[Musique] Quand j'étais adolescent, c'est-à-dire de mes à peu près 15 à 18 ans, je passais mes weekends, surtout les soirs de weekend, avec mes parents à regarder des films romantiques. Il y avait deux types de personnages masculins : vous aviez un héros qui était romantique, souvent validé par la femme, et vous aviez un connard. Il y avait de grandes chances qu'il y ait un connard qui, lui, était rejeté par la fille.
Ce connard avait plusieurs caractéristiques masculines qui étaient complètement caricaturées et ridiculisées, ou on va dire, oui, montrées du doigt par le film. En fait, on n'avait pas du tout envie de s'assimiler à ce personnage, forcément. Alors, je vous explique un petit peu.
Par exemple, ce connard-là était un séducteur, et on allait assimiler ça au fait qu'il trompait sa copine. Par exemple, ce mec-là avait envie de coucher rapidement avec la fille, donc on allait faire l'amalgame avec le fait que c'était un queutard. Il était ambitieux, et donc on allait faire l'amalgame avec le fait qu'il voulait gagner beaucoup d'argent, enfin, qu'il ne pensait qu'à l'argent, qu'il était égoïste.
On n'avait pas du tout envie de lui ressembler, donc forcément, on avait envie de ressembler au romantique, et on allait essayer, du coup, de s'éloigner de ce qui est masculin et perçu comme mauvais, le connard, pour essayer de ressembler plutôt à ce qui est romantique, ce qui est validé par la femme. Maintenant, quand je regardais ce genre de film, j'avais deux sensations. Je me souviens, dans un premier temps, j'avais de la culpabilité.
Je me disais : [ __ ] j'espère ne jamais vieillir comme ce gars-là. Ensuite, j'avais de l'arrogance. Je me disais, non, parce que moi, je suis différent.
Moi, j'ai mieux compris les femmes que tous les autres gars. Je suis quelque chose de rare, et je saurai leur donner ce qu'elles veulent, parce que je suis comme le romantique. En fait, si vous voulez, le sous-entendu de ce genre de film, c'est de vous faire croire que vous, le spectateur, vous êtes rare, vous, le romantique, vous êtes quelque chose de rare dans une société de misogynes et de connards, là où la majorité sont des connards.
Donc, forcément, vous avez envie de prendre votre épée et votre cape de chevalier blanc et de vous dire : moi, je vais aller sauver les femmes de ce monde cruel et misogyne, parce que c'est ça le principe du chevalier blanc : penser que le monde est cruel et difficile pour les femmes et qu'il y a très peu d'hommes comme moi, le chevalier blanc, d'hommes romantiques pour les aider. Il y a un autre conditionnement qui vient, lui, des femmes. Vous savez, ce discours-là quand vous vous retrouvez avec une fille durant un rencard et qu'elle vous parle de son ex, et qu'à ce moment-là, elle va vous dire : alors, mon ex, c'était un connard, voilà, blablabla, il m'a trompé, il était jaloux, il était agressif, ce que vous voulez.
Et là, elle va vous englober avec tous les mecs, elle va vous dire : mais tous les mecs sont les mêmes, tous les mecs sont des connards, ce sont tous les mêmes. Et vous, vous dites : ah non, pas moi, moi je suis différent. Il faut que je montre que je suis au-dessus de tout ça, et je vais lui prouver que je ne suis pas comme tous les autres gars qu'elle a rencontrés.
Je vais l'impressionner, vous voyez. Elle vous met dans cette position de chevalier blanc et elle vous fait croire que, enfin, elle pense elle-même que c'est ce qu'elle veut ; elle veut un mec qui soit compréhensif, qui soit à l'écoute, qui ne veuille pas coucher avec elle trop rapidement, parce que ça va la brusquer. Et vous-même, vous allez assimiler tout ça, vous allez vous dire : non, je ne vais pas coucher avec elle trop rapidement, parce que la pauvre, elle en a chié, quoi, ce n'était pas facile.
