Bienvenue dans l’Essentiel du Dessous Des Cartes. Aujourd’hui je vous emmène au Boulou frontière entre la France et l’Espagne, avec ces camions-citernes remplies de vin blanc espagnol déversés sur la chaussée, symbole d’une partie du monde agricole français qui ne supporte plus la concurrence étrangère, et que l’actualité du Mercosur exaspère : Pour rappel, il s’agit de cet accord de libre-échange entre l’UE et 5 pays d’Amérique latine. L’Espagne et l’Allemagne y voient une opportunité : un marché de 260 millions de consommateurs et un marché qui, sinon, tombera dans le giron chinois.
Mais les agriculteurs et les représentants politiques français, y voient, eux, surtout, une concurrence déloyale, l’Amérique latine produisant moins cher avec moins de normes. Bruxelles se veut pourtant rassurante : sur le Boeuf par exemple, l’accord ne prévoierait pas plus de 99 000 tonnes de bœuf sud-américain par an exportés vers l’Europe, soit moins de 1,5% des ventes. Mais au delà des faits et des chiffres, ce débat révèle un malaise : celui d’un monde agricole qui a vécu ces dernières décennies une révolution : pour le meilleur et pour le pire : sortons nos cartes!
Apparue aux Etats-Unis dans les années 30, la mécanisation de l’agriculture a ouvert la voie à une pratique intensive qui s’est étendue au reste du monde à partir des années 60. L’agriculture intensive, dont vous voyez l’emprise sur la carte, a permis d’augmenter les rendements céréaliers de 3 à 5 fois, et de baisser les coûts de production notamment pour la viande. Avantage de l’agriculture intensive : elle a fait baisser le coût de l’alimentation : Selon l’INSEE par exemple : en 1960 les Français y consacraient 35% de leur budget contre 16% seulement aujourd’hui.
Inconvénients : en recourant massivement à des engrais et des pesticides, le complexe agro-alimentaire a largement contribué à l’appauvrissement des sols, dont vous voyez les zones les plus touchées sur la carte, et a favorisé l’émergence de nouvelles maladies. Il existe aujourd’hui une demande citoyenne de relocalisation de la filière alimentaire, mais aussi de labellisation, garante de qualité, sans oublier un mouvement de fort développement de l’agriculture biologique. Voyons cela à l’échelle européenne : Au sein de l’UE, la préservation des patrimoines culinaires passe par des labellisations qui assurent un respect de fabrication et de goûts.
À l’image des AOP, appellations d’origines protégées, comme le Manchego espagnol, ou le champagne français. Enfin, terminons avec l’agriculture biologique, respectueuse de l’environnement, des espèces locales et plus saines pour l’être humain. En Europe, ce sont la Suède, l’Estonie, et l’Autriche qui sont à la pointe de la culture bio.
Au total, l’UE cultive près de 16 millions d’hectares de terres en bio, se classant deuxième, derrière l’Australie. Le marché du bio est en pleine expansion : les terres cultivées selon ces normes ont augmentées de plus de 500% en 20 ans. Mais attention regardez, elles ne représentent encore que 1,6 % de la totalité mondiale des terres agricoles.
Précisons enfin que le panier bio revient, en France, 20 à 30% plus cher que le panier conventionnel. Et que le Bio n’est pas nécessairement local. Voilà l’Essentiel du Dessous Des Cartes c’est fini pour aujourd’hui.
À bientôt.