entre 40 et 50000 personnes victimes de prostitution, une réalité de proxénétisme ou de réseau de traite des êtres humains. Elle nous raconte qu'elles se font régulièrement insulter, des voitures qui passent, qui ouvrent les fenêtres, qui les insultent. Comment je réagirais si j'avais vécu les vies qui a bossé, les accidents de parcours, les drames familiaux ?
Est-ce que j'aurais la même force ? Peux pas donner à tout le monde. Par contre, faire un sourire aux 5 aux 10 personnes qu'on voit tous les matins, ça normalement c'est à notre portée quoi.
Bonjour Thierry. Bonjour Aud. Thiry, je vais vous présenter en quelques minutes.
Vous avez une soixantaine d'années, vous êtes ingénieur de formation, marié, père de famille. Vous avez une carrière bien rempli dans l'industrie, notamment chez Peugeot. Et puis il y a quelques années, vous avez décidé de quitter Peugeot, de quitter le privé pour rejoindre une association, vous engager dans l'accueil des exclus et vous y consacrez totalement en tant que salarié.
Et vous avez par ailleurs, on le précisera, une activité de bénévole sur le terrain en dehors de votre activité et de direction de au captif. Alors, est-ce que vous pouvez nous raconter votre parcours avant cet engagement peut-être en quelques quelques minutes, qui êtes-vous et et comment êtes-vous arrivé à arrivé là ? Alors, oui, de façon très très simple.
Donc, formation d'ingénieur en y repensant à la fin de mes études, moi j'avais envie de d'un métier avec des relations humaines. Donc, j'ai choisi de travailler dans l'industrie, de démarrer en usine pendant un certain nombre d'années et puis voilà, Peugeot, c'est une grande entreprise Stellantis maintenant. Donc avec euh différents euh différents postes, différents métiers à la fois en usine, en France, à l'étranger et puis dans le le pilotage de projet.
beaucoup de choses euh intéressantes, beaucoup de belles rencontres, euh ouais des belles années et puis euh à un moment le sentiment que le verre était un peu en train de se vider dans ce que ce qui pouvait m'attendre chez Peugeot et du coup a refait surface euh je pense une idée qui cheminait un peu en s en souterrain depuis longtemps d'aller vers autre chose, de répondre un peu à une interpellation d'aller vers les plus pauvres. Donc il y a à peu près 3 ans, j'ai décidé de quitter Peugeot et puis et puis après un processus de reconversion assez classique quoi, de repos, de bilan de compétences, d'accompagnement euh d'engagement bénévole aussi et puis et puis de recherche. Après en fait dans le dans le le processus d'accompagnement là pendant ma phase de reconversion la question qui avait été posée de dire le monde associatif c'est très grand il y a plein de plein de causes plein de possibilités et en fait important pour pouvoir s'engager dans la durée que ça soit une cause qui parle quoi.
Les questions qui m'avaient été posées c'était très concret ça c'est quel est les tranches quelles sont les tranches d'âge qui te parlent quoi ? Moi, je me suis plutôt reconnu dans des des des jeunes ou des personnes en âge de travailler, en âge de s'insérer, plus que dans des enfants, plus que dans des personnes âgées. Et puis cette cette question de la précarité, ouais, là aussi c'est quelque chose qui me parlait.
Du coup, je me suis orienté vers ce type d'association et puis après j'allais dire c'est le petit coup de pouce qui a fait que les captifs c'était le bon moment et voilà. donc que j'ai candidaté puis que j'ai finalement été retenu parce qu'effectivement il y avait un directeur général qui était là depuis quelques temps. Thierry Desier passé 14 ans ou qui a passé 14 ans quand même.
Donc ça veut dire qu'on s'attache quand même beaucoup à cette association. Et et donc ce que vous me disiez hors micro, c'est que vous avez commencé un peu par du bénévolat quand même pour bien connaître cette association parce que c'est important de de d'aller sur le terrain avant de diriger l'association d'aller sur le terrain. Ouais c'est c'est c'était des engagements bénévoles.
