À partir du moment où tu veux reprendre la main sur ton propre temps, ce n'est pas forcément pour être plus productif. Ce n'est pas ça l'intérêt, en fait. Ce n'est pas de faire plein de choses en permanence.
Ça peut l'être, mais pas nécessairement. C'est déjà de faire ce qu'on veut soi. Et pour ça, il faut savoir nommer les différents moments qu'il y a dans nos journées : du temps dédié au travail, du temps obligatoire, du temps personnel, du temps pour soi, du « non temps », du temps perdu.
Ça, c'est les psy. Pour moi, non. Du temps qu'on consomme dans une journée.
Si on sait à chaque moment dans quel temps on est, alors on peut maîtriser ça. Par exemple, si je décide de donner du temps pour moi en prenant une pause pour lire, par exemple, est-ce que c'est du temps perdu ? Est-ce que ce n'est pas bien que je ne fasse pas mon travail à ce moment-là ?
C'est ni bien ni mal, c'est juste assumer, parce que c'est fait en pleine conscience. Et donc, ce que je conseille aux gens, c'est de prendre une journée type, voire une semaine (c'est encore meilleur), et de lister tout ce qu'ils ont fait durant leur semaine, mais jusqu'au plus petit détail. Ensuite, ils calculent en temps et en pourcentage quel pourcentage ils ont passé dans du temps « monté », ou dans du temps perdu, ou dans du temps de travail, du temps obligatoire.
À partir du moment où on a conscience de ça, on peut rectifier, assumer, changer ou faire très peur. Parce que ce qui fait extrêmement peur, c'est de voir à quel point on est dans du temps perdu. Le temps perdu ne doit pas pouvoir exister.
Le temps perdu, c'est par exemple aller sur Internet pour choper une information et y être encore une heure après sur un truc qu'on n'a pas décidé au départ. Ça, c'est du temps perdu. Le temps pour soi n'est jamais du temps perdu, le temps personnel non plus.
On a des valeurs comme ça, dont il faut se libérer. Ce n'est pas grave de rien faire, ce n'est pas grave de prendre du temps, mais toujours en pleine conscience, soit l'avoir décidé. « Aujourd'hui, je veux rien faire », par exemple.
Oh, j'ai toujours juste une angoisse sur les gros projets qu'on n'a pas envie de faire, ou que l'on ne se sent pas compétent à faire, ou alors c'est vraiment un sujet qui ne nous intéresse pas, que ce soit encore une fois dans la vie perso ou dans la vie pro. Il y a une très bonne méthode pour ça, qui est le découpage. Le découpage et le sur-découpage des projets.
Vous devez, imaginons, lancer un blog. Je prends un exemple juste comme ça, mais lancer un blog, ça ne veut rien dire si dans votre agenda ou dans votre boulot du quotidien, vous marquez « lancer un blog ». Vous ne le ferez jamais, c'est trop compliqué.
Par contre, on peut découper toutes les grandes étapes de ce que c'est que lancer un blog. Dans ces grandes étapes, on peut re-découper encore les sous-étapes. Peut-être qu'une des premières étapes est de trouver le nom du blog et la couleur principale.
Et bien, si vous faites ça, là vous aurez déjà un succès. Vous aurez réussi quelque chose, et il y aura un sentiment aussi de satisfaction personnelle et d'accomplissement qui sera bien. À mesure, vous allez gravir les échelons de votre découpage.
Donc, c'est très intéressant de découper au maximum les projets quand ils sont trop généralistes ou trop présents. Il faut savoir quand même que je suis un procrastinateur avéré, peut-être un des plus gros qu'il y ait eu dans ma génération, à tel point que je n'arrivais pas à faire quoi que ce soit. Je ne pourrai jamais lutter contre qui je suis, par contre, je peux mettre des barrières et des choses en place.
Une des meilleures barrières, c'était de trouver les buts de ma vie. Les buts de ma vie, j'aimais appeler ça les mantras, le mode d’emploi pour arriver le plus vite possible à ces mantras. On prend une feuille, on liste en vrac durant une journée entière ou deux jours.
Il faut se laisser le temps. Tous les buts qu'on a dans toutes les choses qu'on voudrait avoir, faire, accomplir, expérimenter. Ça peut être faire un saut en parachute, mais ça peut être aussi acheter la dernière console de jeu.
On ne se pose pas de limites, on n'est pas là pour juger, on note tout. Une fois qu'on a ça, on essaie de diviser la liste par deux en trouvant de nouvelles phrases qui sont des concepts, en fait, qui vont reprendre plusieurs de ces phrases. Donc, si j'avais acheté une nouvelle console de jeux et allé dans le Parc Astérix, peut-être que déjà ces deux phrases, je peux les réunir avec un truc aussi simple que « passer du temps à jouer ».
Ça peut regrouper plusieurs choses. Et on essaie comme ça de diviser cette liste en deux. Une fois qu'elle est divisée, on va encore chercher à trouver des concepts qui vont réunir des phrases.
C'est là où ça devient un petit peu plus dur, parce qu'il faut trouver un peu ce qui relie tout ça. Une fois qu'on a plus que deux, trois, quatre phrases, on va chercher un mot ou deux mots ou trois mots clés maximum pour représenter en fait toutes ces phrases-là. J'ai compris deux choses : que mes mantras personnels, c'est l'autonomie et la liberté.
Si j'atteins ces deux choses dans ma vie, alors je suis heureux. Mes mantras fonctionnent un petit peu comme une boussole. C'est comme si, dans la marche, j'avais une boussole.
Chaque fois que j'ai une opportunité qui se présente à moi, ou une décision à prendre, ou je ne sais pas, n'importe quoi, je regarde en fait si les aiguilles vont dans le sens de l'autonomie et de la liberté. Si une des deux n'y va pas, je ne fais pas, et si les deux n'y vont pas, je fuis en courant. Et ça, tout le monde peut le faire.
Je vous assure que ça vous enlève une charge mentale terrible de savoir, enfin, pour une fois, quels sont les mots qui vous rendent heureux. Sans paraître défaitiste, on est là ; un claquement de doigts. Sur Terre, il y a une règle : c'est que chaque matin, on se réveille, on a mille quatre cent quarante minutes à dépenser.
Elles ne peuvent pas se cumuler, ce n'est pas comme de l'argent ; on ne peut pas le mettre sur un compte un peu pour plus tard. Il faut le consommer quoi qu'il arrive, et si on ne veut pas le consommer, il se consommera tout seul. Et on a ce cadeau-là tous les jours, peut-être parce que ça peut s'arrêter dans une heure.
Une fois que tu as compris ça, tu as tout compris. La seule urgence, c'est d'être heureux et d'expérimenter.