Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans cette nouvelle séance du cours anthropologie de l'Islam. Cette semaine, je vais vous parler des redéfinitions de l'orthodoxie à l'époque moderne et contemporaine.
Et pour introduire cette séance, je voudrais vous présenter deux deux opinions contemporaines euh contradictoires sur la question du Maulid, c'est-à-dire la célébration de l'anniversaire du prophète Mohammed sur un site web euh d'obédience salafiste. J'expliquerai plus loin ce qu'il faut entendre par là. Euh, on trouve l'avis suivant que je vous cite.
Allah a dit dans la sourate Almaïda numéro 5 verset 3 aujourd'hui j'ai parachevé pour vous votre religion et complété sur vous mon bienfait et j'ai agréé pour vous l'islam comme religion. Après la traduction vaut ce qu'elle vaut, c'est celle c'est celle du site. D'après Abdallah ibn Masoud qu'alagré le prophète que la prière d'Allah et son salut soit sur lui a dit certes, il n'y a rien qui vous rapproche du paradis sans que je ne vous l'ai ordonné et il n'y a rien qui vous rapproche de l'enfer sans que je ne vous l'ai interdit.
Rapporté par Abou Bakr Alhadad et authentifié par Cheik Albani dans la silah numéro 2866. Ces textes et d'autres qui vont dans leur sens. Donc ça c'est la conclusion de l'auteur montre que le fait de fêter l'anniversaire du prophète, le Maulid Nabawi ne fait pas partie des choses qui rapproche d'Allah et de son paradis.
Donc ici, on a une opinion qui est plutôt hostile à cette pratique. Et sur un autre site euh que je qualifierai de traditionnaliste et je reviendrai aussi sur ce qu'il faut entendre par là. Donc un site qui s'appelle sunisme.
com. On trouve l'avis suivant. L'imam Albaihaqi rapporte dans son mana tome 1 page 468 la parole de l'imam Shafi qui a très bien expliqué la définition de l'innovation.
Shaf a défini l'innovation l'innovation ainsi. Les niveaux les innovations sont de deux types. L'un est-ce qui est innové et qui rentre en conflit avec le livre c'est-à-dire le Coran la Sunna un rapport d'un compagnon ce qu'on appelle Ahar en arabe ou un consensus.
Cette innovation est un égarement. L'autre type d'innovation est ce qui est innové à partir du bien et qui ne rentre pas en conflit avec quoi que ce soit de ce qui est précédemment cité. Il s'agit alors d'une innovation qui n'a rien de blâmable.
Commémorer la naissance du prophète Mohammed est un acte que la très grande majorité des chouyours, c'est-à-dire des savants du monde musulman, ont accepté et continu d'accepter. Donc opinion totalement inverse. Ici ces deux extraits ils illustrent quoi ?
Notamment d'abord le fait qu'à l'époque contemporaine, on a une diffusion des controverses savantes à une très large échelle he ici via internet. Donc des controverses sur les doctrines et les pratiques correctes. Qu'est-ce que c'est la pratique ou la la doctrine musulmane correcte ?
Et donc quand je parle de controvers savante, vous voyez qu'ici on a des controverses relativement pointues. On va faire appel à toute une série de référence dans le Coran, dans la Sunna, dans les écrits des savants du Moyen-Âge. Euh et je vous renvoie ici à ce qui vous a été dit dans les les semaines précédentes sur la littératie religieuse de masse, sur les transformations de l'autorité religieuse.
On a donc une diffusion des savoirs, une diffusion des débats grâce bien sûr au aux technologies de la communication comme internet, mais aussi, faut-il le rappeler, parce qu'on a un très large public qui est aujourd'hui capable de comprendre et de faire sens de ce type de débat. Là où avant l'avènement de la littératie religieuse de masse, ce public n'existait pas ou en tout cas il était très restreint. ce type de controverse était limité à des cercles savants par définition très limité.
Par ailleurs, euh on observe dans ces deux extraits ou en tout cas surtout dans le premier euh celui qui conteste la le bien fondé de la célébration du Maulid, une remise en cause contemporaine d'une pratique qui est très ancienne et qui pendant des siècles a été établie et très peu contesté. Donc cette célébration du prophète était alors elle reste très répandue mais en tout cas pendant des siècles, elle ne faisait pas face à des critiques significatives et donc elle est assez radicalement remise en cause euh à l'époque contemporaine dans des circonstances que je vais bien sûr vous expliquer. Et une de ces remises en cause de de la tradition islamique établie est venue de de ce courant qu'on a appelé le salafisme.
