement des hommes. Une fois qu'on a compris en quoi ces différences d'intérêts professionnels pouvaient influencer certaines variables socio-économiques, on peut ensuite passer aux différences de valeurs. Les valeurs, ce sont des motivations.
L'hierarchie dit votre vie. Il y a certaines études, comme l'étude de Nicole Fortin, qui se sont intéressées aux valeurs et à leur corrélation avec la rémunération. Pour évaluer cela, par exemple dans l'étude de Fortin, ils ont demandé à des sujets de se situer sur différents types de valeurs, comme l'importance accordée à la famille, au travail, l'importance accordée à l'argent, aux gens, l'importance accordée à la prise de risque, à la sécurité salariale, à la satisfaction au travail et au pouvoir, au prestige, à la religion, aux loisirs, à la contribution du travail à la société.
Il s'avère que les femmes accordent plus d'importance au choix de métier en fonction de sa pertinence pour la société et des interactions personnelles qu'offre ce choix de carrière. Elles accordent moins d'importance que les hommes à l'argent et au prestige associé à ce métier. Elles expriment moins fréquemment le désir de faire carrière et, encore plus que les hommes, elles accordent de l'importance au succès familial.
Les hommes placent plus souvent que les femmes le succès économique au-dessus du succès familial et accordent moins d'importance aux valeurs de la sécurité salariale ou à la situation stable. Les hommes sont plus enclins que les femmes à prendre des risques. Or, l'attitude face à l'argent est corrélée à la rémunération.
Les individus pour qui la valeur de l'argent était au-dessus des autres valeurs avaient plus de probabilités de se diriger vers des filières où les salaires étaient élevés, puis de changer régulièrement de travail pour prétendre à un salaire supérieur et à accorder plus de valeur aux pratiques de négociation salariale. À l'inverse, certaines valeurs étaient corrélées négativement avec la rémunération, telles que la valeur de la famille, la situation stable, la sécurité salariale et l'aversion au risque, des valeurs qui sont plus souvent mises en avant par les femmes. Maintenant, on va parler de la personnalité.
La personnalité, c'est un gros morceau qui expliquerait une grosse partie de l'écart salarial selon l'étude hollandaise de Niang et peut nous mener en 2012. Ça pourrait être entre 13 et 14 % de l'écart salarial. La personnalité peut expliquer à la fois le choix de métier, le temps de travail, mais aussi, à diplôme égal, pourquoi les femmes ont des salaires inférieurs à ceux des hommes.
Le premier trait de personnalité qui est pertinent pour comprendre l'écart salarial, c'est la grande habilité. C'est peut-être le trait de personnalité d'ailleurs le plus important pour expliquer les différences de salaires et c'est aussi le trait parmi les cinq de la théorie du Big Five qui affiche les plus grosses différences de score entre les hommes et les femmes. Les femmes ont des scores plus élevés que les hommes et c'est un effet qui a été démontré dans de nombreuses études interculturelles, notamment dans la méta-analyse de Fans Gold.
J'en parle dans la vidéo "Névrosisme et Grande Habilité chez les Femmes". L'agréabilité englobe la gentillesse, la coopération, l'empathie, le côté chaleureux. C'est ce qui vous permet de maintenir des relations harmonieuses avec les gens et c'est aussi, surtout, la fuite du conflit.
Les femmes ont plus de difficultés à affronter le conflit que les hommes, pour les raisons citées dans la vidéo "Névrosisme et Grande Habilité chez les Femmes". Or, demander une augmentation nécessite une forme d'agressivité et d'affirmation de soi au détriment de l'autre, de prendre en compte ses intérêts avant ceux de l'autre. Plein d'études démontrent que l'agréabilité est corrélée négativement avec les pratiques de négociation.
C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on observe les plus grosses différences salariales entre les hommes et les femmes chez les cadres dans le secteur privé, où l'on négocie beaucoup plus facilement son salaire puisqu'ils ne sont pas soumis à des grilles salariales, comme dans la fonction publique ou les métiers de l'industrie. D'ailleurs, même l'INSEE utilise cette explication dans une analyse et une autre étude menée en 2014 sur l'écart salarial, l'agréabilité est aussi corrélée négativement avec des comportements compétitifs largement valorisés dans le monde du travail, notamment dans le privé. L'ouverture, c'est un deuxième trait de personnalité qu'on retrouve dans la théorie du Big Five.
C'est la recherche, l'exploration de nouveautés. Bien que les femmes aient des scores plus élevés en ouverture que les hommes, les hommes ont des scores plus. .
. Élevés sur une des six facettes, qui est l'ouverture aux idées, donc c'est la curiosité, l'ouverture d'esprit, l'imagination. Or, l'ouverture aux idées est corrélée aux tâches managériales : plus les sujets ont un score élevé sur cette facette de l’ouverture, plus ils se voient livrés des responsabilités managériales et donc un salaire plus élevé.
Enfin, l'assertivité, l'une des six facettes de l'extraversion, c'est-à-dire la tendance à s'imposer, s'affirmer, se montrer dominant. Les hommes ont en moyenne des scores plus élevés que les femmes pour cette facette. Or, l'assertivité est corrélée positivement aux revenus.
