Ça fait longtemps qu'on essaie d'expliquer la personnalité, qu'on essaie de comprendre comment anticiper les comportements humains. Ça a commencé avec les Grecs, Théophraste, qui était un élève d'Aristote, avait créé une liste de différents types de personnalité. On a eu la théorie des humeurs avec les humeurs sanguine, bilieuse, mélancolique et flegmatique.
Plus récemment, on a eu les théories psychanalytiques avec Freud, selon lesquelles notre personnalité serait le résultat d'interactions entre le moi, le ça, et l'inconscient, le conscient et le préconscient, selon la topique à laquelle on s'intéresse. Un peu après Freud, Carl Jung, qui était un disciple de Freud, a formulé sa propre théorie, en reprenant quelques concepts de la psychanalyse. C'est lui qui a créé le concept d'extraversion et d'introversion.
Il en a parlé comme étant des types; on va voir une différence totale entre les types et les traits, et tout cela a été réutilisé pour créer ce qu'on appelle aujourd'hui le MBTI (Mayer-Briggs Type Indicator), inventé par, il me semble, Katherine Briggs et Isabel Briggs Myers. C'est très à la mode et c'est intéressant de voir qu'il est bien accueilli par le grand public, mais très peu apprécié des chercheurs. Alors, quelle est la différence entre un trait de personnalité et un type de personnalité ?
Eh bien, un type de personnalité est exclusif : vous êtes soit extraverti, soit introverti. Un trait inclut la notion de continuum, c'est-à-dire que l'on est plus ou moins extraverti sur le continuum de l'extraversion. Chaque trait de personnalité suit une norme dans la population, c'est-à-dire que, comme pour l'intelligence, d'ailleurs, comme pratiquement toutes les caractéristiques psychologiques, on connaît aujourd'hui que la majorité des gens se situent au milieu et qu'à mesure qu'on s'éloigne de la moyenne vers les extrémités, il y aura de moins en moins de monde.
C'est ce qui donne une courbe en forme de cloche, la courbe de Gauss. À la différence des types de personnalité, tout le monde posséderait des traits de personnalité, mais à plus ou moins grande ampleur. Les chercheurs préfèrent se baser sur ce qu'on appelle le modèle des cinq grands facteurs (les Big Five), qui ont été mis en lumière par McCrae et Costa dans les années 90.
Je vais vous les énumérer tout à l'heure, et c'est assez original, assez différent, la manière dont on a conçu ce modèle. Contrairement à ce qui se fait habituellement dans la recherche, c'est-à-dire d'avoir une théorie et d'aller tester cette théorie, c'est-à-dire d'avoir des hypothèses théoriques et de tester ces hypothèses, on va voir si elles sont validées statistiquement. Là, c'est un peu l'inverse : on fait une analyse exploratoire sans théorie, et après on va essayer d'interpréter les résultats.
C'est ce qui s'est fait pour le modèle des cinq grands facteurs. On appelle ça une analyse factorielle. Dans un premier temps, on a fait une liste de tous les adjectifs possibles pour décrire la personnalité, la fameuse liste de Cattell.
Puis, on a demandé à des participants de donner une note de 0 à 5 ou à 10, peu importe, pour dire à quel point ce mot-là les représentait. Ensuite, on a corrélé chacun de ces adjectifs, on a regardé la corrélation entre eux pour pouvoir essayer de voir s'il y avait des agrégats. En fait, c'est-à-dire s'il y avait des adjectifs qui seraient regroupés les uns avec les autres.
Si certains adjectifs sont corrélés entre eux, c'est-à-dire que si on est généreux en général, on est plutôt honnête. Cela va faire ressortir des facteurs. On va ensuite interpréter ces facteurs, on va leur donner un nom, et on va voir par la suite, chaque fois qu'on aura une nouvelle variable, à quel point elle corrèle avec ces facteurs-là, dans quelle catégorie elle rentre.
C'est ce qu'on appelle les coefficients de saturation. Le questionnaire qui permet de mesurer, le questionnaire officiel de ce modèle des cinq grands facteurs, c'est le NEO-PI-R. Le NEO-PI-R mesure les cinq grands facteurs que sont : l'ouverture, le très consciencieux, l'extraversion, l'agréabilité et le névrosisme.
