Imaginez, on est en 1969 et une photo parait dans les journaux du monde entier. On y voit un homme, en combinaison spatiale, se tenant sur ce qui semble être la Lune, à ses côté un drapeau planté dans le sol, mais sur celui-ci pas de bannière étoilée, mais une faucille et un marteau. Et si je vous dis que cette imagine aurait très bien pu exister.
Alors que les américains lançaient le plus ambitieux projets scientifique et technologique de tous les temps avec le programme Apollo, les soviétiques ne sont pas resté les bras croisés sans rien faire. Évidement qu’ils n’allaient pas rester là sans rien faire En fait, les deux superpuissances se mènent un combat acharné depuis les années 50 sur fond de guerre froide. Et en vérité jusque-là…, c’est clairement les soviétiques qui gagnent… Et l’Union Soviétique a bien évidement eu elle aussi son programme lunaire, mais si ce programme a bel et bien existé, il est resté confidentiel pendant des décennies.
Aujourd’hui je vous raconte cette période fascinante de la Course à la Lune du point de vue soviétique pour tenter de comprendre comment, malgré une avance technologique certaine sur les américains, l’URSS n’est pas parvenue à envoyer l’un des siens là-bas. SPONSOR Vous le savez sans doute mais la course à l’espace n’aurait pas pu se faire sans les progrès de l’informatique. Mais bon, à l’époque c’était quand même très archaïque, on entend souvent que l’ordinateur Apollo Guidance Computer embarqué dans les capsules du programme Apollo et qui était utilisé pour la navigation et le pilotage avait une puissance de calcul similaire aux calculatrices qu’on utilise au collège.
Mais bon, y’a bien un début à tout et c’est pendant la période d’Apollo que l’informatique à fait un bon de géant, tant pour améliorer la puissance de calcul des ordinateurs que pour miniaturiser les puces électroniques. Et c’est comme ça que 54 ans après les premiers pas de l’homme sur la Lune on se retrouve avec ce condensé de technologie, l’Asus Zenbook 15 OLED. Avec ses 1,4Kg et son épaisseur de seulement 14,9 mm il est aussi facilement transportable que puissant avec son processeur AMD Ryzen 7000 Series, ses 32Go de RAM en LPDDR5 pour augmenter la vitesse de traitement des données quand vous ouvrez des documents ou que vous naviguez sur internet.
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Encore merci à Asus d’avoir sponsorisé cette vidéo ! Chapitre 1 Vous savez, si une guerre mondiale ça a bien un avantage c’est de faire progresser certaines technologies très rapidement, le souci dans notre cas c’est que ceux qui vont faire le plus progresser les fusées, c’est les nazis. En 1944, alors que la guerre est déjà perdue pour l’Allemagne, Hitler s’accroche à ses supposées armes miracles.
Menés par l’ingénieur Wernher Von Braun, les nazis finissent de mettre au point le V2, le tout premier missile balistique de l’Histoire. Lorsque la guerre s’achève on découvre que ouais les allemands étaient ultra en avance dans le domaine et américains et soviétique vont se disputer les technologies allemandes. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Les américains récupèrent le plus important à savoir une partie des V2 et surtout les ingénieur qui ont travaillé dessus dont Von Braun. Mais pour les soviétiques, les prises sont maigres, la plupart des V2 et des scientifiques allemands ont déjà été exfiltré vers les Etats-Unis mais ils parviennent quand même à mettre la main sur certaines machines, des plans et des pièces détachés. C’est suffisant pour Staline qui lance dès 1946, en même temps que les américains, la production de missile balistique sur le modèle des V2 allemands.
A la tête de ce projet on trouve un homme, Sergueï Korolev, (Koroliov) Korolev, il est hyper important, c’est tout simplement le père de tout le programme spatial soviétique, et donc vous vous en doutez, il sera au cœur de la course à la Lune. Né en 1907 en Ukraine, après un passage au goulag dans sa jeunesse cet ingénieur est devenu en URSS un véritable pionnier dans le domaine des fusées, connu pour son sens de l’organisation et pour être un bourreau de travail, c’est en quelque sorte le von Braun soviétique. Ces travaux accouchent de la première famille de missiles balistiques soviétique en 1948, une copie du V2, baptisé R-1.