Je vais vous dire davantage de choses aujourd'hui. Euh courant dont on a souvent expliqué la force et l'influence en particulier depuis la fin du 20e siècle au soutien financier des États du Golf et en particulier de l'Arabie Saoudite. Alors, il est indénégiable que l'Arabie Saoudite a encouragé financièrement le la diffusion de ce type de doctrine.
Mais ce que je vais vous expliquer, c'est que on est quand même ici face à des dynamiques plus anciennes et plus profondes qui ont qui sont liés à des inquiétudes fondamentales qui apparaissent au 19e siècle, voire même avant quant à la question de l'identité des musulmans, quant à la question de le rapport à la modernité euh et c'est la réponse à ces inquiétudes et ce qu'on appelle parfois dans la littérature le réformisme musulman, hein. he donc une volonté de réformer l'islam pour faire face à ces défis identitaires et de de ce défi de la modernité. Euh je pour ma part je vais pas beaucoup utiliser le terme réformisme.
Je ne l'aime pas trop parce que j'ai j'ai tendance à penser qu'il recouvre deux dynamiques très différentes qui peuvent être associées mais qui peuvent être complètement détachées l'une de l'autre qui sont d'une partisme. Le purisme bah comme son nom l'indique, c'est la quête de pureté. C'est la la volonté de purifier la religion en revenant à ses sources, c'est-à-dire le le Coran et la Sunna, au détriment de l'héritage, c'est-à-dire de à la fois de euh d'une de tout ou partie du corpus savant qui s'est constitué après ces sources révélées.
H donc tout la toute l'accumulation de de travaux de savants depuis le Moyen-âge que certains puristes vont contester en au moins en partie au non précisément de ce retour aux sources. Ils vont aussi contester un certain nombre de pratiques qui peuvent parfois être des pratiques de la religion populaire qui se sont instaurées avec le avec le temps mais dont ils ne trouvent pas de fondement ni dans le Coran ni dans la Sunna. Euh ça c'est donc le le purisme.
L'autre réponse, l'autre dynamique, c'est le modernisme. Le modernisme, c'est une volonté d'adapter euh la religion aux réalités contemporaines et donc au défis de la modernité. Et donc, ce sont deux démarches qui peuvent être liées.
On peut vouloir retourner aux sources, purifier la religion pour mieux s'adapter à la modernité, mais aussi on peut très bien vouloir le faire simplement parce qu'on pense que purifier la religion est une est un impératif, est un une demande divine et sans forcément se préoccuper de la modernité. Euh loin de là. Alors, j'ai j'ai intitulé cette euh séance redéfinition au pluriel de l'orthodoxie.
Euh de quoi parle-t-on ? Qu'est-ce que l'orthodoxie en islam ? Je vous rappelle si besoin en est la l'étymologie du terme he qui vient du grec.
Orthodoxie, c'est la doctrine correcte. Euh bien sûr, dans le christianisme et dans le judaïsme, quand on parle de courant orthodoxe, on fait référence à un courant relativement bien identifié. Dans le christianisme, bien sûr, il s'agit des églises euh qui se sont développées dans l'espace qui correspond grosso modo à ce qui était l'empire byzantin, donc l'Empire romain d'Orient euh par le passé.
Donc en Europe de l'Est et et au Prochrient. Euh et dans le judaïsme, on fait référence alors on a des des juifs qui se considèrent orthodoxes et d'autres juifs qui considèrent ces juifs comme orthodoxe euh on on en courant du judaïsme plutôt traditionnaliste et conservateur. Ce n'est pas du tout le cas dans l'islam en ce sens qu'il y a pas de courant clairement identifié en islam qui relève qui serait orthodoxe euh ou en tout cas ou qui serait communément voilà qualifié d'orthodoxe.
Ça n'existe pas. Je tiens à signaler d'abord une chose, c'est que il n'existe pas en arabe de termes qui permettraient réellement de traduire orthodoxe. À tel point que il y a des églises dans les pays arabes du proche-rient, Liban, Syrie, euh des églises orthodoxes.
