De retour à ce premier spécial Festival des films du monde, avec un film extrêmement attendu. - Oui, ça s'appelle "Trop belle pour toi", et c'est réalisé par Bertrand Blier qui nous avait déjà habitués à des choses qui ne laissent pas indifférent, comme par exemple "Les Valseuses, y a très longtemps, "Tenue de soirée", un peu plus récemment, et une fois encore c'est un triangle. L'homme est joué par Gérard Depardieu, c'est un gars qui a fait beaucoup d'argent, mais qu'on sent un petit peu arriviste, il est garagiste de BMW, mais quand même vendeur de voitures.
Il est marié avec une femme sublime, pas tant. . .
par sa beauté, évidemment, Carole Bouquet, mais aussi par son statut social. On sent déjà que là il y a un mariage qui aurait pas dû se faire, mais l'amour est là et un jour, il va tomber, contre toute attente, follement amoureux d'une fille qui est une secrétaire intérimaire, qui arrive chez lui pour travailler, et qui est vraiment à l'opposé de ce qu'on pourrait s'attendre, quand on pense que son mari a une maîtresse. On regarde un extrait de ce film, "Trop belle pour toi", où la femme va courser la maîtresse.
Elles vont enfin pouvoir se parler. L'étonnement de Carole Bouquet, les répliques de l'autre, et après, nous avons rencontré le réalisateur Bertrand Blier. - Mais vous voyez pas que je suis dans une situation humiliante et que je sais pas comment m'en sortir?
- Mais moi je vois rien d'humiliant! Vous avez eu envie de voir ma tête? C'est normal, comme réflexe.
- Bah oui, mais elle me plaît pas, votre tête. Je la trouve vulgaire. Et disgracieuse.
Vous n'avez aucun charme! Du moins apparent! Mais comment vous avez fait pour attirer son regard?
Ça a tout de même pas été le coup de foudre! - Une femme qui donne beaucoup d'amour, elle finit toujours par se faire aimer. - Imbécile.
Mais tu sais même pas ce que c'est que de tourner la tête d'un homme! Moi, les hommes, je les ai tous à mes pieds! Bernard comme les autres!
Je claque dans les doigts, il arrive! C'est mon mec! - Vous pouvez pas me le prêter encore un tout petit peu?
- C'est un film que j'ai. . .
que je crois que c'est un film d'aujourd'hui, c'est-à-dire que le cinéma évolue énormément et que aujourd'hui, on a. . .
Enfin moi, en tout cas, j'éprouve le besoin de faire. . .
de trouver un langage différent, c'est-à-dire de raconter autrement les histoires, sans suivre les schémas classiques et cartésiens. Donc, il y a des éclatements dans le récit, il y a des inversions de personnages, il y a des glissements, des dérapages, il y a plein de choses qui m'intéressent et que j'ai essayé de faire. - Comment s'est fait le choix du comédien et des deux comédiennes?
Par exemple, en ce qui concerne Gérard Depardieu, on a l'impression, et c'est tant mieux, je trouve, c'est le plus réussi des trois, qu'il joue à l'opposé de ce qu'il a l'habitude de faire. - Oui, c'est totalement le contraire de sa nature, c'est-à-dire que c'est un acteur plutôt truculent, tout en explosion, et qui a besoin de ça, et à qui là, j'ai demandé de jouer neutre. C'est-à-dire le contraire de son tempérament.
Et ça a été non sans mal, hein, d'ailleurs! Parce qu'il fallait tout le temps. .
. C'est comme une voiture de course qu'on fait aller au pas! C'est très difficile.
Et par contre pour les deux. . .
Mais le film a été plutôt imaginé pour les deux femmes. C'est-à-dire que Depardieu c'est mon prolongement automatique, c'est-à-dire que presque toutes mes histoires pourraient être pour Depardieu, mais par contre, les femmes c'était plus étonnant parce que le film a été fait à cause des femmes. À cause de cette idée d'association bizarre, et de provocation bizarre par rapport à une situation merveilleuse qu'il y a de vivre avec une femme très belle.
- Est-ce que vous connaissez ça, vivre avec une femme très belle? - Ah oui, bien sûr! - Donc si vous deviez choisir entre l'une et l'autre?
- Mais le problème ne se pose pas, mais je pense qu'il peut se poser à beaucoup de gens, c'est-à-dire que. . .
sans les exagérations du film, bien sûr. Mais je pense que ce qui ce qui se produit souvent, c'est que parfois les hommes ont des maîtresses avec lesquelles ils n'osent pas sortir. Et ça, c'est un sentiment, souvent assez douloureux, même pour l'homme qui a honte de ça.
Et c'est un peu ça que j'ai voulu traiter. C'est pour ça, je pense, que c'est un film sur le courage, et surtout sur l'absence de courage, parce qu'il faut du courage pour parfois savoir ne plus faire attention aux regards que portent les autres sur la femme avec qui on vit, c'est-à-dire sur sa propre vie. Pour y arriver, il faut avoir le courage de sa vie privée.
Peu de gens l'ont et j'ai voulu faire un film là-dessus. - Oui, c'est un film, en fait, sur la passion. On pourrait l'interpréter comme ça, au premier degré, mais qui reste froid parce que c'est un film redoutablement intelligent.
Mais on a l'impression qu'il est tout le temps au bord. Comme il y a une facture très spéciale de retour en arrière, dans le passé, dans le rêve, le rêve qui s'insère à la réalité d'une façon normale, on peut être perdu. Et je peux même comprendre que certaines personnes n'aiment pas ça.
