Nous avons terminé de décrire la tente de la rencontre, le projet qu'il y avait dans l'esprit divin et que maintenant il demande aux fils d'Israël de construire. C'était le chapitre 31. On arrive maintenant au chapitre 32.
Mais, mon Dieu, de quoi va-t-il re-questionner après tant de magnificences ? Eh bien, je ne spoile pas, je vous laisse le plaisir de le découvrir par [Musique] vous-même. Le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne.
Il se rassembla contre Aaron et lui dit : « Debout, fais-nous des dieux qui marchent devant nous, car ce Moïse, l'homme qui nous a fait monter du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. » Aaron leur répondit : « Enlevez les boucles d'or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils, de vos filles, et apportez-les-moi. » Tout le peuple se dépouilla des boucles d'or qu'il avait aux oreilles et les apporta à Aaron.
Il reçut l'or de leurs mains, le façonna au burin et en fit un veau en métal fondu. Ils dirent alors : « Israël, voici tes dieux qui t'ont fait monter du pays d'Égypte. » Ce que voyant, Aaron bâtit un hôtel en face du veau en métal fondu et il proclama : « Demain, fête pour le Seigneur.
» Le lendemain, levés de bon matin, ils offrirent des holocaustes et présentèrent des sacrifices de paix. Le peuple s'assit pour manger et boire, puis il se leva pour se divertir. Le Seigneur parla à Moïse : « Va descendre, car ton peuple s'est corrompu, lui que tu as fait monter du pays d'Égypte.
Ah ! ils n'auront pas mis longtemps à s'écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre. Ils se sont fait un veau en métal fondu et se sont prosternés devant lui.
Ils ont offert des sacrifices en proclamant : "Israël, voici tes dieux qui t'ont fait monter du pays d'Égypte. " » Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Maintenant, laisse-moi faire : ma colère va s'enflammer contre eux et je vais les exterminer.
Mais de toi, je ferai une grande nation. » Moïse apaisa le visage du Seigneur, son Dieu, en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s'enflammerait-elle contre ton peuple que tu as fait sortir du pays d'Égypte par ta grande force et ta main puissante ? Pourquoi donner aux Égyptiens l'occasion de dire : "C'est par méchanceté qu'il les a fait sortir ; il voulait les tuer dans les montagnes et les exterminer à la surface de la Terre" ?
Reviens de l'ardeur de ta colère, renonce au mal que tu veux faire à ton peuple. Souviens-toi de tes serviteurs Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même : "Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ; je donnerai, comme je l'ai dit, tout ce pays à vos descendants et il sera pour toujours leur héritage. " » Le Seigneur renonça au mal qu'il avait voulu faire à son peuple.
Moïse redescendit de la montagne. Il portait les deux tables du témoignage. Ces tables étaient écrites sur les deux faces ; elles étaient l'œuvre de Dieu, et l'écriture, c'était l'écriture de Dieu, gravée sur ces tables.
Josué entendit le bruit et le tumulte du peuple et dit à Moïse : « Bruit de bataille dans le camp. » Moïse répliqua : « Ces bruits ce ne sont pas des chants de victoire ni de défaite. Ce que j'entends, ce sont des cantiques qui se répondent.
» Comme il approchait du camp, il aperçut le veau et les danses. Il s'enflamma de colère, jeta les tables qu'il portait, et les brisa au bas de la montagne. Il se saisit du veau qu'ils avaient fait, le brûla, le réduisit en poussière qu'il répandit à la surface de l'eau, et cette eau, il la fit boire aux fils d'Israël.
Moïse dit à Aaron : « Qu'est-ce que ce peuple t'avait donc fait pour que tu l'aies entraîné dans un si grand péché ? » Aaron répondit : « Que mon Seigneur ne s'enflamme pas de colère. Tu sais bien que ce peuple est porté au mal.
Ce sont eux qui m'ont dit : "Fais-nous des dieux qui marchent devant nous, car ce Moïse, l'homme qui nous a fait monter du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. " Et moi, je leur ai dit : "Ceux d'entre vous qui ont de l'or, qu'ils s'en dépouillent. " Ils me l'ont donné, je l'ai jeté au feu, et il en est sorti ce veau.
» Moïse vit que le peuple était débridé, car Aaron leur avait laissé la bride sur le cou, les exposant aux moqueries de leurs adversaires. Alors Moïse vint à la porte du camp et dit : « À moi, les partisans du Seigneur ! » Et tous les fils de Lévi se groupèrent autour de lui.
