[Musique] arracher à l'orte des millions d'hommes et de femmes ont traversé l'Atlantique pour être réduits en esclavage mais comment restituer la réalité d'un phénomène ayant duré près de quatre siècles Patrick Boucheron invite l'historienne Cécile Vidal à faire l'histoire de la traite transatlantique bonjour on l'a longtemps tenu à l'écart de l'histoire du monde et pourtant l'esclavage et au cœur de notre histoire de toute notre histoire c'est un fait massif qui affecte pratiquement l'ensemble de l'humanité de tous les temps et sous toutes les latitudes en comparant ces formes ne croyez pas pourtant qu'on écrase les différences au
contraire la singularité de la traite transatlantique qui déporte plus de 12 millions d'êtres humains d'Afrique en Amérique du 16ème au 19e siècle avec un pic dans la seconde moitié du 18e siècle en ressort avec une netteté presque monstrueuse comment en prendre la mesure Cécile Vidal est spécialiste des empires coloniaux dans le monde atlantique elle a choisi de nous en raconter l'histoire au plus près d'une expérience singulière celle Dolo qui lorsqu'il mourut en 1935 en Alabama était l'un des derniers esclaves noirs à avoir subi la traversée de l'Atlantique c'est elle qui raconte l'histoire mais elle la
raconte pour lui avec lui en son nom et c'est notre histoire nous sommes en 1928 quelque part en Alabama cet homme que l'on aperçoit à l'image fatiguée chapeau vissé sur la tête étant survivant et pas n'importe quelle survivant il s'appelle olu à l'écossola aller à Scud Lewis et sur ce film il est âgé de 87 ans ce jour-là il est filmé par une anthropologue africaine américaine Zora Neil Easton elle cherche à recueillir la voie de cet homme qui en 1860 a été arraché à sa terre-Natale dans le centre ouest de l'actuel Bénin pour être transporté
de force comme une marchandise dans un navire baptisé La Clotilda direction les États-Unis comme des millions de femmes et d'hommes avant lui et cela depuis 1501 aux lois les kossolas a traversé cet océan rester longtemps infranchissable l'Atlantique on la capturé en Ferrer en prisonnier et privé de sa liberté cette traversée éreintante bien souvent meurtrière est appelé le passage du milieu écoutons-le quelques instants ce que j'ai eu peur sur la mer elle fait tellement de bruit tu sais elle grogne comme si c'était mille bête de brousse la voix du vent grossit quand elle va sur l'eau
on est si désolé d'être séparé tous on pleure pour notre terre au-delà de cette histoire humaine tragique et personnelle comment peut-on écrire l'histoire d'un phénomène aussi massif entre 1501 et 1867 au moins 12 millions 500 000 hommes femmes et enfants ont été déportés d'Afrique aux Amériques ce nombre fait de la traite transatlantique l'une des plus importantes migrations forcée de l'histoire de l'humanité au début des années 1990 des chercheurs États-Unis ont entrepris de construire une base de données slave voyageuse elle rassemble maintenant les informations de 36 000 expéditions de traite la base montre que l'apogée de
la traite se situe entre 1750 et 1825 quand 5 millions 800 000 Africains furent déportés principalement vers la Caraïbe et le Brésil mais même après l'interdiction de la traite internationale au début du 19e siècle ce commerce d'être humain se poursuivit de manière illégale en témoigne l'histoire de louer que cela débarquée en Alabama quelques mois avant le déclenchement de la guerre de Sécession la base de données a cependant permis de réévaluer le nombre de femmes et d'enfants des deux sexes ensemble il compte pour 51% du total à elle seule la part des enfants s'élève à 26%
sur les 12 millions 500 000 individus embarqués un million 500 000 ne sont jamais parvenus aux Amériques et gise au fond de l'océan en moyenne le taux de mortalité était de 12 13%. mais cette catastrophe aurait pu être encore plus massive sans les fréquentes révoltes d'abord on estime qu'une insurrection éclatée à bord d'un navire français ou britannique sur 10 parce que le risque de soulèvement augmenter le coût des expéditions les révoltes auraient empêché la déportation d'un million de captifs printemps 1860 olloy-les kossolas et capturés puis emmenés vers la Clotilda le bateau qui le déportera aux