Au cours de la décennie suivante, de nouveaux modèles sont crées avec une plus grande portée. Jusqu’à la R-7, qui devient le premier missile intercontinental de l’histoire, c’est-à-dire capable de frapper une cible à plus de 5 500km. Car oui à la base les premières fusées ce sont d’abord des missiles, des armes que l’on converti dans un but scientifique.
La compétition avec les américains débute véritablement en 1956 lorsque les États-Unis annoncent leur intention d’envoyer en orbite un premier satellite d’observation de la terre. On va créer une sonde et l’envoyer autours de la Terre. Les soviétiques y voient un moyen de montrer leur supériorité technologique et répliquent en faisant la même annonce.
Vous comptez envoyer un satellite et bien nous aussi ! La conquête spatiale est lancée. Le premier coup est donné par les soviétiques, le 4 octobre 1957, une fusée R-7 met sur orbite Spoutnik 1, le premier satellite.
Les américains sont horrifiés d’apprendre que les soviétiques ont une large avance technologique sur eux. Le pire dans tous ça c’est que désormais le territoire américain est vulnérable, et un jour, une R-7 pourrait parfaitement emporter une arme nucléaire. Même pas le temps de réagir que l’URSS vient asséner une deuxième grande claque à l’Amérique.
Seulement un mois après Spoutnik 1 est lancé Spoutnik 2 avec à son bord la chienne Laika, le premier animal à aller dans l’espace. A Moscou, Nikita Kroutchev, le secrétaire général de l’Union Soviétique prend conscience devant les exploits de ses scientifiques de l’importance politique et idéologique de cette nouvelle course à l’espace. De gros moyens sont débloqué pour permettre aux soviétiques d’accomplir le plus rapidement possible de nouveaux exploits… Bref c’est indéniable que les américains sont en retard dans cette course, tenez par exemple leur premier satellite Explorer 1 est envoyé 4 mois après les soviétiques.
Et pourtant ils s’apprêtent à répliquer en lançant le plus vaste programme scientifique qui n’ai jamais existé. Wernher Von Braun qui a depuis été exfiltré aux Etats-Unis où il travaille désormais pour la NASA, l’agence spatiale américaine créée en 1958 a bien des idées, avant même la seconde guerre mondiale il avait imaginé une méga-fusée capable d’envoyer des hommes sur la Lune. Mais même si les idées sont là il n’a pas le budget mais y’a un gars qui va arranger tout ça… John Fitzgerald Kennedy.
Lorsqu’il débarque à la Maison Blanche en janvier 1961 il ne s’intéresse en réalité pas tant que ça à l’aventure spatiale, il va même refuser d’augmenter le budget de la NASA. Mais 2 évènements vont le faire changer d’avis : -D’abord le 12 avril 1961 les soviétiques envoient dans l’espace Youri Gagarine qui devient le premier homme à atteindre l’espace. -Et seulement quelques jours après, les américains ratent leur débarquement dans la Baie des Cochons de Cuba et échouent à renverser Fidel Castro.
En à peine une semaine, l’Amérique se fait à nouveau humilier sur le plan technologique et scientifique mais aussi maintenant militaire et politique. Pour Kennedy il faut donc rapidement trouver un moyen d’effacer ces deux nouveaux revers, ses conseillers vont lui préparer une liste de potentiels exploits spatiaux à réaliser, dont un, très ambitieux qu’il va décider de retenir, envoyer des américains sur la Lune. C’est décidé, le 25 mai 1961 Kennedy annonce devant le congrès que les Etats-Unis se lancent comme objectif d’envoyer des hommes sur la Lune et de les ramener sain et saufs sur Terre avant la fin de la décennie, ce qui marque le début du programme Apollo et donc… de la course à la Lune.
Mais du côté soviétique, a-t-on vraiment les moyens de se lancer dans un tel projet ? CHAPITRE 2 : Programme Lunaire soviétique Lorsque Kennedy fait son annonce, en URSS, il n’est pour l’heure pas encore question de lancer une mission habitée vers la Lune. Le vol de Gagarine est encore récent et on est conscient qu’aller sur la Lune c’est clairement une autre paire de manche.
