En juillet 2018, Jean-Claude Van Damme était invité chez Ruquier pour s'exprimer sur son film, face à Marlène Schiappa, qui était également présente. Il y a tenu des propos considérés comme "bof" par beaucoup de personnes, ce qui a choqué apparemment certaines personnes, notamment sur le plateau. Marlène Schiappa s'était empressée de lui faire la morale sur le plateau télé.
Le lendemain de cette émission, très spontanément, j'ai pris ma caméra et je me suis fait avocat du diable en défendant Jean-Claude Van Damme. Ce qui s'est passé, c'est que dans les jours et les semaines qui ont suivi, d'autres créateurs de contenu ont également pris leur caméra pour défendre Jean-Claude Van Damme. À partir de ce moment-là, j'ai commencé à être assez vigilant et à remarquer qu'à chaque événement qui se produisait, il y avait une ribambelle de créateurs de contenu dans le bon flux d'actualités qui analysaient cet événement de la même manière, avec les mêmes arguments.
Avec une forme différente, mais le fond était toujours le même. J'ai commencé à trouver ça suspect. Je me suis dit : serions-nous dans une chambre d'écho ?
Ce n'est pas un mot que j'ai inventé, je précise. Avec des gens qui se disent "ouais, t'as raison", et se répètent tous les uns les autres : "tu as raison", par exemple, et nous sommes tous d'accord les uns avec les autres. Le monde est parfait, le monde est merveilleux.
Ce principe de chambre d'écho résulte d'un biais psychologique et d'un algorithme. Le biais psychologique, c'est l'exposition sélective. L'exposition sélective, c'est que nous, êtres humains, avons tendance à sélectionner et rechercher les informations qui valident nos croyances et nos convictions, tout en nous éloignant du contenu qui invaliderait ou viendrait en contradiction avec nos croyances.
Le but des réseaux sociaux n'est pas de vous apporter une information pertinente au moment où vous en avez besoin, vous le savez. L'objectif des réseaux sociaux, c'est de vous garder sur leurs plateformes et de vous faire revenir. Donc, quel est le meilleur moyen pour ça ?
Vous faire plaisir, vous donner du plaisir. Et pour ça, ils savent surfer sur nos failles psychologiques. On l'avait vu avec la récompense aléatoire, par exemple sur Instagram.
Et, hélas, cette fois, c'est avec l'exposition sélective en vous proposant du contenu que vous aimez, qui vous fait plaisir, et en essayant de vous éloigner du contenu qui vient en contradiction avec vos croyances. Ce n'est ni bien ni mal d'ailleurs, nous sommes tous complices. Souvent, les gens me disent : "écoute, moi, j'aime pas la psychologie parce que la psychologie nous met dans des cases", alors qu'on est tous uniques.
En fait, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les plateformes que tu adores, que tu préfères et sur lesquelles tu passes beaucoup de temps se retrouvent dans des cases. Et c'est parce qu'elles tombent dans des cases bien définies que tu les adores, parce qu'elles savent te proposer exactement ce que tu veux, au moment où tu veux. Que ce soit Netflix, YouTube ou Instagram, choisis ton poison.
Les réseaux sociaux nous ont mis, avec notre propre consentement, dans des bulles algorithmiques. La bulle algorithmique, c'est un ensemble de créateurs de contenu qui nous sont proposés par rapport à nos données de navigation, par rapport à des statistiques qui sont élaborées à partir de profils similaires aux nôtres. Ces créateurs de contenu, en général, plaisent à des gens qui ont des profils similaires aux nôtres.
Et en général, ils ont des convictions, des croyances qui ressemblent aux nôtres et qui se ressemblent entre eux aussi. Donc cela fait qu'on est tous un petit peu dans un petit univers, une petite bulle, un petit microcosme. Je suis fier de vous dire qu'en ce moment, j'envoie un mail par semaine sur la Gazette Philogène.
J'arrive à tenir le coup. En fait, j'utilise ça comme un laboratoire de test. Des trucs, parfois c'est un peu bête, parfois c'est intéressant.
On y parle de psychologie, comme aujourd'hui, ça va être le cas, ou de séduction. En ce moment, je suis inspiré, donc profitez-en ! C'est le mercredi soir, en général, que vous recevez un mail de ma part.
On enchaîne avec la vidéo. Dans cette vidéo, j'ai envie de vous lister trois conséquences négatives, selon moi, liées à ces bulles algorithmiques et pourquoi je pense que ça peut être dangereux. La troisième est littéralement effrayante.
Ce n'est pas du pipeau, je crie : "Libérez la troisième ! ". Moi, elle me fait très peur.