États-Unis avant de monter à bord il attend dans un barraquement il témoigne on a duré 3 semaines dans le bar à beaucoup de bateaux sur la mer mais on pouvait pas bien les voir à cause de la grande maison blanche entre l'eau et nous après trois semaines là un blanc vient au barracun avec deux hommes de Dahomey c'est le chef de Dahomey et celui qui change les mots ils font mettre tout le monde en rond 10 personnes à la fois les hommes d'un côté les femmes d'un côté le blanc regarde après il choisit et puis
on pleure on est triste parce qu'on veut pas laisser le reste de nos gens au barracun on est seul sans notre terre on sait pas ce qui va se passer pour nous on veut pas être séparé mais ils viennent ils nous ligotent enfile et nous poussent de l'autre côté de la Grande Maison Blanche là on voit tellement de bateaux sur la mer on nous détache nos chaînes et on nous pousse sur les pirogues la traversée de l'Atlantique commence rares sont les anciens esclaves comme allo allée au sola qui ont raconté leur expérience sur les navires
de traite mais d'autres documents qui datent de la seconde moitié du 18e siècle nous révèle la vie des captifs à bord durant les deux mois de traversée plutôt que de faire une histoire démographique et économique de la traite les historiens cherchent maintenant à mieux comprendre l'expérience des captifs il faut se tourner vers les sources britanniques pour y parvenir pour le monde anglophone on dispose de centaines de récits de vie d'anciens esclaves né aux Amériques mais seulement d'une quinzaine provenant d'Africains et très peu de ces récits décrivent la traversée de l'Atlantique le jeune âge au moment
de la migration forcée ou encore la souffrance liée aux souvenirs traumatiques explique peut-être ce silence il est donc nécessaire d'utiliser le reste de la documentation produite dans le sillage du débat sur la traite qui se développa en Grande-Bretagne après 1783 d'un côté parce que la traite était restée longtemps invisible les abolitionnistes cherchèrent à documenter le phénomène de multiples façons de l'autre les défenseurs de la traite leur opposèrent une contre-offensive en texte et en images en 1788 1789 sur l'ordre du roi George III une commission du Conseil privé auditionna une centaine de témoins des deux bords
collectionna des masses de données et publia un volumineux rapport quel présenta devant la Chambre des communes la première commission envoya notamment le capitaine paré prendre les mesures de 9 navires de traite à Liverpool en juin 1788 le premier de ces vaisseaux était le Brooks à la fin du XVIIIe siècle les abolitionnistes britanniques ont cherché à frapper les esprits pour convaincre l'opinion publique de la justesse de leur combat rien de mieux qu'une image qu'un plan pour montrer l'horreur de la traite transatlantique et c'est l'image d'un navire le Brooks qui va devenir célèbre on connaît la réalité
chiffrée de ce navire car un capitaine le capitaine paraît de la Royal Navy la mesurée en long en large et en travers à Liverpool vers 1781 ce navire est l'un des rares à avoir été construit spécifiquement pour la traite on sait qu'il a accompli en une vingtaine d'années 10 voyages entre l'Afrique et le Nouveau Monde transportant 5163 esclaves et seuls 459 d'entre eux arriveront en vie les abolitionnistes s'emparent des mesures du capitaine paraît et décident de publier une reproduction du navire en novembre 1788 on y voit une cale remplie de 470 corps allongés les uns
contre les autres l'idée est simple montrer l'entassement la déshumanisation la marchandisation terrifiante des corps tirez à plusieurs milliers d'exemplaires cette image impose une évidence le navire devient un instrument de torture toute source documentant le passage du milieu qu'elle émane des esclaves des abolitionnistes ou des esclavagistes soulève des problèmes le but de la gravure n'était pas de documenter la réalité du passage du milieu mais de démontrer que l'entassement demeurait insupportable en dépit du dolben Act cette loi adoptée en 1788 limiter le nombre d'esclaves à bord en fonction du tonnage du bateau en outre le Brooks ne
