Ça, c'est la cantine du Monde. Ça, c'est le service vidéo qui déjeune. Et ça, ce sont nos restes.
Comme on peut le voir, quasiment personne n'a terminé son assiette. Bon alors, comme ça, ça n'a pas l'air énorme, mais mis bout à bout, tous ces restes représentent 10 millions de tonnes d'aliments gaspillés par an en France, soit l'équivalent d'environ 60 000 baleines. Bref, c'est énorme, et c'est dommage parce que réduire son gaspillage alimentaire, c'est une façon très simple de lutter contre le réchauffement climatique.
Je vous montre. Quand on pense au gaspillage alimentaire, on pense d'abord à ce que gaspille le consommateur, c'est-à-dire nous, et on n'a pas tort parce qu'on est responsable de 33 % du gaspillage alimentaire global, ce qui représente 30 kilos par Français et par an. Alors la première question qui vient, c'est : "Pourquoi on gaspille autant ?
" Selon Eric Birlouez, c'est en grande partie parce qu'on est encouragés à le faire par notre société de consommation. On s'est mis à gaspiller beaucoup en France, comme dans d'autres pays, à partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans cette période qu'on a appelée les Trente Glorieuses où il y avait une hausse considérable du pouvoir d'achat et où la nourriture devenait accessible. Elle était à profusion.
On avait, dans les hypermarchés, des tonnes et des tonnes de nourriture accessibles physiquement et bien sûr financièrement. Petit à petit, la nourriture s'est banalisée. Elle a perdu de sa valeur, ce qui fait qu'on lui prête plus vraiment attention.
La clé pour réduire son gaspillage alimentaire, ce serait donc tout simplement de faire plus attention. C'est ce qu'est venu m'expliquer Christopher, un spécialiste de la lutte anti-gaspillage. Christopher, est-ce que tu peux me donner des astuces et des conseils, mais vraiment très simples pour moins gaspiller ?
Très simple : la première chose, c'est aller voir ce qui est dans vos placards et vos frigos comme ça quand je fais des courses, je me souviens de ce que j'ai, je sais ce que j'achète. Deuxième conseil : apprendre à différencier les dates limites sur nos produits. En France, il y en a deux : DLC, date limite de consommation à consommer jusqu'au.
Et ça, c'est une date sanitaire, ne consommez pas après. Et DDM, à consommer de préférence avant le. Vraiment une date purement informative qui informe sur la qualité de texture et de goût du produit mais pas du tout sur le fait qu'on puisse le manger ou pas.
Bon. Ces astuces peuvent paraître anodines et vous avez peut-être déjà l'impression de les mettre en place, mais ça reste très important. surtout quand on sait qu'en France, environ une personne sur cinq ne mange pas à sa faim alors que des tonnes de nourriture sont jetées quotidiennement à la poubelle.
Et puis produire de la nourriture, ça demande énormément d'énergie et donc ça pollue. Par exemple, on estime que pour produire les 10 millions de tonnes de denrées alimentaires qui sont gaspillées en France chaque année, il a fallu 15,3 millions de tonnes de CO2. Et ça, ce ne sont que les chiffres français.
À l'échelle de la planète, on estime qu'environ un tiers de ce qui est produit termine à la poubelle, c'est à dire 1,3 milliard de tonnes. Je vous laisse imaginer le nombre de baleines que ça fait. En tout cas, en 2013, on estimait que ça représentait 8 % des gaz à effet de serre dans le monde.
Et dans le cas des aliments qui sont finalement jetés à la poubelle ça pollue donc pour rien. Bon, nous les consommateurs, on a vu qu'on avait un impact sur le gaspillage et qu'on pouvait le réduire. Mais nous ne sommes pas les seuls responsables du gaspillage.
En fait, les aliments comestibles peuvent être mis à la poubelle tout au long de ce qu'on appelle la chaîne de consommation. Et ça, ça commence dès la phase de production. Pour le comprendre, je me rends à Saulty, près d'Arras, pour rencontrer Emmanuel Dalle, un arboriculteur qui produit.
. . des pommes.
Comme on est en pleine saison des pommes, on pourrait s'attendre à ce qu'il vende toute sa production. Et pourtant aujourd'hui, Emmanuel sait que tout le contenu de sa camionnette ne pourra pas être vendu. Ici à peu près 400 kilos de pommes.
