Bienvenue dans l’Essentiel du Dessous Des Cartes. C'était en juin dernier: la rencontre à Pyongyang, en Corée du Nord, entre Vladimir Poutine et Kim Jong Un. Cette semaine nouvelle étape: La Russie et la Corée du Nord ont officialisé leur “partenariat de défense mutuelle”.
En clair: en cas de guerre impliquant l’une des deux nations, l’autre s’engage à intervenir militairement. En parallèle, hier, les services de Renseignement de la Corée du Sud ont confirmé, que des militaires Nord-Coréens sont engagés aux côtés des soldats russes dans la région de Koursk. Entre 10 000 et 12 000 Nord-Coréens seraient déjà sur le terrain russo-ukrainien et ce n’est pas anodin, pourquoi ?
parce que cela internationalise le champ de bataille de cette guerre, déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine. L’occasion de nous souvenir aussi que ce lien Pyongyang-Moscou est ancien : sortons nos cartes! 15 août 1945 : L’URSS libère le territoire nord-coréen de l’occupation japonaise.
1948: Moscou est la première capitale à reconnaître la Corée du Nord Entre 1950 et 1953: c’est la guerre entre les deux Corée, le régime de Pyongyang ne doit son salut qu’à une intervention militaire de la Chine et à un soutien financier de l’URSS. Les Soviétiques vont ensuite permettre l’industrialisation de la Corée du Nord. En parallèle, Kim Il-sung, pour construire son régime, s’inspire du stalinisme.
1961 : c’est la signature d’un Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle assorti d’une clause de défense, entre Kim Il-Sung et Nikita Khrouchtchev à Moscou. Mais progressivement, les relations soviéto-nord-coréennes se rafraîchissent. L’arrivée au Kremlin en 1985 de Gorbatchev, apôtre de la détente avec l’occident, éloigne encore un peu plus Moscou de Pyongyang.
Tout change avec l’arrivée de Poutine au Kremlin, qui restaure le lien entre la Russie et la Corée du Nord, voyons pourquoi : Cette relation est vue par Moscou comme un outil de réinsertion diplomatique tandis que les années 1990 marquent le déclassement de la puissance russe. Mais cette amitié renaissante a ses limites: après les premiers essais nucléaires de la Corée du Nord en 2006, la Russie soutient les sanctions de l’ONU, sans se détourner totalement du régime des Kim. 2014: la Russie de Poutine annexe la Crimée ukrainienne.
Isolé diplomatiquement, Poutine apprécie que la Corée du Nord fasse partie des rares pays à avoir reconnu l’annexion de la Crimée par Moscou. Février 2022 : Poutine lance l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Soutien total de Pyongyang à l’ONU.
Sur le plan économique, les échanges Russie - Corée du Nord repartent à la hausse charbon, pétrole, aides alimentaires et travailleurs nord-coréens envoyés en Russie, dans les champs et les usines. Enfin, on l’a vu, Kim Jong-un envoie à son ami Poutine une douzaine de milliers de soldats, à l’automne 2024. Enfin que pense la Chine de ce nouveau lien Pyongyang-Moscou?
Si elle ne voit pas d’un mauvais oeil tout ce qui peut fragiliser l’Occident, Pékin n’apprécie guère cet axe renforcé, notamment parce qu’il pourrait conduire Washington et ses alliés à s’impliquer d’autant en Asie Pacifique. Voilà l’Essentiel du Dessous Des Cartes c’est fini pour aujourd’hui. À bientôt.