Jordan Peterson va très probablement perdre son diplôme de psychologue à cause de quelques tweets. Voilà, ce n'est pas une blague; j'essaie de dire les choses les plus factuellement possible. Jordan Peterson, c'est un psychologue canadien, professeur en psychologie à l'Université de Toronto.
Il s'est fait d'abord connaître parce qu'il a publié ses conférences, enfin, ses cours de psychologie en amphi sur YouTube, et il est globalement connu pour avoir une vision, on va dire, assez conservatrice des rapports homme-femme, de la religion, de la famille, etc. Là, ce qui lui est reproché, c'est le bord des psychologues canadiens, ce qu'on appelle le Collège OFAC. Donc, c'est une guilde de psychologues, la guilde des psychologues canadiens, qui a pour objectif de réguler l'activité des psychologues.
Ces gens-là auraient reçu des plaintes, un trop grand nombre de plaintes de personnes choquées, indignées par Peterson, particulièrement par ses tweets. Ils auraient donc décidé de lui faire une offre qu'il ne peut refuser. L'offre en question, c'est de suivre des coachings de rééducation.
Donc, il doit payer assez cher ces coachings de rééducation pour apprendre à mieux communiquer la psychologie, et s'il refuse, il se verrait retirer sa licence de psychologue et son autorisation d'exercer au Canada son activité de psychologue. Alors, vous doutez bien qu'il va refuser. Il a rendu public d'ailleurs sa réponse.
Bah, qu'est-ce qu'on lui reproche ? On lui reproche des tweets. Vous pourrez voir, on lui reproche des tweets transphobes, grossophobes, Covidophobes, Justin Tool dow FOB.
Alors, on va donner un exemple : il y a un tweet, je ne veux pas tous les faire. Comment tu ne couvres pas d'une mannequin taille forte, enveloppée, on va dire, et il dit : "Sorry, not beautiful. " Voilà, donc désolé, pas belle.
Tout le monde s'est indigné, et autant moi, je la trouve très belle, cette femme; mon style de femme, c'est plus Vénus de Milo qu'une mannequin de Karl Lagerfeld. Moi, j'aime les femmes gratuites, mais j'aime encore plus la liberté qu'ont les hommes et les femmes de dire ce qu'ils veulent et ce qu'ils aiment, quoi, tout simplement. On a le droit de dire ce qu'on veut, panda; faut arrêter de s'indigner à tout va.
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C'est le monteur qui vous parle, et la promotion commence dès maintenant. Donc, je dois reprocher beaucoup de choses à Jordan Peterson, mais c'est probablement aussi ces choses-là qu'on admire chez lui. Et effectivement, Jordan Peterson prend pas mal de libertés quand il vulgarise la littérature scientifique.
C'est vrai qu'il a cette tendance à partir d'un article scientifique et à aller bien au-delà des conclusions des chercheurs. C'est vrai aussi qu'il a cette tendance à mélanger un petit peu ses opinions, la littérature scientifique, la philosophie, la religion, la politique. Parfois, je l'ai entendu utiliser des arguments scientifiques ou des articles scientifiques pour justifier certaines choses politiques, ce que j'apprécie pas trop non plus.
C'est le fait de créer une confusion dans la tête des gens entre psychanalyse et psychologie expérimentale. Par exemple, il va parler de la personnalité, il va utiliser des concepts scientifiques comme le Big Five, par exemple, et derrière, il va venir coller une grille de lecture philosophique avec Carl Jung, par exemple, les symboles de Carl Jung. Dans la tête des gens, tout ça, ça se mélange un petit peu.
Déjà, qu'il y ait une confusion entre psychanalyse et psychologie expérimentale dans la tête des gens. Si, en plus, on rajoute une couche en venant mélanger du Carl Jung avec de la psychologie scientifique, ça ne va pas le faire. Donc ça, c'est quelque chose que, à la fois, je n'apprécie pas vraiment, et j'aimerais bien que Peterson précise parfois un peu plus lorsqu'il donne son opinion personnelle et qu'il puisse le segmenter avec la littérature scientifique.
Mais en même temps, c'est tout simplement ça qui rend son discours passionnant. Il donne son avis, il prend des libertés, il va sur des sujets qui intéressent tout le monde, qui font polémique. Sur la politique, il parle avec passion, avec amour, comme dirait Che Guevara.