Euh en arabe, on va les qualifier par exemple tout simplement d'orthodoxe. Donc on on utilise vraiment le terme que nous utilisons nous euh en français mais dans une prononciation arabisée, si vous voulez. R orthodoxe, ça veut dire ce sont les églises grecques euh donc les églises de rit grec d'obédience orthodoxe.
Euh on pourrait utiliser des paraphrases pour rendre un peu l'idée de de cette cette donc cette idée de religion correcte, de doctrine correcte. On va dire l'islam correct, l'islam tel qu'il a été révélé par Dieu, tel qu'il a été révélé à son prophète. Mais ce sont des paraphrases qui ne correspondent pas exactement à ce que euh on désignerait comme orthodoxie.
en en français. En islam, donc l'orthodoxie, ça va d'abord désigner une prétention. C'est une prétention des de musulmans à interpréter fidèlement la lettre ou l'esprit des textes révélés.
la lettre, c'est-à-dire appliquer littéralement ce qui se trouve dans le Coran ou dans le hadith ou l'esprit c'est une interprétation sur qui est basée sur ce que l'on comprend de la volonté divine, hein. On se dit peut-être sur sur telle ou telle question, il y a pas de d'instruction très claire dans le Coran ou dans le hadith mais on peut dégager par ailleurs euh une sorte de de comment on dirait on sait ce que Dieu a voulu pour les hommes. Il a voulu préserver la vie, il a voulu préserver leur argent, il a voulu préserver leur lignage et cetera.
Et donc euh on va interpréter les textes en fonction de ces ces objectifs que Dieu a fixé à à la charia en réalité. Donc l'orthodoxie, bien c'est cette prétention à définir ce qu'est le véritable islam. Cela veut dire que finalement l'orthodoxie est commune à toutes les branches de l'islam.
ce que je veux dire par là, alors c'est pas mon jugement bien sûr sur le fait qu'elles sont correctes ou pas. Ce qui n'est il m'appartient pas de de le dire, c'est que toutes les les branches de l'islam considèrent qu'elles défendent une la doctrine correcte, que leur interprétation est la bonne. Aucune branche de l'islam n'admet qu'elle serait dans l'erreur ou qu'elle ne serait pas orthodoxe, que sa doctrine ne serait pas correcte.
Donc euh c'est qu'fd la la l'orthodoxie ou cette prétention à l'orthodoxie est commune à toutes les branches de l'Islam. Donc dire, comme je le lis parfois dans la presse, que telle ou telle branche de l'islam, le salafhisme ou les frères musulmans serait un islam orthodoxe, ça n'a pas de sens. Ça ne veut rien dire puisque tous les musulmans qui prennent au sérieux leur euh le leur foi et leur religieuse vraiment se pense comme orthodoxe.
Faut préciser aussi que dans l'islam, il y a pas de définition transnationale centralisée de ce que c'est l'orthodoxie. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Dans le catholicisme qui est d'ailleurs une religion un peu exceptionnelle he de ce point de vue-là, les choses sont assez simples.
L'orthodoxie dans le catholicisme, c'est l'opinion du pape. C'est le pape qui tranche sur ce que sont les doctrines et pratiques religieuses correctes du catholicisme. Il y a une autorité centralisée dans le catholicisme.
Je ne vous l'apprends pas. dans l'islam bien sûr et en particulier dans l'islam sunnite. Alors je je vais pas vous parler aujourd'hui de l'islam chit parce que je n'en ai pas le temps et parce qu'il est organisé de manière un peu différente même si on peut retrouver certaines des dynamiques dont je parle aujourd'hui dans dans l'histoire contemporaine du chisme.
Et donc dans l'islam sunnite, il y a pas de définition transnationale centralisée de ce que serait l'orthodoxie. Il y a des dynamiques très complexes transnationales, des formes de consensus sur lesquelles je vais revenir mais en tout cas pas une autorité centrale qui déciderait de ce que c'est l'orthodoxie musulmane suite. Alors quand on parle d'orthodoxie et en particulier dans cette séance, on en parle aussi d'un point de vue sociologique.
Et ici, qu'est-ce que ça va être l'orthodoxie ? C'est finalement c'est un rapport de pouvoir circonstantiel. Qu'est-ce que je veux dire par là ?