Il leur dit : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël : mettez l'épée au côté, parcourez le camp de porte en porte et tuez ! Qui son frère, qui son ami, qui son proche. » Les fils de Lévi exécutèrent la parole de Moïse et, parmi le peuple, il tomba ce jour-là environ 3000 hommes.
Puis Moïse dit : « Recevez aujourd'hui l'investiture pour le Seigneur ; vous l'avez mérité, l'un au prix de son fils, l'autre au prix de son frère. Que le Seigneur vous accorde aujourd'hui sa bénédiction. » Le lendemain, Moïse dit au peuple : « Vous avez commis un grand péché.
Maintenant, je vais monter vers le Seigneur. Peut-être obtiendrai-je la rémission de votre péché. » Moïse retourna vers le Seigneur et lui dit : « Hélas, ce peuple a commis un grand péché : ils se sont fait des dieux en or.
Ah ! Si tu voulais enlever leurs péchés, ou alors efface-moi de ton livre, celui que tu as écrit. » Le Seigneur répondit à Moïse : « Celui que j'effacerai de mon livre, c'est celui qui a péché contre moi.
Va donc, conduis le peuple vers le lieu que je t'ai indiqué, et mon ange ira devant toi. Le jour où j'interviendrai, je les punirai de leurs péchés. » Le Seigneur frappa le peuple, car il avait fait le veau, celui qu'avait fait [Musique] Aaron.
Vaud d'or, et oui, que tout le monde connaît, ou en tout cas, si vous ne le connaissez pas, j'espère que vous avez apprécié la beauté du passage. Le culte du veau, le culte du taureau était extrêmement courant en Égypte. Vous avez le dieu Apis qui marquait la force vitale, la fertilité.
C'est ça que symbolise le taureau : c'est la puissance à l'état brut, le jaillissement de la vie. Il faut voir un taureau vous foncer dessus pour comprendre pourquoi on peut y voir l'image de la puissance divine. Vous avez eu la Mésopotamie, par exemple, avec le taureau céleste, un être surnaturel envoyé par la déesse Ishtar pour punir Gilgamesh.
Et là, vous avez un veau d'or, un veau d'or que l'on retrouvera dans l'histoire d'Israël. C'est pour ça qu'il y a un petit grincement ici : le roi Jéroboam, dans le royaume du Nord, mettra des taureaux à adorer, et c'est ce que la Bible vous racontera plus tard quand nous irons dans le premier livre des Rois. Revenons un instant sur la manière dont il a été fabriqué: à partir de quoi a-t-il été fabriqué ?
À partir de l'or que les Hébreux avaient pris aux Égyptiens, cet or qui devait symboliser la gloire d'Israël, parce que ce sont les nations qui s'inclinent devant le peuple qui adore Dieu et qui, maintenant, sert à l'idolâtrie. Derrière, vous avez l'avidité, l'avarice. Ensuite, c'est la manière dont Aaron le raconte qui est extraordinaire.
Il dit : "Moi, je n'y suis pour rien, on m'a donné de l'or, je l'ai jeté dans le feu, et pouf, il y a un veau d'or qui est apparu comme ça, par magie. " Et c'est bien justement ça, par magie : l'origine surnaturelle de ce veau d'or qui apparaît contraste avec toute cette tenture, toute cette demeure, tout cet tabernacle dont Dieu, chapitre après chapitre, a pris le soin de détailler les détails, et dont on avait conscience qu'il faudrait du temps pour le réaliser. À la difficulté de l'un répond la facilité de l'autre.
Alors maintenant, posons-nous un instant. On devait avoir, après toutes ces longues descriptions de la demeure, le sacrifice parfait. Et là, premier acte sacerdotal d'Aaron, l'idolâtrie.
Et en plus, il dit que ce n'est pas de sa faute. Nous qui sommes maintenant un peu plus sensibilisés aux questions d'abus de pouvoir et de manipulation, vous reconnaissez quand même, derrière, j'espère qu'on n'est pas loin d'avoir un gourou qui profite de l'absence de Moïse pour manipuler le peuple, et ensuite se défausser. Si jamais on n'est pas dans l'ordre de la manipulation morale, je ne sais pas où on est, d'autant plus que le texte a bien pris soin de vous préciser qu'Aaron avait sculpté au burin ce veau d'or, et que le peuple, si jamais il se laisse manipuler, se laisse manipuler bien vite.