Il fait toutes ces choses-là, malheureusement que ne font pas assez les vulgarisateurs de la psychologie, et je pense qu'il manque cruellement de vulgarisateurs charismatiques et passionnés comme Jordan Peterson en psychologie pour venir la remettre au pinacle. Parce qu'il ne faut pas croire, c'est difficile à vulgariser, la psychologie. Quand vous dites "psychologie", les gens pensent à ce qui les intéresse dans la psychologie, on passe le cacher, c'est le côté horoscope.
Les gens vous disent qu'ils adorent la psychologie parce qu'ils adorent le MBTI et qu'ils ont lu un article sur les pervers narcissiques. Voilà, qui aurait suivi des cours de psychologie du travail si ce n'était pas ce que c'est déjà, un Peterson qui l'enseigne ? Et parce qu'effectivement, il prend des libertés.
Et parce qu'il va chercher des symboles dans les Disney, parce qu'il réutilise les symboles de Carl Jung. Mais encore une fois, Jordan Peterson est une magnifique porte d'entrée dans la vulgarisation scientifique de la psychologie expérimentale, et c'est très bien qu'il y ait des hommes comme Jordan Peterson pour rappeler au grand public que la psychologie, c'est aussi et surtout la psychologie expérimentale, c'est-à-dire basée sur la méthode scientifique. Il y a une approche scientifique pour essayer de comprendre les rapports humains.
Alors évidemment, ce n'est pas aussi simple que la physique, parce qu'il y a un milliard de variables qui rentrent en jeu, et je tiens à préciser une chose aussi sur la littérature scientifique en psychologie particulièrement. Il n'y a pas la science qui dit que ça. C'est un argument qu'on entend beaucoup dans la bouche des gens, par exemple pour encourager à se faire vacciner ou défendre une idée : "la science".
Léo, la science dit que personne. . .
la science ne dit rien du tout. Il y a une méthode scientifique et il y a des chercheurs qui ont des hypothèses et qui testent leurs hypothèses. J'ai fait une vidéo à l'époque pour répondre à la question des parents homosexuels : est-ce que les enfants qui étaient élevés dans une famille homosexuelle s'en sortaient bien ou non ?
La question était extrêmement difficile. Il y a effectivement de la littérature scientifique. Vous doutez bien qu'il y a une pression sociale énorme pour traiter ce genre de sujet.
Déjà, peu importe le résultat, d'un côté comme de l'autre, il y a des chercheurs qui n'auraient pas publié parce qu'ils avaient peur de se prendre la foudre de la bien-pensance dans la gueule. Il y a d'autres chercheurs qui auraient peut-être publié parce que ça allait dans le sens de leurs convictions. Donc, faire cette vidéo avait été extrêmement difficile, parce que les choses n'étaient jamais dites explicitement.
Généralement, les chercheurs les plus honnêtes ne vont pas écrire en gros "les parents homosexuels sont géniaux" ou alors "les parents homosexuels sont mauvais pour les enfants". Il faut donc lire entre les lignes. Ce sont des questions qui sont très difficiles et qui, effectivement, mériteraient qu'il y ait un petit peu plus de vulgarisation là-dessus.
Donc, moi, je pense aujourd'hui que la psychologie, en tout cas en France. . .
Là, je vais revenir un peu plus sur la France. Je pense que la psychologie et que les facs de psycho ne sont pas douées pour apprendre à leurs étudiants comment rendre passionnante la psychologie, comment la vulgariser au grand public. Pour ça, il faut que je vous explique mon cursus.
Donc, j'ai fait une licence de psychologie à Descartes et un master de psychologie à Descartes, et j'ai adoré. Alors, je sais que c'est à la mode de taper sur la fac, sur les études et autres, mais moi, j'ai adoré. En licence, vous faites ce que vous voulez ; c'est les vacances, c'est la fête.
Arrivé en master, on t'apprend à réfléchir, on t'apprend, on te fait comprendre si ce que tu dis c'est de la merde, si ce que tu écris c'est de la merde. On te pousse, on te pousse dans tes retranchements. Moi, je me souviens d'un jour.
