[Musique] Bonjour Emma Aziza, et merci pour l’interview. Je voulais savoir : qu’est‑ce que vous avez amené à vous intéresser aux enjeux écologiques dans votre parcours ? Alors, moi très tôt je suis née très tôt intéressée par la question de l’eau.
Au début, je suis née plus tôt à Paris, en banlieue parisienne, et donc j’étais plutôt dans un univers très urbain et très jeune. Je me suis retrouvée à vivre dans les Pyrénées‑Orientales, au fin fond des rivières et des sources, et je m’ennuyais tellement, en fait, en voyant tous ces paysages ici, tous ces territoires ; je me posais tellement de questions que j’ai décidé d’explorer ces questions, et de me dire qu’un jour je finirai par comprendre ce que je vois. Comme à l’époque Harun Tashiev, le célèbre volcanologue, nous disait justement que ces zones étaient des zones de volcan potentiellement actif ; c’est quelque chose qui m’a interpellée.
Donc, c’est ce qui m’a amené à faire des séances de la Terre, des sciences de l’environnement et des sciences de l’eau, et plus particulièrement la problématique écologique, la problématique liée au changement climatique. Quand est‑ce qu’elle s’est intégrée dans votre étude sur l’eau ? D’abord, j’étais vraiment effectivement passée par le fait de comprendre ce que je voyais et de comprendre la manière dont les territoires se formaient, la manière dont l’eau est capable de forger, d’ailleurs, des territoires.
Tout ce que vous voyez aujourd’hui, quand vous vous baladez dans des montagnes ou dans des plaines, s’est forgée grâce à l’eau. C’est vraiment cette réflexion que j’avais. En 2001, j’ai commencé à lire les premiers rapports du GIEC, et à ce moment‑là, je m’intéressais déjà à la sécheresse et aux inondations.
Je démarrais mon doctorat, et je me suis vraiment rendu compte que nous n’étions absolument pas préparés pour ce qui allait arriver devant nous. Pourtant, à l’époque, on n’avait pas du tout les scénarios de ce qu’on est en train de voir aujourd’hui. Je me rendais bien compte que la conjonction entre une évolution de la démographie dans certaines zones, avec des afflux touristiques, s’ajouterait au fait que nous aurions une ressource en eau qui aurait tendance à diminuer.
Lorsque nous constatons que cette ressource en eau tend à se réduire, bien souvent tous les utilisateurs de l’eau oublient le premier utilisateur : le milieu naturel. C’est donc un engagement pour moi de me dire d’abord que j’essaierai d’aider les villes à se préparer à ce changement climatique, de réfléchir à comment les adapter, puis d’aider notamment les enfants, parce que j’ai créé une association pour accompagner la sensibilisation de plusieurs centaines de milliers d’enfants. Puis, derrière, je m’interroge chaque jour sur la manière dont nous pourrons réussir à comprendre et à devenir plus résilients face à demain.
Le problème, c’est que les choses nous rattrapent, et que chaque année, au fur et à mesure, ce que j’ai vu, c’est comment ce changement climatique s’est installé en France, alors qu’on l’imaginait plutôt en 2050 ou en 2005. Êtes‑vous optimiste quant au fait qu’on va réussir à devenir résilients et à s’adapter aux risques climatiques, notamment aux risques hydrologiques et aux risques de sécheresse ? Je ne sais pas si je suis optimiste pour l’humanité.
Je crois que l’humanité nous a toujours montré les pires horreurs, et à la fois les plus belles choses qu’elle est capable de produire. Tout dépend de notre niveau de conscience. Je suis beaucoup plus optimiste sur notre action à nous individuellement, parce que je pense que, à notre échelle, nous pouvons agir avec beaucoup de sens, avec beaucoup plus de conscience, de conscience dans ce que nous mettons dans notre assiette.
La manière dont nous mangeons peut aussi être une manière de respecter—or de ne pas respecter—les sols qui ont permis à cette nourriture d’arriver dans cette assiette. Je crois que nous devons tous mettre des niveaux de conscience beaucoup plus élevés dans toutes nos consommations, dans nos achats, et réfléchir à ce dont nous avons réellement besoin et ce qui nous est plus ou moins imposé par un système de croissance qui repose toujours sur des réserves naturelles. Voilà, je pense beaucoup à cette action-là, c’est pour ça que je reste extrêmement positif.