De son côté, Korolev sait que pour atteindre la Lune, les fusées actuelles ne suffiront pas, il va falloir développer ce qu’on appelle un lanceur super-lourd, capable d’emporter en orbite plus de 50t. En gros une très, très grosse fusée. Au sein de l’OKB-1, le « Bureau d’études expérimentales n°1» Korolev travail sur une fusée géante qu’il a commencé à imaginer à la fin des années 50, la N-1.
Mais Korolev manque de soutien au sein de l’administration, il a beau être derrière toutes les grandes prouesses du spatial soviétique de ces dernières années, il s’est aussi fait pas mal d’ennemis dont 2 particulièrement coriace. Son principal adversaire est Valentin Glouchko, Korolev et lui se connaissent depuis l’époque du Goulag, c’est l’ingénieur qui a conçu la plupart des moteurs de fusées soviétiques dont celui de la R-7. Pour le dire simplement les deux hommes se détestent, ils ont tous deux un caractère radicalement opposé, leur principal point de discorde est d’ordre technique, notamment sur le choix du carburant à utiliser pour les fusées ce qui va rendre au fil du temps toute collaboration impossible.
Son autre rival c’est Vladimir Tchelomeï, un soutien de Glouchko qui vous le verrez deviendra plus tard lui aussi un personnage central du spatial soviétique. Alors pour fabriquer les moteurs de sa N-1, il est obligé de se tourner vers un certain Nikolaï Kouznetsov qui a une entreprise spécialisée dans la conception de moteurs d’avions. Et oui, des moteurs d’avions et pas de fusées et ça, ça va poser beaucoup de problème.
Comme Kouznestov manque d’expérience, Korolev va plutôt lui demander de faire des moteurs plus petits et moins puissants, les NK-15, ce qui fait que la N-1 devra avoir à son premier étage beaucoup de moteurs pour fonctionner, ce qui deviendra vite un immense casse-tête pour les ingénieurs. L’autre grand problème pour Korolev c’est son rival Tchelomeï qui se voit chargé en 1961 de développer une autre fusée qui va venir concurrencer la N-1, l’UR500. Le rêve de Korolev d’envoyer des hommes sur la Lune semble donc mal engagé pour le moment, surtout qu’aucun programme lunaire n’a encore été autorisé officiellement.
Il faut attendre 3 ans, en 1964, pour que Korolev parvienne enfin à convaincre le Politburo de l’urgence de se lancer dans la course à la Lune. Korolev rappelle à ses chefs que manquer l’opportunité d’envoyer des soviétiques sur la Lune serait passer à côté d’un exploit historique. Avec sa force de conviction, il parvient à faire financer un programme lunaire.
Par un décret du 3 août 1964, un budget est débloqué pour financer un programme lunaire. 2 objectifs sont fixés. - Premièrement, envoyer une capsule habitée pour faire un survol de la Lune, la mission est confiée à la fusée Proton de Tchelomei - Et deuxièmement, envoyer des hommes se poser sur la Lune à l’aide d’un atterrisseur.
- La mission est ici confié à la N-1 de Korolev Vous commencez à voir le problème hein ? Alors qu’au même moment les américains s’unissent derrière un seul et unique programme, Apollo, les soviétiques eux se compliquent la tâche tout seul en créant une concurrence entre eux avec deux programmes différents. Aux États-Unis c’est tout un peuple qui soutient le programme Apollo qui mobilise toute une partie du pays, avec des centaines de milliers de personnes à travers des milliers d’entreprises différentes qui travaillent de près ou de loin sur le programme.
Alors qu’en URSS… pas de soutien populaire. Alors ce n’est pas que ça n’intéresse pas les gens, ils sont juste pas au courant. On est en union soviétique, tout est secret, et le secteur spatial ne fait pas acception.
En décembre 1964, Korolev approuve la version définitive des plans de la N-1. Il est temps que je vous explique à quoi ressemble exactement cette fusée et comment les soviétiques ont envisagé d’envoyer l’un des leurs sur la Lune et quelles étaient les différences avec le programme Apollo. Oui, c’est la partie un peu technique mais je vais faire simple.
