En ce mardi de la 5eme semaine de Carême, la Parole de Dieu nous conduit au désert, là où le peuple d’Israël apprend à lever les yeux vers le salut. À travers le signe du serpent élevé par Moïse et les paroles fortes de Jésus dans l’Évangile, nous découvrons que la croix est source de vie pour ceux qui croient. Écoutons ces lectures avec un cœur ouvert, et laissons-nous transformer par l’amour du Christ élevé pour nous sauver.
Lecture du livre des Nombres En ces jours-là, les Hébreux quittèrent Hor-la-Montagne par la route de la mer des Roseaux en contournant le pays d’Édom. Mais en chemin, le peuple perdit courage. Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ?
Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël.
Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront !
» Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! – Parole du Seigneur.
Seigneur, entends ma prière : que mon cri parvienne jusqu’à toi ! Ne me cache pas ton visage le jour où je suis en détresse ! Le jour où j’appelle, écoute-moi ; viens vite, réponds-moi !
Les nations craindront le nom du Seigneur, et tous les rois de la terre, sa gloire : quand le Seigneur rebâtira Sion, quand il apparaîtra dans sa gloire, il se tournera vers la prière du spolié, il n’aura pas méprisé sa prière. Que cela soit écrit pour l’âge à venir, et le peuple à nouveau créé chantera son Dieu : « Des hauteurs, son sanctuaire, le Seigneur s’est penché ; du ciel, il regarde la terre pour entendre la plainte des captifs et libérer ceux qui devaient mourir. » Évangile de Jésus Christ selon saint Jean En ce temps-là, Jésus disait aux Pharisiens : « Je m’en vais ; vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché.
Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller. » Les Juifs disaient : « Veut-il donc se donner la mort, puisqu’il dit : “Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller” ? » Il leur répondit : « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut.
Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. En effet, si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés.
» Alors, ils lui demandaient : « Toi, qui es-tu ? » Jésus leur répondit : « Je n’ai pas cessé de vous le dire. À votre sujet, j’ai beaucoup à dire et à juger.
D’ailleurs Celui qui m’a envoyé dit la vérité, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis pour le monde. » Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père. Jésus leur déclara : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien de moi-même ; ce que je dis là, je le dis comme le Père me l’a enseigné.
Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. » Sur ces paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui. – Acclamons la Parole de Dieu.
En cette cinquième semaine de Carême, la Parole de Dieu nous conduit dans un lieu très particulier : le désert. Le désert d’Israël, bien sûr, mais aussi le désert de notre propre cœur. Et dans ce désert, il se passe quelque chose de décisif.
Le peuple se décourage. Il perd confiance. Il se met à parler contre Dieu.
Les Hébreux ont été libérés de l’esclavage. Ils ont vu la puissance de Dieu. Ils ont traversé la mer.
Ils ont reçu la manne. Et pourtant, il suffit d’un chemin difficile, d’un détour par le pays d’Édom, pour que tout s’effondre intérieurement. « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ?
» disent-ils. Comme si la liberté n’avait aucune valeur. Comme si l’esclavage était finalement plus confortable que la confiance.
Ce passage nous révèle une vérité profonde : le plus grand combat ne se situe pas à l’extérieur, mais à l’intérieur. On peut être sorti d’Égypte extérieurement, et rester esclave intérieurement. On peut avoir vu des merveilles, et pourtant douter encore.
Le désert met à nu ce qu’il y a dans le cœur. Le peuple dit : « Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable. » Cette nourriture, c’est la manne, le pain donné par Dieu.
Ce qui était un miracle devient une routine. Ce qui était un don devient une lassitude. Voilà le danger spirituel : s’habituer à la grâce, ne plus voir les dons de Dieu, ne plus remercier.
Alors viennent les serpents brûlants. Le texte est dur. Beaucoup meurent.
Pourquoi ? Il ne faut pas comprendre cela comme un Dieu cruel. Les serpents révèlent ce que le péché produit déjà dans le cœur : une brûlure, un poison, une mort intérieure.