. . Bon, ce n'était pas forcément lié à la psychologie, mais en 2015, il y avait eu l'attentat de novembre, et le lendemain, on avait eu un débat en cours.
Et donc, moi, j'avais tenu une position qui était assez minoritaire dans la classe, on va dire, et le prof, tristement, m'avait challengé sur mes croyances. En gros, il m'avait clairement mis à ma place, mais avec des arguments. Et c'est ça que j'ai aimé dans cette fac : c'est qu'on m'apprenait à réfléchir.
J'ai pu travailler dans l'ombre avec des chercheurs en psychologie pour voir un petit peu comment se construisait un papier scientifique. J'ai appris des concepts que je n'aurais jamais pu apprendre autrement. J'ai eu le traducteur des tests de la vice ; c'était un homme qui traduisait les tests de QI dans différentes langues, en français, en anglais.
Cet homme-là était venu nous donner des cours. Donc, mon master, pour moi, de psychologie, ça a été un véritable développement personnel, et je considère que sans ce passage en master de psychologie, je n'aurais pas pu créer les vidéos que j'ai créées au début de cette chaîne sur les différences entre les hommes et les femmes, sur la créativité, sur la psychologie de la personnalité. Ça, c'est le côté positif.
Mais il y a effectivement un côté négatif à la fac de psycho que j'ai relevé : c'est une mentalité trop défaitiste. C'est difficile de trouver du boulot, c'est difficile. Les coachs prennent notre place.
Les coachs, les coachs, les coachs, les coachs font disparaître le métier de psychologue. Et c'est vrai, il y a une énorme confusion dans la tête des gens aujourd'hui entre un coach et un psychologue, entre un thérapeute, un psychopraticien, un psychiatre, un psychothérapeute. C'est le vrai bordel !
Les seuls titres qui sont protégés, d'ailleurs, je vous le dis là, c'est psychologue, psychothérapeute et psychiatre. Tout le reste, c'est de la branlette. Mais le vrai problème, il est où ?
Il est dans le fait que les coachs, les thérapeutes, tout ce que vous voulez, ils savent se vendre. Ils se vendent sur Internet, ils parlent d'eux, ce que ne font pas les psychologues. Et c'est ça que je trouve problématique : c'est qu'on ne nous apprend pas à parler de la psychologie au grand public, pas juste de manière scolaire en listant les critères du DSM.
Les psychologues devraient parler de leur métier, les psychologues devraient raconter leur quotidien, comment ça se passe exactement. Encore une fois, comme le fait Jordan Peterson. Peterson a parlé de ses séances avec ses clients, il raconte des anecdotes, il ressort des concepts de la psychologie, il a réussi à rendre sexy certains concepts de la psychologie de la personnalité.
Pourquoi les psychologues en France ne font-ils pas ça ? Parce que moi, j'en ai marre d'entendre parler du MBTI. Ah oui, les gens adorent : "Regarde Léo, ça me correspond, c'est exactement moi !
" Oui, bah l'horoscope aussi ! J'en ai marre d'entendre parler des pervers narcissiques, ça n'a aucun fondement scientifique. J'en ai marre d'entendre parler des parents qui pensent que leurs enfants sont forcément surdoués parce qu'ils ont des mauvaises notes.
Parce que ce que je vous dis là, ce sont des choses qu'on se dit en fac de psychologie, c'est une évidence dans le milieu de la psychologie et des universités, mais publiquement, personne n'est au courant, parce qu'il n'y a pas de psychologue pour vulgariser ça. Coachs et des thérapeutes se sont appropriés la psychologie, qui devrait retourner dans les mains des psychologues. Donc, plutôt que d'accuser Jordan Peterson de misogynie, de grossophobie et d'autres accusations, ce serait peut-être temps d'être reconnaissants.
Je pense que cela ne dessert pas la cause des psychologues de s'acharner sur Jordan Peterson. Au contraire, il faudrait être reconnaissants. Plutôt que de se concentrer sur le fait qu'il est misogyne ou grossophobe, il serait peut-être plus intéressant de se concentrer sur la manière dont il parvient à rendre son discours passionnant, comment il a vulgarisé aussi brillamment la psychologie, et d'être reconnaissants.
Merci à lui d'avoir remis sur le devant de la scène l'activité de psychologue clinicien.