Voici la N-1, elle fait littéralement le taille d’un petit gratte-ciel du haut de ses 105m, légèrement en dessous des 110m de la Saturn V, le lanceur que développent les américains. Elle est divisée en 3 étages principaux comme pour la Saturn V, le 1er avec ses 30 moteurs, développe au décollage au poussée supérieure à la Saturn V qui elle dispose de 5 puissants moteurs F1. Pour se rendre compte de la taille de ces engins une photo de Wernher von Braun au pied de sa fusée.
Le 2e étage a 8 moteurs tandis que le 3e étage lui à 4 moteurs. La partie supérieure de la fusée composée d’une immense coiffe, renferme ce qu’on appelle le « train lunaire », c’est la partie qui doit faire le voyage jusqu’à la lune. Ce train lunaire, appelé « L3 » est composé de trois parties.
D’abord un autre étage propulsif, le bloc G. On trouve le module d’atterrissage lunaire LK rattaché à un autre étage propulsif qui permet au module de freiner lors de sa descente sur la Lune. Beaucoup plus petit et léger que l’atterrisseur américain, il ne peut emmener qu’un seul cosmonaute sur la Lune.
Et enfin le véhicule orbital LOK composé d’un vaisseau Soyouz 7K, un modèle conçu spécialement pour cette mission. Il est composé d’un compartiment technique, d’un compartiment orbital dans lequel les deux cosmonautes vivent pendant le trajet et au milieu le véhicule de rentrée dans lequel les cosmonautes s’installent lors du décollage et de la rentrée atmosphérique. Le tout est ensuite rassemblée dans une coiffe placée au sommet de la N-1 avec tout en haut une tour de sauvetage qui en cas de problème doit éjecter tout le train lunaire.
L’ensemble fusée plus train lunaire est appelé N1-L3. Même si ce que je viens de vous dire reste évidement simplifié, il y a eu plusieurs version de la N1 dont on reparlera après avec à chaque fois quelques modifications. Pour en apprendre beaucoup plus sur le fonctionnement de la N-1, je vous recommande la chaine Techniques Spatiales qui est en train de préparer un long documentaire spécifiquement elle.
Le trajet vers la Lune était ensuite relativement similaire aux américains, après une injection translunaire, le L3 se retrouve en orbite autours de la Lune. Nouvelle particularité du programme soviétique, pour s’installer dans l’atterisseur, le cosmonaute sensé marché sur la Lune doit effecturer une sortie dans l’espace ce qui complique la tâche. Une fois installé le module effectue une descente ralentie par le bloc D, une fois son carburant épuisé il est largué et le module LK termine l’atterrisage.
Comme expliqué précédemment l’atterrisseur LK est beaucoup plus petit que celui des américains, une fois posé le cosmonaute n’a que quelques heures devant lui avant de redécoller. Après avoir rejoint son collègue, le LOK se sépare du LK et fait le trajet retour vers la terre. Bref ça c’est ce qui était prévu à l’origine mais vous allez le voir les choses vont se passer différemment… La course à l’espace bas son plein !
Après avoir agrandi son compteur d’exploit, avec le premier survol de la Lune et les premières photos de sa face cachée avec le programme Luna en 59 et le vol de Valentina Terechkova, la première femme dans l’espace en 63, le 18 mars 1965 l’URSS accompli une nouvelle grande première spatiale, avec la première sortie extravéhiculaire effectué par Alexei Leonov, le premier homme a évolué librement dans l’espace. Mais du côté du programme N-1 mais aussi Proton le retard s’accumule, ce qui accroit les tensions et rivalités entre les responsables des différents programmes. Un premier débarquement sur la Lune n’est pour l’heure pas prévu avant la fin d’année 1969.
Et pour couronner le tout, les autorités refusent à Korolev pour des raisons budgétaire la création d’un site d’essai pour tester le premier étage avant chaque vol. De son côté, la Proton et surtout son vaisseau qui devait permettre un survol de la Lune, le Zond, rate toutes ses tentatives de vols, ce manque de fiabilité de la part du lanceur et de la capsule conduit à l’exclusion de Tchelomei du projet. C’est donc Korolev qui se retrouve à la tête des trois plus gros programmes spatiaux soviétiques, la N-1, le développement de son train lunaire et il a un droit de regard sur le développement du train lunaire de la proton en parallèle de celui de la N1.
