Salut, dans cette vidéo de Philoxime on va parler d'une des théories fondatrice de l'éthique contemporaine : l'utilitarisme Si-si, mais c'était la première vidéo de cette chaîne, et on m’a fait remarquer en commentaire que je parlais beaucoup trop vite, en articulant beaucoup trop mal. Du coup on va la refaire (en parlant sans doute encore trop vite. .
. ) Et j'en ai profité pour mettre à jour et améliorer la vidéo. [CHOEURS : You will maximize.
. . .
. . the total happiness!
] En deux mots, l'utilitarisme est une théorie qui cherche à maximiser le bien-être collectif, ou l'utilité des individus composant la société. Attention, le concept d'utilité ici n'a rien à voir avec ce qui est utile ou utilitaire ; pour l’utilitarisme, l’utilité est un synonyme de « bien-être ». Avant de présenter la théorie, un mot sur le père fondateur de l'utilitarisme : Jeremy Bentham.
Juriste et philosophe anglais du tournant du XVIII-XIXe siècle, Bentham était un progressiste radical, et sa théorie l’a conduit à défendre tout un tas de positions complètement dingues pour l'époque : il a notamment plaidé pour l'abolition de l'esclavage, l'abolition de la peine de mort, l'égalité hommes / femmes, la dépénalisation de l’homosexualité, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la liberté d'expression, etc. , etc. Et alors il avait ses côtés trolls : fervent soutien de la révolution française, et invité par la toute jeune assemblée nationale, il y fait un discours provocateur intitulé : « Émancipez vos colonies ».
Attention, spoiler : ça n'a pas trop marché… Son testament sera l'occasion d'une ultime provocation, puisque Bentham y exige que sa dépouille soit embaumée à la manière Maori, et exposée au public à l'University College London, où il a enseigné. Et donc si vous visitez l'UCL vous pouvez toujours y voir sa momie dans cette magnifique armoire (carrément incontournable pour un selfie). Je vous passe les légendes (auxquelles on a quand même très fort envie de croire) autour de cette momie, comme celle disant qu’à chaque conseil d'administration de l'UCL, Bentham était renseigné comme "présent, mais non-votant" ou celle de l'enlèvement contre rançon de la tête de Bentham par l'équipe de foot du King’s College rival (les liens sont dans la description).
Et donc. . .
le rapport avec la choucroute ? Eh bien même cette dernière excentricité peut s'expliquer par la philosophie utilitariste de l’auteur anglais : de son vivant, Bentham était un fervent défenseur de la pratique encore très taboue de la dissection à des fins médicales. S'il a décidé de léguer ses organes à la science et d’exposer le reste, c'est sans doute en guise de pied-de-nez aux superstitions et dogmes religieux entourant le corps humain, obstacles selon lui aux progrès de la science et au bien-être collectif.
Ok, c'était un peu moins glauque que prévu cette histoire de momie… Et du coup, l'utilitarisme, c'est quoi ? L'utilitarisme donc, en tant que théorie de la justice, considère qu'une société juste est une société qui maximise le bien-être collectif. Mais le bien-être collectif, c'est pas une sorte d'entité holistique qui planerait au-dessus des individus, ce n'est rien d'autre que l’agrégation des niveaux de bien-être individuels (on dit aussi le « bien-être agrégé »).
Donc en ce sens c’est une théorie individualiste de l’éthique, puisque le bien des individus est la mesure de toute chose ; l'utilitarisme ne poursuit donc pas un quelconque idéal collectiviste tel que l'avancement de la foi ou le salut de la patrie. Mais attention aux caricatures, l'utilitarisme n'est pas pour autant une théorie « égoïste », comme on le lit parfois. Au contraire, on verra que la maximisation du bien-être agrégé (ou collectif) mène très souvent à des conclusions.
. . tout sauf égoïstes.
Et c'est cette dimension individualiste qui était vraiment révolutionnaire à l'époque de Bentham : alors que les morales traditionnelles ou religieuses se fondent dans l'existence d'un Dieu ou d'une entité métaphysique, l'utilitarisme met l'individu et son bien-être au cœur de la morale. Et alors que la morale est jusque-là conçue comme une série de règles, de fais pas-ci-fais-pas-ça plus ou moins arbitraire, l'utilitarisme donne un critère clair pour évaluer une action ou une politique : est-ce qu'elle contribue au bien-être collectif ? Ainsi, à ceux qui diraient que l'homosexualité, la consommation d'alcool ou les propos indécents sont moralement condamnables, l'utilitarisme demande de montrer à qui ces comportements portent préjudice.
