Les différences sexuelles entre les hommes et les femmes au niveau de la personnalité sont très robustes. Elles ont été démontrées plein de fois dans plein d'études différentes et dans plein de cultures différentes. Ces études-là se sont basées sur le test NEO-PI, qui, je vous le rappelle, est le test de personnalité dérivée du modèle du Big Five.
Le Big Five, c'est donc les cinq gros facteurs : l'ouverture d'esprit, le caractère consciencieux, l'extraversion, la névrose et l'agréabilité. C'est la référence en matière d'évaluation de la personnalité en psychologie. Dans ces études, on observe un consensus : la majorité des chercheurs, quasiment toutes les études, sont d'accord pour dire que, globalement, dans toutes les cultures, les femmes ont des scores plus élevés sur chacune des cinq dimensions du Big Five.
Plus précisément, je vais vous expliquer ce que cela donne. La plus grosse différence au niveau de la personnalité entre hommes et femmes se situe sur le trait névrose. La névrose englobe les émotions négatives telles que l'anxiété, la colère, la dépression, la timidité sociale, l'impulsivité, et la vulnérabilité.
Globalement, la grosse différence s'observe surtout sur l'anxiété et la vulnérabilité, avec une différence qualifiée de modérée à élevée, soit de 0,40 en moyenne sur toutes les cultures. Ce n'est pas courant en psychologie de la personnalité d'avoir des différences aussi élevées. Celle-ci est notable et d'autant plus élevée dans certains pays, comme le Maroc et Israël, où on a une différence de 0,80.
La France fait partie des dix premiers pays où il y a vraiment le plus de différence sur ce trait-là. À noter que dans la névrose, seule la facette colère comporte des scores plus élevés pour les hommes que pour les femmes. Les femmes ont un score d'agréabilité plus élevé que les hommes.
L'agréabilité, c'est en gros la bienveillance, l'intérêt pour les autres, la compassion. Cela regroupe six facettes, qui sont la confiance en autrui, la droiture, la sincérité, l'altruisme (ce qu'on appelle la compliance), la modestie, l'humilité, et la sensibilité aux autres. Je précise que toutes ces différences sont significatives, ce qui signifie qu'elles ne sont pas dues au hasard.
Si on refaisait ces études-là sur de gros échantillons, on tomberait à nouveau sur ces différences entre les hommes et les femmes. Maintenant, nous allons essayer de comprendre les différences hommes-femmes au niveau de la personnalité. Pourquoi les femmes ont-elles des scores d'agréabilité plus élevés que les hommes ?
Pourquoi ont-elles des scores de névrose plus élevés que les hommes ? Notamment, ces deux aspects sont, pour moi, les plus intéressants, car ce sont ceux où les différences sont les plus marquées. Je vais essayer de vous partager les explications spéculatives et théoriques que j'ai pu retrouver chez pas mal de psychologues.
Les petites filles et les petits garçons ont très peu de différences au niveau de la personnalité avant l'adolescence, et, comme par hasard, c'est une période où les corps des petites filles et des petits garçons sont à peu près similaires. Toutefois, quand on arrive à l'adolescence, les hommes deviennent plus grands et plus forts que les femmes, rendant le monde plus dangereux pour elles, car la femme n'a pas un corps adapté aux combats. Ces différences corporelles auront des répercussions sur la personnalité.
Les femmes présentent un risque plus élevé en cas de conflit, ce qui fait qu'elles auront tendance à éviter le conflit. L'évolution a favorisé les femmes qui se montraient moins ouvertement agressives ; celles qui étaient moins directes dans les combats et les conflits avaient plus de chances de survivre et de transmettre leurs gènes. Or, ce gène pourrait favoriser le trait d'agréabilité que je vous ai mentionné tout à l'heure, qui est le fait de rechercher des relations harmonieuses avec les autres.