Vous allez vous dire ah chouette ils vont enfin tous bosser ensemble dans la même direction. Comment vous dire… Comme dit plus tôt, Korolev est un véritable bourreau de travail qui ne compte pas ses heures et subi une pression folle de ses supérieurs et forcément ça n’est pas très bon pour la santé. Depuis plusieurs années il souffre notamment de graves problèmes intestinaux.
Et depuis quelques mois déjà sa santé s’est largement dégradée. Le 14 janvier 1966, il doit être opéré à l’intestin mais pendant l’intervention on lui découvre une tumeur, en essayant de la retirer les chirurgiens dont un ami proche de Korolev provoque une hémorragie qu’ils ne parviennent pas à stopper, Korolev meurt sur la table d’opération. En perdant l’homme derrière tous les succès spatiaux de l’URSS, la quasi-entièreté des programmes spatiaux soviétiques se retrouvent impactés.
Pour remplacer Korolev, on choisit son bras droit Vassili Michine qui se retrouve à la tête d’une tâche titanesque. Car la N-1 il faut la construire. Tout comme pour le programme Apollo, ce sont plusieurs dizaines de milliers de techniciens, scientifiques et ingénieurs qui travaillent sur le projet.
Comme en Amérique, la tâche est répartie à travers toute l’Union soviétique avec la contribution d’un millier d’entreprises, environ 500 services de l’Etat et 26 ministères. Mais contrairement aux Etats-Unis où tout le programme Apollo est coordonné par la NASA, en URSS il n’y a pas vraiment d’autorité pour coordonner tout ce monde. Bien loin des belles plages de Cap Canaveral en Floride ou doit décoller la Saturn V, la N-1 devra être assemblée et lancée depuis le cosmodrome top secret de Baïkonour au milieu des steppes du Kazakhstan, un site construit au milieu des années 50 alors que le programme spatial soviétique débutait à peine.
Pour accueillir une fusée aussi gigantesque que la N1 il faut construire une infrastructure adaptée, Dans ce qui est appelé le complexe 110 est construit deux pas de tir avec pour chacun une immense tour de 145m de haut. Si le chantier est en théorie secret, il est en réalité surveillé de très près par les américains grâce à des photos de satellites espions. La CIA est donc au courant très tôt de l’existence d’un programme lunaire soviétique.
Il ne faut pas oublier qu’en 66 la crainte de se faire devancer par les soviétiques est toujours bien là. Ils se sont déjà fait avoir avec Spoutnik, faudrait pas que ça recommence… Durant l’année 1967, le programme est marqué par un drame, le 24 avril 1967 le cosmonaute Vladimir Komarov, avait sélectionné pour faire le premier vol à bord d’une capsule Soyouz. La mission Soyouz 1 est lancé avant que la capsule ne soit totalement prête, après avoir rencontré plusieurs problèmes lors de son vol au moment de la rentrée sur Terre le parachute ne s’ouvre pas et Komarov est tué dans le crash de sa capsule, c’est la première mort d’un cosmonaute.
Pendant ce temps du côté américain, ça avance bien,, pendant que les soviétiques piétinent depuis environ 2 ans, les américains rattrapent leur retard sur les vols habités, après le programme Mercury puis Gemini, ils accomplissent de premiers amarrages entre deux vaisseaux et perfectionne les sorties spatiales comme sur ces images où l’on voit buzz Aldrin qui marchera sur la lune 2 ans après. Mais le programme Apollo est marqué par un drame avec la mort des trois hommes d’Apollo 1 brulés vifs dans l’incendie de leur capsule lors d’un test au sol. Mais cette tragédie est rapidement effacée par, le 9 novembre 1967a lieu le vol d’Apollo 4, le premier vol inhabité d’une Saturn V, les américains passent devant les soviétiques dans la course au développement d’un super-lanceur.
Pendant ce temps à Baïkonour, le retard s’accumule, l’assemblage de la première N-1 a 6 mois de retard et les hauts gradés comme les scientifiques commencent à avoir de plus en plus de doutes sur la possibilité d’arriver sur la Lune avant les américains. C’est pourquoi un nouveau programme, oui encore un, est créé. On commence à se dire qu’envoyer un homme sur la lune avant les américains c’est mort alors on va plutôt fabriquer une sonde.