Si la réponse est « personne », alors il n'y a aucune raison de s'y opposer. Ça nous amène à une caractéristique essentielle de cette théorie : l'utilitarisme est une théorie conséquentialiste : les actions ou politiques sont jugées uniquement en fonction de leurs conséquences sur le bien-être agrégé, et pas de leur valeur intrinsèque, ou de leur conformité avec certaines règles morales catégoriques. On peut illustrer ça avec un exemple, celui du « ticking-bomb argument », un argument classique dans le débat philosophique sur la légitimité de la torture.
Imaginez qu'un terroriste a caché une bombe à retardement quelque part dans un centre urbain, dont l'explosion ferait assurément un grand nombre de victimes. Est-il admissible de le torturer pour le faire parler, s'il s'agit de la seule façon de sauver un grand nombre de vies humaines ? Oui, c'est un peu l'intrigue de chaque épisode de "24h chrono".
. . Pour certains, la réponse est toujours « non », car la torture est contraire à la dignité humaine, et doit donc être catégoriquement interdite, quelles que soient les circonstances.
Ça, c'est un exemple de raisonnement non-conséquentialiste en éthique : il y des principes moraux catégoriques qu’il faut toujours respecter, indépendamment de leurs conséquences : ne pas tuer, ne pas mentir, toujours traiter autrui comme une fin et pas comme un moyen, etc. Au contraire, pour un conséquentialiste comme Bentham, tout ce qui compte pour décider de la légitimité d'une pratique comme la torture, ce sont ses conséquences sur le bien-être agrégé. Si la torture permet de sauver un grand nombre de vies humaines, alors pour un conséquentialiste il est admissible d'y recourir.
Mais un conséquentialiste pourra aussi avoir de bonnes raisons de rejeter la torture : Par exemple pour des raisons d’efficacité. Ainsi, d’après certaines études, la torture ça ne marche tout simplement pas ; en effet, une personne soumise à un stress ou à une douleur physique intense aura tendance à dire n’importe quoi pour plaire à son tortionnaire. Et s’il est impossible de se fier à des renseignements obtenus sous la torture, l'effet net de cette pratique sur le bien-être agrégé sera sans doute négatif.
Contrairement à ce que disait un ancien président des Etats-Unis Hum… c'était qui lui encore ? Mais comment définir cette utilité (ou « bien-être ») que les utilitaristes cherchent à maximiser ? Dans une première interprétation, celle de l'utilitarisme hédoniste, le bien-être c'est le plaisir.
Dans cette interprétation, le bien humain le plus important serait de ressentir le plus de plaisir, et donc le moins de peine possible. Cette conception du bien-être est fondamentalement anti-élitiste, puisque pour paraphraser Bentham : A quantité de plaisir égale, les cartes pokémon ont autant de valeur que la poésie. Mais est-ce que le bien humain le plus essentiel, c'est vraiment de ressentir du plaisir ?
Prenons l'exemple un peu cliché du poète maudit à qui l’écriture n'apporte que du malheur, ou du médecin qui s'engage pour soigner des réfugiés dans une zone de guerre. Pas vraiment des choix de vie guidés par une recherche du plaisir… Mais l'argument le plus fort contre cette interprétation hédoniste vient du philosophe étatsunien Robert Nozick (dont on reparlera dans une autre vidéo) : imaginons, dit Nozick, qu'on vous propose de vous brancher à une « machine à expérience », capable d'injecter en vous une multitude de drogues pour vous faire éprouver les états de conscience les plus plaisants qui soient. Le mec, il a inventé la Matrice.
Je dis ça. . .
Si notre bien ultime était réellement le plaisir, on se bousculerait tous pour demander à y être branchés à vie ! Mais si cette machine à expérience existait, est-ce que vous seriez tentés de vous y brancher pour le restant de vos jours ? On peut supposer que non, et on peut supposer qu'il y aurait peu de volontaires, et que beaucoup d'entre nous considéreraient qu'une telle vie ne vaut pas la peine d'être vécue.