Alors, le premier facteur, c'est l'ouverture. L'ouverture, c'est la recherche de nouveautés, la recherche d'originalité. Ceux qui ont un score élevé en ouverture sont des personnes qui vont être plus ouvertes à de nouvelles théories, qui vont avoir plein d'activités, plein de passions différentes, qui vont être sensibles à l'art et à différents types d'émotions, etc.
Il y a six dimensions dans ce facteur, comme dans chacun des cinq grands facteurs. Les six facettes de l'ouverture sont : rêverie, ouverture aux rêveries, ouverture à l'esthétique, ouverture aux sentiments, ouverture aux actions et ouverture aux valeurs. Le deuxième grand facteur, c'est le très consciencieux.
Donc, les personnes qui ont un score élevé sur le très consciencieux sont des personnes qui travaillent plus, qui fournissent plus d'efforts, qui sont plus organisées, qui considèrent que l'ordre est quelque chose de plus important que les autres, qui ont une certaine forme d'auto-discipline et de persévérance pour arriver à leurs objectifs. Alors, les six facettes sont : compétences, ordre, sens du devoir, recherche de réussite, autodiscipline et délibération. Le troisième facteur, c'est l'extraversion.
Donc, les personnes qui ont un score élevé en extraversion sont des personnes qui recherchent des émotions positives, qui ont besoin d'être entourées, qui tirent de l'énergie positive du groupe, qui ont plus d'énergie que les personnes qui ont un score bas, ce qu'on pourrait appeler les introvertis. Elles recherchent plus le contact social. Les six dimensions sont : chaleur, grégarité, assertivité, activités, recherche de sensations, et émotions positives.
Les extravertis ressentent plus d'émotions. Positifs que les autres, le quatrième grand facteur est la réhabilité. Les personnes qui ont un score élevé en agréabilité sont décrites comme faisant preuve de plus de bienveillance, ayant un intérêt sincère pour le bien-être des autres, et recherchant l'harmonie dans le groupe.
À l'inverse, les personnes qui ont un score bas en agréabilité vont plutôt mettre leur propre intérêt en avant, être dans la confrontation. Les six dimensions sont : la confiance en autrui, la droiture, l'altruisme, la compliance, la modestie, l'humilité et la sensibilité à autrui. Enfin, le cinquième facteur est le névrosisme, que l'on peut également voir sous son versant positif, à savoir la stabilité émotionnelle.
En gros, si le névrosisme concerne les émotions négatives, ce sont des personnes avec un score élevé en névrosisme qui sont plus sensibles, plus impulsives, plus colériques, plus stressées, plus nerveuses. Donc, les six dimensions sont : l'anxiété, la colère, la dépression, la timidité sociale, l'impulsivité et la vulnérabilité. Ce qui est assez rigolo avec le modèle du Big Five, c'est qu'autant il est utilisé dans la recherche scientifique comme le modèle de référence, autant il est absolument pas connu du grand public.
À l'inverse, le MBTI, qui n'est absolument pas utilisé en recherche scientifique et n'a jamais été validé scientifiquement, est apprécié par le grand public et utilisé dans les entreprises, par des particuliers sur Internet, chez eux. Beaucoup de gens se reconnaissent dans le MBTI, alors qu'il n'a jamais été validé scientifiquement. Je pense qu'il y a un effet horoscope qui fait que tout le monde se reconnaît dans le MBTI.
Il y a aussi quelque chose qui rend le MBTI sympathique : c'est qu'en fait, tout le monde en sort gagnant. Il n'y a que des types de personnalité, car c'est bien de ça dont on parle, des types de personnalités qui sont valorisés socialement. Vous êtes toujours gagnant.
Dans le modèle du Big Five, c'est aussi pour cette raison qu'on n'aime pas l'utiliser en entreprise. Il y a des traits qui ne sont pas valorisés socialement. On n'a plus envie d'être quelqu'un de travailleur, consciencieux, agréable, extraverti, ouvert d'esprit et stable émotionnellement, plutôt que l'inverse.
Et Dieu sait que les psychologues n'aiment pas porter de jugements de valeur, mais on peut aussi le voir différemment. Chaque versant d'un trait peut trouver une adaptation dans notre monde actuel. L'extraversion, c'est bien connu, ça plaît dans le monde de l'entreprise, mais il y a certains métiers où les recruteurs préfèrent s'orienter vers des personnes qui ont des scores faibles en extraversion, comme les traducteurs.
Allez voir un développeur web, si vous cherchez un chercheur. Idem pour la très grande agréabilité. Oui, je veux que mes amis ou mes collègues soient des personnes agréables, mais par contre, pour mon garde du corps, j'ai tout intérêt à ce qu'il soit désagréable, avec un score très bas en agréabilité.
