Comprendre la philosophie de Rousseau grâce à Netflix. Comprendre le stoicisme grâce à la crise Covid ou le concept frodien de sublimation grâce à Rocco Freddy. C'est la promesse de ce livre. La philosophie, c'est pour vous aussi. Disponible sur Amazon et dans toutes les bonnes librairies. Un livre qui va vous prouver que la philosophie c'est pour tout le monde. Bonjour à tous. Si je vous dis que j'ai tué mon voisin, comment vous allez réagir ? C'est pas vrai, hein, c'est juste pour l'exemple. Mais comment vous allez réagir ? Bien, j'imagine que vous allez me dire que
ce n'est pas bien, que c'est mal. Pourquoi c'est mal ? Parce que tu es quelqu'un, que ce quelqu'un soit votre voisin, un proche ou même un inconnu, c'est mal. Le meurtre, c'est mal. OK. Mais pourquoi c'est mal ? Bah c'est mal parce que c'est mal. Il vous faut vraiment une explication. Bon et bien s'il vous faut une explication, disons que le meurtre c'est mal parce que ça fait souffrir des gens. Ça fait souffrir la personne que vous tuez déjà pour commencer et puis ça fait souffrir ses proches, les gens qui aimaient cette personne. OK, mais
pourquoi c'est mal de faire souffrir les gens ? Vous êtes sérieux ? Si on vous fait du mal à vous ou si on tue l'un de vos proches, ça ne va pas vous faire souffrir ? Si, évidemment. Mais ça ne me dit toujours pas en quoi c'est mal. Vous me dites ça fait souffrir j'entends. Mais qu'est-ce qui fait que la souffrance est un mal ? Qu'est-ce qui fait qu'on passe de la phrase ça fait souffrir à la phrase c'est mal ou à la phrase il ne faut pas le faire ? Qu'est-ce qui fait qu'on passe
d'une constatation à une interdiction ? Autrement dit, qu'est-ce qui fait qu'on passe d'un jugement de fait à un jugement de valeur ? Ce petit dialogue que je viens d'improviser, cette petite scénette à base de pourquoi pourquoi c'est mal, elle illustre ce qu'on a coutume d'appeler la loi de Yum, aussi appelée la guillotine de Yum. Et qu'est-ce que c'est la guillotine de Yum ? C'est le principe énoncé par Davidum, donc philosophe écossais du 18e siècle qui dit "D'un être, on ne peut pas inférer un devoir, d'un fait, on ne peut pas déduire une valeur. Il y
a le domaine des faits et il y a le domaine des valeurs. Ce sont deux choses différentes, plus que différentes. hétérogène, le domaine des faits et le domaine des valeurs sont indépendants l'un de l'autre. D'où le fait qu'on parle de guillotine de Yum parce qu'une guillotine ça coupe, ça sépare. En d'autres termes, pour Yum, les valeurs ne sont pas des propriétés de la nature, elles ne sont pas contenues dans la réalité, elles sont des productions de l'esprit humain. Des productions que l'esprit humain plaque sur la réalité. Les faits ne sont pas porteurs de valeur. Les
faits ne nous disent pas ce que nous devons en penser. Ce sont les hommes qui jugent les faits en fonction de leurs propres critères de valeur. La guillotine de Yum, c'est donc la distinction entre deux domaines. Le domaine du descriptif ou du constatif et le domaine du prescriptif ou du normatif. Alors, j'ai bien conscience que pour l'instant ce que je viens de dire pourra vous sembler un peu abstrait. Bien, justement, le but de cet épisode, ça va être d'expliquer ça le plus concrètement possible et ça va être aussi de réfléchir tous ensemble à une question
fondamentale de la philosophie morale, à savoir qu'est-ce qu'une valeur morale, d'où viennent nos valeurs morales et qu'est-ce que ça veut dire que les valeurs morales ne sont pas contenues dans la réalité. Donc on va reprendre. On va reprendre cette fois-ci à partir d'un exemple qui n'a rien à voir avec le meurtre. L'exemple du meurtre, on le reprendra tout à l'heure. Là, on va prendre l'exemple de la pluie. La pluie, est-ce que c'est bien ou est-ce que c'est mal ? Ben, difficile à dire. Disons que c'est mal au sens où la pluie, ça mouille les vêtements.
Donc, c'est désagréable. Ça oblige à mettre une capuche, à rentrer le linge, à enlever ses chaussures pour pas salir le plancher. Mais en soi, la pluie, c'est ni bien ni mal. C'est comme ça. C'est un fait. Ça n'a pas de sens de demander si la pluie c'est bien ou mal parce que la pluie et plus largement la météo, c'est indépendant de la morale. Exactement. Et bien si vous avez compris ça, si vous avez compris que la réalité est indépendante de la morale, vous avez compris le principe de la guillotine de Yum. Alors, j'exagère un peu,
mais disons que si vous avez compris qu'un fait en lui-même n'est pas porteur d'une valeur morale particulière, mais que c'est nous qui plaquons sur la réalité nos valeurs morales, nos conceptions morales, nos attentes morales, et bien vous avez compris l'idée fondamentale de Yum qui est la séparation des faits et des valeurs. Autrement dit, le fait que l'être n'engendre pas le devoir. Maintenant, reprenons l'exemple du meurtre. On est bien d'accord qu'un meurtre, c'est un fait, en l'occurrence, c'est une action. Or, qu'est-ce qui fait qu'on peut dire que cette action est mauvaise, qu'elle est moralement condamnable ?