Encore une fois, n'oubliez pas que, selon la théorie de l'évolution et de la psychologie évolutionniste, nos comportements, nos préférences sexuelles, nos réflexes aujourd'hui ont été programmés après des milliers d'années de sélection naturelle et de sélection sexuelle. C'est pour cela qu'aujourd'hui, on pourrait se dire que certains comportements, réflexes ou préférences sexuelles peuvent sembler obsolètes, car adaptés à un environnement qui existait il y a cent mille ans. C'est ce qu'on appelle le "mismatch".
C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si les femmes continuent souvent à apprécier les hommes qui sont, par exemple, plus riches ou plus puissants qu'elles, même si cela ne leur sert strictement à rien, alors qu'elles peuvent travailler elle-même. D'ailleurs, ce trait de personnalité est intéressant pour comprendre pourquoi les femmes, dans les relations amoureuses, ont tendance à se montrer moins directes, parfois incohérentes. Cela permet de comprendre pourquoi, lorsque votre copine fait la tête et que vous ne comprenez pas pourquoi, vous lui demandez ce qui ne va pas et elle ne dit rien, préférant se taire.
Pourquoi, lorsqu'une fille n'est pas intéressée par vous, au lieu de dire franchement qu'elle n'est pas intéressée, elle va vous dire qu'elle préfère rester amie avec vous ? Tout cela s'inscrit dans la même logique, celle de ce trait de personnalité. Le fait d'éviter le conflit : les femmes sont programmées pour éviter le conflit.
Concernant la « grée habilité », il y a quelques études qui ont montré que plus on est agréable et on avait un score d'agréabilité élevé, moins notre salaire est élevé. Or, ils l'expliquent par le fait qu'en fait, pour pouvoir négocier un salaire, il faut avoir la « grée habilité » plutôt basse, c'est-à-dire qu'il faut prendre en compte son intérêt avant celui des autres. Il faut arriver à se mettre en avant, il faut arriver à être cru, à être direct, limite engager un conflit avec l'employeur.
En fait, il faut avoir un minimum d'agressivité pour faire valoir ses propres intérêts. De plus, à partir de la puberté, les femmes, ou encore sur le plan sexuel, ont donc plus de chances de se faire agresser sexuellement que les hommes, que quand elles étaient petites filles. Elles ont maintenant la possibilité de tomber enceinte, et si ce n'est pas voulu, c'est un énorme investissement, un énorme risque, parce qu'un énorme investissement.
Pour se protéger de ça, la femme doit avoir un score de névrose plus important que les hommes, puisque je vous le rappelle, la fonction adaptative de la névrose, c'est de se protéger des stimuli négatifs. C'est ce qui vous permettait, durant la préhistoire, de partir en courant quand vous aviez un tigre à dents de sabre qui vous fonçait dessus, par exemple. C'est beaucoup de stress qui vous protège, parce qu'il met tout votre corps en action et vous permet de vous sauver, de vous enfuir.
Enfin, dernière explication que je peux vous donner : s'occuper d'un enfant requiert une personnalité spécifique. Un enfant de moins d'un an est très exigeant ; quand il a besoin de quelque chose, on ne peut pas se permettre de l'envoyer chier. Il faut répondre le plus rapidement possible à ses besoins.
Pour ça, il faut avoir un score d'agréabilité relativement élevé. Il faut être centré sur l'autre et non pas sur soi, il faut avoir une compassion élevée et de l'intérêt pour son enfant. De plus, l'enfant, mané dans un environnement hostile, la mère doit être capable de le protéger de tous les stimuli aversifs.
Il est donc sain qu'une femme soit plus névrosée qu'un homme, parce que si son système nerveux est plus adapté à la grossesse et à l'élevage d'un enfant. À l'avenir, je vais utiliser ces résultats pour parler d'autres phénomènes en psychologie, peut-être pour expliquer certaines préférences sexuelles des femmes pour les hommes, pour expliquer certaines différences, notre différence en matière de personnalité. Bref, j'utiliserai ces résultats pour aller un petit peu plus en profondeur dans d'autres sujets dans d'autres vidéos.