C’est un séisme dans le monde de la finance, qui dure depuis maintenant 10 jours, et qui continue à inquiéter. Vous n’aviez probablement jamais entendu parler de cette banque avant, la SVB, la Silicon Valley Bank jusqu'au 10 mars, le jour où tout a basculé. Au petit matin la nouvelle tombe, cette institution bancaire vacille puis s’effondre, au point de devenir la plus grosse faillite bancaire aux Etats-Unis depuis la crise de 2008, et d’affoler le monde entier.
C'est la plus importante faillite bancaire depuis 2008. Tout part de la chute d'une banque californienne. Elle s'est écoulée en moins de 48 heures seulement.
La SVB qui a entraîné derrière elle un vent de panique sur les marchés. La tempête qui secoue la finance mondiale. En quelques jours, en une semaine, dix jours, on le rappelle, les autorités américaines ont été obligées de fermer trois banques.
Est-ce que ça suffira à rassurer les banques européennes ? Un vent de panique. Cauchemardesque.
Une crainte s’est emparée des gouvernements et des différents acteurs du monde de la finance : celle de la contagion. Et si, la faillite d’une banque, nous replongeait dans un scénario similaire à celui de 2008, et provoquait une gigantesque crise financière avant de se transformer en crise économique mondiale ? Pour répondre à cette question, il faut revenir sur les origines de cette faillite, ses conséquences, les réactions du gouvernement américain et des différents gouvernements à travers le monde, et surtout, regarder les différents indicateurs économiques et financiers.
Alors, sommes-nous au bord d’une crise mondiale ? C’est ce que nous allons voir tout de suite dans cette nouvelle émission économique pour Blast. Avant toute chose, il faut comprendre ce qu’il s’est passé du côté de la SVB.
Comment a-t-elle fait faillite et où en est-on aujourd’hui ? La Silicon Valley Bank, c’est est une banque fondée il y a 40 ans en Californie qui s'était spécialisée dans le financement des start-up et de la tech. La banque avait investi dans des bons du Trésor et des obligations, des placements réputés sûrs, car garantis par l'Etat.
Et ce n’était pas une petite institution, puisqu’elle était devenue la 16e banque américaine. Mais alors qu’est ce qu’il s’est passé pour qu’une banque d’une telle importance s’effondre du jour au lendemain ? Il faut savoir que les banques n’ont jamais là, dans leurs tiroirs tout l’argent que vous y placez, on appelle ça des liquidités.
Une grosse partie de cet argent est réinvesti dans des actifs, comme des actions ou des obligations par exemple. Cet argent n’est donc plus de l’argent concret mais se transforme en titres financiers, soumis à de très nombreuses fluctuations. Alors, tout l’argent d’une banque n’est pas réinvesti ainsi, il y a quand même un taux de liquidité minimum que les banques possèdent en permanence.
Pour le cas de la SVB, la plupart de ses dépôts, de l’argent donc, provenaient de start-up. Et les start-up n'ont généralement pas beaucoup de revenus elles paient leurs employés et leurs factures avec l'argent qu'elles lèvent, en vendant des actions. En gros, c’est de l’argent d’investisseurs, mais c’est pas de l’argent gagné là concrètement dans l'entreprise.
Et en attendant de pouvoir utiliser cet argent, les start-up doivent bien le stocker quelque part, et beaucoup ont mis cet argent chez la SVB. Or, avec l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, la vie est devenue de plus en plus difficile pour le secteur, et pour continuer à payer leurs employés, les start-up ont progressivement vidé leurs comptes d’investisseurs chez la SVB. Tout ça a forcé la SVB à vendre une partie de ses actifs, à un moment où ils avaient perdu une grande partie de leur valeur, à cause de la remontée des taux.
Tout ça pour pouvoir avoir assez de liquidité pour répondre aux besoins de tout le monde. Mais ça n’a pas suffit. 2 jours avant la faillite, la banque a annoncé qu’elle était forcée de vendre une partie de ses obligations à perte, et surtout, qu’elle avait besoin d’augmenter son capital.