On l'a dit, c'est le fait qu'elle cause de la souffrance. Elle cause de la souffrance à la victime si la victime souffre avant de mourir et elle cause de la souffrance au proche de la victime puisqu'ils vont être attristés par sa mort. Donc le fait que le meurtre soit moralement condamnable vient du fait qu'il engendre de la souffrance. Mais la souffrance en soi, c'est juste un fait. Or, on l'a dit, un fait n'est ni bon ni mauvais en lui-même. Un fait est bon ou il est mauvais par rapport à certains critères d'évaluation qui sont les
critères d'évaluation de l'être humain confronté à ce fait. Donc la souffrance en elle-même n'est ni bonne ni mauvaise. Donc la question qui se pose maintenant, c'est de savoir qu'est-ce qui fait que nous sommes aussi nombreux à considérer que la souffrance c'est mal. Qu'est-ce qui fait que nous sommes aussi nombreux à juger négativement la souffrance et donc à la condamner ? Et bien c'est tout simplement le fait que nous n'aimons pas souffrir. Ah, nous y voilà. La souffrance est mauvaise parce qu'on n'aime pas souffrir. Donc là, ce qu'on est en train de dire, j'allais dire ce
qu'on est en train de reconnaître, c'est que c'est bien par rapport à nous qu'on dit que la souffrance est mauvaise. Par rapport à nous, c'est-à-dire par rapport à notre sensibilité. Il est évident que si on ne ressentait pas la souffrance, on ne dirait pas que la souffrance est mauvaise puisqu'on ne saurait même pas ce que c'est la souffrance. Conclusion : On ne juge pas à partir des faits, on juge à partir de nous. On juge à partir de notre sensibilité, de notre sensibilité corporelle, de notre sensibilité affective ou psychologique. Mais dans tous les cas, la
morale c'est d'abord une affaire de sensibilité. C'est un prolongement sous forme de concept, sous forme d'idée de notre ressenti. On pense tout de suite ici à la phrase de Sphinoza. Nous ne désirons pas une chose parce qu'elle est bonne. Nous la jugeons bonne parce que nous la désirons. Autrement dit, ce qui est premier, nous dit Spinoza, c'est l'affecte. Tout part de l'affecte et nos valeurs ne sont que la formalisation de nos affectes. On va prendre un exemple. On va prendre l'exemple de quelqu'un que vous n'aimez pas. Par exemple, l'ex de votre petit ami ou votre
belle-mère. N'importe qui vous inspire une certaine antipathie, cette personne que vous n'aimez pas, à chaque fois qu'elle va faire quelque chose, vous allez la dénigrer, vous allez la critiquer, vous allez la contredire, vous moquez d'elle. Mais est-ce que c'est réellement ce qu'elle fait qui vous donne envie de la critiquer ? Non. C'est le fait que ce soit elle qui le fasse. C'est le fait que ce soit quelqu'un que vous n'aimez pas. Et donc tout ce qu'elle va faire va être teintée, va être contaminée, si je puis dire, par le sentiment d'antipathie que vous nourrissez à
son égard. Votre critique ne sera pas une critique neutre et objective. Elle sera l'expression prétendument neutre et objective de votre antipathie envers elle. Quand on n'aime pas, on trouve des raisons de ne pas aimer. C'est ça dire que le ressenti est premier. C'est dire que notre jugement est toujours le prolongement sous forme abstraite, sous forme prétendument rationnelle de notre sentiment. Et bien ce que nous dit Yum, c'est que c'est exactement ce que nous faisons à travers nos jugements moraux. Nous collons sur des situations, nous collons sur des actions, donc sur des faits, des étiquettes morales.
Ça c'est bien, ça c'est mal, ça c'est légitime, ça c'est condamnable. Et nous faisons comme si ces étiquettes n'étaient pas le produit de nos critères à nous, comme si notre jugement n'était pas le fruit de notre ressenti, de nos sympathies et de nos antipathies, de nos attirances et de nos aversions. Nous faisons tout pour oublier que le jugement que nous portons sur les choses, jugement au sens de jugement moral, de jugement normatif, le fait de dire c'est bien ou c'est mal, le fait de dire il faut faire ça ou il ne faut pas faire ça.
Nous faisons tout pour oublier que ce jugement, il trouve son origine non pas dans les choses mais en nous. C'est nous qui accollons à la réalité nos propres critères de jugement. Prenez un dictateur ou un terroriste ou un violeur d'enfants. Prenez ce qui représente pour vous le pire de l'abon. Et maintenant, imaginez que cette personne qui vous inspire la plus grande des aversions se fasse tuer. Est-ce qu'honnêtement, je dis bien honnêtement, est-ce queonnêtement sa mort va vous indigner moralement ? Est-ce que vous allez trouver ça aussi condamnable, aussi injuste, aussi moralement répréhensible ? Si c'est
cette personne qui se fait tuer que si c'est un innocent qui se fait tuer ou un être fragile ou quelqu'un que vous aimez ? Bien sûr que non. Pourquoi ? Parce que votre jugement moral est tributaire de votre sensibilité. Parce que plus vous allez éprouver de compassion pour la victime, plus vous allez trouver sa mort injuste. Et à l'inverse, plus vous allez éprouver d'aversion envers la victime, plus vous allez relativiser, plus vous allez nuancer la gravité de sa mort. Vous allez même trouver des arguments prétendument rationnels pour justifier le fait de vous en réjouir. Ce
que vous n'auriez jamais fait, ce que vous n'auriez même jamais songé à faire. Si la victime vous avait inspiré de la sympathie quand Ben Laden s'est fait tuer par les forces spéciales américaines ou quand Saddam Hussein a été pendu à Bagdad, bah il y a pas grand monde qui est monté au créneau pour dire c'est grave, on vient de tuer un homme. Non, parce que dans le monde occidental, des individus comme Ben Laden ou Saddam Hussein, bien on peut pas dire qu'il bénéficient d'un grand capital sympathie. Donc pour beaucoup de gens, leur mise à mort
n'inspirait que deux mots. Bon débarras. Alors que si ça avait été des dirigeants occidentaux qu'on avait tué, on aurait trouvé ça absolument injustifiable. La morale à géométrie variable. Et bien cette morale à géométrie variable, elle vient tout simplement du fait qu'on a les jugements moraux de nos jugements sentimentaux. Et comme on ne peut pas se l'admettre, comme on ne peut pas assumer que nos jugements moraux ne soient que le prolongement de nos sentiments, parce que ce serait reconnaître la relativité de nos jugements moraux, donc finalement leur caractère arbitraire, personnel, partial et partiel. On recouvre cette