[Musique] Le premier point, j'appelle ça le confort du "safe space". Premier danger. Alors, le "safe space", c'est une expression américaine que je déteste personnellement et qu'on entend très souvent aux États-Unis.
Eh bien, j'ai l'impression que les réseaux sociaux sont imprégnés, imbibés de cette culture du "safe space" américain, et que quand on se retrouve dans une bulle algorithmique, on est protégés intellectuellement, culturellement, de ceux qui pourraient penser différemment. Dans les réseaux sociaux, pour ne pas blesser nos "feelings" (c'est aussi une expression américaine), on ne nous propose que du contenu qui va encore une fois dans le sens de nos convictions. Dès lors que quelqu'un aurait un avis divergent par rapport à ce que l'on appelle le bon sens commun, on appellerait ça un "troll".
Le troll, c'est celui qui vient secouer l'harmonie de la bulle algorithmique et du "safe space". On évite finalement de se mettre en danger intellectuellement en allant consulter du contenu qui pourrait ébranler nos propres convictions. On perd en empathie aussi, parce qu'on a du mal à concevoir que des gens puissent penser différemment, puisque nous ne voyons plus ces gens-là, ils sont invisibles, ils n'apparaissent plus dans notre fil d'actualité.
Et donc, à une époque où on pouvait. . .
On a Internet où. . .
On a accès à un nombre incalculable d'informations. On n'a jamais été autant centrés sur notre propre bulle algorithmique. On n'a jamais été autant fermé d'esprit.
Finalement, le deuxième point, c'est l'illusion du « 15 » ou du feu. Le deuxième point, c'est l'illusion du consensus. Vous êtes dans une bulle algorithmique et chaque créateur de contenu que vous regardez, ainsi que chacun des abonnés de leurs abonnés, partagent tous un dénominateur commun, qui est une certaine forme de bon sens collectif.
Ce qui se passe, c'est que dans votre flux d'actualité, vous voyez de plus en plus de créateurs de contenu, puisque YouTube ou les réseaux vous en présentent de plus en plus, qui vont dans le sens de vos convictions. De plus en plus de personnes répètent à peu près les mêmes choses, mais de manière différente. On répond à peu près aux mêmes problématiques de fond, mais l'un va le traiter avec humour, l'autre va le faire avec du charisme, un autre avec un beau montage, et un autre avec des arguments factuels.
Idem pour les faits d'actualité. Vous allez vous retrouver, chaque fois qu'il se produit un fait d'actualité, avec dans votre page d'accueil des dizaines de créateurs de contenu qui vont tous dans le même sens, mais avec un style différent. Ça crée un sentiment d'abondance.
Vous avez l'impression que gravats, tout le monde est d'accord. En fait, le bon sens est là, et des études montrent que Martine GP10 démontre que plus une opinion est partagée par un grand nombre de personnes, plus on a l'impression que cette opinion est crédible. Ce qui se passe, c'est qu'il y a un nombre qui est artificiellement plus élevé.
En fait, une proportion plus élevée de gens croit comme vous sur votre page d'accueil, donc cela augmente ce sentiment d'abondance et en découle une illusion de bon sens. Nous avons le bon sens parce que plein de gens le répètent de manière différente sur ma page d'accueil. Comme disait Descartes, « le bon sens est la chose la mieux partagée au monde », disait-il de manière ironique.
Le bon sens, oui, à condition de rester dans sa petite bulle algorithmique. Là, on est sûr d'avoir le même bon sens, mais qu'en est-il de l'extérieur ? Cette illusion de bon sens, on pourrait dire : « Ouais, mais c'est juste virtuel, c'est les réseaux, ce n'est pas la vraie vie.
» Ce que vous regardez au quotidien a une influence sur vos pensées, et donc sur vos comportements, et sur les décisions que vous allez prendre dans ce que vous appelez la vraie vie. Il n'y a pas de distinction entre les deux, donc faites bien attention. Nous allons voir juste là à qui vous choisissez de regarder.
Vous connaissez probablement cette phrase qui dit : « Nous sommes la moyenne des cinq personnes que nous côtoyons au quotidien. » D'habitude, je ne suis pas fan des phrases toutes faites comme ça et je tends à m'en méfier, mais il s'avère que cette phrase n'est pas si bête que ça. Je vais vous donner trois études : ce sont des études longitudinales, c'est-à-dire qu'elles ont été faites sur un grand nombre d'années.
En l'occurrence, la première a été faite sur un grand panel de plusieurs milliers de participants entre 1971 et 2002 dans le cadre de la santé cardiaque pour évaluer la santé cardiaque des Américains. Cette étude a démontré que si un de vos amis devenait obèse, il y avait 57 % de probabilités en plus que le groupe contrôle que vous deveniez obèse dans les deux à quatre ans. S'il s'agit d'un ami d'ami, il y a 20 % de probabilités en plus.
