Ah, l'amour ! L'amour, qu'est-ce que c'est beau, cette infinie à la portée des caniches, comme disait Céline. Eh bien, nous allons parler de l'amour.
Va voir ce que c'est aujourd'hui, l'amour passionnel. On va voir qu'en fait, c'est un truc de junkie et qu'il faut faire attention, parce que l'amour, tout comme n'importe quelle drogue, relève d'une addiction et que c'est à prendre très au sérieux. [Musique] On va reprendre toutes les citations qui sont un petit peu connues pour parler de l'amour, et puis on va voir de quelle manière elles peuvent s'associer avec de la psychobiologie.
Si on compare le cerveau d'une personne amoureuse et d'une personne qui n'est pas amoureuse, on verra des grosses différences. Et là, la principale différence, c'est que lorsque vous êtes amoureux, si on vous montre une photo de l'être aimé, eh bien, toutes les zones cérébrales associées à l'euphorie et à la récompense vont être allumées et actives, et toutes les zones cérébrales associées plutôt à la peur, à la tristesse, à l'anxiété, toutes ces zones-là vont être plutôt moins actives. En fait, c'est assez simple à expliquer, puisque quand on est amoureux, dans une passion amoureuse, eh bien, on a une augmentation de la norépinéphrine, mais aussi de la phényléthylamine, qui est un composant très proche de l'amphétamine et une substance sympathico-mimétique.
Alors, c'est un mot compliqué pour dire qu'il active, en fait, qu'il accélère le système sympathique. Petit rappel : le système sympathique, c'est lorsque tout votre corps se met en éveil lorsque vous êtes face à un danger, se préparant soit au combat, soit à la fuite, avec une accélération du rythme cardiaque et des pupilles dilatées. Comme dans n'importe quelle addiction, le système dopaminergique est à plein régime et, en l'occurrence, le noyau accumbens produit de grosses quantités de dopamine.
C'est un neurotransmetteur qui est nécessaire pour plein de choses, pour nous pousser à l'action, pour nous motiver. C'est un petit peu le système qui dit à votre cerveau : « Allez, passe à l'action, prends ce risque, peut-être que tu seras récompensé à la fin. » Sans dopamine, on ne bougerait pas, on ne ferait plus rien, on n'aurait plus aucune motivation.
C'est d'ailleurs pour ça que la dopamine est nécessaire pour le mouvement. C'est également pour cela qu'il y a beaucoup de traitements antidépresseurs qui, en fait, stimulent l'activité de la dopamine, parce que les personnes dépressives en manquent cruellement. C'est un petit peu cette molécule qui va vous pousser à l'action, qui va vous inciter à faire des choses.
Comme on dit, on peut faire de grandes choses par amour, mais on peut aussi faire de grosses conneries, comme tuer par amour. Donc, quand on entend des gens qui disent qu'ils feraient tout par amour, c'est parce qu'on a tellement de dopamine que, en fait, on est prêt à n'importe quoi pour la récompense de l'être aimé, de l'être cher, y compris dans les films d'amour, courir après son amoureuse dans l'aéroport pour la rattraper avant qu'elle prenne un avion. La dopamine, quand vous êtes amoureux, vous la libérez non seulement lorsque vous êtes avec votre partenaire, mais aussi quand vous pensez à lui ou à elle.
Par exemple, je vous donne un exemple très concret : lorsque vous attendez les SMS de votre copine ou votre copain, et dès que vous voyez son prénom sur le téléphone, ding, une grosse alarme se déclenche. Vous ressentez une sorte de rush de dopamine, et à ce moment-là, vous vous sentez tout excité. C'est votre récompense, c'est l'anticipation du plaisir lorsque vous allez lire le message de cette personne, qui peut vous apporter une preuve d'amour supplémentaire, et ça vous fait beaucoup de bien.
Par exemple, quand vous voyez peut-être dans votre flux d'actualités de vidéos YouTube une miniature agréablement attirante, j'espère qu'alors vous avez un petit rush de dopamine et aussi d'endorphine, sinon j'espère que vous en aurez ! Le côté un peu moins fun de la dopamine, c'est que quand vous êtes amoureux, vous en avez dans des quantités tellement importantes qu'à un moment, votre cerveau doit rétablir un équilibre. Cela va faire qu'en fait, vous allez sécréter moins de dopamine dans les autres domaines de votre vie.
En d'autres mots, vous allez prendre moins de plaisir à des activités qui auparavant vous procuraient du plaisir. C'est pour ça qu'on dit qu'en fait, quand on est amoureux, on ne pense à rien d'autre qu'à l'être aimé : on n'arrive pas à ressentir du plaisir pour autre chose. Tout devient fade, tout devient insipide, tout devient ennuyant, en fait, n'importe quel petit plaisir, n'importe quelle chose qui vous motivait au départ, ça devient très ennuyeux face à l'immensité du plaisir que vous avez lorsque vous êtes en présence de l'être aimé.