On appelle ça une réinjection de capital. Et il n’en fallait pas plus pour paniquer tout le monde, et entraîner ce qu’on appelle un bank run. Le « bank run », c’est un retrait d'argent massif et soudain des clients d’une banque.
Pour vous donner une idée, le jour précédant sa fermeture, 42 milliards de dollars d'ordres de retraits ont été passés. Les clients ont tous paniqué, en même temps, et on voulu retirer leur argent en même temps, la recette parfaite pour faire couler une banque. Le bank run, c’est un peu comme les pénuries de pâtes ou de farine.
Rappelez vous, pendant le premier confinement. Par peur de manquer, plein de gens se sont mis à acheter des pâtes et de la farine en même temps : résultat, il y a réellement eu une pénurie temporaire de ces produits. Le bank run c’est un peu la même logique, mais avec de l’argent à la banque.
Normalement, pour empêcher que ce type d’épisode ne survienne, il existe aux Etats-Unis une garantie par l’Etat : tout ce que vous possédez à la banque en dessous de 250 000 dollars est garanti par le gouvernement, vous récupérerez cet argent quoi qu’il arrive, c’est la loi quand la banque a passé ce contrat avec la FDIC. Grâce à cette loi, la plupart des banques américaines voient 50% des dépôts assurés. Pour rappel, les dépôts, c’est l’argent ou les actifs que vous déposez à la banque.
Et si la banque s’effondre, les clients sont censés récupérer environ 50% des dépôts que la banque possède. Ce taux, de 50% pour la plupart des banques, dépend du nombre de petits épargnants clients chez ladite banque. Des énormes banques comme JP Morgan ou Bank Of America elles, n’ont que 30% de leurs dépôts qui sont assurés, et la SVB elle, n’en avait que … 2,7%.
Oui, c’est très peu. Alors la question qu’on se pose tout de suite c’est… pourquoi ? Comment est-ce que c’est possible que seulement 2,7% des dépôts de la SVB aient été assurés ?
Et bien premièrement car il y avait peu de petits épargnants chez cette banque, donc logiquement moins d’argent assuré s’il s’agit de grosses sommes, et deuxièmement, car ce sont aussi les banques qui décident ou non d’assurer cet argent, et la SVB avait clairement choisi de ne pas assurer l’immense partie de ces investissements. Ensuite, il ne faut pas oublier que comme mentionné plus tôt, la SVB avait principalement investi dans des obligations, qui rendent la banque vulnérable en cas de hausse des taux, comme ça a été le cas. Or, il existe des outils, des produits financiers, pour se prémunir de ce risque, on appelle ça dans le jargon financier des hedges.
Or clairement, la SVB ne s’est pas assez protégée, comme le souligne cet article du Financial Times. Bref, ce qu’il faut retenir, c’est que la SVB a aussi une responsabilité dans sa propre faillite. Après 48 heures de panique, ce sont les autorités américaines qui ont pris la décision de fermer la SVB pour limiter le risque de contagion.
C’est désormais la FDIC, l'agence qui gère l'assurance des dépôts bancaires, qui administre la banque. C’est une sorte de procédure d’urgence de l'Etat en cas de faillite, qui permet d’assurer les fameux 250. 000 dollars par déposant.
Mais comme on l’a dit plus tôt, il s’agissait surtout de dépôts de gros investisseurs, donc beaucoup n'étaient logiquement pas assurés. Et là, attention, coup de théâtre. Le gouvernement américain est exceptionnellement intervenu pour annoncer que finalement l’intégralité des dépôts seraient garantis par l'Etat.
Le président en personne s’est même exprimé à ce sujet. Il faut bien comprendre ce que ces déclarations veulent dire. Ça revient à jouer à un jeu, établir des règles du jeu de base, en l'occurrence, que l’Etat ne rembourse personne au-delà de 250 000 dollars, mais en cours de jeu, les règles changent, et désormais l’Etat garantit tout l’argent perdu.
