Un grave problème pour l'agriculture. Il y a de moins en moins d'agriculteurs. Nous avons perdu un quart de nos agriculteurs.
Faut-il s'inquiéter de cette tendance C'est vrai qu'en 1970, il y avait 1,5 million d'agriculteurs en France. En 2020, il y en a 3 fois moins. Pourtant, aujourd'hui, il y a encore beaucoup de gens qui veulent devenir agriculteurs.
C'est ce que j'ai envie de faire. Donc, c'est ce que je veux. Je me suis prise d'amour pour ces petites bêtes là.
Alors, pourquoi y a-t-il toujours de moins en moins d'agriculteurs en France ? Vont-ils disparaître ? Pour mieux comprendre le problème, je suis allée rencontrer les premiers concernés.
On a parlé de leur ferme, de leur travail, mais surtout d'installation et de transmission. Déjà, il faut préciser que la baisse du nombre d'agriculteurs ne touche pas toutes les filières de la même façon. Voici le nombre d'agriculteurs par type d'élevage en 2010.
En 2020, il avait diminué de près de 25 %. Sur la même période, le nombre de maraichers a légèrement augmenté. Il n'y a plus grand monde qui veut faire du lait.
Donc, on est parti du principe que personne ne veut le faire. Il faut le faire. Pour que le nombre d'agriculteurs cesse de baisser, le premier enjeu évident est de trouver des remplaçants à ceux qui quittent le métier.
Eric arrive en retraite en fin d'année. Je me suis posé plein de questions. Qu'est-ce que je fais ?
Est-ce que je reprends un salarié ? Et puis rapidement, je me suis dit : "Non, je vais arrêter. " En 2020, plus de la moitié des fermes avaient à leur tête un agriculteur de plus de 55 ans.
Ce sont eux qui, aujourd'hui, atteignent l'âge de la retraite. Mes parents arrivaient dans une bonne cinquantaine, bien tassée. Ils se posaient des questions de la transmission de le ferme.
Ils n'avaient pas de repreneur attitré. Ils avaient tendance à nous faire des appels du pied. Les dernières statistiques montrent que pour 3 agriculteurs qui arrêtent leur activité, seulement 2 s'installent.
Il y a une première explication simple à cela : l'argent. Tout ce qu'ils ont construit en 30 ans, en 15 ans, on doit tout encaisser pour pouvoir continuer. Reprendre une ferme, ça coûte cher, de plus en plus cher.
Entre 2000 et 2022, le prix des exploitations a doublé. Et si elles coûtent si cher, c'est pour plusieurs raisons. Déjà, le prix des terres agricoles a augmenté.
En France, le prix moyen d'un hectare de terre, c'est-à-dire une surface de 100 m par 100 m, est passé d'environ 4 400 à plus de 6 000 euros ces 30 dernières années. Mais surtout, les exploitations sont de plus en plus grandes. Elles deviennent donc plus chères.
On s'endette pour plusieurs générations. Parce que le foncier en Île-de-France ou dans des régions agricoles assez riches, c'est hors de prix. Ou ça se loue, de manière plus ou moins précaire.
Hormis le siège de l'exploitation, tout le reste est en location, avec 14 propriétaires différents. Donc, c'est ça qui permet la reprise de l'exploitation. Il n'y a pas d'achat de foncier.
Mais il faut quand même s'endetter sur plusieurs années pour racheter les installations. Le matériel, c'est 5 ans. Les animaux, c'est 12 ans.
Et le bâtiment, c'est 15 ans. Et pour les grandes exploitations, les plus mécanisés, les investissements peuvent représenter de très grosses sommes. Cette tendance à l'agrandissement et à la mécanisation est le résultat des politiques agricoles menées depuis des décennies.
Après la Seconde Guerre mondiale, la France se lance dans une agriculture productiviste. En 1960, elle se dote de sa première loi d'orientation agricole. Elle fait évoluer les structures, afin que le travail soit plus commode et plus rentable et que les productions soient meilleures.
La solution ? Il faut aider les exploitations françaises à s'agrandir. Cette loi encourage notamment la mécanisation.
Mais elle subventionne aussi l'agrandissement des fermes. Un agriculteur qui cède son exploitation peut prétendre à une indemnité dite majorée, dès lors qu'il cède au moins 5 ha et que cela a pour conséquence l'agrandissement d'une exploitation. Résultat : en l'espace de quelques années, les campagnes passent de ça à ça.
Alors que la taille des exploitations augmente, la population, elle, s'effondre. Et pour les agriculteurs et leurs familles qui ne trouvent plus de travail ? La loi prévoit aussi des bourses de réorientation professionnelle.
Elle fournit ainsi de la main d'œuvre pour le développement d'une économie agro-industrielle. À partir des années 1970, l'Europe aussi soutient cette tendance avec la PAC, la politique agricole commune. Bref, les fermes sont devenues très vite plus grandes, plus chères, et donc moins faciles à transmettre à un repreneur.