Je suis là parmi d'autres mais qui étaient aussi pour rentrer dans le monde associatif. Voilà, en tant que cadre chez Peugeot, j'ai pas beaucoup de temps pour me consacrer à du béné enfin pour faire du bénévola en parallèle. Du coup, c'est aussi une façon concrète de mettre un pied dans le monde associatif.
Voilà, aussi en parallèle un peu de formation et cetera. Et donc c'est très riche, d'abord très riche de découvrir ce monde-là de façon un peu gratuite en étant bénévole et avec plus de temps, plus de disponibilité et puis euh riche ensuite en tant que en tant que salarié, en tant que directeur de d'avoir connu cette cette réalité du bénévolat quoi. Alors, c'est peut-être le moment de nous expliquer ce que sont au captifs la libération dirait.
Alors, au captif la libération, voilà, un nom qui peut prêter à confusion. On ne on n'intervient pas auprès des des prisonniers au Captif Libération. Donc c'est c'est une assaut, vous le disiez autre, qui a été fondée en 1981 par un prêtre de Paris dont la mission est d'aller à la rencontre de deux publics, les personnes de la rue et puis les personnes en situation de prostitution.
Une association qui a démarré avec des bénévoles. Au bout d'une dizaine d'années, il a eu le souhait de recruter des salariés et dans l'idée aussi de faire évoluer le travail social. c'est un homme qui était sociologue de formation donc de faire évoluer le travail social et c'est l'un des pionniers de ce qu'on appelle maintenant l'allée vert consiste non pas attendre que des personnes en précarité viennent derrière un guichet dans un lieu et cetera, mais qui consiste à aller les voir et à créer une relation.
Voilà. Et donc on est resté très fidèle à ça. Aujourd'hui, c'est donc une assaut qui a un peu plus de 40 ans, 80 salariés, 300 bénévoles, 350 bénévoles, même à Paris en région.
une quinzaine de lieux différents et dans nos activités, c'est d'abord d'aller à la rencontre, donc des maraodudes, puis après des accueils, des accueils de jour. On a aussi une colocation solidaire, un petit atelier d'insertion, voilà. Puis on propose toute une palette d'activités et d'accompagnement social aux personnes qu'on bah qu'on accompagne.
Alors, une de vos spécificités, on le disait, c'est d'aller vers les personnes en situation de prostitution et les gens de la rue euh à main, je sais pas comment vous dites, à main nu, c'est-à-dire que voilà, à main nu, c'est le terme. Donc vous n'apportez rien. Du coup, le fait de ne rien apporter, d'aller juste dans l'échange, comment ?
Quelle en est la richesse ? Ouais. Quelle en est la richesse ?
Voilà. Alors la première chose effectivement le le vocabulaire du social, on parle de marude distributive ou de marude non distributive et les deux ont leur place. Le choix là c'est vraiment d'aller à la rencontre donc à main nu.
Donc on vient sans rien. Ce qui est un peu perturbant au début quoi. Et on voit bien nos nos nouveaux bénévoles qui arrivent.
Ça serait quand même plus simple si je pouvais donner un peu de café. Et puis en fait, ils ont quand même besoin de café. Donc on veut pas être celui qui donne et puis de l'autre côté à celui qui donne à celui qui reçoit quoi.
L'idée c'est vraiment d'essayer de créer une relation au même niveau quoi. Donc donc en fait on vient on partage notre temps, on partage notre cœur. On est presque dans une logique d'inversion des rôles en fait.
C'est-à-dire que quand on arrive donc on est en en binôme ou en trinome et finalement on demande aux personnes si on peut s'arrêter un petit moment parler voilà puis dans certains cas les gens nous disent non voilà c'est pas le moment et cetera donc très bien bonjour à la semaine prochaine et puis dans certains cas on peut échanger ce qui est important aussi c'est qu'en fait dans la le tout est basé sur la fidélité donc c'est le même binôme ou le même trinome qui tourne. Si si je prends mon exemple, tous les jeudis soirs au bois de Boulogne sur un parcours qui est bien identifié. Et donc en fait quand je dis que je vais au bois de Boulogne, je vais pas au bois de Boulogne.