Confié à l’ingénieur Gueorgui Babakine, travaillant pour l’OKB 301 spécialisé dans la création de sondes planétaires, il décide, car encore une fois dans le spatial soviétique rien n’est centralisé, de concevoir dans son coin une sonde sensée atterrir sur la surface de la Lune avant les américains pour ramener sur Terre des échantillons de sol lunaire. Le but étant de marquer l’opinion publique en accomplissent une nouvelle grande première avec le débarquement d’un premier américain sur la Lune. Ouais, l’ambiance commence à être un peu pourrie.
Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, tout s’accélère. Le 11 octobre 68, premier vol habité du programme avec Apollo 7 à bord d’une Saturn 1B, une version réduite de la Saturn V. Tout juste deux mois après, c’est au tour d’Apollo 8, premier vol habité cette fois-ci à bord d’une Saturn V, c’est la première fois que des hommes se mettent en orbite autour de la Lune.
10 ans après le début de la Conquête spatiale, c’est la première fois que l’Amérique réussit à devancer l’Union Soviétique. Les soviétiques viennent de perdre définitivement la première partie de la course à savoir envoyer des hommes autour de la Lune. Mais tout n’est pas encore perdu, il va falloir encore plusieurs vols aux américains avant de pouvoir tenter un alunissage et la N-1 des soviétiques est pratiquement prête pour son premier vol qui s’annonce décisif dans la suite de la course pour la Lune… CHAPITRE 3 : L’ÉCHEC SOVIÉTIQUE Après avoir construit 2 modèles de test, la première N-1 prête au vol est là, comme c’est le troisième modèle, elle est appelée, baptisée N1- 3L.
Il est à noté que le train lunaire dont je vous ai parlé tout à l’heure n’est pas prêt pour ce vol alors cette N-1 n’a son sommet qu’une simple maquette. Car autant vous le dire de suite les soviétiques n’ont pas beaucoup d’espoir pour ce vol. Ils veulent juste la tester et corriger ce qu’il y aura a corriger, c’est un peu la méthode qu’on retrouve aujourd’hui avec SpaceX on fait un test et si ça explose on corrige et on recommence.
Le 21 février 1969, elle est acheminée sur son pas de tir par train pour un premier vol inhabité. Les soviétiques vont bientôt découvrir si leur pays est encore dans la course à la Lune. A 12h17, les 30 moteurs s’allument et permettent au 2 735t de la fusée de s’arracher du sol.
Mais après quelques secondes, deux moteurs s’arrêtent et à la 66e secondes, une canalisation explose et créer un incendie qui se propage à l’arrière de la fusée. 4 secondes après, tous les moteurs s’arrêtent momentanément, le train lunaire est éjecté et la N-1 retombe et explose dans la steppe. Le 3 juillet 1969, deuxième tentative.
A 23h18, la fusée décolle mais à seulement 100m d’altitude, un moteur explose et provoque à nouveau un incendie qui ravage rapidement le premier étage, tous les moteurs s’arrêtent et la fusée retombe sur son pas de tir le détruisant entièrement. La puissance de l’explosion fut estimée à environ 10kt, soit à peine moins puissante que la bombe Little Boy qui tomba sur Hiroshima. Si il n’y a miraculeusement aucune victime, le pas de tir et la tour de lancement ont été anéanti et les installations sous-terraine très endommagée, il va falloir 2 ans aux soviétiques pour le remettre en état.
Après ça on perd tout espoir d’envoyer un soviétique sur la Lune avant les américains… mais il reste encore une chance. Les soviétiques peuv ent encore se poser sur la Lune avant les américains. Vous vous souvenez de Babakine, chargé de concevoir une sonde capable de ramener des échantillons de sol lunaire sur Terre, et bien cette sonde est fin prête.
Le 13 juillet 1969, la mission Luna 15 décolle pour la Lune. A des milliers de km de là, se dresse sur le pas de tir 39A de Cap Canaveral la Saturn V qui emmènera dans 3 jours l’équipage d’Apollo 11 sur la Lune. Le 16 juillet, au petit matin, Neil Amstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins sont conduit au sommet de l’immense fusée.