Et le problème perdure. Donc on fait quoi ? On abandonne ?
On laisse l'exploitation partir ? Or, la revente des exploitations est aussi un enjeu important pour ceux qui partent à la retraite. En 2022, les pensions de retraite des agriculteurs sont parmi les plus faibles, avec un peu moins de 900 euros par mois.
Alors, pour compenser, la tentation de vendre sa ferme et ses terres au plus offrant est très grande. Pour maximiser le prix de vente, il est souvent plus intéressant de vendre sa ferme par morceaux. Donc, on va mettre un prix sur les animaux.
On va mettre un prix sur les bâtiments. On va mettre un prix sur tout le matériel, sur le tracteur. Entre 2012 et 2023, le nombre de propriétés agricoles démantelées a plus que doublé.
Cela contribue ainsi à l'agrandissement des fermes voisines. On dit : "Demain, on arrête. " Là, on a une multitude de voisins qui arrivent.
Et en 2 mois, l'affaire est bouclée. On a un pactole, vite fait bien fait. On s'en va et le tour est joué.
Sauf que notre objectif, c'est que la ferme vive. Transmettre son exploitation telle quelle, en y maintenant une activité agricole, devient aujourd'hui un engagement. Ça a parfois un prix.
Il y a beaucoup de sacrifices à faire de leur côté. Parce que souvent dans les transmissions, ce qui se passe, c'est que le cédant en veut très cher. Le repreneur, pas trop.
Économiquement, il faut que ça passe. On savait qu'à partir d'un montant, ce n'était pas possible. Donc, on a vraiment coconstruit leur projet.
Mais ce n'est pas toujours simple de construire un projet de reprise. On a décidé avec Claire de reprendre la ferme. Ce n'était pas du tout nos plans d'origine.
Quand je l'ai connu, il ne voulait surtout pas devenir agriculteur. C'était surtout de l'opposition au travail de mes parents. La transmission familiale est toujours le mode de transmission le plus courant.
61 % des chefs d'exploitation installés depuis 2010 ont repris la ferme familiale. Mais avant 2010, c'était plus. Ils étaient 77 %.
De plus en plus de candidats à la reprise ne sont donc pas issus du monde agricole. On n'est pas fils ou fille d'agriculteurs. J'ai un passé militaire derrière.
J'étais dans le milieu marin, microbiologiste. Maintenant, je peux coupler la recherche sur l'agroforesterie et l'activité de production. Les statistiques montrent que ces nouveaux installés choisissent souvent des exploitations plus petites, en agriculture biologique, avec une vente en circuit court.
On n'est pas loin de 100 % de vente en circuit court. On a la chance d'être en Île-de-France. Donc, il y a un bassin de population élevé, qui a un pouvoir d'achat relativement élevé.
Le fait que ça ne passe pas que par des coopératives ou des gros organismes permet de devenir artisans de notre matière première. Or, ces aspirations des nouveaux agriculteurs posent un double problème. D'une part, il n'y a pas toujours de fermes disponibles pour ce type d'exploitation.
D'autre part, ces nouvelles fermes ne produisent pas les denrées à faible coût et en grande quantité dont l'industrie agroalimentaire a besoin. Alors, quelles solutions ? Comment encourager les transmissions ?
Déjà, il faut anticiper du côté des cédants et des repreneurs. Une installation, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il n'y a pas le choix.
Les démarches sont tellement longues que si on n'anticipe pas. . .
Celui qui me dit qu'il s'installe en 2 jours, c'est non. Ils ont mis 30 ans à bâtir tout ça. Et il y a plein de petites astuces qu'on ne connaît pas.
On ne peut pas tout connaître du jour au lendemain. C'est une transmission qui se fait sur le long terme. Les incitations économiques peuvent aussi être envisagées.
Ce rapport de l'Inspection générale des finances, publié en 2024, propose d'étendre les avantages fiscaux des transmissions dans le cadre familial à celles qui se font hors cadre familial. Il y a vraiment des gens qui veulent faire des produits de la terre. Il faut permettre à ces gens de faire ces métiers.
Enfin, le maintien d'une activité agricole pousse aussi à inventer d'autres modèles d'installation et de transmission. Par exemple, on s'appuie sur des associations pour l'achat des terres et des bâtiments. On a vendu notre maison à Terre de Liens.
En même temps, on a négocié le prix du loyer, pour que ce soit viable pour la famille d'agriculteurs qui s'installent sur la ferme. C'est la continuité qui est importante. Ce n'est pas forcément que le lieu, c'est vraiment la continuité.
Ces nouveaux modèles permettent de maintenir une activité agricole, souvent sur des exploitations de taille moyenne ou petites. Ils poussent les pouvoirs publics à un arbitrage entre l'avenir du modèle productiviste. .
. Il faut produire, assumer de produire. .
. . Et l'avenir des agricultrices et des agriculteurs.