Ce que les êtres humains recherchent avant tout, ce n'est pas simplement d'expérimenter du plaisir mais c'est de vivre des choses ou faire des choix qui leur paraissent importants. Du coup, les interprétations contemporaines ont abandonné l'interprétation hédoniste, et définissent l'utilité comme la satisfaction des préférences. Et parmi ces préférences il peut très bien y avoir des préférences hédonistes, mais il peut aussi y avoir des préférences esthétiques (rechercher le beau), des préférences spirituelles (rechercher le salut ou le nirvana), des préférences altruistes (rechercher le bien d'autrui), etc.
Autre distinction importante, sur la question du calcul de l'utilité. On peut distinguer entre l’utilitarisme classique, qui cherche à maximiser la somme des utilités individuelles, et l’utilitarisme moyen, qui vise à maximiser la moyenne d’utilité par individu, soit l’utilité totale divisée par le nombre de personnes. Une autre question qu'on peut se poser, c'est de savoir si chacune de nos décisions, chacun de nos actes doit être guidé par le critère de la maximisation du bien-être agrégé.
Si c'était le cas, alors il serait légitime de laisser les nécessiteux faire les poches de toute personne un peu plus riche qui passerait dans la rue. De même, pourquoi rembourser vos dettes, quand cet argent produirait beaucoup plus d'utilité si vous le donniez à une association caritative ? Ou encore, pourquoi la justice devrait-elle chercher les vrais coupables, quand la condamnation d'un bouc émissaire satisferait beaucoup mieux l'opinion publique ?
Mais on imagine difficilement que le bien-être agrégé serait maximisé dans une société dans laquelle on risque à tout moment de se faire détrousser, dans laquelle personne ne rembourse ses dettes, et où la justice est totalement arbitraire. C'est pourquoi bon nombre d'auteurs utilitaristes soutiennent qu'il faut appliquer le raisonnement utilitariste non pas au niveau des actes, mais des règles. Si l'on accepte cet utilitarisme des règles, on pourrait dire qu'un acte est juste si et seulement si il est requis par une règle dont l'acceptation maximise le bien-être agrégé.
Et comme ces règles sont justifiées par la maximisation du bien-être agrégé, les individus seraient sommés de les respecter catégoriquement, indépendamment de leur conséquences ponctuelles. Ainsi, même si certains actes isolés pourraient augmenter ponctuellement le bien-être agrégé, il est probable que le bien être agrégé soit bien plus grand dans une société qui protège des règles comme le droit à la sécurité et à la propriété, l'obligation de payer ses dettes, ou la garantie d’un procès équitable. Une autre chose importante à comprendre c'est que l'utilitarisme s'intéresse seulement à la maximisation de l'utilité agrégée, mais pas à la façon dont cette utilité est répartie en pratique.
C'est ce que montre un autre exemple de Robert Nozick : imaginez qu'il existe un être qui soit un monstre d'utilité, c'est-à-dire une personne qui est extrêmement plus efficace que le reste de la population à convertir les ressources en utilité : lui fournir une même quantité de revenu ou de nourriture ou de biens divers le rend infiniment plus heureux que n'importe qui d'autre. Si c’était le cas, alors une société utilitariste devrait en principe dilapider l'ensemble de ses ressources pour contenter ce monstre d'utilité, en sacrifiant le reste de la population. Evidemment, les utilitaristes peuvent aisément répondre que dans la vraie vie, il n'existe pas de monstres d'utilité.
Au contraire, il semble que plus une personne possède de ressources, plus il est coûteux d'améliorer son bien-être. En effet, à supposer que vous n'êtes pas milliardaire, il est probable que recevoir un euro vous apportera plus de bien-être à vous qu'à Jeff Bezos par exemple. De même qu’un euro procurera énormément plus de bien être à un SDF qu'à vous (à supposer que vous n'êtes pas SDF).
Et ce même euro, apportera immensément plus de bien-être à une personne pauvre dans un pays en développement. La forme de cette courbe, c'est une hypothèse fondamentale que les économistes appellent l'utilité marginale décroissante du revenu. Le gain d’utilité décroît à chaque unité de revenu supplémentaire.