C’est toujours le même principe : si moi je prend des risques, quand tout va bien, j’en récolte les fruits, mais quand tout s’effondre, les pertes sont mutualisées, puisque, rappelons-le, cet argent de l’Etat américain, c’est celui des contribuables. Alors pourquoi est-ce que les règles changent ainsi en cours de route ? Parce que le système est en réalité instable, et que rien n’est pire que la panique dans le monde de la finance.
Notre économie dépend de la stabilité de ce monde-là. L’objectif du président américain après cette faillite, et de tous les autres gouvernements du monde, c’était de rassurer les marchés à tout prix. La Fed, la Banque Centrale américaine s’est par exemple engagée à prêter les fonds nécessaires à d’autres banques qui en auraient besoin pour répondre aux éventuelles demandes de retraits de leurs clients.
L’objectif, éviter d’autres bank run. Et sur le plan politique, partout dans le monde, les responsables disent que tout va bien, car ils n’ont pas d‘autre choix. N’importe quelle autre déclaration pourrait faire l’effet d’une prophétie autoréalisatrice, et la France ne fait pas exception.
Si le gouvernement américain a réagi aussi vite avec autant de mesures drastiques, c’est parce que ses craintes étaient fondées. Pour preuve, plusieurs banques régionales ont vacillé après cette faillite, notamment celles qui ont un profil similaire à celui de la SVB. First Republic, la 14ème banque américaine ou encore la plus petite banque Pacwest ou la Western Alliance Bancorp, qui ont toutes chuté en bourse la semaine dernière.
Pour éviter d’en arriver à ce moment si redouté de panique générale, la Fed, la Banque Centrale américaine, a prêté 12 milliards de dollars au secteur bancaire américain, pour essayer de calmer le jeu. Pour l’instant, de nombreux observateurs et économistes semblent penser que cela pourrait suffire à endiguer la crise. Seulement, les conséquences de cette crise bancaire vont bien au-delà des simples banques américaines.
En Europe, pour l’instant la crise ne touche pas de grosses institutions bancaires, à part le Credit Suisse. Ça fait deux ans que la deuxième plus grosse banque de Suisse est dans la tourmente, mais les choses se sont accélérées d’un coup mercredi dernier quand les investisseurs, suite à la faillite de la SVB, ont vendu massivement leurs titres. Et ça, ça a inquiété énormément de banquiers et de gouvernements.
Car Credit Suisse est l’une des 30 banques les plus importantes au monde, et si elle sombre, cela pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l’ensemble du monde de la finance. L’Etat suisse est donc sous pression des partenaires économiques de la Suisse et il est aux aguets depuis des jours pour empêcher à tout prix la faillite de cette banque. La Banque Centrale suisse lui a prêté 50 milliards de francs, mais ça n’a pas suffi à calmer les inquiétudes.
Alors après des jours de négociations, une décision drastique a été prise, ce dimanche 19 mars, la première banque suisse UBS a accepté de racheter sa rivale Credit Suisse. La transaction s’élève à 3 milliards de francs suisses, payables en actions UBS. Cela revient à acheter l’action 76 centimes seulement alors qu’elle valait encore 1,86 franc suisse vendredi soir.
Si l’accord a été trouvé à cette heure-là un dimanche soir, c’est parce qu’il fallait absolument une information rassurante pour la réouverture des marchés lundi matin. Et là encore, l’Etat a dû passer à la caisse. La confédération offre une garantie de 9 milliards de francs suisses à UBS, et la Banque Centrale suisse offre une ligne de crédit de 100 milliards.
Et si cela devrait rassurer les marchés, rien ne dit que tout ça est sûr à 100% de nous éviter une crise financière. Alors la grande question qui sous tend cette vidéo est : sommes-nous au bord d’une crise financière mondiale ? Déjà, ce qu’il faut souligner, c’est que les crises financières sont difficiles à prévoir.
