Transcription: Samy Colling Relecteur: Lena Johansson Merci, bonsoir. J’aimerais qu’on fasse un petit jeu, tous ensemble. Alors ça, c’est une de mes photos de classe du lycée en terminale.
Je vous propose de prendre 30 secondes pour essayer de m’y retrouver. Alors, indice numéro un : J’ai les cheveux détachés sur la photo. Indice deux : J’ai un t-shirt blanc avec écrit " Fibre tigre ” dessus " Fibre Tigre “.
Je vous avoue que ça risque de devenir un tout petit peu long et que c’est pas forcément le jeu le plus fairplay que j'aurais pu vous proposer. Parce qu’en fait, je ne suis pas vraiment sur cette photo. Enfin, j'y étais, mais j'étais juste derrière, derrière le photographe.
En fait, à cette époque, j’avais une estime de moi assez bancale, tellement bancale que je préférais rester derrière sur la plupart des photos. Un genre d’élève . .
. fantôme. Et c'était pire pour prendre la parole.
Dès qu’il fallait présenter un projet ou du travail, même sur les cachalots et leur vie sous marine, pour moi, c'était la fin du monde, alors que Dieu sait que le risque était assez minime sur le sujet des cachalots. Mais je me sentais mal, dès qu’il fallait que je me mette un peu trop en avant. Alors le soir, je profitais devant des films que me montrait mon frère ou en lisant des livres numériques.
Pour moi le meilleur moyen pour créer du lien aujourd’hui : Le jeu vidéo. J'avais aucun mal à m'exprimer pendant des heures sur un serveur Minecraft. Alors le soir je profitais en attendant le prochain exposé, le prochain .
. . gros stress.
La prochaine fois où, je me sentirai mal devant . . .
quinze personnes. Mais bon, aujourd'hui ça va mieux. Je viens d'avoir 23 ans, et pendant que je continue mes études, je gère une boite avec mes meilleurs amis.
J ’enseigne dans différentes écoles de commerce. Et surtout, je me retrouve devant vous, à vous parler de moi. Je crois que c’est assez difficile de se mettre plus en avant que ça.
Alors une question se pose : Comment est-ce que je suis passé d’Elyes . . .
élève fantôme, car stressé pour parler de la vie sous-marine des cachalots, à moi maintenant, qui raconte sa vie dans un TEDx. En réalité, la réponse à cette question se résume à un seul homme : Jim Collins, et sa métaphore du bus. Pour résumer grossièrement, Jim Collins est un chercheur américain qui explique que quel que soit le projet que vous avez en tête, aussi petit ou grand qu'il soit, si vous arrivez à vous entourer uniquement - j’ insiste sur le uniquement - des personnes entièrement alignées avec vos valeurs et qui croient en votre réussite sur le long terme, alors une sorte de réussite viendra s’installer une excellence, dans votre structure, et celle-ci vous mènera vers la réussite, une réussite que je laisse définir par vous-mêmes.
Même si ces gens manquent encore de compétences ou encore d’expertise, ou encore qu’ils n’aient aucun pouvoir financier ou de réseau. Pour mettre ça en avant, Jim Collins, il utilise la métaphore du bus. Le bus représente votre projet et les passagers sont ces gens, qui travaillent avec vous et qui vous accompagnent, qui croient en vous.
Si les bonnes personnes sont à bord, alors le bus avance tout seul, vers l’objectif. Personnellement, je trouve que l’image du bus marche bien mais je vois plutôt tous mes projets comme de grands bateaux avec une voile centrale. Si j’arrive à réunir un équipage basé sur la confiance pure, et non forcément la compétence, alors le vent arrive en poupe quelle que soit la direction que je prends.
Intrigué, à l’époque, je me demandais si ça pouvait marcher. Alors j'ai voulu essayer. En fait, j'ai essayé.
Essayer voulant dire à partir de ce moment-là, baser toute ma vie sur cette métaphore et ça depuis mon premier projet. Pendant le COVID, avec mes meilleurs amis, ce qu’on voulait, c’est que les étudiants bloqués dans les 9m2 puissent créer du lien, sortir de leur zone de stress. Imaginez votre première année à la fac.
Vous êtes seul(e), bloqué(e) dans un espace de vie réduit, vraiment réduit. Et comme j'ai pu le dire au départ, pour nous, le meilleur moyen de créer du lien, c’était le jeu. Alors on s’est dit qu’on allait créer une appli de jeux de rôle.
Pour que les gens puissent faire des parties, rencontrer de nouvelles personnes et créer du lien. Même en temps de crise sanitaire. Seul détail, c’est que .
. . on n'avait jamais fait d'appli.
En fait, on n'avait jamais collaboré tous les trois ensemble sur un projet. Hugo n’avait jamais codé sur ce genre d’outil de jeu, Elena n’avait jamais dessiné pour un projet. Et moi, je me retrouvais au téléphone en train d'essayer de débloquer des fonds alors que je venais de découvrir ce qu'était la bourse universitaire l'année précédente.
Mais ça a marché. Les gens avaient un besoin, et on était là pour les aider à créer du lien. Mais la chose la plus folle n'est pas technique.
Enfin je crois, non, non, non. Ce qui m'impressionne vraiment, c’est que, sans m’en rendre compte, petit à petit, j’étais en train de remplacer la personnalité de fantôme en moi par celle qui me permet de vous parler aujourd'hui. Et quand on prend un peu de recul, on se rend vite compte de comment.
Dans mon bus à l'époque, on était une équipe de trois jeunes étudiants fauchés avec aucun passif d'entrepreneur, mais chacun croyait en la réussite des autres sur le long terme. Tout le monde était tellement à l'aise avec le reste de l'équipe qu'avancer semblait naturel. Alors évidemment, dans ce bateau, avec cet équipage, on se développe aussi soi-même.
Et puis ça crée une boucle. Plus on avance, mieux on fait les choses, et plus les gens le ressentent et vous le disent. Alors on continue d'avancer.
Merci Jim Collins. Rendez-vous compte que, grâce à une métaphore, j'ai lancé une boîte. Je paie des impôts.
Et depuis tout à l'heure, je vous parle du premier projet, mais la métaphore fonctionne encore aujourd’hui avec notre structure, une entreprise où on utilise les mécaniques du jeu et les mécaniques cérébrales pour créer, accompagner, transformer n'importe quel message, dossier de levée de fonds, projets. En quelque chose d’unique, une expérience, quelque chose de mémorable. Et ça, toujours avec la même équipe.
Le rêve ! Enfin . .
. ma définition de la réussite. Voilà, ce que ça m’a fait pour l’instant de d’abord penser au “ qui ” avant même de savoir le “ quoi ” ou le “ comment ”.
Voilà comment j’avance, aujourd’hui. Merci. (applaudissements) Juste avant de vous laisser, je tenais juste à préciser que ce n'est pas réellement ma photo de classe.
Si je n'étais pas dessus, ma mère n'achetait pas la photo de 36 adolescents qu'elle ne connaissait pas. Voilà comment j'ai basé ma vie sur une métaphore. Je m'appelle Elyes Abassi et j’ai hâte de voir ce que vous allez en faire.