Equal play, equal pay ? Valeureuse, à défaut d'être valorisée. Ballon d'or féminin de 2019, Megan Rapinoe entonne le slogan adopté par les footballeuses de l'équipe américaine.
Vous savez comment sont rémunérés les athlètes de haut niveau ? Dans les grandes compétitions, ils et elles ne sont pas toujours rémunérés par leur pratique sportive. Ils touchent des primes en cas de victoire et ont besoin de soutien financier comme les sponsors pour s'entraîner à concourir.
Les athlètes professionnels touchent eux un salaire de base. Ils touchent aussi des primes et ont besoin aussi de l'appui des sponsors pour une meilleure stabilité financière. Dans les deux cas, les revenus des femmes sont toujours à la traîne.
Pourquoi ? Disons qu'il y a un contexte socio-historique. Les femmes ont toujours été infériorisées dans le sport.
Moins d'accès aux pratiques, moins entraînées, moins équipées, moins acceptées quand elles sont jugées trop musclées, moins vues, moins bankable. Du coup, moins payées, CQFD. En moyenne, les athlètes masculins professionnels gagnent 21 fois plus que les athlètes féminines professionnelles.
C'est quoi ? Ils sont rémunérés proportionnellement à la place qu'ils prennent dans les transports ? C'est donc ça d'avoir des grosses bourses ?
Évidemment, les inégalités sont plus ou moins palpables suivant le sport. Et les écarts de moyens selon les sports, peuvent être aussi énormes en grande partie selon leur médiatisation. Oui, car à cela s'ajoute un élément macro - pas le poisson, juste un élément un peu plus systémique.
Plus ça va et plus l'économie du sport se privatise et a plutôt tendance à mettre les champions en avant, en particulier dans l'économie des droits TV à valeur exponentielle. Prenons l'exemple emblématique du football. Entre les droits TV achetés une petite fortune et les sponsors, ils génèrent 800 milliards d'euros par an, soit deux tiers du PIB de l'Afrique.
Et en parlant géographie, les inégalités dans le football, comme dans la plupart des sports, varient d'un pays à l'autre. Et alors là, attachez bien vos ceintures parce que c'est vertigineux. En France, on estime le salaire annuel brut moyen des hommes, 27 fois supérieur à celui des femmes.
Ça vous paraît beaucoup ? En Angleterre, les footballeurs gagnent carrément 113 fois plus que les footballeuses. Alors, en 2023, les footballeuses sud-africaines qui ont atteint les huitièmes de finale de la Coupe du monde féminine de football n'ont quand même pas eu la chance d'avoir les mêmes revenus.
Les championnes d'Afrique en titre ont gagné un bonus de 2 665 € à peine, alors que les hommes se voyaient promettre, eux, 12 000 € rien que s'ils se qualifiaient pour la Coupe du monde au Qatar, ce qu'ils n'ont même pas réussi à faire. Alors, pourquoi de tels écarts dans ces cas ? D'abord, cela dépend de la taille respective du gâteau à se partager.
Et oui, les revenus générés par les femmes dans le football sont généralement plus faibles que ceux de leurs homologues masculins. Ces dernières années, ce sont près de 2 milliards de dollars pour les hommes, contre 34 millions pour les femmes. Le gâteau à partager est clairement beaucoup plus petit.
Mais attendez, c'est parce que les femmes rapportent moins, qu'elles sont moins payées. Vraiment ? Les footballeuses américaines ont généré, grâce à leur quatrième titre de championnes du monde, plus de revenus que l'équipe masculine qui était loin de ce palmarès.
Pourtant, elles ont touché des compensations financières inférieures et ont fini par porter plainte pour une discrimination institutionnalisée des genres. En 2022, elles ont réussi à sceller un accord avec leur fédération de soccer qui garantit une rémunération en sélection équivalente pour les hommes et pour les femmes. Pendant ce temps-là, la joueuse Jamaïcaine Cheyna Matthews révélait que la mère d'une de ses coéquipières avait lancé une campagne de financement pour permettre la participation des Raggae Girlz à la Coupe du monde féminine.