sentimentalité par de la pseudoorationalité. pseudo rationalité parce que rationalité sélective, argumentation sélective, il est mort. Oui, mais bon, c'était quand même un sale. Vous mettez le mot que vous voulez. L'être humain est expert dans l'art de recouvrir ses véritables motivations. Alors, est-ce qu'on n'est pas en train de s'éloigner du sujet ? On est en plein dedans. On est en plein dedans parce que le sujet c'est l'origine de nos jugements moraux. C'est la nature de nos jugements moraux. Et c'est le fait qu'un jugement moral n'est pas une simple déduction à partir d'un fait. C'est une adjonction
sur un fait. C'est une greffe, c'est une superposition à un fait de quelque chose qui ne relève pas du fait. mais qui relève du jugement humain. Autrement dit, la morale n'est pas une soustraction, c'est une addition. C'est l'addition d'un point de vue humain sur une situation. Et c'est l'occultation de cette addition, c'est-à-dire le travestissement d'un jugement posé sur un fait en un jugement issu de ce fait. La mort est un fait. La mort en soi, c'est ni bien ni mal. C'est neutre exactement de la même façon que la pluie est un fait et que ce
fait n'est ni bon ni mauvais en soi. Il est bon ou il est mauvais en fonction du critère qu'on lui applique. Il est mauvais pour celui qui comptait organiser un barbecue au bord de sa piscine mais il est bon pour la plante qui a soif. De la même façon que la mort est mauvaise pour les gens qu'on aime mais pour les gens qu'on n'aime pas, on la tolère déjà beaucoup plus facilement. Et bien ce que nous dit Yum, c'est que ce raisonnement, il s'applique à absolument tous les faits. Tous les faits sont neutres. Tous les
faits sont neutres au sens où les faits ne sont pas porteurs de valeur en eux-mêmes. C'est nous qui leur attribuons une valeur en fonction de nos propres critères de préférence. En résumé, la valeur n'est pas dans les choses, elle est dans l'œil de celui qui est en rapport avec les choses. Valeur étymologiquement, ça veut dire ce qui fait qu'une chose ou une personne est digne d'être estimée. Valeur, valoriser, évaluer. Tout ça c'est la même racine. Ou alors en latin qui a donné value en anglais. La plusvalue, c'est l'augmentation de la valeur. Donc valeur donne évaluer
et évaluer c'est estimer. Digne de valeur, digne d'estime. On est dans le champ lexical de la mesure, de l'appréciation, du jugement. Le problème quand on parle de jugement en français, c'est que ce mot peut vouloir dire deux choses totalement différentes. Il peut vouloir dire jugement de valeur, comme quand on dit à quelqu'un "Ne me juge pas, ne porte pas de jugement sur moi." Ce qui sous-entend d'ailleurs que le jugement est souvent associé à la dépréciation. Mais jugement, ça peut aussi vouloir dire examen, discernement, appréciation rationnelle. Quand un médecin juge que son patient a de bonnes
chances de s'en sortir ou quand il juge son état critique, c'est pas une question de valeur, c'est pas une question de bien ou de mal, c'est neutre, c'est technique. Donc quand on parle de la différence entre jugement de fait et jugement de valeur, il faut bien comprendre qu'un jugement de fait, ça ne veut absolument pas dire avoir un jugement de valeur sur un fait. C'est le contraire. Si vous préférez, un jugement de fait, c'est un constat. Et le jugement de valeur, c'est le fait de se prononcer moralement sur le fait constater. Et donc, c'est là
que je peux maintenant vous proposer une formulation de la guillotine de Yum. Non pas tel qu'elle a été formulée par Hum lui-même. Ça, je vous le lirai à la fin de l'épisode quand toutes les pièces du puzzle auront été assemblées. Là, je vais vous lire la formulation qu'en a donné Henri Carré. Alors Henry Pointcar, c'est un grand mathématicien français, également philosophe ou en tout cas versé dans la philosophie et en particulier dans la philosophie morale. Et dans un livre qui s'intitule Dernière pensée, point carré formule d'une manière absolument lumineuse, j'oserais presque dire absolument incontestable, la
distinction faite par Yum entre jugement de fait et jugement de valeur. Voici ce qu'il écrit. Je cite "Si les prémises d'un syllogisme sont toutes les deux à l'indicatif, la conclusion sera également à l'indicatif. Pour que la conclusion puis être mise à l'impératif, il faudrait que l'une des prémisses au moins fû elle-même à l'impératif. Or, les principes de la science, les postulats de la géométrie sont et ne peuvent être qu'à l'indicatif. C'est encore à ce même mode que sont les vérités expérimentales et à la base des sciences, il n'y a il ne peut y avoir rien
autre chose. Dès lors, le dialecticien le plus subtil peut jongler avec ses principes comme il voudra, les combiner, les échafauder les uns sur les autres. Tout ce qu'il en tirera sera à l'indicatif. Il n'obtiendra jamais une proposition qui dira "Fais ceci ou ne fais pas cela", c'est-à-dire une proposition qui confirme ou qui contredise la morale. Donc là, bah vous voyez que ça rigole plus. On est sur une approche mathématico grammaticale de la question morale, ce qu'on appelle de la métaéthique. Qu'est-ce que c'est la métaéthique ? MTA en grec, ça veut dire au-delà d'eux. L'éthique, c'est
dire ou c'est réfléchir à ce qui est bien et à ce qui est mal. La métaéthique, c'est dire ou c'est réfléchir à comment on détermine ce qui est bien et ce qui est mal. C'est prendre un pas de recul par rapport à nos conceptions morales et c'est se demander au nom de quoi je peux poser sur tel fait ou sur tel acte tel jugement moral. Donc pour le dire un peu pompeusement, la métaéthique c'est interroger la valeur épistémologique de nos conceptions morales. C'est questionner le fondement de nos principes moraux. Et alors ce qu'il faut noter,