On peut d'ailleurs étendre cette hypothèse à la plupart des ressources. Si l'on admet que l'utilité marginale des ressources est décroissante, alors l'utilitarisme aura des implications particulièrement égalitaristes : tant qu'une personne est susceptible de produire plus de bien-être que d'autres avec 1, 10 ou 100 euro supplémentaire, alors l'utilitarisme recommandera que les revenus soient redistribués à cette personne, conduisant à une redistribution radicale des richesses. Deux importantes limites toutefois à ces conclusions à première vue égalitaristes : D'abord, l'utilitarisme aura tendance à consacrer proportionnellement plus de ressources à ceux chez qui une augmentation de revenu produira plus de bien-être – les personnes aux goûts dispendieux, par exemple les amateurs de caviar, de champagne ou de cigares cubains – et moins à ceux qui ont des goûts simples.
Ensuite, si certaines inégalités ont un effet positif sur l'incitant à travailler, à épargner ou investir, alors l’utilitarisme pourra justifier ces inégalités par leur éventuel effet sur la taille du gâteau économique à partager. Et donc si l’utilitarisme présente parfois des implications égalitaristes, ce n'est pas en raison d'une préoccupation en soi pour une juste répartition des richesses, mais c’est seulement de manière contingente, seulement dans la mesure où une réduction des inégalités permet de maximiser l’utilité agrégée. Enfin, l'utilitarisme est foncièrement universaliste, et les utilitaristes auront tendance à soutenir il n'y a pas de raison de borner notre communauté morale à des limites aussi arbitraires que les frontières nationales.
De même, il n’y aurait pas de raison non plus de se préoccuper uniquement de la génération actuelle, sans prendre en compte le bien-être des générations futures. Ça aura évidemment des conséquences importantes au niveau de la justice globale ou de la justice intergénérationnelle. Mais on pourrait aller encore plus loin, et se demander pourquoi on devrait borner cette communauté morale aux seuls êtres humains ?
Les animaux n'ont-ils pas également des intérêts, issus de leur capacité à éprouver de la douleur ou du plaisir ? Selon Peter Singer, auteur utilitariste contemporain, la façon dont nous traitons les animaux non-humains se fonde dans des critères complètement arbitraires érigés en délimitations moralement cruciales. Comme le reconnaissait déjà Bentham, faisant un parallèle avec l'absurdité des distinctions fondées sur la couleur de la peau : « La question n'est pas "peuvent-ils raisonner ?
" ni "peuvent-ils parler ? " mais "peuvent-ils souffrir ? " » Et donc l’utilitarisme a eu une influcence extrêmement importante sur les mouvements de défense du bien-être animal, de l’anti-spécisme ou de libération animale.
Mais l’utilitarisme, théorie dominante en éthique jusqu’à la 2ème moitié du XXe siècle, a également fait l’objet de nombreuses critiques. Voyons rapidement trois objections contre cette théorie, et on les discutera plus en détail dans une vidéo à part entière. Un premier problème, existentiel pour l'utilitarisme, est celui de la possibilité de comparer les utilités des différents individus : comment savoir que A préfère plus intensément quelque chose que B ?
Que l'intensité des préférences des ZADistes à Notre-Dame-des-Landes était plus importante que celles des partisans de l'aéroport ? Que l'intensité des préférences des schtroumpfs à vivre librement est plus grande que celle de Gargamel à manger une excellente soupe aux schtroumpfs ? « De la soupe aux schtroumpfs !
» Avouez, on était tous du côté de Gargamel ! Non ? C'est un problème crucial pour l'utilitarisme, car s'il n'est pas possible de comparer les fonctions d'utilité des individus, et si nos préférences sont irréductibles à une quelconque métrique commune, alors ce seraient les fondements mêmes du calcul utilitariste qui seraient remis en cause.
Mais cette comparabilité des utilités est tout sauf évidente. Peut-on considérer que tous les individus disposent de la même échelle pour évaluer le bien-être ? Sinon, comment comparer l'intensité des préférences de différents individus ?