Je sais que je vais rencontrer Madeleine, Pamela, Jeanette, Fa, Angie. Voilà. Et donc en fait on vient faire le tour et rencontrer des gens qu'on connaît toutes les semaines quoi.
Et donc petit à petit, la relation peut se peut se créer quoi. De quoi ont besoin ces personnes que vous allez voir, notamment les personnes en situation de prostitution ? C'est une bonne question.
Elles ont besoin de plein de choses. Bien sûr, les personnes en situation de prostitution, c'est une réalité qui est assez méconnue. Je pense que tous les tous les gens qui habitent en ville, on voit des personnes à la rue.
C'est une réalité alors même si on les regarde pas forcément, mais c'est une réalité qu'on côtoit. Des personnes en situation de prostitution, on les côtoie moins. Donc c'est une vie qui est qui est vraiment très dure.
C'est une réalité qui est sordide. au-delà de leur activité, c'est vraiment des personnes qui sont déconsidérées. Donc elles nous racontent que se font régulièrement insulter, des voitures qui passent, qui ouvrent les fenêtres, qui les insultent et cetera.
Donc elles ont d'abord besoin de rencontrre et de rencontre de personne à personne. Et c'est là où le fait d'arriver les main, ça a tout son sens parce qu'on est effectivement par la force des choses dans une rencontre de de personne à personne. Quand vous me disiez, est-ce que elles ont le souhait euh de sortir de cette de cette situation de prostitution et comment vous les accompagnez ?
Aujourd'hui, pour avoir donné un ordre de grandeur, on estime qu'il y a en France entre 40 et 50000 personnes victimes de prostitution. avec une réalité qui est très majoritairement une réalité de proxénétisme ou de réseau de traite des êtres humains. Forte majorité de personnes étrangères qui ont eu des parcours migratoires compliqués et et souvent épouvantables et très très éprouvant.
Donc en fait sortir de la prostitution c'est comme sortir de la rue, c'est un chemin. Pour le coup, il y a il peut y avoir des petits déclics mais mais c'est c'est un processus, c'est un chemin et donc c'est d'abord des rencontres, c'est d'abord être regardé comme une personne, considéré comme une personne, reprendre confiance dans le fait que bah oui, d'autres peuvent reconnaître ma dignité en tant que personne et puis petit à petit le l'accompagnement peut amener à se dire "Bah en fait oui, autre chose est possible Et et oui, je peux envisager un chemin avec l'aide d'une assaut rarement toute seule, donc d'une assaut de partenaire, imaginer un chemin qui aille vers autre chose. Mais il y a souvent une dynamique d'enfermement avec tout un tas de contraintes évidemment, des contraintes économiques, des contraintes de méconnaissance de la langue, d'absence de papier, de d'absence de d'alternative.
en fait une personne qui vient de d'Afrique sub-saharienne, c'est le cas pour pas mal ou d'Amérique latine, en fait en France, ils ne connaissent que le réseau qui les a emmené en France et puis et puis les personnes qui sont dans la même situation qu'elle, quoi. Donc pas simple de se projeter, d'imaginer qu'un autre qu'une autre situation est possible quoi, qu'une autre vie est possible. Donc ça ça prend du temps.
Donc ça prend du temps et c'est pas le but premier temps de vos rencontres. Alors c'est très paradoxal. très paradoxal parce qu'évidemment quand on quand on va voir quelqu'un qui est en situation de prostitution, quand on va voir quelqu'un qui est dans la rue, spontanément on peut se dire bah il serait mieux ailleurs dans une autre dans une autre vie.
Donc il y a une il y a une conversion du regard pour se dire en fait non, je vais la rencontrer parce qu'elle est là, parce qu'elle a de la valeur indépendamment de ce qu'elle vit et c'est vraiment ce qu'on souhaite faire et ce qu'on essaie de faire. Donc important dans le respect de la liberté des personnes de pas projeter nos attentes. Et paradoxalement, on est convaincu et moi je suis convaincu que c'est le fait d'y aller gratuitement qui permet aux personnes de se sentir considéré pour ce qu'elles sont et non pas pour ce qu'on voudrait qu'elles soit.