c'est que à un certain niveau, la métaéthique croise la route de la logique. C'est ce que montre point carré. Il montre qu'il y a des conditions logiques à l'énoncé des jugements éthiques. Conditions logiques à l'énoncé de jugement éthique. Ça veut tout simplement dire que pour parvenir à une conclusion éthique, pour parvenir à une conclusion qui contienne un jugement de valeur, il faut nécessairement que soit inséré dans notre raisonnement une prémisse qui contienne elle-même un jugement de valeur. Pour ceux qui ne sont pas très à l'aise avec tous ces termes, prémisses, conclusion, silogisme, je vous renvoie
mon épisode sur Aristote et les principes de la logique dans lequel on définit tout ça. Donc pour en revenir à point carré, ce que nous dit point carré c'est qu'on n'arrive pas à un jugement de valeur, on n'arrive pas à une proposition prescriptive à partir d'énoncé purement descriptifs, à partir d'énoncé purement factuel. Du descriptif n'engendre pas du prescriptif. C'est ça l'idée. C'est ce qu'il veut dire quand il écrit "Pour que la conclusion d'un sylogisme soit à l'impératif, il faut que l'une des prémisses au moins soit elle-même à l'impératif. Alors rassurez-vous, pas besoin de sortir votre
bécherelle. Être à l'impératif, ça veut juste dire pour qu'une conclusion contienne un jugement de valeur, pour qu'elle contienne une prescription morale. Que cette conclusion prenne la forme d'un ordre ou d'une simple recommandation, ça revient strictement au même. Il faut que grammaticalement parlant, c'est pas de l'impératif mais c'est quand même du prescriptif. Tu devrais, ce n'est pas de l'impératif, c'est du conditionnel, mais c'est quand même du prescriptif. Le prescriptif, c'est un jugement de valeur. Le descriptif c'est un jugement de fait. Un homme s'est fait tuer, c'est descriptif. C'est un jugement de fait. L'auteur du meurtre doit
être mis en prison. Ça c'est du prescriptif. Ça c'est du jugement de valeur. Et donc ce que nous dit point carré, c'est qu'on ne peut pas passer du descriptif au normatif. Prescriptif, normatif, c'est la même chose, hein. On ne peut pas passer du descriptif au normatif sans avoir préalablement introduit un élément lui-même normatif. Or, donne notre exemple. Pour pouvoir passer de la proposition un homme s'est fait tuer à la proposition le meurtrier doit être mis en prison. L'élément normatif à introduire c'est le meurtre est condamnable. C'est le meurtre c'est mal. Parce que si on ne
précise pas que le meurtre c'est mal, rien ne nous permet d'arriver à la conclusion selon laquelle l'auteur du meurtre doit être condamné. C'est de la pure logique en fait. S'il à aucun moment dans mon raisonnement, je ne dis que l'acte que je juge est condamnable, je ne peux pas en arriver à la conclusion que l'auteur de cet acte est lui-même condamnable. J'ai tué un homme. J'ai tué un homme. Oui. Et alors ? C'est quoi le problème ? C'est juste un fait. On ne condamne pas les gens sur la base d'un simple fait. Oui, mais le
meurtre, c'est mal. Ah ! Alors si le meurtre c'est mal dans ce cas-là, oui, je suis condamnable. Voyez, c'est ça l'étape cruciale, l'insertion dans le raisonnement de l'élément normatif. Élément normatif sans lequel on est condamné, c'est le cas de le dire, à rester enfermé dans la sphère du descriptif. Une femme est en train de se noyer. OK. Une femme est en train de se noyer. Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse ? Qu'est-ce que vous voulez que je fasse de cette information ? Ah, il est mal de laisser les gens se noyer. Il est
mal de laisser mourir les gens si on peut les sauver. Ah, mais je pouvais pas savoir. Vous êtes marrant vous. OK, j'ai compris. Donc je dois la sauver. Je caricature pas. J'explicite J'explicite le saut qualitatif. Retenez bien cette expression, le saut qualitatif qui nous fait passer de la sphère descriptive à la sphère normative. Parce que si on n'accomplit pas ce saut qualitatif, on reste dans de la pure information, on reste dans du purement factuel. Et le factuel ne contient pas en lui-même le critère à la lumière duquel on l'évalue. Voilà pourquoi je disais tout à
l'heure que la morale est une addition et non pas une soustraction. C'est une addition parce que c'est l'introduction d'un paramètre, le paramètre normatif qui vient s'ajouter au paramètres factuels. Autre exemple, comme ça on va voir si vous avez bien suivi. Jeff exploite ses employés. Il les paye une misère. Il leur interdit d'aller aux toilettes. Il les vire à la moindre erreur. Bien ou pas bien ? commença pas bien. Non, ni l'un ni l'autre. Jeff exploite ses employés. Proposition descriptive. Soyez attentif. Pour en arriver à la conclusion que ce que fait Jeff ce n'est pas bien,
que Jeff un salot par exemple, il faut intercaler entre la prémisse et la conclusion une deuxième prémisse, une prémisse majeure qui dit "Il est mal d'exploiter, il est mal de payer une misère, il est mal d'humilier." C'est seulement à cette condition qu'on peut en arriver à la conclusion que Jeff est un salot. Et c'est là où normalement vous devez me dire "Mais qu'est-ce que c'est que ce délire ? Qu'est-ce que c'est que ce raisonnement à deux balles qui consiste à dire pour pouvoir dire qu'une chose est mauvaise, faut préciser qu'elle est mauvaise. Pour dire que
ce qu'a fait quelqu'un est mal, il faut dire que ce qu'il a fait est mal. On aurait pas deviné la puissance intellectuelle. Je comprends, je comprends cette réaction qui est de se dire au fond, est-ce qu'on serait pas là dans un bon vieux cas de raisonnement circulaire ? Le raisonnement circulaire, c'est le raisonnement qui consiste à glisser dans les prémisses d'un raisonnement la conclusion de ce raisonnement pour ensuite la présenter cette conclusion comme une information nouvelle du genre Dieu existe parce que c'est écrit dans la Bible. Or, la Bible est vraie parce que c'est la