Donc, du coup, pour ne pas ressembler à ce connard qu'elle a rencontré, soi-disant, vous allez vous comporter inversement. C'est-à-dire que tout ce qui était masculin, misogyne, vous allez le retirer de chez vous, et vous allez vous comporter comme ce qu'elle veut. Donc, vous essayez de lui ressembler, à la fille, au final.
Mais le problème, c'est que c'est peut-être ce qu'elle veut et ce qu'elle dit vouloir, mais ce n'est probablement pas ce dont elle a besoin. Parce qu'en essayant de ressembler à ce qu'elle dit vouloir, vous vous dévirilisez et vous vous désexualisez, et c'est là le problème. Être un mec gentil, ce n'est pas grave, évidemment, mais ce qui est mauvais, c'est de se désexualiser pour la rassurer, pour vouloir trop la rassurer et lui dire : voilà, tu vois, je ne suis pas un connard, moi, je suis un mec bien.
Donc, au final, à force de se désexualiser et de se déviriliser, limite, l'idéal, c'est l'androgynie. Vous êtes peut-être un mec sympa à ses yeux, mais ça ne suffit pas, parce que vous êtes asexué. Comme je vous dis, elle ne couche pas avec un mec asexué.
Vous, vous pensez être rare, mais on vit dans un monde de chevaliers blancs, en fait, surtout dans la société féministe et castratrice dans laquelle on vit. Et les connards, il n'y en a pas tant que ça, au final, mais on entend parler d'eux, ça c'est sûr. Moi, j'étais chevalier blanc d'une prostituée, et croyez-moi, vous n'avez pas envie d'être le chevalier blanc d'une prostituée.
Cette fille, en fait, c'était… À 18 ans, en plus, j'étais assez jeune, j'avais très peu d'expérience avec les filles, et cette fille-là avait couché avec énormément de gars. Elle se faisait payer pour ça, elle n'avait jamais eu de relation sérieuse, et je crois qu'elle ne savait même pas ce que c'était qu'une relation sérieuse. Moi, je croyais que c'était ce dont elle rêvait et que j'allais lui enlever des griffes des méchants mecs qui payaient pour coucher avec elle, et que j'allais lui faire vivre une belle relation sérieuse.
En fait, ce n'est pas du tout ce qu'elle voulait. Je m'étais aveuglé parce que je croyais que c'était ce qu'elle souhaitait avoir, ce qui fait qu'elle m'a trompé à tour de bras. Moi, j'étais son psychologue, je ne voyais rien, je me disais… j'avais accepté le compromis qu'elle aille voir d'autres mecs parce que, voilà, elle vivait dans une situation un peu compliquée.
Il fallait que je sois conciliant, que j'essaie de la comprendre. Moi-même, étant en psycho, je devais jouer ce rôle-là et donc accepter qu'elle aille voir d'autres gars. Tu vois, je me suis fait humilier, j'en ai souffert.
Enfin bref, c'était quelque chose que je ne te souhaite pas du tout. Et crois-moi, je sais ce que c'est, être un chevalier blanc. Alors là, en l'occurrence, ce qu'il faut, c'est juste prendre conscience de ce conditionnement social.
Sur le moment, c'est-à-dire que quand une fille essaie de vous sortir son discours culpabilisant, comme quoi son ex était un connard et que tous les mecs sont des connards, voilà, prenez-en conscience. Prenez conscience du message, parfois du message de certains films romantiques. Prenez conscience de l'éducation que vous avez pu avoir.
Deuxième chose que je pourrais vous dire, c'est n'ayez pas honte d'être un homme. C'est aussi con que ça à dire, mais si vous avez envie de coucher rapidement avec une fille, ce n'est pas que vous êtes un monstre ou que vous êtes sale, un connard ou un queutard. C'est juste que vous avez de la testostérone qui augmente votre libido, tout simplement, et vous êtes en bonne santé.
Ne vous désexualisez pas, ne vous dévirilisez pas pour rassurer une fille et pour lui plaire.