Et puis, la satisfaction de l'agrégat des préférences individuelles ne risque-t-il pas d'aboutir à une irrationalité collective ? Les utilitaristes ont avancé de nombreuses propositions de solutions à ce problème de la comparabilité des utilités, mais ça reste un problème épineux pour l’utilitarisme. Une seconde critique, plus fondamentale peut-être, consiste à se demander si la préoccupation au cœur de l'utilitarisme n'est pas excessivement réductrice.
Est-ce qu'on peut vraiment résumer la justice à la satisfaction des préférences des individus ? Ou bien au contraire y aurait-il plus que cela, et devrions-nous nous méfier de nos préférences ? En effet, il se peut que nous fassions erreur sur nos préférences.
Quelqu'un qui a consacré les meilleures années de sa vie à sa carrière peut un jour se rendre compte qu'il a négligé ce qui en fait comptait le plus pour lui : sa famille, ses amis, etc. Quelqu'un qui réalise son rêve de devenir acteur peut se retrouver désabusé face à la féroce réalité du showbiz, et se rendre compte que ses préférences étaient basées sur une vision idyllique du métier. Une autre raison de nous méfier de nos préférences, c'est le phénomène des préférences adaptatives, par lesquelles nos préférences authentiques s'ajustent aux possibilités qui semblent à notre portée.
C'est le cas rapporté par la philosophe Martha Nussbaum de ces femmes indiennes, qui ont tellement intégré l’idée que les mauvais traitements et la discrimination feraient partie de la condition naturelle de la femme, qu'elles n'en éprouvent pas plus de frustration qu'elles n'en auraient à ne pas pouvoir respirer sous l'eau. Pour l'utilitarisme, il n'y a pas de problème, leurs préférences sont satisfaites. Or n'est-il pas contre-intuitif de considérer comme juste une situation où les plus mal lotis sont heureux uniquement parce qu'ils adaptent leurs préférences aux maigres opportunités à leur disposition ?
La justice, disent les critiques de l'utilitarisme, ce n'est peut-être pas tant de donner à chacun ce qu'il désire, mais plutôt donner à chacun ce qui lui est dû. Une troisième critique consiste à dire que l'utilitarisme ne défend pas adéquatement les droits fondamentaux. Certes, on a vu que l'utilitarisme des règles pouvait servir à protéger un certain nombre de droits individuels.
Mais le problème c'est que les droits justifiés par l'utilitarisme des règles ne le sont que dans la mesure où ils contribuent en général au bien être agrégé. Dès lors, si l'on se trouve dans une société particulièrement religieuse ou raciste, alors il se pourrait qu'instaurer un état théocratique ou des discriminations envers les minorités ethniques ou culturelles maximiserait le bien être agrégé. De même, on a vu que la question de l'interdiction ou non de la torture dépend uniquement de ses effets espérés, et non d'un quelconque droit fondamental.
Loin d’être inviolables, les droits individuels sont pour l’utilitarisme purement contingents. Dès lors, disent les critiques, l’utilitarisme viole nos intuitions selon lesquelles le racisme ou la discrimination des minorités sont toujours condamnables, indépendamment de leurs conséquences. Pour répondre à cette objection, les utilitaristes sont confrontés à un dilemme : soit ils soumettent leur théorie au respect de droits fondamentaux justifiés indépendamment de l’utilité, au détriment de la cohérence de leur théorie ; soit ils serrent les dents et répondent que c’est à nos intuitions morales d’être jugées à l’aune de l’utilité, et non l’inverse, au risque de rendre leur théorie peu attractive.
C’est sur cette question des droits fondamentaux que se focaliseront les objections de deux théories très critiques de l'utilitarisme : le libertarisme et le libéral-égalitarisme, dont on parlera dans la suite de cette série sur les théories de la justice. Merci d'avoir regardé ce remake de la vidéo sur l'utilitarisme. La chaîne évolue pas mal en ce moment et j’essaie d’être plus régulier.
En plus de cette série sur les théories de la justice, et celles sur l'éthique appliquée au climat et au COVID, je vais bientôt ouvrir une nouvelle série sur la philosophie de la propriété, matérielle et intellectuelle… C’est un thème qui me tient pas mal à coeur puisqu’il était assez central à ma thèse de doctorat. Merci !