Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans cette nouvelle séance du cours anthropologie de l'Islam, 7e euh séance. Euh c'est la première fois, je vous le dis, que je suis amenée à donner des cours euh face à un ordinateur totalement inanimé derrière lequel je n'ai à voir et à discuter avec personne, mais je vous imagine et j'espère qu'on sera euh qu'on se rencontrera bientôt lors de ces moments euh qui nous sont consacrés à nous professeurs dans dans la rencontre avec vous étudiants.
Alors, mon nom est Anou Cohen. Je suis anthropologue chargée de de recherche au CNRS et actuellement directrice du centre Jacques Perc, l'antenne dite UMIFRE du CNRS au Maroc et euh dont le mandat couvre aussi la Mauritanie. Euh mes recherches euh sur les les usages sociaux du livre du Coran au Maroc sont placés au cœur des trois prochains cours dont j'ai la charge.
Le premier, celui d'aujourd'hui, divisé en deux capsules comme vos cours précédents aborde les questions théoriques et méthodologiques soulevées, suscité par cette étude. C'est un cours qui dépie également des questions qui procèdent d'une étude d'accès sur le Coran en tant que livre et les enquêtes ethnographiques que je propose de mener pour y répondre. Les euh 2e et 3e cours, donc ceux du de la semaine du 14 novembre et du 21 novembre, consiste, on va dire, en une présentation euh développée de deux enquêtes focalisées pour la première sur la relation interpersonnelle et intime de du lien des fidèles à leur livre du Coran.
Et pour la seconde, elle est axée sur euh cette étude donc d'étude de cas sur les enjeux politique de la matérialité du livre sain. Euh donc je démarre d'abord par vous raconter un petit peu mon parcours et ce qui m'a amené à ce thème de recherche. Donc en fait mes recherches sur la la fabrication du livre du Coran que l'arabe désigne par mushaf volume pour ne pas confondre la révélation Coran avec son support donc Mousraf qu'on dit Mousraf.
Ces recherches s'inscrivent dans le prolongement de ma thèse achevée en 2011 sur les usages sociaux du livre et de l'écrit au Maroc. plus précisément ce travail de thèse apporté sur l'édition marocaine car elle était en pleine transformation. J'ai souhaité comprendre ce que signifie l'émergence d'une nouvelle industrie du livre dans le Maroc actuel à un moment où les champs de l'écrit et de la communication enfin de la technique sont en train d'être redéfinies.
L'hypothèse centrale de ma thèse et de mon ouvrage paru en 2016 est que l'objet livre représente un objet d'analyse pertinent pour saisir la nouvelle conjoncture sociale, économique, culturelle, artistique créée par une libéralisation politique plus forte au Maroc depuis le milieu des années 90. Et c'est à ce titre que le livre donc envisagé comme un un processus créatif de sa fabrication à sa réception, j'y reviendrai, a été placé au cœur de ma thèse qui, euh, loin de considérer cet objet comme un seul révélateur des transformations sociales et culturelles, a surtout permis de montrer son implication dans les changements sociaux en cours au Maroc. Donc à la suite de ce travail, convaincu que le livre représente un véritable objet anthropologique, hein, j'ai souhaité après avoir étudié les pratiques des livres littéraires, pratiques, religieux, toute catégorie confondu, resserrer l'analyse autour d'un seul livre, celui placé au cœur des pratiques musulmanes, le livre du Coran ou le mushaf.
Deux raisons principales ont motivé ce choix. D'une part, le statut particulier de ce livre qui représente aux yeux des musulmans la parole de Dieu. J'ai voulu comprendre les usages spécifiques que cette représentation entraîne et ses effets sur la religiosité.
D'autre part, le renouveau sans précédent que le Mushaf connaît au Maroc actuellement. Contrairement à l'Égypte où le mousraf est vendu par milliers d'exemplaires depuis le milieu des années 1980, un phénomène bien étudié par Grégory Staret. Au Maroc, ce boom du mousraf est relativement récent comme le montre l'enquête l'islam au quotidien paru en 2006 et réalisé par Mohamed Tozi, Burkia et Mohamed Ali.
Donc il y a un moment où les journalistes alertent l'opinion publique sur les printemps arabes et les suites des printemps arabes et l'islamisation des sociétés. Je souhaite comprendre d'un point de vue ethnologique ce que signifie ce boom du Mousraf du livre du Coran. Qualifié par euh qualifié de bestseller pardon par les éditeurs et vendu à un prix bon marché.