Elles sont juste sales ou un petit coup mais qui ne se voit pas forcément sur l'épiderme. Si notre fruit n'est pas esthétique ou n'est pas sexy, il va pas pouvoir trouver place en magasin. Donc là, juste parce qu'il y a eu un coup de vent et que les pommes sont tombées par terre il y a 400 kilos de pommes qu'Emmanuel ne peut pas vendre sur les circuits traditionnels.
Mais Emmanuel a trouvé une solution pour sauver sa récolte. Plutôt que de la voir perdre, On préfère la ramasser et pouvoir la donner donc aujourd'hui, on va la donner à une association qui s'appelle Andes et qui va pouvoir la distribuer à ses associés. Et ça, c'est rendu possible par Solaal, Une association qui met en relation des producteurs et d'autres associations qui luttent contre la précarité alimentaire.
On n'a pas fait tout ce travail pour rien. Pour nous, c'est vraiment très important. Si on peut trouver un avenir à des fruits qui ne sont pas conformes à ce que veut le marché, il faut foncer.
Une fois que les denrées ont passé le cap du producteur elles arrivent au niveau du distributeur. Et là aussi, le risque de terminer à la poubelle est grand. En 2011, on estimait que les pertes alimentaires d'un seul supermarché étaient d'environ 197 tonnes par an.
Mais en 2016, une nouvelle loi relative au gaspillage alimentaire a été mise en place. D'abord, elle interdit aux grandes surfaces de détruire ou de rendre impropres à la consommation leurs invendus. Et puis elle oblige les supermarchés de plus de 400 mètres carrés à chercher des partenariats avec des associations d'aide alimentaire afin de leur céder gratuitement leurs invendus.
D'une certaine façon, ça marche, puisqu'aujourd'hui 96 % des grandes et moyennes surfaces pratiquent le don à des associations. Mais il y a encore pas mal de marge pour éradiquer le gaspillage. En fait, un magasin sur deux n'est pas collecté tous les jours ce qui fait que de nombreuses denrées périssables finissent tout de même à la poubelle.
Souvent, c'est à cause de problèmes logistiques : par manque de main d'œuvre ou parce que les invendus des magasins ne correspondent pas aux besoins des associations. Mais depuis quelques années certains magasins se sont spécialisés dans la récupération de denrées vouées au gaspillage. C'est notamment le pari des épiceries Nous anti-gaspi.
Elles ne proposent que des produits qui auraient été jetés sur le circuit traditionnel. Pour comprendre comment ces épiceries s'approvisionnent on m'a donné rendez-vous à 5h30 à Rungis. C'est parti.
Rungis, c'est tout simplement le plus grand marché de produits agricoles du monde. Sur plus de 230 hectares, 1400 grossistes vendent de la viande, des fruits, des légumes des produits laitiers à tous les professionnels de l'alimentation de l'Île de France. Alors forcément, quand vient l'heure de la fermeture du marché vers sept heures du matin, il reste pas mal de choses.
Chaque jour, il y a des tonnes et des tonnes d'invendus et donc potentiellement de produits qui terminent à la poubelle. Et ça, ça représente une opportunité absolument énorme pour des entreprises comme Nous anti-gaspi. Et c'est là qu'entre en jeu Raphaël.
Raphaël, c'est quelqu'un qui dit bonjour à tout le monde. Mais c'est surtout l'acheteur des épiceries Nous anti-gaspi. Là, nous avons du filet de canard.
Il peut y avoir quelques défauts, soit à l'arrachage ou soit complètement à l'abattage, il peut y avoir des ecchymoses. C'est pour ça qu'ils les classent dans catégorie B Les clients ne les veulent pas. Et donc nous, on les récupère, parce que la date avance.
Et quand il n'a pas les ventes, au bout d'un moment, il les jette. Chaque jour. Raphaël fait tout le tour de Rungis.
Il cherche des dates de péremption qui approchent des produits qu'il faut trier, ou d'autres qui sont mal étiquetés ou tout simplement un peu moches. Et notamment grâce à sa tournée, les épiceries Nous anti gaspi réussissent à sauver 150 tonnes de produits alimentaires par mois. En conclusion, les choses sont en train de bouger et chacun à son échelle peut contribuer à réduire le gaspillage alimentaire même nous à la cantine.