Et et ça ça contribue au fait de reprendre confiance en soi, de reprendre conscience de voilà de sa dignité de personne humaine. Et donc paradoxalement cette gratuité elle contribue à au fait de pouvoir ouvrir des chemins et donc voilà compte tenu du nom de notre association, on parle de chemins de libération mais voilà de chemins qui qui peuvent permettre de effectivement des changements de des changements de vie de quelque nature qu'il soit quoi. et celui qui va euh vers vous-même euh puisque vous êtes là euh les bénévoles de l'association, en quoi ça transforme ?
En quoi ça vous transforme ? En quoi ça nous transforme ? C'est c'est assez large comme euh comme palette.
J'aime bien dire moi que c'est comme un oignon dont on enlève les couches. Voilà. Donc petit à petit le cœur le cœur se dépouille.
Au départ on peut être un peu je dire comment comment je m'y prends quoi. Comment je m'y prends ? Comment ça se passe ?
à quoi vont ressembler ces ces rencontres ? Donc donc quelque part, on fait tomber des peurs. On se rend compte qu'en fait bah voilà, c'est des c'est des personnes, on parle, on parle de personne à personne, on peut parler de tout et de rien.
Euh et souvent les conversations peuvent être un peu banales. Vous parlez de quoi justement ? Ça peut être du temps qu'il fait, ça peut être de la vie quotidienne, ça peut être de ce qui se passe autour, de la saison.
Tiens bah voilà, c'est les fleurs, c'est voilà. Tiens, bah là on arrive, c'est l'hiver, bah il fait nuit. Voilà, je me souviens d'avoir parlé du vent des globes.
Ça peut être d'avoir ça peut être aussi sur des discussions plus profondes, mais en fait qu'est-ce qui te fait tenir ? On a une discussion avec Ariel il y a quelques semaines qui Ariel est toujours souriante quoi. Et voilà.
Mais qu'est-ce qui te fait tenir ? Qu'est-ce qui te qu'est-ce qui te qu'est-ce qui te permet d'être souriante dans ces situations que tu vis ? Voilà.
Donc ça peut être des très simple ou très profond suivant les semaines et puis d'une semaine à l'autre, bah voilà, la semaine d'après, on peut revenir vers des discussions très très basique quoi. Je pense qu'on fait tomber beaucoup de jugement. On est dans une société où on peut avoir tendance à juger vite et puis une société qui qui a tendance aussi à responsabiliser beaucoup les personnes.
Une personne qui est à la rue, bah quelque part, c'est de sa faute, faut qu'il se bouge. Comme dit certains, il y a qu'à traverser le trottoir pour aller chercher du travail. une personne qui est en situation de prostitution, bah c'est son choix.
Si elle fait ça, c'est son choix. Donc on fait tomber, il me semble beaucoup de beaucoup de jugements attif. Moi ce qui me frappe souvent, c'est comment je réagirais si j'avais vécu les vies à bossé, les accidents de parcours, les drames familiaux.
Voilà. Est-ce que j'auraiis la même force ? Donc beaucoup de respect, je pense pour ces personnes qui sont là.
J'allais dire qu'ils sont là debout. Certaines sont assises mais ou couchées mais mais qui sont là euh malgré une histoire qui est souvent très cabossée. Donc ça nous apprend beaucoup d'humanité quoi dans nos relations quoi.
des personnes qu'on rencontre Pamela qui qui parle très peu français Pamela Argentine et il y a quelques semaines un peu avant Noël qui monte s'installer dans notre camionnette où elle se pose pour discuter un petit moment et qui me regarde et qui me dit "Mais Thierry, tu as l'air fatigué cette semaine et en fait voilà, j'ai été émerveillé par cette attention mutuelle qui a pas celui qui prend soin de l'autre en fait. On voilà, on s'intéresse et on prend soin les uns des autres quoi. " Et vous étiez fatigué ?