Le livre saint se décline en outre sous des formes de plus en plus variées. Excusez-moi, j'ai essayé de de faire de faire bouger l'image. On en trouve de différentes tailles comme vous pouvez le voir sur le slide.
Euh le miniature, le petit, les moyens, le grand, les reliés, les non reliés, ceux qui ont des étues, ceux qui n'en l'ont pas, des étu en velour ou bien en cuir et cetera. aussi euh l'introduction récente des nouvelles technologies dans la fabrication et la diffusion du moushaf permet la conception de nouveaux modèles comme donc ce mousraf aux pages parfumées ou encore le mousraf au stylo électronique audio. Donc il y a aussi le mousraf digital sur les téléphones portables, le mousraf en ligne traduit en plusieurs langue et cetera.
Ce double constat, c'est-à-dire la prolifération de massarif, doncf au pluriel sous des formes et des supports de plus en plus varié et le caractère particulier du texte coranique aux yeux des musulmans m'a conduite à formuler une interrogation principale au cœur de mes recherches. Quelle répercussion, la multiplication et la diversification pardon des livres du Coran ont-elles sur les pratiques religieuse ? Plus précisément, comment les changements matériels ayant récemment affecté le livre sain s'articulent-il avec une modification du rapport des fidèles au Coran, à sa transmission et plus globalement à l'Islam ?
Ces questions se posent avec une acuité particulière au Maroc qui connaît de profonds changements comme les progrès d'alphabétisation, l'urbanisation massive, l'élévation du niveau de vie, le développement rapide de l'accès à internet et l'arrivée au pouvoir en 2011 et ce pendant 10 ans d'un parti islamiste. Enfin, l'extension des droits de la femme incluant un meilleur accès à l'éducation. Devant de tels changements, cette recherche a également pour objectif de comprendre comment la multiplication et la diversification des massahif sont liés à la redéfinition des structures de savoir et d'autorité.
Une question cruciale au Maroc où l'autorité du roi Mohamed VI commandeur des croyants est en partie fondé sur le contrôle du rapport de la société à la religion. Les enjeux politiques et religieux de la prolifération de Massarif sont donc de taille. L'établissement en 2010 d'une édition nationale du Coran au Maroc témoigne d'ailleurs bien du souci de Mohamed 6 d'encadrer euh la circulation des massarifbes sur le territoire.
Alors, pour mener à bien cette étude, j'ai choisi d'élaborer une anthropologie de l'expérience pratique euh de l'islam au prisme des usages du Coran en tant que livre, qu'objet livre. Dans ce but, je porte attention à quatre types d'acteurs. Les usagers du mousraf, les établissements qui encadrent euh l'apprentissage coranique de ces usagers, les écoles coraniques, les écoles publiques également, les producteurs du livre sain et l'État.
Et cette recherche articule alors deux approches. D'une part, l'étude des modalités de consommation et d'utilisation du mousraf, ce qui sera au cœur de la présentation de cette première capsule. Et d'autre part, l'analyse des modes d'édition, d'impression et de diffusion du texte coranique que ces modalités d'utilisation et de consommation d'écrit plus haut suscitent.
Ce sera l'objet de la suite de ce cours dans la seconde vidéo. Donc mon propos ici est de produire une ethnographie de la pratique qui permettent de rendre compte des mécanismes de l'adhésion religieuse et de l'impact de la pratique sur les subjectivités religieuses au sens fouodien de subjectivation expliqué par Myiam Cher dans les leçons précédentes. Donc ce choix méthodologique implique d'analyser les formes tangibles à travers lesquelles l'islam se manifeste et de prêter attention aux pratiques individuelles et sociales dont elles font l'objet.
Cette approche s'inscrit, je l'ai dit, dans une perspective plus large qui vise à appréhender les activités religieuses à travers le prisme de leurs expressions matérielles et aussi sensorielles. Dans un article paru en 2016, Damien Motier et moi-même, détaillons les objectifs de cette méthode. En substance, ce parti prix est fortement inspiré de Michel de Certa, l'historien qui a particulièrement œuvré au rapprochement entre croire et faire dans une démarche proche de ce que nous visons avec Damien Motier à travers le terme de matérialité religieuse que nous avons souhaité conceptualiser.
Faire croire écrit Michel de Serto, ce n'est pas manipuler ou tromper les croyants. Faire croire suggère-il pardon plus simplement, c'est faire dit-il. En effet, l'acte de croire ne renvoie pas uniquement à ce que les pratiquants disent ou pense, mais bien à ce qu'ils font ou plus exactement à ce que la relation sensible aux objets, aux objets rituels, à leurs matériaux ou encore aux espaces cultuels dans lesquels ils s'insèrent leur fait.