parole de Dieu. Autant dire directement Dieu existe parce qu'il existe. Exactement de la même façon que ce que fait Jeff est condamnable parce que ce qu'il fait est condamnable. Et bien au risque de vous surprendre, vous avez raison. Alors quand je dis que vous avez raison, attention, c'est plus subtile que ça. Mais ça revient à ça parce que ça revient à dire qu'un jugement de valeur ne peut provenir, il ne peut être la conclusion que d'un autre jugement de valeur, que d'un jugement de valeur préalable. C'est parce qu'on a défini un acte comme étant moralement
mauvais, parce qu'on l'a postulé comme mauvais. qu'on peut en arriver à la conclusion que l'auteur de cet acte est condamnable. Mais le jugement de valeur en lui-même, il ne provient de rien d'autre que de lui-même. Il ne provient pas de l'acte, il ne provient pas du fait. puisqu'on a dit un fait n'est en lui-même porteur d'aucune valeur. Donc oui, il y a bien l'idée de raisonnement circulaire, il y a bien l'idée de pétition de principe au sens où le jugement de valeur qui conclut notre raisonnement, il est l'émanation d'une valeur, il est l'émanation d'un élément
normatif qui a été posé dans notre raisonnement. posé par nous, pas posé par les faits. C'est ça le saut qualitatif dont je parlais tout à l'heure. Saut qualitatif parce que surgissement du normatif dans le descriptif, superposition du normatif au descriptif, pas déduction. Donc pour le dire d'une manière à la fois brutale et définitive, les valeurs ne proviennent de rien d'autre. que d'elle-même. Elles ne proviennent de rien d'autre que du processus de valorisation humain qui prête à tel fait telle valeur morale et à tel autre fait telle autre valeur morale. Et c'est là où il faut
en tirer la conclusion qui s'impose, à savoir que la morale n'est pas rationnelle. La morale n'est pas rationnelle parce qu'elle n'est pas issue du raisonnement. Elle est un élément du raisonnement. Elle est un ingrédient du raisonnement, on l'a vu avec les précédents exemples. Mais elle n'est pas le résultat d'un raisonnement. La morale n'est pas quelque chose de rationnel. Elle est un surgissement dans la sphère du rationnel. Si ça vous fait quand je dis que la morale n'est pas quelque chose de rationnel, c'est que vous confondez deux choses. C'est que vous confondez rationnel et raisonnable. Être
rationnel, ça veut dire utiliser sa raison. Être raisonnable, ça veut dire ne pas faire n'importe quoi, ne pas faire des choses condamnables, ne pas faire des choses qui font du mal, des choses qui nous emmèneraient en prison. Confondre rationnel et raisonnable, c'est confondre déduction et prescription. La raison déduit. La raison permet de dire que 2 + 2 = 4. Elle permet de dire pour parvenir à tel but, il est nécessaire d'utiliser tel moyen. Mais la raison ne nous dit pas il faut parvenir à ce but. Parce que le but, c'est vous qui le choisissez. Vous,
c'est-à-dire la partie de vous qui considère telle situation comme souhaitable et telle situation comme non souhaitable. sur la base de vos préférences, de vos sentiments, de vos intérêts. Donc la raison ne prescrit rien ou plutôt elle ne prescrit que dans la mesure où vous avez vous-même choisi le critère moral à partir duquel vous lui demandez de prescrire. Si vous préférez, la raison est tout au plus un instrument de la morale. L'instrument qui vous permet de savoir ce que vous devez faire à partir du moment où vous avez déjà une notion du bien et du mal.
Je vais prendre un exemple. Si vous programmez un logiciel informatique pour exécuter une tâche, que cette tâche soit moralement bonne ou moralement mauvaise, qu'elle soit bienveillante ou malveillante, c'est pas son problème au logiciel. Le logiciel, il fera ce que vous lui avez demandé. Il se posera pas plus de questions. Le logiciel, c'est la raison. La programmation du logiciel, c'est vous. Imaginons que vous demandiez à une intelligence artificielle de maximiser le bonheur de l'humanité, mais que vous ne lui donnez aucune autre information, aucune autre information sur ce qui lui est permis de faire ou pas pour
parvenir à ce but. Et bien si au terme de son calcul l'intelligence artificielle en arrive à la conclusion que le meilleur moyen de maximiser le bonheur de l'humanité, c'est tout simplement bah d'éliminer les individus malheureux, elle le fera et elle aura raison. Elle aura raison au sens rationnel, au sens de calcul. Et vous aurez beau jeu de dire ensuite oui mais en fait non c'est pas ce que je voulais dire. Je voulais que tu tiennes compte du fait que tu es mal et que donc il faut trouver un moyen qui tienne compte de ça. Mais
ça la machine elle pouvait pas le savoir parce que la machine ne se pose pas de questions morale. Elle ne s'en posera que dans la mesure où vous inclurez dans ces données d'entraînement ou dans la mesure où vous inclurez dans vos requêtes des paramètres moraux en lui demandant d'en tenir compte. Et pour elle, vos paramètres moraux ne seront que de l'information, des informations qu'elle intègrera dans ces calculs et à ce moment-là, elle refera ses calculs et elle en arrivera à une autre solution, une solution rationnelle qui tiendra compte de vos paramètres moraux. Raison, ration en
latin, ça signifie calcul. La raison calcule, c'est son job. Elle ne dit pas ce qui est bien ou ce qui est mal parce que ça c'est pas son job. C'est la phrase de Heidegger. La science ne pense pas. La science ne pense pas. Autrement dit, la science ne se pose pas de questions morales ou existentielles. Elle ne se demande pas est-ce qu'il est moral d'utiliser des animaux comme cobail pour tester des traitements médicamenteux ? Est-ce qu'il est juste de scinder un atome pour fabriquer une bombe atomique ? Ça, ce sont des préoccupations humaines. Et si
on veut que la science ou la machine, si on veut qu'une raison pure, pour le dire vite, tienne compte du facteur moral, il faut l'éduquer, il faut la paramétrer, il faut lui injecter des notions morales. C'est ça dire que la morale n'est pas rationnelle. Et c'est ça dire que le champ informatif et le champ normatif sont indépendants l'un de l'autre. Alors vous vous en doutez, je pense cette guillotine de Yum, elle a fait l'objet de plusieurs critiques, de plusieurs tentatives de réfutation. On va en lister quatre comme ça, on fera un tour d'horizon assez complet.