L'orthodoxie, c'est l'interprétation de l'islam qui est dominante à un certain endroit, à une certaine époque, voire même parfois dans un certain milieu social ou un certain environnement, à une certaine échelle, à l'échelle d'une région, d'un pays, d'un continent, d'un état, d'un empire. Euh et donc le le pardon, c'est un rapport de pouvoir circonstantiel. Pourquoi un rapport de pouvoir ?
Parce que une certaine interprétation, elle va s'imposer aux autres, elle va devenir hégémonique parce que ces représentants sont les plus puissants dans le champ religieux. On va dire qu'on va avoir une majorité d'ouemma qui se réclament d'une certaine interprétation qui vont avoir les moyens de l'imposer ou de de de marginaliser les interprétations divergentes. Euh ils le feront éventuellement en s'aliant avec l'État qui va les aider à imposer une certaine forme, une certaine interprétation de l'islam qui deviendra l'orthodoxie à un moment donné, à une époque donnée, à un endroit donné.
Et bien sûr, ce rapport de pouvoir, il est évolutif. Euh ce qui est considéré comme une interprétation orthodoxe à certaines époques peut ne plus l'être quelques siècles plus tard parce que ce rapport de force va évoluer. Et précisément ce que je vous présente dans cette séance, bah c'est l'évolution d'un rapport de force et c'est le fait que on a on avait une forme d'orthodoxie unite, je vais y revenir, qui s'était établie pendant des siècles et qui est remise en cause à partir du du 19e siècle.
Et donc on a une remise en cause de ce rapport de force qui était favorable à une certaine interprétation de de l'islam sunnite. Un mot sur la situation prémoderne bien sûr, c'est une situation qui est caractérisée d'abord par une diversité d'interprétation et de pratique religieuses au niveau local. Euh ces interprétations, ces pratiques sont fortement influencées par le contexte culturel.
J'aurais dû écrire les contextes culturels au pluriel puisqu'il varient fortement d'un lieu à l'autre. On va remarquer notamment une influence de certaines croyances pré-islamiques, par exemple des croyances animistes, donc des croyances dans les esprits. Vous voyez à droite un musicien Gnawa, donc des musiciens que l'on peut voir au Maroc jusqu'à aujourd'hui qui c'est qui qui s'inscrit dans une tradition religieuse, même si aujourd'hui c'est c'est une comment dirais-je une tradition musicale qui peut être aussi folklorisée ou qui peut s'internationaliser même entrer dans la musique populaire mais qui est en tout cas historiquement une tradition de musique religieuse et qui est très spécifique à une certaine culture, une certaine région du monde.
qui a elle a ses origines en Afrique sub-saharienne. Le terme Gnawa lui-même renvoie au mot guinée, enfin en tout cas à ce qui correspond en français au mot guinée. Donc on a une voilà une pratique qui est fortement influencée et qui a ses origines dans un contexte culturel très spécifique.
Dans les régions où il y a une où vivent côte à côte des communautés religieuses différentes ou donc des musulmans avec d'autres communautés religieuses, on va observer assez fréquemment des formes de coexistence et de syncrétisme, c'est-à-dire voir des musulmans qui vont emprunter euh certaines croyances sous pratique à d'autres religions, à l'hinduisme, au christianisme ou à des des religions pré-islamiques euh qui existent localement. Alors ce que je vais dire concerne surtout les campagnes et ça ça rejoint une chose que j'ai déjà dite la semaine dernière. On a une situation de rareté des élites religieuses lettrées, c'est-à-dire des qui comme je l'avais expliqué la semaine dernière sont une catégorie sociale qui est essentiellement urbaine.
Or lesemas ont un rôle je dirais normalement qui est de discipliner les interprétations et les pratiques et les croyances. Ce sont eux qui ont la le bagage, le le la formation pour euh je dirais entre guillemets rappeler les croyants à l'ordre en leur disant "Mais si vous êtes un bon musulman, il y a un certain nombre de de croyances et de pratiques que vous devez embrasser, vous ne pouvez pas les mélanger avec des croyances et des pratiques hindou chrétiennes" ou leur dire "Mais euh je ne sais pas moi cette pratique que vous avez de de donner des offrandes à des crocodiles sacrés comme ça a pu se faire en Indonésie. Euh et bien ça n'a pas de fondement dans le Coran et la Sunna.