La notion euh de croyance en anthropologie, en sociologie, en sciences sociales euh de façon générale a fait l'objet de nombreux débats et je pense qu'on y revienne un instant. Des chercheurs comme Jean-Pouillon, je pourrais vous donner l'ensemble de ces références bibliographiques lors de notre rencontre ou par mail, n'hésitez pas à m'écrire. On questionnait ce terme dès le début des années 80, plus précisément et plus récemment surtout, Talassad en 2001, Ellisabeth Claver en 2003, Albert Piette en 2003-214 et Jean-Pierre Varnier ou encore Emma Obin Boltanski au côté de Annes Sophie Lam et Nathalie Lucas en 2014.
Tous ces chercheurs ont prolongé donc cette réflexion en accent plutôt l'analyse non pas sur la croyance mais sur les actes de croire, les activités concrètes du croire. Et cette proposition loin de signifier que les croyances sont déterminées par les seules pratiques, mais l'accent sur l'idée que les religions, y compris les plus spirituelles ou scriptuaires enseignent des doctrines à travers, je le disais, des activités concrètes telles que les catéchismes, les sermons, l'exégèse ou encore la lecture à voix haute. Cette approche du croire comme processus dynamique implique ou plutôt invite à examiner sa construction sociale de manière empirique et pragmatique.
faisant, c'est une approche qui permet de comprendre comment des pratiques rendent présent tel dieu ou tel esprit à travers des dispositifs, des sensations et des gestes induits et impulsés par des textes, des bâtiments, des images et d'autres formes matérielles des objets. Pour le chercheur, il s'agit donc d'une fabrication à suivre et à décrypter de manière à mieux saisir les modalités suivant lesquelles les pratiquants non pas croix mais font religion. À cette fin, le chercheur doit produire une ethnographie des pratiques qui rendent compte tant des mécanismes du croire que de l'impact des dispositifs matériels comme un livre sur la formation des subjectivités religieuses.
Autrement dit, c'est l'expérience concrète que le chercheur doit s'efforcer de cerner. Et c'est dans cette perspective que Damir Motier et moi-même avons conçu l'analyse des matérialités et des sensorialités religieuses. Comment les pratiques religieuses sont-elles fixées, codifiées, apprises, transmises et coordonnées en lien avec l'élaboration de dispositifs matériel ?
C'est une question qui est pour nous centrale et qui implique, si on souhaite y répondre, de s'intéresser au changement de support et aux variations d'échelle, au dépérissement, à la reproductibilité ou à la transportabilité des objets, des artefacts, à la centralité ou à la marginalité des objets manipulés ou encore aux stratégies de contournement, controverse et ratage. à l'ensemble des processus de ces processus et de ces projections. Alors, partant de leurs aspects donc les plus concrets, hein, la monumentalité d'un objet, je serais peut-être amené à vous en parler.
Dans certains pays, nous trouvons de très très grands courants ou alors leur miniaturisation, l'odeur de la cire, l'odeur du parfum, l'odeur de l'en d'autres euh espaces culturels, l'exécution euh d'un d'un geste liturgique. Donc la prise en compte de ces caractéristiques singulières, des caractéristiques singulaires des matérialités, des objet doit aider le chercheur à mieux comprendre comment marche ou rate, se produit et s'incorpore, ce qui est trop rapidement désigné sous le terme de religieux. En tant que chercheur, je l'ai dit, il nous est difficile de comprendre ce qui se passe dans l'esprit des gens, d'étudier ce qu'ils pensent et ce en quoi ils croient.
Nous devons bien entendu nous fier à ce qu'ils nous disent. Mais le discours est le résultat de construction symboliques, mythologique ou théologique qui sont souvent difficiles à saisir. Aussi en tant que chercheur en sciences humaines et sociales, il faut nous fier en complément de l'analyse du discours à ce que ces croyants font, ces fidèles font.
Observez comment ils se comportent, comment il s'habille. comment il pri, comment il marche et en l'occurrence comment ils produisent, consomme et utilise un livre du Coran Musraf. Donc dans la lignée des travaux de Roger Chartier, hein, historien du livre sur le rapport entre matérialité et histoire de lecture de Jacques Goud hein qui a écrit cet ouvrage fondateur sur euh le rapport à l'écrit des sociétés dites de tradition orale en Afrique euh de Saba Mmoud et de Charles Irchkin, hein, qui ont travaillé sur la matérialité des formes de compréhension musulmane, Saba Mahmoud à travers le foulard, Charles Irchkin à travers les cassettes de sermons en Égypte.