Moi personnellement, j'étais enragée, tout le temps où j'ai vu ce film, parce que la situation m'embêtait, le jeu des acteurs m'embêtait, en même temps, c'est pas que je ne l'aimais pas, mais il y a pas une journée, il y a pas une heure, depuis j'ai vu ce film, où je n'y pense pas, alors c'est quand même un film réussi. - Oui, dans ce sens-là, et je partage ça avec vous. C'est un film qui est à la fois extrêmement irritant et extrêmement séduisant.
Il est séduisant parce que Blier est d'une intelligence absolument diabolique, dans son propos et dans sa manière, il nous manipule de façon royale. On a même l'impression tellement il nous manipule habilement, qu'il se paie notre tête, et ça finit par nous enrager. Mais le propos, les dialogues sont tellement savoureux, les personnages sont tellement bien définis et les situations tellement fascinantes et proches de ce qu'on peut connaître que finalement, on aime.
Le personnage le plus réussi, à mon avis c'est pas Josiane Balasko, qui m'a agacé, c'est celui de Carole Bouquet et je l'ai rencontrée et je lui ai demandé de nous parler un peu de cette femme-là qui, en plus d'être belle, est intelligente, ouverte, généreuse et qui pourtant, se fait domper. Dans ce film, vous dites des choses très dures sur la beauté. Vous dites des choses très.
. . je voulais dire définitives.
Est-ce que c'était vraiment que le texte ou si vous vous exprimez vous aussi, là-dedans? - Non, non, c'est le texte. C'est pas moi qui l'ai écrit, c'est Bertrand.
Il m'a pas demandé mon avis, en plus. Mais je sympathise avec cette femme. J'ai pas ses problèmes mais je comprends bien que ce qu'elle vit mal, c'est la différence, c'est le manque de communication.
Le fait d'être à l'écart, pour de mauvaises raisons, pour des raisons absolument inintéressantes et pas valables. Mais je crois que c'est un phénomène qui n'est absolument pas lié à. .
. on parle de la beauté, mais différent. Je crois que tout le monde est confronté à ça, un jour ou l'autre.
Elle a du mal, cette femme. Elle a du mal parce que sa vie, malheureusement pour elle, n'existe qu'à travers un homme. Et.
. . c'est son oxygène, c'est tout, quoi!
- Est-ce que c'est pas un phénomène de société qui est comme un peu en voie de disparition, ça, selon vous? Des femmes comme celle-là? - Oui, peut-être un peu, mais ce qui n'est pas en voie de disparition, c'est que quelqu'un n'arrive pas à faire comprendre à quelqu'un d'autre qu'il lui est nécessaire.
Il ne le croit pas. C'est ça qui peut-être est surtout important dans le film, c'est que cet homme a besoin, je crois, comme beaucoup d'hommes, en tous les cas, a besoin de faire des cadeaux, a besoin d'être Pygmalion, a besoin. .
. et elle est totalement d'accord. Elle est consentante pour jouer ce jeu-là, complètement.
Mais lui, il ne croit pas, il ne veut pas l'admettre. Et je crois que c'est ça le problème du film. C'est pas le physique, c'est qu'il va retrouver quelqu'un qui va être sa famille avec qui il ne va pas avoir peur, il le dit dans le film, d'ailleurs : avec sa femme, il a l'impression d'être un voleur et je crois que c'est ça le problème, et ça, on le voit beaucoup.
Moi, je le vois beaucoup autour de moi, des gens qui sont. . .
étrangers, les hommes ayant moins de disponibilités que les femmes, je crois que les femmes pourraient aller plus. . .
sont plus faciles, je veux dire, dans ce sens-là, mais souvent, il n'arrive pas à imaginer qu'effectivement, il peut lui apporter quelque chose. - En revenant et en terminant sur la beauté. Est-ce que, comme plusieurs comédiennes, qui sont très belles, un de vos rêves, ce serait de jouer, un jour, un personnage de femme très laide?
- Non, c'est pas un de mes rêves. Ce qui m'intéresse, c'est de jouer les femmes, enfin, des gens à qui je donne un peu d'humanité. Parce que par exemple cette femme, dans le film de Bertrand, sur le papier, elle pouvait être insupportable.
On pouvait dire : oh! Vraiment! elle va pas nous faire le coup de l'enfant gâté qui se plaint d'être belle!
Et puis, elle piquait des crises de colère, elle faisait pas des choses forcément agréables, sur le papier, et ce que j'avais envie c'est qu'on la trouve sympathique, cette femme, c'est qu'on ait de la tendresse pour elle, en disant : effectivement, elle a un problème, et c'est pas si facile que ça. Les choses ne sont pas aussi simples. Essayer de faire que les choses soient un peu plus complexes qu'on se l'imagine.
- C'est réussi, ça. - Oui. Puis c'est vrai que quand vous disiez tout à l'heure : Josiane Balasko vous a énervé, moi je l'ai trouvée à la limite du misérabilisme, et je n'ai d'ailleurs pas compris qu'il puisse aimer cette femme, parce qu'elle n'est pas assez vilaine, ou pas assez ronde, elle est pas assez quelque chose.
- Et elle est fausse. Mais il y a une chose qui est très intéressante, cependant, c'est qu'au début, on se dit voici la revanche de la laide, qui est sympathique et qui est charmante, sur la belle qui est chiante. Et c'est pas du tout le cas.
Au fur et à mesure où le film se développe, on se rend compte que la laide, elle est laide de l'intérieur aussi. Et ça c'est intéressant. - Oui, à partir du moment où je parlais, tout à l'heure, de film social, je trouve que c'en est un.
Il est mal marié et quand il dit à Josiane Balasko : "Tu es ma famille", là, on comprend. - Oui. - Mais ça prend énormément de temps avant de comprendre ça.
Mais allez voir ça, parce que vous allez en parler longtemps avec votre compagnon, et votre compagne.