L’économiste Laurence Scialom le rappelait sur France 24, la chute de SVB n’a par exemple pas été anticipée par une immense partie du monde de la finance. Personne n'avait vu venir celle-ci. Forbes avait considéré que cette banque était la meilleure banque américaine il y a peu.
Donc non, personne n'avait vu venir ça. Ensuite, rappelons que l’un des éléments déclencheurs de la chute de la SVB, c’est la remontée des taux d’intérêt, qui continue en Europe et aux Etats-Unis, dans le cadre de la lutte contre l’inflation. Une remontée à propos de laquelle l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran alertait déjà à l’automne dernier sur le plateau de Blast.
Là, les bulles elles se sont formées partout en fait, du fait de l'abondante liquidité déversée par les banques centrales. Ça s'est formé sur les marchés d'action, mais ça s'est formé bien sûr aussi sur les marchés d'obligation. Là où les banques centrales sont allées acheter beaucoup de titres.
Et le fait que le taux d'intérêt remonte, que l'argent ne soit plus gratuit, que l'argent tout à coup coûte cher et que ceux qui en ont emprunté beaucoup quand il était gratuit vont devoir le rembourser maintenant qu'il est plus cher, tout ça peut se traduire en effet par une formidable crise financière. Ensuite, la crise de la SVB ne semble pas totalement derrière nous à l’heure où nous tournons cette vidéo, en témoigne l’actualité autour du Credit Suisse par exemple. Le journal Les Echos écrivait la semaine dernière « À entendre les banquiers, les opérateurs de marché et les investisseurs sont extrêmement inquiets.
Les achats d'instruments de protection contre le risque de défaut sur le marché du cré dit ont augmenté. (. .
. ) ll faut remonter à 2008 pour retrouver un mouvement d'une telle ampleur. » Enfin, vous l’aurez compris, je ne suis pas madame Irma, donc il m’est impossible de prévoir l’arrivée d’une crise financière mondiale.
Globalement, les observateurs et économistes considèrent que le risque de contagion est faible, même si des conditions sont réunies pour qu’une telle crise éclate. Toutes les crises bancaires ont des sources différentes. Quand vous regardez l'histoire des crises bancaires, toutes ont évidemment des sources différentes.
Par contre, il y a des communs dénominateurs. Le commun dénominateur qu'il y a dans toutes les crises bancaires, c'est des excès de dettes, trop peu de fonds propres, trop de dettes au passif des banques et une vulnérabilité au risque de liquidité, c'est-à-dire au fuite des dépôts ou au fuite des financements de court terme de marché. Ça, on trouve ça dans toutes les crises bancaires et celle-ci ne fait pas exception.
Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que dans le cadre d’une économie financiarisée, si le monde de la finance est dans la tourmente, c’est l’ensemble de notre économie qui est menacée. C’est pour cette raison que les Etats jouent un tel rôle dans le rattrapage de la SVB ou du Credit Suisse, et c’est aussi la raison pour laquelle je compte me pencher un peu plus sur les questions financières dans cette rubrique à Blast. En attendant, si vous voulez aller plus loin, je vous invite vivement à regarder les vidéos du youtubeur Heu?
reka, qui avait très bien expliqué les mécanismes à l’oeuvre sur les marchés financiers C’est la fin de cette émission, j’ai fait le choix de ne pas rentrer dans les détails techniques et de ne pas évoquer tous les tenants et les aboutissants de cette crise pour des raisons de format, mais après tout un cycle sur la durée du temps de travail et les conditions de travail, je pense que je vais davantage parler des questions financières dans la rubrique économique de Blast. Pour la prochaine, je comptais justement parler des imbrications entre monde de la finance et économie dite réelle. Alors n’hésitez pas à me dire dans les commentaires s’il y a une problématique en particulier qui vous intéresse, et surtout, si vous souhaiteriez que je rentre plus dans les détails ?
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