Oui, parfois, il faut créer des KissKissBankBank pour pallier le manque de soutien de la part des fédérations. Heureusement, il y a des politiques égalitaristes, notamment dans les sports individuels où les compétitions ont lieu au même endroit au même moment. Le tennis a fait office de pionnier dans les gros gâteaux.
Et ça, c'est grâce à Billie Jean King, joueuse de tennis américaine qui ne s'est pas battue que sur la terre. La terre battue, parce que c'est du tennis. T'as capté ?
Mais aussi pour une égalité salariale. Grâce à elle, en 1973, l'US Open de New York devient le premier tournoi à introduire la parité dans les dotations pour les hommes et les femmes. Jeu, set et maths!
- Merci, merci! Oh mon dieu! - Vous êtes une inspiration pour nous toutes!
- Merci Billie de vous être battue pour ça! Bon Billie Jean King ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Oui, Billie Jean is more than a Beauty Queen.
En 2007, elle obtient l'égalité des gains dans les quatre tournois du Grand Chelem. 2007, c'était il n'y a même pas 20 ans. Michel Drcker était déjà vieux!
Depuis, de nombreuses fédérations ont suivi le mouvement. En 2017, la BBC estime à 35 le nombre de sports qui distribuent des dotations équivalentes, tandis que neuf favorisent les hommes, bien évidemment, aucun suspense. Le seul sport dans lequel les femmes sont favorisées, c'est le lancer de chaussettes dans la machine à laver.
Ceci dit, depuis 2015, des Billie Jean il y en a de plus en plus. Par exemple, les surfeuses Bianca Valenti, Keala Kennelly, Andrea Moller et Page Alms qui ont fondé en 2015 le Committee for Equity in Woman's Surfing. Grâce à ce comité, elles ont réussi à démontrer que la World Surf League discriminait les femmes en les excluant de compétition et en rémunérant moins les gagnantes.
Résultat, en 2016, l'organisation a ouvert pour la première fois une division pour les femmes sur Jaws à Hawaï. Et en 2018, elle a accordé l'égalité des récompenses entre les hommes et les femmes. Alors, ça avance, mais il reste du chemin pour que l'égalité soit systémique.
D'autant qu'il existe d'autres facteurs d'inégalité non négligeables. Les contrats de publicité que touchent en majorité une élite masculine et une poignée de joueuses. Dans le monde du ballon ovale, selon Laura Di Muzio: "Seules quelques joueuses possèdent des contrats de sponsoring, majoritairement avec des primes nulles et de simples avantages en nature.
" Je n'ai jamais compris cette expression. Il donne des avantages en fougère, genre ? Mises bout à bout, ces inégalités financières alimentent un cercle vicieux qui ralentit la progression des sportives.
Oui, si elles ne sont pas ou mal rémunérées, les sportives doivent cumuler entraînement et emploi classique. Sauf qu'une sportive qui s'entraîne moins, c'est une sportive qui voit ses performances moins progressées, entraînant un moindre engouement médiatique et donc des opportunités de sponsoring ralentit, qui impactent alors à nouveau la rémunération des sportives. C'est l'oeuf ou la poule, le serpent qui se mord la queue, enfin, tout le zoo quoi!
Pour réduire ces inégalités de salaire, il faudrait donc augmenter les revenus générés par les femmes pour faire un encore plus gros gâteau. Peut-être avec plus de médiatisation et moins d'écart de valeur entre les droits TV des compétitions masculines et féminines. Allez, rajoutez-moi de la crème pâtissière et du caramel au beurre salé, mon Dieu !
Comme dirait Tony Estanguet, Président des JO de Paris: "Ce n'est pas du sport féminin, c'est du sport. " Ben, espérons que l'argent ne soit plus de l'argent masculin, mais juste de l'argent. Alors, bref, vivement que le cours des femmes prenne en valeur, et pas seulement sur les courts de tennis.