Et pour qu'on s'y retrouve plus facilement, je vais donner un nom à chacune de ces réputations. Premièrement, la réfutation pratique. Deuxièmement, la réfutation linguistique. Troisièmement, la réfutation objectiviste et quatrièmement la réfutation phénoménologique. Alors, on va commencer par la réfutation pratique. De quoi s'agit-il ? Et bien, il s'agit de dire que dans la pratique, les faits et les valeurs ne sont pas indépendants. Tout simplement parce que dans la pratique, dans l'immense majorité des cas pratiques, les mêmes faits entraînent les mêmes jugements de valeur. Par exemple, imaginons que vous voyez un enfant en train de se faire
maltraiter, de se faire frapper ou de se faire humilier. Qu'est-ce que vous allez vous dire ? Bien, si vous êtes normalement constitué, vous allez vous dire que c'est inacceptable. Vous n'allez pas rester impassible à vous dire tiens, voilà un fait. Intéressant ce fait, non ? Même si vous n'intervenez pas physiquement pour mettre un terme à la situation, quelque chose en vous va dire stop. Même chose si vous voyez quelqu'un pousser un handicapé dans les escaliers ou même chose si vous entendez quelqu'un se réjouir de la mort d'un innocent. Vous allez spontanément condamner. Alors oui, ça
ne veut pas dire que votre condamnation est contenue dans le fait que vous condamnez. Ça ne veut pas dire que c'est le fait lui-même qui est porteur de valeur, mais ça veut dire qu'il y a des situations où pour la plupart des êtres vivants, conscients et socialement intégrés, la distinction entre fait et valeur n'a pas lieu d'être. Il y a des situations qui relèvent de l'évidence morale. Et parler d'évidence morale, ça ne remet certes pas en question le principe selon lequel les faits et les normes sont indépendants au départ, mais ça remet totalement en question,
pour ne pas dire ça invalide, la pertinence pratique, la valeur pratique d'une telle distinction. Imaginons que vous soyez malade. Vous êtes malade, c'est un jugement de fait. On est bien d'accord que ce jugement de fait n'implique pas nécessairement que vous deviez vous soigner ou que vous deviez aller chez le docteur. Vous êtes malade, c'est descriptif. Vous allez chez le docteur, c'est prescriptif. D'ailleurs, c'est pas pour rien que quand on va chez le docteur, il nous délivre une prescription. Une prescription, ce n'est pas simplement constater qu'on est malade, c'est enclencher une action pour la résoudre. Donc
on est bien dans la sphère du normatif. Donc pour en revenir à ce que je disais, on est d'accord que quand on est malade, il n'y a rien de nécessaire, il n'y a rien d'automatique à ce qu'on veuille se soigner. Donc de ce point de vue-là, il y a bien effectivement une indépendance du champ des faits et du champ des normes. Cependant, on est aussi d'accord pour dire que personne n'aime être malade. Quand on est malade, on se dit pas "Waouh, je suis malade, c'est génial Non, on préfère tous être en forme. Et dire qu'on
préfère tous être en forme, c'est dire, même si c'est de façon implicite, je juge négativement le fait d'être malade. Je juge positivement le fait d'être en forme. Qui considère le fait d'être malade comme neutre sur le plan des valeurs ? Qui considère le fait d'être malade comme une simple information ? comme une simple constatation, c'est du pipo. Tout le monde juge préférable d'être en bonne santé que d'être malade. D'ailleurs, ça va me permettre de raccrocher les wagons. On disait tout à l'heure que quand on n'aimait pas quelqu'un, on avait plus facilement tendance à en dire
du mal ou à lui souhaiter du mal. Quand on souhaite à quelqu'un qu'on aaime pas de tomber malade, c'est pas gentil mais ça arrive. C'est bien qu'on part du principe qu'être malade, c'est quelque chose de chargé en terme de valeur, de négativement chargé. Maladie, mal à maladie à l'origine, ça veut dire mauvais état. Mauvais, donc non souhaitable. Mauvais donc non souhaité. Prescriptif. Donc l'idée c'est de dire qu'il y a des cas où le normatif découle mécaniquement du descriptif. Ils sont séparés en théorie mais ils sont unis en pratique. Alors oui, il y a toujours des
exceptions et il faut évidemment tenir compte de ces exceptions. Par exemple, on peut imaginer le cas d'un élève qui ne veut pas aller à l'école parce que sa prof de math a prévu un contrôle qui n'a pas du tout envie de passer ce contrôle. Donc qu'est-ce qu'il va faire ? Il va s'arranger pour tomber malade, pour choper la grippe, par exemple en buvant à la même bouteille qu'un de ses amis malades ou en lui demandant qu'il lui éternu dessus ou en léchaette des toilettes. Vous n'imaginez pas de quoi les élèves sont capables. Donc cet élève
qui fait tout pour tomber malade, on est d'accord qu'il contredit la norme selon laquelle personne ne veut être malade. On est d'accord qu'on a affaire ici à un cas où le même jugement de fait, je suis malade n'engendre pas du tout le même jugement de valeur. Ici, le jugement de valeur, ce serait je suis ravi. Mais est-ce que ça suffit à réfuter l'argument ? Et bien non, parce que si le cas de cet élève contredit effectivement la règle selon laquelle les mêmes jugement de fait entraînent les mêmes jugements de valeur, il confirme en même temps
que le jugement de fait avoir une mauvaise note, entraîne le même jugement de valeur à savoir je n'ai pas envie d'avoir une mauvaise note. Avoir une mauvaise note, c'est un jugement de fait, c'est du descriptif. Mais ne pas vouloir avoir une mauvaise note, c'est du normatif. Donc on a bien ici un élève qui juge positivement ce que la plupart des gens jugent négativement, à savoir le fait de tomber malade, mais qui ne le juge positivement que dans la mesure où il juge négativement, comme la plupart des gens, le fait d'avoir une mauvaise note. Donc il
ne contredit la règle que pour mieux la confirmer. La plupart des gens jugent négativement le fait de tomber malade parce que la plupart des gens n'ont pas besoin d'une excuse pour être absent à un contrôle de math. Donc c'est en tant que moyen en vue d'une autre fin pour parler comme que cet élève juge positivement le fait de tomber malade pas le fait de tomber malade en soi. Et en cherchant à tomber malade, ce que démontre cet élève, c'est qu'il est d'autant plus en contradiction avec le jugement de valeur majoritaire sur le fait de tomber
