Non, cette voiture ne se gare pas toute seule. Malgré tout, c’est quand même l’avenir. Pourquoi ?
Parce qu’elle est électrique. Et les voitures électriques sont bien souvent considérées comme une solution idéale à nos problèmes écologiques. C’est en tout cas ce que laissent entendre plusieurs décisions politiques.
Le plan climat présenté en 2017 par Nicolas Hulot prévoit jusqu’à 8 500 euros d’aides pour l’achat d’un véhicule électrique. Et de nombreux pays, comme la France, mais aussi et surtout la Chine ou l’Inde, ont annoncé l’interdiction des véhicules essence ou diesel, d’ici 2040. Rouler proprement, c’est aussi ce que promettent les constructeurs de voitures, qui feraient presque passer leurs nouvelles berlines pour des purificateurs d’air ambulants.
Sauf que ça, ce n’est pas exactement ce qui est en train de se passer. Le premier point qui est mis en avant, c’est que la voiture électrique n’émet pas de CO2 quand elle roule. Pour rappel, le CO2 est un gaz produit lorsqu’on brûle une énergie fossile : du charbon, du pétrole, et donc de l’essence ou du diesel.
Ça agit sur l’effet de serre, donc ça réchauffe l’atmosphère. En France, les transports représentent 30 % des émissions de CO2. On peut donc se dire que rouler en voiture électrique, c’est produire moins de CO2, et donc éviter d’accentuer le réchauffement climatique.
Ça pourrait être vrai, mais il faut prendre en compte deux choses : la construction de la voiture et l’énergie nécessaire pour recharger ses batteries. D’abord, avant même d’être mise sur la route, une voiture électrique a déjà produit un paquet de CO2 : 50 % de plus qu’une voiture thermique. Car sa batterie et son moteur sont complexes à construire et demandent davantage de matières premières.
Ces matières premières, ce sont notamment ce que l’on appelle les métaux rares : du cobalt, du graphite, du lithium, du manganèse, du nickel, etc. Des métaux recherchés pour leurs propriétés chimiques uniques mais dont l’extraction demande beaucoup d’énergie. Comme le néodyme par exemple.
Guillaume Pitron est journaliste. Il est l’auteur d’une longue enquête sur les coûts environnementaux de l’extraction des métaux rares. Et puis, tout ça demande de grosses ressources en eau et des produits chimiques qui polluent l’environnement.
Face à ça, les constructeurs affirment prendre des mesures. Tesla par exemple a mis en place un code de bonne conduite pour ses fournisseurs. Mais ceux-ci sont nombreux et ne sont parfois que des intermédiaires.
Le constructeur américain reconnaît donc qu’il lui est parfois encore difficile de savoir précisément où ont été extraits les métaux qui lui sont vendus. Ça c’est donc pour la partie production. Mais ensuite, une fois que la voiture est sur les routes, il faut la recharger en électricité.
Et donc, produire cette électricité en amont. Or dans de nombreux pays, comme la Chine, les Etats Unis ou l’Allemagne, on continue avant tout de brûler du charbon ou du gaz. Dans ces cas-là, la voiture électrique n’est pas vraiment plus écologique.
Elle ne fait même que déplacer le problème. En bout de chaîne, les Berlinois, New-Yorkais ou Pékinois ne sont peut-être plus intoxiqués par les pots d’échappement. Mais en fait la pollution est toujours produite, un peu plus loin, dans les lieux de production d’énergie, en dehors des villes.
Alors en France, en revanche, la situation est différente. Chez nous, la source principale d’énergie, c’est le nucléaire. Et même s’il pose d’autres problèmes, le nucléaire ne produit pas de CO2.
Donc si une voiture électrique produit beaucoup de CO2 lors de sa construction, elle n’en produit pas ensuite. Alors qu’une voiture thermique, elle, en produit toute sa vie. Sachant qu’en moyenne, un conducteur français parcourt 13 000 km chaque année, il faut donc environ trois ans pour qu’une voiture électrique soit moins néfaste qu’une voiture thermique.
Finalement, au cours de tout son cycle de vie, dans un scénario où l’énergie qui a produit l’électricité ne vient pas des énergies fossiles, une voiture électrique produit deux fois moins de CO2 qu’une voiture thermique. Bon, mais globalement, on n’est pas encore dans ce cas de figure. Aujourd’hui, à l’échelle du monde, les énergies fossiles représentent les deux tiers de la production d’électricité.
C’est en train de changer puisque l’énergie renouvelable prend de plus en plus de place. Mais la transition est lente. Enfin, dernière problématique : la question du recyclage.
Les ventes de voitures électriques sont en train d’exploser. On en a vendu plus d’un million en 2017, soit 50 % de plus que l’année précédente. Et ce n’est pas près de s’arrêter.
En moyenne, une batterie de voiture électrique a une durée de vie de huit à dix ans. Selon les experts, d’ici une décennie, les batteries usagées pourraient dépasser les 100 000 tonnes par an. Problème : leur recyclage est compliqué.
Aujourd’hui, extraire des métaux dans une mine revient moins cher à un fabricant de voiture que de recycler d’anciens métaux. Mais la situation pourrait évoluer. Si on résume, pour que la voiture électrique soit vraiment propre, il manque essentiellement trois choses.
Et là, seulement, on pourra dire que la voiture électrique est vraiment plus écologique. Il y a deux autres problèmes avec la voiture électrique dont on n’a pas parlé dans cette vidéo parce que ça ne concerne pas directement le climat. D’abord, comme les véhicules thermiques, les voitures électriques produisent des particules fines, à cause de l’abrasion des freins, des pneus et des routes.
Et ça, ça s’infiltre ensuite dans nos poumons. Et deuxièmement, plus largement, promouvoir la voiture électrique, ça reste promouvoir l’utilisation de la voiture individuelle, au détriment donc des transports en commun.