Donc ce sont des pratiques que vous devriez abandonner. Alors ça c'est un discours que je dirais que les Oulémaas ont toujours tenu. Ce sont eux les défenseurs de l'orthodoxie musulmane mais ils sont peu nombreux dans les campagnes et donc ça peut expliquer pourquoi on va avoir une plus grande souplesse dans l'adaptation des croyances et des pratiques religieuses à des contextes très diversifiés.
Et donc on a on a cette on va dire cette forme de fragmentation, cette diversité de pratique et d'interprétation, mais en même temps, on a quand même une forme de cohésion au niveau transnational avec la la cristallisation et la consolidation d'une doctrine hégémonique. Donc une certaine interprétation de l'orthodoxie sunnite. Donc à travers la plus grande partie du monde musulman, je dirais du Maroc jusqu'à l'Indonésie.
Les fondements de la religion, en tout cas la religion telle qu'elle a été interprétée par les sont grosso modo identiques entre le on va dire le 15 16e siècle et le 19e siècle. On est dans une situation de diversité acceptée mais limitée. Donc les vont considérer que relève de l'islam sunnite correct écoles de théologie l'école asarite et l'école maturidite ce sont des écoles assez proches de théologie euh qu'on qualifie de rationaliste modéré, c'est-à-dire qu'elles interprètent certains passages du Coran de manière métaphorique.
Je m'explique. On dit par exemple, on fait il est fait référence dans le Coran à des attributs divins. On va attribuer à Dieu euh on va dire des éléments anthropomorphiques, c'està-dire qui le ferait ressembler à l'homme.
Or, par ailleurs, on sait que il a été révélé que Dieu est incommensurable. Il ne ressemble à rien de ce que l'homme connaît. Donc comment est-ce qu'on va réconcilier ces deux positions ?
Et bien les acharlides vont dire quand il est fait référence par exemple à la main de Dieu, ça ne fait pas référence à sa main réellement parce qu'il n'en a pas mais ça fait référence à sa puissance. Ça c'est c'est une interprétation, vous comprenez ? C'est une interprétation métaphorique.
Euh ça paraît assez technique mais c'est un débat vraiment fondamental en tout cas du point de vue des uléemas. Euh bon, ces écoles, je précise, ces écoles radites, rationalistes modérées vont s'opposer à des écoles, on va dire plus rationaliste comme le mortasilisme qui a disparu au Moyen-Âge, je vais pas m'y attarder. Ou une tradition minoritaire qui va ressurgir beaucoup plus tard, qui est la tradition han balide qui considère qu'il ne faut pas interpréter même de manière métaphorique la question des attributs divins.
Si le Coran dit que Dieu a une main ou que Dieu a un endroit ou une direction, on n pas à poser de question. C'est comme ça. On va pas s'interroger sur cette question.
Bref, il y a donc dans cette délimitation de l'orthodoxie sunnite quatre écoles de droit. Hanafite, malkite, chefit, hanbalite et il y a une multiplicité de traditions soufies, donc des traditions mystiques ou spirituelles qui sont entretenues dans des confréies ou des congrégations, si vous voulez. euh comme la Kadiria, la Rifia, la Nakbandia, elle porte tout le nom de leur fondateur.
Euh et donc on considère que tout cela et bien ça fait partie du sunnisme. ce qui ceux qui seraient musulmans mais qui suivraient d'autres écoles de théologie, d'autres écoles de droit euh et bien ceuxlà on les on considère qu'ils peut-être s'ils sont musulmans mais ils ne sont pas subites et parfois ils sont et on considérera peut-être qu'ils sont même pas musulmans. Cette doctrine hégémonique, elle est promue par des centres de savoirs globaux comme le ker Damas, le Hijaz, donc le le site des lieux saints où évidemment les oulemas se se rencontrent à l'occasion du pèlerinage pour étudier euh Fess, la ville de Fess au Maroc avec la la mosquée université Karawiin Kairan, en Tunisie.
Et alors, on a également une diffusion locale de cette doctrine hégémonique euh par les villes secondaires où opèent des qui se sont eux-mêmes formés dans les grands centres de savoir que je viens de citer, mais également par les confréis soufi. C'est-à-dire que les confréies soufies, certes, elles peuvent parfois adopter cette diversité de croyances et de pratiqu he qui ont parfois des origines préislamique ou ou difficilement identifiable, mais en même temps elle participe à la diffusion d'une partie au moins de cette orthodoxie unique, de cette doctrine hégémonique au niveau local. Voilà, donc elles ont un rôle qui est ambivalent.