A 8h32, Apollo 11 s’arrache du sol… Le 20 juillet 1969, Armstrong et Aldrin s’installent dans leur module d’atterrissage, se séparent du module de commande où reste Michael Collins et entament leur descente. Quelques heures plus tard, les deux astronautes se posent dans la Mer de la Tranquillité. Après les dernières vérifications, le sas est ouvert, Armstrong déploie l’échelle et la caméra qui va retransmettre en direct dans le monde entier l’évènement.
Quelques minutes après, Armstrong devient le premier homme à fouler la surface lunaire. « C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité ». Il est rejoint par Buzz Aldrin.
Les deux hommes immortalisent la victoire de l’Amérique en plantant leur drapeau à la surface de la Lune. Après environ 22h à la surface lunaire, les deux astronautes remontent dans leur module, l’étage de remonté décolle et rejoint le module de commande. L’étage de remonté est ensuite largué et les 3 hommes font route vers la Terre où ils amerrissent le 24 juillet 1969 dans l’océan pacifique.
Les États-Unis ont gagné. Ah et qu’est ce qu’il s’est passé pour Luna 15 ? Oh et bien le 21 juillet, donc 1 jour après les américains, elle s’est écrasée sur la Lune.
Bon là autant vous dire qu’après à Moscou y’en a 2-3 qui tirent la gueule. Pour autant le rêve de Korolev ne s’arrête pas là, l’histoire de la N-1 et du programme lunaire soviétique continu après Apollo 11… CHAPITRE 4 : APRÈS APOLLO 11 Après l’exploit d’Apollo 11 plusieurs autres missions Apollo se succèdent jusqu’à Apollo 17 emmenant au total 12 hommes à la surface de la Lune. Toutes se passent sans incident majeur à l’exception d’Apollo 13 où à la suite d’une explosion d’un réservoir d’oxygène ils ont dû rentrer sur Terre sans se poser sur la Lune.
Côté soviétique, la défaite est amère mais on continue de croire au programme N-1. A Baïkonour, après apporté des modifications à la N-1, l’immense fusée soviétique est placé sur son second pas de tir, le premier étant toujours en cours de reconstruction et est fin prête pour sa troisième tentative de vol. Après les succès du programme Apollo, c’est l’heure de vérité pour la N1… Le 27 juillet 1971, la N-1 décolle.
Mais une nouvelle fois, quelques secondes après son décollage, la fusée se à tourner sur elle-même, en théorie c’est normal mais là elle tourne beaucoup trop vite, elle se met à pencher de plus en plus jusqu’à ce que les 30 moteurs s’éteignent d’un coup. La N-1 explose et ses restes retombe dans la steppe kazakhe. Un quatrième lancement à quand même lieu le 23 novembre 1972.
Il s’agit du vol qui a le mieux réussit des quatre. La N-1 va parfaitement fonctionner pendant une centaine de seconde mais à nouveau une explosion fait s’écraser la fusée. C’est le vol de N-1 le plus réussit jusque-là, ce qui rend confiant les scientifiques et ingénieurs pour la suite.
On prévoit même de futurs vols pour les deux prochaines années ! Mais fin 1972 les États-Unis ont déjà foulé le sol de la Lune 6 fois et le programme Apollo vient de se terminer en décembre principalement à cause de son cout immense et la perte d’intérêt pour le programme de la part de la population américaine. Et de son côté l’Union Soviétique rencontre de graves problèmes économiques et les dirigeants soviétiques se désintéresse de ce projet.
Vassili Michine, l’ancien bras droit de Korolev est désigné responsable de cet échec et on le met à la porte. C’est Valentin Glouchko qui sort grand vainqueur de cette épuration en récupérant l’ensemble des programmes spatiaux soviétiques. L’une de ses premières décisions est de mettre fin au programme N-1 en mai 1974.
Quelques personnes continueront à travailler sur le projet mais tout sera stoppé définitivement en mars 1976. C’est la mort du rêve de voir un jour un représentant de l’Union Soviétique marcher sur la Lune. Et ce rêve, il va vite être enterré.
On fera croire que les soviétiques n’avais en réalité jamais eu pour objectifs d’envoyer des hommes sur la Lune. Les deux prochaines N-1 sont démantelées et les sites de lancements laissé à l’abandon. C’est tout le programme lunaire qui est discrètement mis sous le tapis, faire comme si tout cela n’avait jamais existé.