Quand on s’éloigne de Dieu, on se mord soi-même. Le péché n’est pas seulement une faute morale ; il est une blessure qui se propage. Mais ce qui est bouleversant, c’est la réaction du peuple.
Il vient vers Moïse et dit : « Nous avons péché. » Cette phrase change tout. Reconnaître son péché, c’est déjà laisser entrer la lumière.
Tant que l’on accuse Dieu, on reste fermé. Quand on dit « j’ai péché », le cœur commence à s’ouvrir. Moïse intercède.
Il se tient entre Dieu et le peuple. Il prie. Il supplie.
Et Dieu donne une solution étrange : fabriquer un serpent de bronze et le dresser sur un mât. Celui qui est mordu doit regarder ce serpent pour vivre. Pourquoi regarder ce qui fait mal ?
Pourquoi regarder l’image du serpent, symbole du mal ? Parce que la guérison passe par la vérité. On ne guérit pas en niant le mal.
On guérit en le regardant en face, mais en le regardant à la lumière de Dieu. Le serpent de bronze n’a pas de pouvoir en lui-même. Ce qui sauve, c’est l’obéissance confiante à la parole de Dieu.
C’est le fait de lever les yeux. Il faut imaginer la scène. Un homme est mordu.
La douleur est intense. Le poison circule. Humainement, il pourrait rester par terre, se plaindre, se résigner.
Mais on lui dit : « Lève les yeux. Regarde. » Peut-être que cela lui paraît trop simple.
Peut-être qu’il doute. Mais s’il accepte de lever les yeux, il vit. Dans l’Évangile, Jésus nous révèle que ce serpent élevé annonce sa propre croix.
« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS. » Jésus parle de sa crucifixion. Il sera élevé sur le bois de la croix, offert au regard de tous.
La croix est un scandale. C’est le lieu de la souffrance, de l’humiliation, du rejet. Et pourtant, c’est là que se manifeste le salut.
Comme le serpent de bronze, la croix semble être le signe du mal et de la mort. Mais en réalité, elle devient le lieu de la victoire de l’amour. Jésus dit des paroles très fortes : « Si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés.
» « JE SUIS » est le nom même de Dieu. Jésus affirme qu’il est la présence de Dieu. Croire en lui, ce n’est pas simplement accepter une idée.
C’est entrer dans une relation. C’est reconnaître que Dieu est venu nous rejoindre dans notre désert. Il dit aussi : « Vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut.
» Cela ne veut pas dire qu’il nous méprise. Cela veut dire que sans lui, nous restons enfermés dans nos limites. Nous pensons selon la peur, l’orgueil, l’intérêt personnel.
Lui vient d’en haut, c’est-à-dire du cœur du Père. Il vit dans une confiance totale. Il dit : « Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul.
» Voilà le secret de Jésus : il n’est jamais seul, parce qu’il demeure dans l’amour du Père. Et nous ? Combien de fois nous nous sentons seuls, abandonnés, incompris.
Le psaume nous fait crier : « Seigneur, entends ma prière : que mon cri parvienne jusqu’à toi ! » Cette prière est celle de l’homme blessé. Elle est simple, directe.
Elle ne cache pas la détresse. Elle demande : « Ne me cache pas ton visage. » Le Carême est un temps où nous pouvons laisser monter ce cri.
Nous n’avons pas à faire semblant. Nous pouvons dire au Seigneur notre fatigue, notre péché, notre lassitude. Mais la Parole nous invite à ne pas rester seulement dans le cri.
Elle nous invite à lever les yeux vers le Christ élevé. Regarder la croix, c’est contempler un amour qui va jusqu’au bout. Sur la croix, Jésus prend sur lui le poison du péché.
Il accepte d’être blessé pour que nous soyons guéris. Il ne répond pas à la violence par la violence. Il répond par le pardon.
Là où le serpent ancien a introduit le mensonge, Jésus révèle la vérité de l’amour. Souvent, nous cherchons des solutions compliquées à nos problèmes spirituels. Nous pensons qu’il faut des efforts extraordinaires, des performances.
Or Dieu demande un geste simple : regarder avec foi. Cela ne veut pas dire que tout est facile. Cela veut dire que le point de départ, c’est la confiance.