Euh alors pour terminer cette première partie de la séance, je vais vous parler de la du 18e siècle et d'une époque que certains historiens ont qualifié de globalisation précoce euh qui va entraîner l'émergence de mouvement des premiers mouvements puristes modernes. Alors, c'est quoi cette globalisation précoce ? Ce n'est pas encore la colonisation parce qu'au 18e siècle la colonisation européenne en tout cas dans dans sur le continent africain et dans l'océan Indien et en Asie donc et bien la la l'expansion européenne ne prend pas encore la force pardon ne prend pas encore la forme d'une occupation coloniale de grands territoires tel qu'on va la connaître au 19e siècle à l'époque les puissances européennes donc les les les Britanniques, les Français, les Néerlandais en particulier, en tout cas en ce qui concerne les pays musulmans, établissent des comptoirs, donc des ports éventuellement des ports fortifiés euh qu'ils vont utiliser donc pour faire commerce, notamment par exemple le commerce des épices que l'on ramène d'Asie euh euh en contournant le en traversant l'océan Indien puis en contournant l'Afrique euh À cette époque, on a par ailleurs une accélération du transport maritime qui est dû essentiellement à une amélioration des technologies de transport maritime, une accélération du commerce, du transport de marchandises, donc du transport de personnes bien sûr, de la circulation des idées.
Donc un monde qui est en train de changer. Euh et bien sûr ces personnes qui circulent, elles ne sont pas nécessairement européennes, elles peuvent être aussi musulmanes. voyager dans l'océan Indien, changer des idées, changer des des euh des des biens.
Faut savoir qu'on a à l'époque quand même un empire colonial qui se développe dans l'océan Indien qui n'est pas un empire européen qui est l'empire de du sultan adoman hein qui se développe vers le vers l'est de l'Afrique. Donc enfin une accélération des mouvements et c'est dans ce contexte alors vous voyez que ma flèche est entourée de parenthèses parce que on peut pas prétendre qu'il y aurait une relation causale directe. En fait, c'est extrêmement difficile à démontrer euh et c'est pas c'est encore débattu par les historiens.
Quel est le lien entre cette ce mouvement de globalisation et l'apparition des premiers mouvements puristes modernes ? Donc toute une série de mouvements qui prôent le retour au Coran et à la Sunna qui critiquent une partie de la tradition religieuse établie. C'est le cas avec Shawaliou en Inde.
Shalou qui est un un chef religieux indien. le mouvement wahabit donc d'après son fondateur Mohammed ibn Abdel Wahab donc un prédicateur dans le désert du Nejde dans la péninsule arabique qui va s'allier avec une famille de princes locaux la famille El Saoud qui donnera son nom à l'Arabie Saoudite. L'imam Shaukani qui est un savant yénique très influent à cette époque-là.
ce qu'on appelait les états djihad ouestricains, donc dans la région qui correspond grosso modo au nord du Nigéria aujourd'hui où états sont créé à partir de la fin du 18e siècle par des chefs de guerre qui se réclament dans d'une interprétation de l'islam dont ils disent qu'elle est plus correcte, plus pure que celle que celle de de ceux qui les ont précédés et qui voilà. Euh je tiens à préciser que tous ces mouvements émergent dans des régions qui ne sont pas colonisées. Elles le seront par la suite pour la plupart, mais elles ne sont pas encore colonisées.
Mais néanmoins, elles ne sont pas loin de ces circuits de circulation de bien de cette accélération, de cette forme de globalisation qui apparaît à l'époque. On peut pas on peut évidemment faire l'hypothèse que ces mouvements émergent parce qu'il y a le on est dans le contexte d'un monde qui est en train de changer qui où les sociétés peuvent être déstabilisées par ce qui se passe autour d'elles. Et bien sûr cette émergence des mouvements puristes, c'est une dynamique qui est éminemment conflictuelle.
euh c'est puisque le purisme émerge euh il va se définir contre un traditionnalisme c'est-à-dire bah la religion traditionnelle telle qu'elle est euh pratiquée telle qu'elle est défendue par la population mais aussi par un certain nombre de savants. Et donc on commence à à voir des fissures apparaître entre puristes et traditionnalistes au sein du monde sunite.