Et ce n'est pas tout, car je vous ai dit que les noyaux accumbens produisent plus de dopamine que lorsque vous n'êtes pas amoureux. Cela va de pair avec une diminution de la libération de sérotonine. Vous produisez plus de dopamine mais moins de sérotonine, dans des quantités qui sont proches de celles qu'on retrouve chez des personnes atteintes de troubles obsessionnels compulsifs, les fameux TOC.
Les TOC, c'est lorsque vous avez une pensée obsédante autour d'un acte compulsif : vous l'avez tout le temps. Par exemple, ça peut être le besoin de tout le temps vous laver les mains ou de revenir chez vous pour vérifier que vous avez bien fermé la porte. Ces personnes-là, qui ont des TOC, ont 40 % de sérotonine en moins que la moyenne.
Et on retrouve ces diminutions de sérotonine chez des personnes qui sont amoureuses. Quand on est amoureux, on dit tout le temps : « Qu'est-ce que c'est qu'être amoureux ? » Le temps à l'être aimé, à être obsédé : ses pensées sont constamment occupées par l'être aimé.
On est focalisé, toute son attention, toute son énergie, toutes ses pensées sont focalisées sur l'être aimé, exactement comme si on était atteint de troubles obsessionnels compulsifs. Donc, vous voyez qu'il y a vraiment une notion de presque clinique derrière cette addiction qui est l'amour passionnel. Même des chercheurs, un peu taquins, proposaient de prescrire du Prozac à des personnes en obsession amoureuse.
Et souvent, quand on parle d'amour, évidemment, on parle de ces petits papillons qu'on a dans le ventre, cette petite sensation de plaisir, de bien-être. Voilà, ça, c'est l'ocytocine. On appelle souvent l'ocytocine l'hormone de l'attachement ; c'est une molécule qui joue un rôle très important dans le fait de rapprocher des êtres humains entre eux.
Pas seulement dans l'amour, d'ailleurs, aussi avec des amis. Le simple fait de se toucher libère de l'ocytocine. Alors, évidemment, quand on fait un câlin ou qu’on fait des bisous à votre copine, ça libère de grosses quantités d'ocytocine.
Ça vous calme, ça vous détend. On a remarqué que, quand on montre des photos de l'être aimé à une personne, l'activité dans l'amygdale diminue. L'amygdale, qui, entre autres, gère la réaction aux stimuli négatifs et aux émotions négatives, voit son activité diminuer.
L'ocytocine provoque un sentiment d'apaisement qui peut devenir très addictif. L'ocytocine joue aussi un rôle très important dans l'allaitement : quand une femme allaite son bébé, cela joue aussi un rôle au moment de l'accouchement. Tout ce que vous comprenez, c'est que c'est une hormone qui est très, très puissante.
Le lien entre un enfant et sa mère est très puissant, et cette même molécule, vous la retrouvez chez une femme, notamment en grandes quantités après l'orgasme. Chez l'homme aussi, mais en plus grandes quantités chez la femme. Très vite, on va devenir accro à cet apaisement et on va avoir besoin de l'être aimé, finalement, pour réduire un état de tension que, souvent, on peut avoir en se disant : "Mais est-ce qu'elle m'aime ?
Est-ce qu'il m'aime ? J'aimerais bien avoir une preuve d'amour de sa part. " Donc cet état de tension, très souvent, ne peut être réduit que par un shot d'ocytocine provoqué par un câlin ou par une déclaration d'amour de la part de sa chérie, de ce qui vous est cher.
Non seulement vous libérez de l'ocytocine en présence de l'être aimé, mais en plus, quand vous pensez à l'être aimé, vous savez, quand vous êtes en train de repenser au dernier câlin avec votre chéri, eh bien, tous ces petits papillons dans le ventre, ils sont aussi le résultat de l'ocytocine. Un peu de dopamine aussi, qui fait que vous renforcez toujours plus le lien qui existe entre plaisir, détente et l'être aimé. Vous renforcez cette chaîne qui fait que ça va devenir de plus en plus difficile de s'en dissocier lors de la rupture.
Une dernière chose sur laquelle je voulais finir, qui est quand même assez importante dans les phénomènes d'addiction, c'est qu'on a une perte d'activité cérébrale au niveau du cortex préfrontal. En gros, on dit souvent : "L'amour rend con", ou "L'amour rend aveugle", mais c'est un peu similaire à "L'amour rend con" d'une certaine manière. Parce que si je vous montre une photo de votre chéri, eh bien, vous allez avoir une activité plus faible au niveau du cortex préfrontal.