correspond pas au navire de traite typique britannique du 18e siècle les hommes y étaient nus et dans la cale les captifs étaient couchés sur le côté droit et encastré en cuillère si les modalités de la traite varier selon les puissantes commerçantes et les époques elle visait toujours à transporter le plus grand nombre d'esclaves au moindre coût possible dans ces prisons flottantes qui étaient les navires de traite le but du régime de terreur et de brutalité imposé au captif était aussi de les transformer en esclave acceptant leur statut pendant plus de deux mois ils étaient soumis
à de longues périodes de confinement des conditions d'hygiène effroyables un régime alimentaire insuffisant et un usage continu de la violence les épidémies provoquaient une surmortalité sans qu'il soit possible de prendre soin des morts tous ces phénomènes faisaient du passage du milieu un supplice temps physique que psychologique [Musique] aux lois les kossola comme tant d'autres ne sera jamais retourné en pays Yoruba [Musique] les travaux de recherche actuelle permettent de chiffrer un autre drame la traversée du passage du milieu est quasi réversible immortalisée sur ce film de 1928 vivra encore jusqu'à l'âge de 95 ans on le
voit ici sur ces rares photographies chez lui à la fin de sa vie lorsqu'il meurt en 1935 il est le dernier homme à avoir été déporté de son pays natal pour être réduit en esclavage aux États-Unis [Musique] après l'émancipation de 1865 lui et ses compagnons d'infortune ont acheté un terrain à leurs anciens propriétaires et ont bâti la première ville états-unienne fondée par des Africains Africa [Musique] le témoignage de loualet kossola est exceptionnelle non seulement parce qu'il contient une assez longue description de sa traversée de l'Atlantique mais aussi parce qu'il raconte l'histoire de ses ancêtres et
sa vie avant sa capture et son transport par voie de terre jusqu'à Ouidah son lieu d'embarquement ainsi que sa vie après son arrivée dans la labama pendant longtemps les historiens de la traite transatlantiques se sont focalisés sur le passage du milieu dorénavant il s'intéresse aussi de plus en plus au traite interne à l'Afrique qui venait nourrir la traite transatlantique les captifs pouvaient être vendus de proches en proches et parvenir sur la côte après plusieurs années où la rejoindre après plusieurs jours ou semaines de marche continue les chercheurs commencent également à étudier de manière plus systématique
les traits intercoloniales qui prolongeaient la traite transatlantique une fois parvenu dans un premier port américain les esclaves pouvaient être ré-embarqués et transportés dans une autre région du continent il devait alors quitter les compagnons d'infortune avec qui ils avaient vécu le passage du milieu tout au long de ces volets africains atlantiques et américain la traite imposait donc une série de ruptures et de séparation c'est les historiens ont tendance à l'heure actuelle à se focaliser sur les trajectoires individuelles les esclaves savaient eux qui leur fallaient continuellement recréer du collectif pour survivre c'est de cette manière qu'ils affirmaient
leur humanité et leur dignité [Musique] que peuvent les historiennes et les historiens de l'esclavage comptez sans doute cartographier expliquer unlassablement en tentant de comprendre du même front avec le même calme les logiques de la déportation et de l'abolition mais ce qu'il doit aussi c'est identifier nommé envisager c'est à dire reconnaître la dignité et la puissance d'agir de celles et ceux dont on démiait l'humanité il faut pour cela ne pas rester à quai mais accepter d'être embarqué de monter soi-même à bord du négrier tel est le titre d'un livre de l'historien américain Marcus rédiger donc je
vous conseille la lecture le navire tout à la fois prison mobile et manufacture il apparaît comme une machine de guerre d'une insoutenable mais ne parvient pas à cette machine à empêcher qu'on puisse malgré tout raconter cette histoire à hauteur d'homme au revoir [Musique]