Même résultat pour la consommation de tabac et le sentiment de joie, c'est-à-dire que si un ami à vous se met à fumer, vous avez 61 % de probabilités en plus de devenir fumeur à votre tour. Si c'est un ami d'ami, ce sera 29 %. C'est pareil sur le sentiment de joie, donc si votre ami devient joyeux, vous souhaitez plus de chances de devenir joyeux à votre tour.
Si c'est un ami de votre ami, c'est parlant. Jouons à cette réflexion : imaginez si les amis de vos amis ont une influence sur vous, sur votre santé, sur votre niveau de joie, et probablement plein d'autres variables qu'on découvrira dans d'autres études. Imaginez alors l'impact et l'influence qu'une personne que vous regardez régulièrement sur votre téléphone peut avoir.
Imaginez l'influence qu'un créateur de contenu que vous regardez quotidiennement ou hebdomadairement peut avoir. Eh bien, ces gens-là font partie de votre entourage. Ils ont probablement une influence plus grande que vos amis, voire même que votre famille, puisque vous passez probablement plus de temps avec eux.
Cela dépend, bien sûr; moi, je fais partie de votre entourage, mais plutôt lointain, car vous ne me voyez au maximum qu'une fois par semaine. Tout ça pour dire que je fais partie de votre entourage et que vous devriez faire bien attention à qui vous laissez rentrer dans votre entourage, étant donné l'influence qu'ils ont sur vous. Décider de regarder quotidiennement ou hebdomadairement un créateur de contenu, ce n'est pas un choix anodin.
Cela signifie que cette personne peut avoir une influence sur notre personnalité, sur notre manière de voir le monde, voire même sur notre santé. Mais c'est merveilleux, comme ça peut être terrifiant, en fonction de votre choix. En fait, si vous choisissez de passer du temps avec les gens qui sont les numéros un dans leur domaine, dans un domaine que vous adorez, par exemple, si vous adorez la botanique, ou peut-être la philosophie, eh bien, vous passez du temps avec les trois personnes que vous avez définies comme étant les meilleures dans le domaine de la philosophie en France ou à l'étranger.
Et ben. . .
Tiens, hop ! Je vais passer deux heures par semaine avec Raphaël Enthoven, parce que j'aime ce type, et ce mec-là va avoir une influence dans votre vie. Vous voyez ce que je veux dire ?
Donc, c'est merveilleux. Si, si, la philosophie, c'est ce que vous aimez. Si vous avez décidé que, par exemple, un domaine était maillé, maintenant, dans l'autre sens, c'est l'axe terrifiant.
Nous sommes la moyenne des cinq créateurs de contenu que nous côtoyons au quotidien, que nous consommons au quotidien. Mais si votre quotidien, c'est de consommer des vidéos drôles sur Instagram, des vidéos de 30 secondes avec des chats rigolos ; si votre quotidien, c'est de défiler le fil d'actualité là, sur un stade, avec des photos à la queue leu leu, qu'est-ce que ça fait de vous, en fait ? Et le pire, c'est que les réseaux viennent renforcer tout cela.
Et puisqu'on l'a vu, il y a le bull algorithmique et âme aux algorithmes. Donc, plus vous regardez des choses sans intérêt, plus les réseaux vous mettent des trucs en avant. Plus je regarde des fesses sur Instagram, plus Instagram va me mettre en avant des fesses.
Et qu'est-ce que cela fait de moi si mon quotidien, c'est de regarder une heure par jour des fesses sur Instagram ? En conclusion de cette vidéo, je dirais : restons humbles. On va finir sur notre humilité.
Restons humbles, nous sommes tout petits face à ces immenses machines que sont les réseaux sociaux, n'ayons pas l'arrogance de croire que nous sommes uniques ou hors des cases. Car c'est lorsque nous pensons être différents, uniques, spéciaux, que nous sommes le plus influençables. Et je finirai sur les sages paroles de Tyler Durden, qui disait : "Nous ne sommes pas exceptionnels, nous ne sommes pas des flocons de neige merveilleux et uniques.
Nous appartenons tous aux mêmes tas d'humus en décomposition. " Oui, alors avant de finir cette vidéo, les beaux jours reviennent, comme vous pouvez le voir avec cette belle luminosité. N'hésitez pas à me renvoyer une demande pour faire des séances avec moi, des séances terrain pour ceux que ça intéresse sur Paris, Lille, Lyon, et éventuellement certaines autres villes.
Vous pouvez me contacter pour en discuter et éventuellement discuter au téléphone. Toutes les infos sont dans la barre de description. À bientôt !