En effet, pour être capable de négocier un salaire, il faut pouvoir s'affirmer, défendre ses propres intérêts, et c'est d'ailleurs un trait qui est aussi très important en séduction et sur lequel je bosse beaucoup en coaching. Alors, maintenant, on peut aussi parler du locus de contrôle, qui mesure la perception qu'un individu a de l'origine de ce qui lui arrive. C'est-à-dire que si vous avez un locus de contrôle interne, vous allez penser que ce qui vous arrive est le fruit de votre comportement, de vos efforts ou de vos compétences, que ce soit négatif ou positif d'ailleurs.
Les gens qui ont un locus de contrôle externe pensent que ce qui leur arrive est plutôt le fruit de la chance ou d'autres facteurs externes qu'ils ne contrôlent pas. Or, le locus de contrôle interne est corrélé avec la charge de travail et avec la productivité. Si vous êtes persuadé que vous avez un contrôle sur votre travail, vous serez beaucoup plus motivés à l'idée de fournir des efforts pour obtenir plus de résultats.
Il s'avère que les hommes ont plus souvent que les femmes un locus de contrôle interne. Donc cela s'ajoute à la longue liste des critères à prendre en compte pour expliquer la composante injustifiée de l'écart salarial. Je n'ai pas voulu vous parler de toutes les variables psychologiques qu'on peut rajouter pour expliquer l'écart salarial, puisqu'il y en a beaucoup trop.
J'ai préféré me cantonner aux plus connues et surtout à celles qui jouent le rôle le plus important. Mais sachez qu'il y en a encore d'autres, et en tout, il devrait y en avoir à peu près une vingtaine selon pas mal de chercheurs. En conclusion, ce qui est intéressant, c'est de voir qu'au-delà des variables socio-économiques pour expliquer l'écart salarial, il existe une multitude de variables psychologiques, comme les intérêts professionnels, le type de métier choisi, les valeurs, l'importance de l'argent, de la famille, de la stabilité, de la prise de risque, la personnalité, avec des traits comme la créativité, l'ouverture, l'assertivité, et enfin le locus de contrôle.
Ces variables apportent une explication, d'une part, au choix de carrière et autant de travail qui diffèrent chez les hommes et les femmes, mais aussi à la composante non justifiée de l'écart salarial des fameux 6 à 9 % qui ne sont pas expliquées par les facteurs socio-économiques. Je voulais revenir juste sur les différences entre les hommes et les femmes concernant les intérêts professionnels, les valeurs, voire même la personnalité. Certains pourraient penser qu'il s'agit là de conséquences d'une influence sociale et culturelle.
Pourtant, plus le pays est égalitaire, plus il prône l'égalité des genres, plus les différences entre les hommes et les femmes au niveau des intérêts professionnels, des valeurs et de la personnalité seront marquées. J'en ai parlé dans ma vidéo intitulée "Vous avez dit théorie du genre", et je vous invite à la regarder pour mieux comprendre cela. Je vous invite surtout aussi à regarder un documentaire qui existe sur YouTube, je crois qu'il s'appelle "Norwegian Pearl Dax" ou alors "Djendel Court Délibéré Dax", où l'on explique ce paradoxe.
Justement, il explique pourquoi ce sont dans les pays les plus égalitaires et les plus féministes que les différences entre les hommes et les femmes sur ces trois aspects-là, par exemple, sont les plus marquées. Il explique, entre autres, pourquoi, en Suède, on encourage l'un des pays où l'on encourage le plus les femmes à devenir ingénieures et les hommes à devenir infirmiers : pourquoi est-ce que c'est paradoxalement le pays où il y a le plus d'hommes ingénieurs et le plus de femmes infirmières. Enfin, dernière chose, vous vous en doutez, je ne peux pas tout dire sur YouTube.
C'est très difficile de s'exprimer sur YouTube quand on parle de sujets houleux comme les différences hommes-femmes, surtout si cela va à l'encontre de l'idéologie dominante. J'ai donc l'obligation de faire très attention aux mots que j'utilise, ce qui fait que je parle rarement de manière spontanée ici, et cela, c'est le beurre que je n'ai pas sur le forum du Club des Fils Jean. Sur le forum, il n'y a pas de filtre.
On est entre nous, on peut aller beaucoup plus loin et sans perte de temps à prendre des pincettes. Donc, au final, on produit beaucoup plus et cela de manière plus créative. Pour ceux qui veulent aller plus loin dans le domaine de la psychologie, de la séduction, des rapports humains, et ceux qui veulent m'écouter parler de manière spontanée et dire tout ce que je ne peux pas partager ici, je vous invite à tenter de rejoindre le club.
Alors, pour cela, il suffit d'aller sur le site internet "le défi l'origine" ; comme vous allez dans l'onglet "Comment devenir un Fils Jean", vous remplissez le formulaire, et nous recevons le formulaire. En fait, le formulaire ciblé nous aide à voir si vous êtes sur la même longueur d'onde que nous. Si c'est le cas, on vous fera rentrer avec plaisir.