Je vais préférer sortir en soirée avec des amis qui ont un score très bas en conscientiosité. C'est avec eux qu'on s'amuse le plus. Mais pour mon comptable, je préfère qu'il ait un score élevé en conscientiosité.
Il faut noter également que la majorité des gens se situe au milieu du continuum. On reprend la fameuse courbe de Gauss. La majorité des gens ne sont ni vraiment introvertis ni vraiment extravertis.
Ils ont des caractéristiques propres à un score élevé d'extraversion et des caractéristiques propres à un score plutôt faible d'extraversion. C'est pareil pour la conscienciosité, c'est pareil pour l'ouverture, etc. Notons enfin qu'il existe des différences hommes-femmes, qui ont été démontrées de nombreuses fois dans de grosses méta-analyses en ce qui concerne la personnalité.
Les femmes ont des scores plus élevés que les hommes sur le trait névrosisme, notamment en ce qui concerne les facettes de vulnérabilité et d'anxiété, et des scores plus élevés en agréabilité que les hommes. Ces différences ont été démontrées dans de grandes études, dans des méta-analyses qui font la synthèse de plusieurs études. Elles ont été démontrées dans plein de cultures différentes.
Ce qui est assez intéressant, c'est que ces différences sont plus marquées dans les pays riches, individualistes et qui prônent l'égalité entre les hommes et les femmes. Si vous voulez avoir plus d'infos sur ces différences entre les hommes et les femmes, je vous invite à aller voir une vidéo que j'avais tournée l'année dernière et qui s'affichera à l'écran. Voilà, le modèle du Big Five, c'est donc le modèle le plus solide scientifiquement parlant.
Non seulement il a été démontré comme étant universel, c'est-à-dire qu'on retrouve ces cinq facteurs dans toutes les cultures du monde, mais on les retrouve même chez les animaux ! Pour vous dire, on a observé ces traits de personnalité chez des animaux de compagnie, chez des primates et même chez des hyènes. Il y a également une certaine stabilité dans le temps.
Quand on fait des études longitudinales, c'est-à-dire qu'on étudie des individus à différentes étapes de leur vie, on remarque qu'il y a une certaine stabilité : les gens ne changent pas de personnalité du jour au lendemain. J'insiste bien sur le terme "relative", car il est possible de changer légèrement de personnalité au cours de sa vie. Par exemple, quand on a des épisodes de stress post-traumatique, cela altère totalement votre personnalité.
Une personne qui revient de la guerre, par exemple. . .
Il y a également une relative stabilité dans l'espace. Encore une fois, j'insiste sur le terme "relative", puisque nous ne sommes évidemment pas la même personne au travail que lorsque nous rentrons chez nous le soir. Mais il y a évidemment une certaine cohérence.
Ne peut-on pas tout expliquer uniquement par la personnalité, par des caractéristiques personnelles ? Pour prédire le comportement d'une personne, il faut également prendre en compte des facteurs situationnels. Nos caractéristiques situationnelles et notre comportement sont le fruit d'une interaction entre nos caractéristiques personnelles, nos traits de personnalité et l'environnement dans lequel nous nous trouvons.
Certains environnements peuvent déclencher certains traits de personnalité, tandis que d'autres peuvent également inhiber certains de nos traits de personnalité. Lorsqu'on se retrouve en entreprise, par exemple, il est possible que certains de nos traits se manifestent différemment. Pour ceux qui veulent aller plus loin sur le modèle du Big Five et sur la psychologie de la personnalité, vous pouvez rejoindre le club, parce que lors de la prochaine réunion, je vais parler et développer beaucoup plus, notamment au niveau des six dimensions de chacun des grands facteurs.
Surtout, je vais expliquer de quelle manière nous pouvons utiliser ces connaissances de la psychologie de la personnalité dans la séduction. Voilà, donc si vous voulez avoir accès aux réunions Discord que nous faisons tous les mardis soirs, je vous invite à rejoindre le club Défi Logis en passant par le site Internet qui est affiché dans la barre d'infos en bas de la vidéo. Sachez aussi que je suis psychologue diplômé de l'Université de Paris Descartes.
Si vous souhaitez me rencontrer ou faire des séances avec moi en coaching, notamment en ce qui concerne la séduction, je vous invite à aller sur le site Internet et à remplir le formulaire.