De nombreux documents et pièces de fusées sont réutilisées ou tout simplement détruites. Mais au final, alors que les soviétiques semblaient loin devant les américains dans le domaine du spatial au début des années 60. Comment ont-ils pu rater cette opportunité de marquer l’histoire ?
Comment en est-on arrivé à une telle humiliation ? Comme souvent les raisons sont multiples… CHAPITRE 5 : LES RAISONS DE L’ÉCHEC Et pour expliquer cet échec c’est Vassili Michine, le successeur de Korolev qui donne plusieurs explications. Pour lui, la première erreur vient du politburo qui au départ n’a pas vu l’intérêt d’un tel programme, conduisant à un retard de 3 ans sur les américains.
Alors que Kennedy lance le programme Apollo en 1961, Kroutchev de son côté autorise un programme lunaire qu’à partir de 1964. La gestion du programme a ensuite été désastreuse sous plusieurs aspects, il a notamment été parasité par les rivalités entre les têtes pensantes du programme, notamment Korolev, Glouchko et Tchelomeï. Ensuite il y a eu la volonté de faire à tout prix des économies, en refusant par exemple de faire des tests au sol pour le premier étage ce qui explique en partie le manque de fiabilité de la N-1 et ces 4 échecs.
Contrairement aux américains qui ont mis un part importante de leur PIB dans le programme Apollo. On estime que le programme Apollo a couté environ 25 400 000 000$ soit environ aujourd’hui 153 milliards. C’est colossal et c’était j’imagine le prix pour laver l’honneur de l’Amérique.
L’URSS a aussi dispersé ses moyens dans différents programmes concurrents notamment entre la N-1 de Korolev et la Proton de Tchelomeï. Là où aux États-Unis tout était supervisé par la seule NASA, en URSS les scientifiques étaient dispersés sur des projets qui avaient finalement pratiquement le même but dont les chefs préféraient se livrer à des guerres d’égo. En Union Soviétique il n’y avait aucune véritable autorité pour coordonner les programmes spatiaux, seul chefs des bureaux d’études comme Korolev devaient se battre pour récupérer un budget dérisoire en comparaison aux américains et rendre des comptes à des militaires d’avantage intéressé par militariser l’espace que d’aller sur la Lune.
Et ça c’est important de le comprendre, à l’inverse des américains qui voulaient à tout prix tenir la promesse de Kennedy assassiné en 1963, en URSS il n’y a jamais vraiment eu de volonté politique d’aller sur la Lune. La mort de Serguei Korolev a aussi probablement joué dans l’échec du programme Lunaire, Michine était certes un ingénieur brillant mais il n’avait ni le charisme de Serguei Korolev. Alexeï Leonov écrira que sans son mentor, Michine était perdu, il n’avait pas de relation au sommet de l’état et n’a pas sur faire face à la pression imposée par un tel projet.
Leonov conclu en expliquant que d’après lui, si Korolev avait vécu un peu plus longtemps les soviétiques aurait probablement été les premiers à réaliser un vol habité autour de la Lune. Et enfin, Michine reconnaitra que les soviétiques avaient sous-estimé les américains et qu’après les grands succès soviétiques comme Spoutnik, Laika ou le vol de Gagarine, les scientifiques et ingénieurs soviétiques ont probablement été aveuglés par ces succès, persuadés qu’ils réussiraient ensuite à relever le défi lancé par les américains sans difficulté. Et lorsque l’Union Soviétique a rencontrer de gros problèmes financiers au début des années 70, ça a achevé définitivement le programme lunaire.
Mais comme vous le savez l’URSS est une terre de secret, le programme lunaire, personne n’en entendra parler pendant de très nombreuses années. Même si l’existence du programme était à force devenu connu, il faut attendre le Glasnost, c’est-à-dire la publication de nombreux documents confidentiels sous Gorbatchev à la fin de l’URSS pour que le secret du programme lunaire soviétique soit enfin levé. C’est la première fois que des plans, des témoignages, des rapports et surtout des photos sont publiés.
Le monde découvre enfin la N-1 et son histoire, et en voyant ces images on se dit « et si », et si les soviétiques avaient foulé le sol lunaire avant les américains, que ce serait-il passé.