C'est là où il y a une sorte de grincement dans Puissance 10. Le premier prêtre de la Bible, c'était celui qui avait tué son frère. Le premier grand prêtre de la Bible, son premier acte, c'est le veau d'or.
Mais est-ce que vous réalisez ce que ça veut dire, cette sorte d'ironie monumentale de la Bible, livre religieux par excellence, qui n'est pas dupe de ce que c'est que la religion : un système profondément perverti dans lequel il faudra bien pourtant que Dieu parvienne à habiter ? Et là, vous voyez cette question de séparation entre Dieu et le peuple, de voile, etc. Ça prend peut-être aussi une autre tournure.
Il s'agit pas simplement de préserver le peuple de sa sainteté, mais peut-être aussi qu'il s'agit de préserver Dieu tout court, de ne pas mettre Dieu du côté des manipulateurs. Allons même plus loin dans le grincement de dents. Je vous ai dit, quand on a décrit la demeure, qu'il y avait cette sorte de reprise de la création qui culminait dans le sabbat.
Et précisément, le sabbat, c'est le moment où vous adorez Dieu. Donc là, vous êtes dans le sabbat, sauf que c'est un sabbat ensorcelé. Mais si jamais je reprends, vous ne trouvez pas qu'il y a des airs de famille entre la tentation d'Adam et la tentation d'Aaron ?
Un fruit défendu dans un cas, l'arbre de la connaissance du bien et du mal, dans l'autre cas, faire des images de Dieu, ce qui avait été formellement défendu par le Décalogue. Dans les deux cas, aussi, vous avez Adam qui se défause de sa faute pour accuser sa femme, et Ève, et là, Aaron qui se défausse de sa faute pour accuser le peuple. Dans les mêmes cas, il s'agit d'avoir un rapport facile à la divinité.
Vous serez comme des dieux dans un cas, et dans l'autre : "Voici le dieu qui marchera devant nous. " Et en fait, c'est là où vous apercevez qu'on vient de construire une création nouvelle, une demeure, un sanctuaire avec un saint et avec un saint des saints. Et à l'intérieur de ça, qu'est-ce qu'on est en train de rejouer?
Le drame du péché originel au cœur de la religion, au cœur du temple. Il y a la chute de l'homme, que ce soit Adam, que ce soit Caïn et Abel, que ce soit même Abraham qui prostitue sa femme, ou là maintenant le veau d'or. C'est toujours cette même pièce que l'on rejoue ad nauseam.
Sauf qu'ici, il devient comme enserré par toutes ces tentures magnifiques du sanctuaire qu'on a pris soin de décrire avant, une pierre précieuse sertie par la magnificence du Saint des saints, mais une pierre précieuse noire. C'est horrible, l'ironie biblique dans toute sa splendeur. Et en face de cela, vous avez Moïse qui réagit, ou plutôt, d'ailleurs, Moïse qui pète les plombs au sens littéral, parce que toutes ses réactions confinent à l'absurdité.
Il commence par faire boire l'or réduit en poussière, ce qui est une absurdité biologique. Il demande ensuite aux fils de Lévi de tuer leur. .
. Frère, ce qui est une absurdité sociologique, et ensuite il brise les tables de la loi, ce qui est une absurdité spirituelle. Cette absurdité est en plus réhaussée par les dialogues : Moïse vient de demander à Dieu de rétablir le lien entre lui et son peuple, et l'instant d'après, il brise les tables de la Loi.
Josué se trompe sur ce qu'il entend, croyant que ce sont des airs de fête, et tout de suite après, Moïse réduit cette fête en poussière. Puis, après, Moïse parle avec Aaron qui sort une espèce d'absurdité monstrueuse : le veau qui est sorti tout seul du feu, comme par magie, l'enfantement céleste. Et tout de suite après, Moïse demande aux Lévites de tuer tout le monde.
Ici, l'absurdité vient souligner le drame originel qui vient de se jouer. Et attendez un petit peu, parce que ce n'est pas fini. Nous terminons par une prière.
Nous souvenons que derrière Aaron, c'est nous-mêmes qui pêchons et qui idolâtrons. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Amen. Seigneur, pardonne nos idolâtries, nos mauvaises représentations de Toi, toutes les fois où nous ployons le genou devant d'autres dieux : l'argent, la facilité, l'orgueil, le démon.
Rends notre cœur sobre, rappelle-nous à la raison, Seigneur, et fais-nous revenir à Toi. Et vous, que Dieu tout-puissant vous bénisse : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.