Réforme de la SNCF en 2018, loi El Khomri en 2016, plan Juppé en 1995, Mai-68 ou encore mai-juin 1936… La France est connue pour ses grèves. Ou plutôt, pour ses vagues de grève qui se répètent. Des mouvements souvent nationaux, interprofessionnels et massifs.
A tel point que, même si d’autres pays pratiquent la grève, nous passons souvent pour les champions en la matière. Eh bien, elle a deux origines assez singulières en Europe. La première, c'est qu'en deux siècles, nous avons construit une tradition du conflit.
L'histoire des grèves en France commence par leur interdiction. En 1791, la loi Le Chapelier proscrit en effet grève et syndicats. Pourquoi ?
Parce qu’à une époque où l’on parle de « volonté générale », on considère qu’il ne peut y avoir de corps intermédiaires entre le citoyen et l'Etat. Alors, pourtant, les conditions de vie des ouvriers sont très difficiles. Résultat : les ouvriers font tout de même grève pour demander de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.
La répression par l’armée est brutale. Par exemple, en 1831 et 1834, les révoltes des canuts, ouvriers de la soie à Lyon, font chacune au moins cent morts. Face à cette répression de l’Etat, les ouvriers commencent à s’organiser en secret.
Conséquence : malgré la dépénalisation de la grève en 1864 et la légalisation des syndicats vingt ans plus tard, la culture du conflit s’est déjà installée. Fondée en 1895, la CGT fait ainsi de la grève le principal mode d’action pour les ouvriers. Et cela fonctionne.
Entre la fin du XIXe siècle et 1945, syndicats et grève permettent par exemple d'obtenir Deuxième explication à notre pratique de la grève : la France est un Etat très centralisé. Rappelez-vous la loi Le Chapelier : il ne doit rien y avoir entre les citoyens et l'Etat. C'est une philosophie encore bien vivante aujourd'hui.
Et le patronat aussi trouve son intérêt dans ces rapports conflictuels. Jusqu’en 1968 par exemple, il n’y avait dans les entreprises ni délégués syndicaux, ni local pour les syndicats, ni heures d’information syndicale. Les syndicats n’avaient tout simplement pas le droit d’opérer dans l’enceinte d’une société, alors qu’en Angleterre c’était déjà le cas depuis l'entre-deux-guerres.
Et il faut attendre 1982 et la loi Auroux, pour que les négociations annuelles deviennent obligatoires dans les entreprises. Si on résume, notre pratique de la grève est un héritage : un, d'une tradition du conflit, partagée par les syndicats, l'Etat et le patronat ; et deux, d'un pouvoir très centralisé. Reste que, si les mobilisations sont toujours aussi fortes, leur forme évolue : D’autres formes de mobilisation comme, par exemple, la grève en pointillé lancée à la SNCF en avril 2018.