Chez les personnes amoureuses, il y avait moins d'activité, mais il y a aussi des capacités de jugement qui sont plus faibles, une moindre capacité d'esprit critique. C'est pour ça qu'on dit aussi souvent que, quand on est amoureux, on ne voit pas tous les défauts de la personne. C'est vrai, parce qu'on perd justement le jugement et l'esprit critique vis-à-vis de cette personne-là.
Donc, le fait d'avoir ce cortex préfrontal qui est moins sollicité, qui exerce moins de contrôle sur les émotions, sur le système limbique en l'occurrence, fait qu'en fait vous devenez un petit peu plus impulsif, vous arrivez moins à gérer vos pulsions. Cela peut vous pousser à faire des erreurs. C'est pour ça, encore une fois, qu'on disait tout à l'heure que certaines personnes peuvent tuer par amour.
Certaines personnes peuvent ne plus du tout réfléchir et agir complètement par impulsivité, parce que le cortex préfrontal ne fait plus son boulot. Donc, lorsque vous êtes amoureux, vous êtes dans cet état d'amour passionnel qui dure, en général, rarement plus de trois ans. Là, vous êtes un peu comme un junkie qui a besoin de sa dose, qui vient chercher son cocktail hormonal, comme on a vu plus tôt.
Souvent, quand on est obsédé, on est fou amoureux d'une fille ou d'un mec, et cela s'arrête de manière brutale. Une rupture brutale fait que, d'un coup, vous n'avez plus accès à votre cocktail hormonal, vous n'avez plus accès au paradis, d'une certaine manière, et on vous ramène sur le bitume. Même pire que sur le bitume, on vous ramène en dessous, dans les égouts, quoi.
À l'inverse d'une drogue classique, on ne peut pas réduire progressivement les doses, on ne peut pas même prendre de la méthadone pour tout doucement arriver à s'en détacher. Et donc la rupture amoureuse, qui met fin à ce cocktail hormonal, qui met fin au plaisir mais aussi à votre source de détente, eh bien, cette rupture brutale peut avoir des symptômes violents qui peuvent aller jusqu'au suicide. D'ailleurs, on sait que les hommes ont plus de probabilités de commettre un suicide suite à une rupture amoureuse.
On peut noter que, si les femmes souffrent après une rupture amoureuse, c'est aussi parce que les nanas ont de meilleures stratégies de coping, en général. Elles savent. Beaucoup mieux que les hommes, obtenir l'affection du groupe et donc récupérer la perte de sites d'hocine auprès de ses amis, chose que font en général beaucoup moins les hommes, qui sont beaucoup plus pudiques sur leurs émotions.
Ils vont au moins se livrer sur leur chagrin d'amour, par exemple, et vont donc avoir beaucoup plus de difficultés à obtenir, de la part de leurs amis et de leur famille, l'affection nécessaire pour rétablir un peu les niveaux d'ocytocine perdus suite à la relation amoureuse. L'amour passion, ce bras blanc, est le levier motivationnel le plus puissant au monde. Cela pousse les gens à faire des choses incroyables, et ce, pour des raisons évidentes d'un point de vue évolutionniste.
C'est tout à fait cohérent, puisque cela favorise la reproduction et surtout l'union entre la maman et le papa pour s'occuper de l'enfant, afin de faire en sorte qu'il grandisse, s'épanouisse et puisse, à son tour, transmettre ses propres gènes. D'un point de vue évolutionniste, c'est tout à fait logique que l'amour nous procure des émotions et des sensations aussi puissantes. C'est la fin de cette vidéo, les amis.
Moi, je serais très curieux de savoir si vous avez un témoignage à partager sur l'amour, justement, comment vous l'avez vécu, l'amour passion, que vous soyez une femme ou un homme. Je lis les commentaires et je réponds aux commentaires. Je réponds notamment aux premiers commentaires, c'est-à-dire ceux qui répondent dans la première heure.
J'aime bien discuter, rigoler avec vous, répondre sérieusement, voilà, il n'y a pas de problème. N'hésitez pas à mettre des commentaires. Pour ceux qui veulent garder un lien avec moi de manière gratuite, vous pouvez vous inscrire à la Gazette Philogène pour recevoir un email.
On essaie d'en envoyer un tous les mercredis sur la séduction et la psychologie. Voilà, je vous souhaite une bonne journée et sachez qu'on a bravé de nombreux dangers pour faire cette vidéo, sans le masquer, face aux nombreux agents de maintien d'ordre qui passent devant.