malade, qu'il est en totale adhésion avec le jugement de valeur majoritaire sur le fait d'avoir une mauvaise note. Il associe lui aussi tel jugement de fait à tel jugement de valeur. conclusion. En pratique, la séparation entre les jugements de fait et les jugements de valeur n'existe pas. On passe maintenant à la deuxième réputation, la réfutation linguistique. Alors cette réputation, elle a été formulée par un autre philosophe écossais mais contemporain cette fois-ci, un philosophe qui s'appelle Alasdair Mcinter dans son livre intitulé Après la vertu. Et dans ce livre, Mcin prend un exemple qui est lui-même repris
d'un autre philosophe, Arthur Prior. Et Arthur Prior nous dit "Il y a des mots qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs, c'est-à-dire des mots dont on ne peut pas séparer la dimension factuelle de la dimension normative." Exemple, le mot capitaine. Qu'est-ce qu'un capitaine ? Un capitaine, par exemple, le capitaine d'un navire, c'est quelqu'un qui est à la tête du navire. Capoute, capitis, c'est la tête en latin, d'où le verbe décapiter. Donc le capitaine est à la tête de son navire et parce qu'il en est à la tête, certains devoirs lui incombent, certaines responsabilités lui
incombent. Et parmi ces responsabilités, il y a celle en cas de naufrage d'être le dernier à quitter le navire, autant dire de se sacrifier. Évidemment, vous avez tous en tête la fin du film Titanic, le commandant Edward Smith qui refuse de monter dans un canau de sauvetage tant que tous les passagers n'auront pas été évacués parce qu'en tant que capitaine, il en va de son honneur, il en va de son statut. Donc dire de quelqu'un que c'est un capitaine, c'est à la fois dire quelque chose de descriptif. C'est un capitaine et c'est dire quelque chose
de prescriptif. Il doit être le dernier à quitter le navire. Autre exemple, la montre qui n'est pas à l'heure. Si vous demandez quelle heure il est à quelqu'un qui a une montre au poignet et qu'il vous répond "Je n'en sais rien", votre premier réflexe, ça va être de vous dire "Il se moque de moi." Il a une montre mais elle donne pas l'heure. À quoi ça sert d'avoir une montre dans ce cas-là ? Bien, ça peut être une montre à valeur sentimentale ou à valeur esthétique ou à valeur sociale. Mais le fait est qu'en règle
générale, une montre ça sert d'abord à donner l'heure. On attend d'une montre qu'elle donne l'heure. Bien, ce verbe que je viens d'employer attendre attendre de C'est exactement ça dont parle Min ce qu'il appelle les concepts fonctionnels. Un concept fonctionnel c'est un concept qui se définit par sa fonction, qui se justifie par sa fonction. La fonction d'une montre, c'est de donner l'heure. Une montre qui ne donne pas l'heure, c'est une montre qui ne remplit pas sa fonction. Et si elle ne remplit pas sa fonction, nous sommes fondés à dire que c'est une mauvaise montre. Une montre
qui ne donne pas l'heure, c'est descriptif. Une mauvaise montre, c'est prescriptif. Et si une montre qui ne donne pas l'heure égale une mauvaise montre, ça veut dire que du égal du normatif. Donc c'est ça la réputation linguistique, c'est le fait de dire que certains mots incluent une dimension prescriptive. La distinction entre jugement de fait et jugement de valeur n'a donc là encore pas lieu d'être. Trisième réputation de la guillotine de Yum, la réputation objectiviste. Alors l'objectivisme, c'est un courant de la philosophie morale qui a été initié par Einrond. Ein Heinrand, promotrice de l'égoïsme rationnel. Et
pour tout vous dire, c'est l'objectivisme d'inrond qui m'a donné l'idée de faire cet épisode sur la guillotine de Yum. Parce que quand j'ai lu le livre d'Inrond dans lequel elle présente l'objectivisme moral, je me suis dit tiens, voilà quelqu'un qui va complètement à l'encontre de la guillotine de Yum et qui pour autant a de bons arguments. Alors que nous dit Ainrand ? Elle nous dit que l'idée selon laquelle la morale est indépendante des faits est tout simplement fausse, métaphysiquement fausse. Qu'est-ce qu'elle veut dire par là ? Elle veut dire que quand on réfléchit à ce
qu'est la morale, à ce que sont les valeurs morales, on s'aperçoit très vite d'une chose, à savoir qu'il n'y a de moral que pour des êtres vivants. Pourquoi ? Parce que la notion même de valeur sans laquelle la morale n'existerait pas, la notion même de valeur ne concerne que les êtres vivants. Il n'y a que pour un être vivant que certaines choses ont de la valeur. Plus précisément pour un être vivant et conscient. un être vivant qui a la capacité de concevoir des valeurs. La matière inanimée, elle a pas de valeur. Elle a pas de
valeur au sens où pour elle, il y a pas de bien, il y a pas de mal. Déjà parce qu'elle n'a pas de conscience, mais aussi parce qu'il ne peut y avoir de bien et de mal que pour une entité vivante. Il y a un lien indissociable entre valeur morale et vie. Et qu'est-ce qui permet à une rente d'affirmer ça ? Et bien c'est le fait qu'il n'y a de valeur que pour autant qu'il y a un objectif à poursuivre, que pour autant qu'il y a un but à atteindre. Et pour un être vivant, le
but à atteindre c'est de se maintenir en vie. C'est de se conserver en vie. Le propre d'un vivant, c'est de vouloir rester vivant. sa vie et ce qui a le plus de valeur pour lui. Sa vie est donc le fondement de toutes ses valeurs. Pourquoi sommes-nous à peu près tous d'accord ? Pour condamner le meurtre parce que le meurtre contredit directement l'instinct de survie parce que le meurtre, la possibilité du meurtre met en péril notre vie. Donc on le condamne. Même chose pour la violence, même chose pour le vol, même chose pour le mensonge ou
la trahison. Parce que toutes ces choses-là mettent en danger la conservation de notre vie. Donc là où youum voit nos valeurs morales comme des prolongements de nos sentiments, rand va beaucoup plus loin puisque pour elle, nos valeurs morales viennent de notre condition d'être vivant, donc d'être vulnérable. Être vivant, c'est être sous le risque perpétuel, sous la menace perpétuelle de mourir. C'est cette menace permanente qui est à l'origine de nos valeurs morales. Précisons une chose, on peut être d'accord avec Einrond sur son constat, sur ses prémisses, mais ne pas arriver du tout aux mêmes conclusions qu'elle,
en l'occurrence à ses conclusions sur la nécessité de l'égoïsme. Einrand prône l'égoïsme, ce qu'elle appelle l'égoïsme rationnel. Mais quelqu'un comme Kropotkin qui considère lui aussi que la morale est un instrument de conservation de la vie en arrive à la conclusion qu'il faut prener l'altruisme. Kropotkin montre que l'altruisme c'est le mode d'organisation sociale et morale qui a permis non seulement la survie des espèces à travers le temps, mais aussi leur évolution. Mais dans les deux cas, il y a l'idée que la morale est un fait objectif. Il y a l'idée que la morale est l'expression objective
