J'ai eu la chance de pratiquer la première fois avec Marshall Rosenberg. Nous étions en Suisse et Marshall ouvre son chapitre en disant : "Est-ce qu'il y a des personnes parmi vous qui pensent qu'il y a des choses qu'il faut faire, qu'on le veuille ou non, et qu'on n'a pas toujours le choix ? ".
Et moi, bon élève, je lève la main. "Évidemment Marshall qu'il y a des choses qu'il faut faire. Qu'est-ce que tu crois ?
On n'a pas toujours le choix. " "Bon Thomas, tu peux m'en donner une. " "La première qui me vient à l'esprit c'est que moi il faut que je travaille.
J'ai pas le choix moi, il faut que je travaille. Je suis pas l'héritier du roi du caoutchouc. Si je travaille pas, je suis dans la rue, c'est simple !
" "Et comment tu te sens quand tu dis il faut que travaille ? " "Bon Marshall je vais appliquer ce que tu nous enseignes. Je suis partagé.
" "Tu peux clarifier ? " "Je suis partagé, il y a une partie de moi qui est soulagé d'avoir une ressource matérielle, ressource financière, ça me sécurise certainement, ça nourrit donc mon besoin de sécurité pour maintenant mais aussi pour l'avenir parce que j'ai choisi d'être indépendant donc je dois mettre de côté. " "Ça c'est une partie, donc il y a une partie toi qui est soulagé parce que ton travail nourrit un besoin de sécurité pour maintenant et pour l'avenir.
Et de l'autre ? " "De l'autre, il y a une partie de moi qui est fatiguée, qui en a ras-le-bol de mon métier de juriste, qui voudraient faire des choses qui ont plus de sens, qui aide les gens, qui améliore le monde et pour être sincère qui utilisent ma sensibilité, ma fantaisie, mon envie de créer des choses et c'est pas du tout le cas pour le moment. Voilà.
" "Alors Thomas, tu es donc partagé entre une partie de toi qui est soulagé de pouvoir nourrir ton besoin de sécurité, pour aujourd'hui et pour plus tard, et une partie de toi qui est fatiguée, qui en a un peu ras-le-bol parce qu'elle aurait besoin de faire des choses qui ont plus de sens, des choses qui aident le monde, qui peuvent contribuer au monde, des choses qui te permettent d'utiliser ta sensibilité et ta créativité. Est-ce que c'est ça ? " "Oui, oui c'est tout à fait ça.
Enfin quand je dis ma sécurité c'est pas juste ma sécurité, c'est aussi, je dois le reconnaître, du confort. Je gagne correctement ma vie comme juriste et donc je peux me payer un appartement, me louer un appartement plutôt que payer une chambre d'étudiant comme je l'ai fais longtemps. Je peux rouler en voiture, c'est vrai que j'aime bien une bonne voiture plutôt que de rouler en vélo.
Je peux sortir avec mes copains au restaurant de temps en temps et j'aime bien ça prendre une bonne bouteille avec les amis. Je peux voyager, ce que j'aime beaucoup, et je peux me former, à des formations qui coûtent cher soit dit en passant ! " On était en Suisse et ça coûtait cher.
"Alors Thomas comment est-ce que tu te sens quand tu réalises que, effectivement, tu nourris ton besoin de sécurité mais un peu plus que ça : ton besoin de confort, ton besoin d'habiter un appartement plutôt qu'une chambre, de rouler en voiture plutôt qu'en vélo, ton besoin de sortir avec tes amis et fêter si je comprends bien, ton besoin de voyager quand tu as envie et aussi ton besoin de te former à des choses qui t'intéresse. Comment tu te sens ? " "Très surpris Marshall !
Très surpris, parce qu'au fond j'ai l'impression que tu m'invites à voir que je suis libre. Je suis libre à tout moment de quitter ce métier de juriste qui m'ennuie, de taper mon costard cravate sombre aux orties et de partir à Katmandou fumer des pétards. " "Bah oui.
" "Mais je ne le fais pas. " "Apparement non. " "Je ne le fais pas parce que ce choix-là aurait des conséquences que je n'ai pas envie d'admettre.
Et donc, je suis en train de prendre conscience que je fais un certain choix, d'une certaine qualité d'existence et que peut-être, jusqu'ici, j'ai eu du mal à accepter les conséquences de mon choix. Merci, je suis donc un être libre. " Alors, ce qui s'est passé en moi là-dedans, c'est ceci figurez-vous !
Cui, cui, cui, cui, cui, cui. . .
Pop ! Processus de girafisation du chacal ! J'ai vraiment senti pivoter mon discernement qui était dans la contrainte, dans les herbes de la savane, la truffe dans les herbes vous voyez le chacal qui voit que "il faut, je dois, c'est comme ça, j'ai pas le choix" Et tout d'un coup, attends, attends !
Tu as des ressources, tu as de l'argent, tu peux te former, tu peux aller voyager, tu peux rencontrer du monde. Tout d'un coup ce qui était une contrainte est devenue une opportunité. Et il s'est passé ceci aussi, c'est que dans mon discernement de toute nouvelle girafe je me suis rendu compte : "au fond je choisis pour le moment de garder ce métier de juriste qui est rémunérateur, qui me permet de me former, de continuer mon travail sur moi, ma thérapie, c'est une grande chance, je peux faire ça en sécurité avec l'aisance qu'il faut pour ça et c'est pour le moment et par priorité, ce ne sera pas toujours et j'aurai bientôt d'autres priorités.
Et ça, ces deux petits mots, je vais vous inviter tout de suite dans l'exercice à les pratiquer, voir "tiens pour le moment et par priorité je prends cette option là". Pour moi, ces deux petits mots ont été extrêmement libérants. C'est pas à perpète que je serai juriste.
Parce qu'il y avait une petite partie chacal qui me dit : "t'as un beau diplôme de droit, tu seras juriste à vie ! " Au secours, je suis sous les verrous, enfer. .
. mement ! Non, pour le moment par priorité, je continue à utiliser cette connaissance et cette pratique parce qu'il y a des avantages à la clé, il y a des besoins.