J'étais fatiguée. Ouais, ouais, ouais, ouais. Observatrice.
Pam là. Ouais. Je vais revenir sur un point qu'on évoquait tout à l'heure et et parce qu'on va fêter bientôt un euh un anniversaire, si je puis m'exprimer ainsi, qui sont les 10 ans de la loi 2016.
Euh on en parlait hors micro, qui est une loi importante dans le milieu de la prostitution. Euh et qu'est-ce qu'elle représente cette loi ? Donc, on peut-être vous pouvez rappeler en en 2 secondes ce que ce que c'était.
Ouais. Ouais. Il y a eu beaucoup d'évolutions successives dans la la loi française au regard de la prostitution.
En 2016, il y a eu une étape très marquante. La France a pris une position qu'on appelle abolitionniste, donc à l'image de quelques autres pays dans le monde dont notamment la Suède qui est assez en avance, qui consiste à à reconnaître les personnes en situation de prostitution comme des victimes et de pénaliser les clients et puis les proxennets ou les réseaux qui les exploitent quoi. Donc voilà, ça veut dire que suppression du délit de racollage et cetera et puis mise en place d'un certain nombre de dispositifs dont des parcours de sortie de prostitution encadrés par la loi qui accompagnent les personnes qui souhaitent sortir de la prostitution.
Donc effectivement une étape très importante dans la position de la France et la façon dont la loi française regarde cette situation. Qu'est-ce que ça a changé vous qui voyez toutes les semaines ces personnes en situation de prostitution ? Qu'est-ce que ça a changé pour elle ?
Ça a changé la façon dont la loi regarde regarde ces personnes au quotidien. Il reste encore énormément de choses à faire. Et donc en particulier pour ces personnes qui sont souvent étrangères, qui parlent pas bien le français et cetera, elles ont pas toute conscience de ce que la loi a changé, pas toute conscience qu'elles peuvent aller dans un commissariat de police et que si elles vont dans un commissariat de police, en théorie, elles sont accueillies comme des victimes.
Elles peuvent porter plainte. Voilà, il y a encore un très gros chemin à faire pour que tout ça se se mette en place et qu'on soit vraiment dans l'accompagnement. Il y a encore pas mal de choses à faire pour mettre des moyens pour les les aider à sortir de cette situation.
Et puis il y a un énorme travail sur le regard que la société porte sur cette réalité de la prostitution. En fait, voilà, s'il y a des personnes qui se prostituent, c'est aussi parce qu'il y a des clients et donc des personnes, enfin des gens qui vont les voir. Donc quel regard la société porte là-dessus ?
Qu'est-ce qu'on fait en terme de prévention, en terme de sensibilisation et cetera pour accompagner ce changement de regard ? Et là, il y a encore un champ un champ d'intervention très large quoi. Donc notre notre souhait avec d'autres associations, c'est que les 10 ans de cette loi puissent être l'occasion d'un vrai bilan et puis de regarder bah comment on veut que la la société française continue à continue à évoluer sur ces sujets quoi.
Finalement, comment est-ce que chacun peut agir à son niveau ? pas temps dans le peut-être pas tant dans le domaine de aller euh voir les personnes en situation de prostitution parce que c'est peut-être plus difficile que que les personnes dans la rue qu'on croise tous les jours. Je le disais au début bah sans les regarder.
Effectivement c'est une c'est une vraie réalité. Comment est-ce que chacun peut agir chaque jour ? parce qu'il y a on peut pas résoudre le problème de on n'est pas des sauveurs des 100 domicile fixe en en un claquement de doigts champ chacun à son niveau.
Aujourd'hui les chiffres c'est de l'ordre de 350000 personnes sans domicile fixe donc après qui peuvent être hébergés et cetera mais mais voilà qui ont pas de logement donc évidemment ça va pas se faire ça va pas se faire comme ça. Petite expérience que j'ai faite une fois et que j'invite ceux qui nous écoutent à reproduire. J'avais un petit peu de temps et dans une rue passante, je me suis simplement appuyé contre le mur et j'ai regardé les gens passés et c'est impressionnant de voir les gens qui passent et qui ne vous regardent pas quoi.