des intérêts du règne vivant. Et donc dire que la morale c'est contextuel, c'est culturel, c'est relatif. Bien pour une ronde, c'est pas vrai. C'est pas vrai parce qu'il n'y a pas de sens à forger des valeurs morales si ces valeurs moral n'ont pas pour but de protéger ce qui a de la valeur aux yeux de ceux qui ont forgé ces valeurs morales. Et qu'est-ce qui a de la valeur aux yeux de ceux qui ont forgé les valeurs morales ? Autrement dit aux yeux des êtres vivants. La vie, la morale et l'expression de notre attachement à
la vie. Donc tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire que pour einrand il y a une objectivité des valeur morale car il y a une objectivité de ce qui a de la valeur pour les êtres vivants à savoir la vie. Et donc s'il y a une objectivité des valeurs morales, il n'y a aucun sens à distinguer les jugements de fait des jugements de valeur car la valeur est toujours contenue dans le fait. Un fait qui desserre la conservation de la vie est un fait moralement négatif, un fait qui optimise la conservation de
la vie est un fait moralement positif. J'en arrive maintenant à la 4e réfutation de la guillotine de Yum. 4e réfutation que j'ai proposé d'appeler la réfutation phénoménologique. Alors, ne vous laissez pas impressionner par le mot. phénoménologique, ça a un côté un peu intimidant, mais en réalité c'est beaucoup plus simple que ça en a l'air. C'est tout simplement l'idée que à proprement parler, les faits ça n'existe pas. Comment ça ? Comment ça les fait ça n'existe pas ? Bien, l'idée c'est de dire que quand on parle d'un fait, quand on dit tel fait a eu lieu
ou il s'est passé ça, on fait comme si ce fait était une donnée indépendante de tout point de vue, indépendante de notre interaction avec ce fait. Vous voyez un accident de voiture, vous en êtes témoin. Ce que vous voyez, c'est l'accident de votre point de vue. Un autre témoin qui sera placé de l'autre côté de la rue n'aura pas vu la même chose. Ce fait, pour lui, ne renverra pas à la même expérience. Aucun de tous les points de vues qui auront assisté à l'accident n'auront vécu la même expérience. Aucun n'aura assisté au même fait.
Untel aura vu l'automobiliste braquer soudainement le volant. Un tel aura entendu le crissement des pneus avant la collision. Un tel aura vu une vieille dame tomber par terre sous l'effet de la peur. Et je ne parle même pas de ceux qui étaient à l'intérieur des voitures qui eux-mêmes n'auront pas vécu la même expérience entre eux. Bref, le fait accident, personne ne l'aura vécu. Le fait accident, c'est une reconstruction conceptuelle qui ne correspond à aucune autre réalité que la soustraction après coup de toutes les différences entre les points de vue. Et cette réalité soustraite, cette réalité
amputée de toute trace de subjectivité, c'est une réalité qui à proprement parlé n'existe pas. C'est une version asséchée. C'est une version désubstantialisée de la réalité. Et ça, c'est quelque chose que nous avons intégré. Nous avons intégré l'idée qu'il y aurait les faits d'un côté. et le jugement ou l'interprétation des faits de l'autre côté. Et bien non, un fait ça n'existe pas parce qu'on ne peut pas isoler, on ne peut pas désolidariser le fait de l'expérience du fait. Et c'est pour ça que j'ai appelé cette réputation la réfutation phénoménologique. Parce que la phénoménologie, c'est dire qu'il
n'y a de fait que le vécu de conscience dans une approche phénoménologique, la distinction sujet objet, elle n'existe même pas. Puisque parler de sujets et d'objets, c'est déjà séparé, c'est déjà dissocié. le fait de celui qui fait l'expérience du fait. Or, ce que nous vivons, ce que nous vivons tous concrètement, c'est l'immersion dans le fait en même temps que le rapatriment du fait en nous. Il y a unité du fait et de l'expérience du fait. Donc, on ne peut pas dissocier le jugement de fait du jugement de valeur parce qu'on ne peut pas dissocier l'objet
du sujet, autrement dit parce que les faits, les faits entendus au sens de fait extérieur au sujet, au sens de fait objectif, ça n'existe pas. Je cite, "Je ne puis m'empêcher d'ajouter à ces raisonnements une observation qu'on trouvera peut-être de quelque importance. Dans tous les systèmes de moralité que j'ai rencontré jusqu'ici, j'ai toujours remarqué que l'auteur procède quelques temps de la manière ordinaire de raisonner et établit l'existence d'un dieu ou fait des observations concernant les affaires humaines. Quand soudain, je suis étonné de trouver qu'au lieu de rencontrer les copules habituelles et et n'est pas, je
ne trouve aucune proposition qui ne soit connectée avec des doigts ou ne doit pas. Ce changement est imperceptible mais a néanmoins de grandes conséquences. Car comme ce doit ou ne doit pas exprime quelque nouvelle relation ou affirmation, il est nécessaire que celle-ci soit observé et expliqué et qu'en même temps une raison soit donnée pour ce qui semble tout à fait inconcevable que cette relation puisse être une déduction d'autres qui en sont entièrement différentes. Mais comme les auteurs n'utilisent pas fréquemment cette précaution, je me permets de la recommander au lecteur et je suis persuadé que cette
petite attention fera succomber tous les systèmes vulgaires de moralité et nous fera voir que la distinction entre le vis et la vertu n'est pas fondée simplement sur la relation entre objets ni perçu par la raison. Nos valeurs sont une projection. Elles sont la projection de notre être dans les choses comme un vitrail qui filtre la lumière et qui devient notre réalité. Juger les faits, c'est juger notre perception des faits. Et quand on oublie que les faits ne sont que la perception qu'on en a, on en vient, sans même s'en rendre compte, à se juger soi-même.
On en vient à parler de soi au lieu de parler des choses et on se retrouve à argumenter, à objecter, à controverser sur ce qu'est la réalité sans voir que ce que nous faisons, c'est chercher à exister comme point de vue, à exister comme conscience. La réalité et notre prétexte dans notre lutte pour la reconnaissance. Faire admettre sa vision de la réalité. Imposer sa vision de la réalité. Sa vision des faits. C'est chercher à faire dire à l'autre tu as raison. Et si tu as raison, c'est que je te reconnais. C'est que tu existes à
mes yeux. Ne cherchons pas à avoir raison. Acceptons simplement le fait que chacun a ses raisons. Je vous remercie. [Musique]