Peut-être que dans notre vie, il y a des blessures anciennes, des fautes répétées, des découragements profonds. Peut-être que nous avons l’impression que le poison a déjà fait trop de dégâts. La Parole d’aujourd’hui nous dit : tant qu’il y a un regard tourné vers le Christ, il y a une espérance.
La foi n’est pas une idée abstraite. Elle est un mouvement du cœur. Elle consiste à détourner le regard de soi-même pour le tourner vers Jésus.
Tant que nous restons fixés sur nos peurs, nos échecs, nos fautes, nous restons enfermés. Quand nous levons les yeux vers lui, quelque chose change. La lumière entre.
Jésus dit qu’après qu’il aura été élevé, on comprendra qu’il est « JE SUIS ». La croix révèle qui est Dieu. Dieu n’est pas un maître dur.
Il n’est pas un juge lointain. Il est un Père qui donne son Fils. Il est un amour qui se livre.
Sur la croix, Dieu se montre vulnérable pour nous sauver. Et l’Évangile se termine par cette phrase pleine d’espérance : « Sur ces paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui. » Même au milieu des oppositions et des incompréhensions, la foi naît.
Cela veut dire que la Parole porte du fruit. Elle peut encore aujourd’hui toucher les cœurs. En ce temps de Carême, demandons la grâce de reconnaître nos serpents, nos péchés, nos découragements, sans fuir.
Demandons la grâce de dire avec vérité : « Nous avons péché. » Mais demandons surtout la grâce de lever les yeux vers le Christ élevé. Là se trouve notre guérison.
Que notre prière soit simple : « Seigneur, entends ma prière. Ne me cache pas ton visage. » Et que, en regardant la croix avec foi, nous découvrions que nous ne sommes pas condamnés à mourir dans nos péchés, mais appelés à vivre dans la lumière et dans l’amour de Dieu.
Prions ensemble Seigneur Jésus, Toi qui as été élevé sur la croix pour que nous ayons la vie, apprends-nous à lever les yeux vers toi quand le découragement nous envahit et que le désert semble trop long. Seigneur, quand nous murmurons comme le peuple au désert, quand nous oublions tes bienfaits et que nous ne voyons plus que ce qui nous manque, viens purifier notre mémoire. Rappelle-nous que tu nous as déjà sauvés, que tu marches avec nous même lorsque la route est difficile.
Seigneur, nous reconnaissons que nous avons péché. Nos paroles blessent, nos pensées se ferment, nos cœurs se laissent envahir par l’orgueil et la peur. Guéris-nous du poison du péché qui brûle en silence et nous éloigne de toi.
Seigneur Jésus, comme les Hébreux mordus par les serpents, nous avons besoin de salut. Donne-nous l’humilité de regarder vers toi, sans fuir, sans nous cacher, avec une foi simple et confiante. Que ton amour versé sur la croix devienne pour nous source de vie.
Seigneur, toi qui as dit : « Moi, JE SUIS », fais grandir en nous la foi en ta présence. Quand nous doutons, soutiens-nous. Quand nous nous sentons seuls, rappelle-nous que le Père ne t’a pas laissé seul et qu’il ne nous abandonne pas non plus.
Seigneur, apprends-nous à vivre d’en haut, à ne pas rester enfermés dans les logiques de ce monde. Détache nos cœurs de ce qui passe, et attire-nous vers ce qui demeure : la vérité, la justice, l’amour. Seigneur, écoute le cri de ceux qui souffrent, de ceux qui se sentent captifs, de ceux qui pensent que tout est perdu.
Penche-toi sur notre monde blessé, et fais de ton Église un signe d’espérance, un lieu de guérison et de miséricorde. Ô Esprit Saint, viens éclairer notre regard. Apprends-nous à contempler la croix non comme un échec, mais comme la victoire de l’amour.
Affermis notre foi, fortifie notre espérance, enracine-nous dans la charité. Nous te le demandons, Père, par Jésus Christ, ton Fils bien-aimé, notre Seigneur et notre Dieu, lui qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.