Alors qu'on sait très bien qu'en fait il nous voit, on est dans le champ visuel mais il passe et il ne regarde pas quoi. Et voilà, ça m'a fait prendre conscience de cette réalité. Je discutais un jour avec Nico qui est un français que je connais bien et qui m'a dit "Bah super, j'ai trouvé un un bon spot de manche là, je suis content.
Il y a même des gens qui me donnent des billets puis même des gens qui s'arrêtent. " Je dis "Mais Nico, c'est quoi le plus important pour toi ? C'est le billet ou la personne qui s'arrête ?
" Il a pas hésité une seconde. Pas hésiter une seconde, c'est la personne qui s'arrête. Ce que ça me fait dire c'est voilà, on va pas pouvoir venir en aide à 350000 personnes d'un coup.
Par contre, en fait, sur notre chemin quotidien, on nen croise pas tant que ça des gens qui sont qui sont dehors. Donc oui, ceux-là les regarder petit à petit leur sourire, pourquoi pas un jour le leur dire bonjour, leur demander comment ils s'appellent et puis dire voilà, moi je m'appelle Thierry, comment vous vous appelez ? Ça c'est quelque chose qui est à notre portée, qui a vraiment du sens pour eux et puis qui a vraiment du sens pour nous quoi.
Et pourquoi est-ce que notre société finalement détourne ses yeux ? Pourquoi pourquoi naturellement on ne fait pas ce que vous ce que vous recommandez ? Parce que parfois on est pressé effectivement.
Mais on d'abord il peut y avoir des peurs, des barrières, on sait pas comment s'y prendre. On peut avoir un peu de culpabilité, voilà. Puis se dire "Bah, il va me demander de l'argent.
C'est pour aller boire et puis de toute façon je peux pas donner à tout le monde. Voilà. Moi ça ça m'a beaucoup déculpabilisé ce que je racontais tout à l'heure de de Nico.
Bah en fait voilà, on peut pas donner à tout le monde. Par contre faire un sourire aux 5 aux 10 personnes qu'on voit tous les matins, ça normalement c'est à notre portée quoi. Et puis c'est une réalité qui nous renvoie à nos propres fragilités.
Euh voilà donc ça vient questionner pas mal de choses. Merci beaucoup Thierry. On va passer à une partie un petit peu différente de notre entretien avec des questions un peu plus rapides et des réponses un peu plus rapides.
Si vous deviez qualifier d'un mot votre engagement transformant, à quel moment vous vous êtes senti le plus utile ? L'un des points qu'on apprend à vivre, c'est le sentiment d'impuissance. On fait ce qu'on peut, mais on n'est pas des sauveurs.
Où trouvez-vous votre énergie et votre votre joie d'aller vers vers l'autre ? C'est vraiment la joie de la relation, la relation simple de Ouais. de personne à personne.
Est-ce qu'il y a un lieu qui vous ressource pour rester dans la l'ateneur de notre échange ? Ouais, c'est Ouais, c'est la relation qui me ressource. Et est-ce qu'il y a une parole que vous dites systématiquement aux gens que vous rencontrez ?
Comment est-ce que vous commencez ? C'est a quelque chose que vous Bonjour. Bonjour.
Aud. Euh ouais. Bon, bonjour.
Non, et puis les les personnes qu'on les personnes qu'on rencontre pour la première fois se présenter bien sûr quoi. Bonjour, je m'appelle Thierry. Est-ce que voilà, est-ce qu'on peut s'arrêter un petit moment ?
Et le vrai, comment allez-vous qui attend une vraie réponse plutôt ? Comment ça va aujourd'hui ? Quoi ?
Comment ça va aujourd'hui ? Comment allez-vous ? C'est c'est trop vague.
Comment ça va aujourd'hui ? Ouais. Voilà.
Comment tu te sens aujourd'hui ? Comment ça va aujourd'hui ? Ouais.
Merci beaucoup Thierry Deser. Je rappelle que vous êtes directeur de Ha captif la libération. Merci.
M.