Euh donc dans la lignée de ces de ces de ces de tous ces auteurs dans différents champs, euh je m'intéresse, je l'ai dit sur un sujet jusqu'alors peu exploré, le Coran en tant que livre à travers lequel les fidèles comprennent et expérimentent au quotidien leur religiosité. Et dans la continuité de la réflexion entamée dans ma thèse, je tente notamment de comprendre euh je le disait comment la multiplication et la diversification des massahifs font de paire avec l'apparition de nouveaux usages du livre sein et avec la formation de nouveaux publics du Coran. Et dans ce but, j'ai réalisé ou prévu de réaliser la recherche est en cours plusieurs enquêtes et j'en présenterai.
quelques-unes situées à différents stades d'élaboration. Alors, une première série d'investigations à peine entamé vise à analyser dans quelle mesure la plus grande circulation du texte coranique est en train de redessiner les contours d'une catégorie professionnelle ancestrale dans les sociétés musulmanes, les kari verbeira qui désigne à la fois l'acte de réciter et de lire le Coran. ces récitateurs hein comme ils sont communé commun communément appelés par cœur le texte coranique et malgré les progrès des différents types d'enregistrement leurs prestations reste au Maroc très populaire tant dans les campagnes que dans les villes.
Il est commun en effet que des fidèles engagent un de ces spécialistes pour réciter des extraits du Coran après un enterrement, une naissance ou bien au cours d'un mariage. Longtemps signe de promotion sociale. Cette profession bien étudiée par Ekelman, hein, Dale anthropologue est aussi en train de devenir un signe de promotion économique au Maroc.
De plus en plus l'idée que par le seul apprentissage du Coran, on peut s'en sortir. Euh comme disent beaucoup de clients rencontrés euh lors d'une première enquête lors d'une première enquête ethnographique menée en librairie, c'est-à-dire recevoir une rémunération en échange d'un travail sifourni, cette idée est de plus en plus répondue. Et c'est pourquoi un nombre croissant d'individus cherchent à mémoriser le Coran.
La récente démocratisation du texte coranique leur en donne la possibilité à moindre coût ce qui leur permet de proposer leurs services à des prix abordables. Et c'est pourquoi c'est Cari marché connaît ces dernières années un succès important en particulier dans la ville de Casablanca, la capitale économique du Royaume. De sorte qu'on assiste aujourd'hui à une augmentation du nombre de récitateurs formés de manière autodidacte.
Je souhaite analyser les contours de ce phénomène à travers une série de questions sur l'identité de ces récitateurs, leur rage, leur sexe, leur niveau d'instruction et le milieu social auquel ils appartiennent. En outre, je m'intéresserai au mode d'apprentissage du Coran en explorant les méthodes de mémorisation et les outils euh pédagogiques sur lequel elle repose. Et je vous invite à euh aller voir sur Google un article que nous avons rédigé à ce sujet au côté de Anice Parigi, ethnusicologue.
lui travaillant sur la matérialité, la matéri et moi sur la matérialité de ce qu'on appelle le lourd, cette planchette coranique en bois utilisée dans les dans les coup de tables dans les écoles coraniques. C'est l'enquête que nous avons mené ensemble. Donc en fait dans les dans la lignée par exemple des travaux de Marica Ruts hein qui en 91 a écrit un ouvrage majeur et fondamental sur les usages du livre de la Bible au Moyen-Âge et les manières dont l'image a soutenu l'apprentissage de l'image dans la Bible a soutenu l'apprentissage de lecture chez les chez les fidèles.
un peu à la manière de cette de cette interrogation, je souhaite examiner dans quelle mesure les récitateurs ont recours à l'objet livre et notamment à l'organisation visuelle du texte pour apprendre le Coran. Et en effet, j'ai pu constater euh que de nombreux clients de la librairie où j'ai travaillé plusieurs semaines, je reviendrai sur euh la méthodologie employée dans le quartier des Habous à Casablanca accorder une importance extrême à la composition typographique et aux ornementations autour du texte. Certains euh disaient même les utiliser comme une aide à la mémorisation, en particulier les titres des sourates et les médaillons qui figurent dans la marge du Coran pour indiquer les différents subdivusions en Rizb, jou et cetera.
Donc les ornementations du texte n'auraient pas seulement pour rôle d'embellir le texte. appuyer sur le caractère local et visuel du souvenir, elle consisterait aussi en un système euh némotechnique. Reste à étudier de quelle façon elles sont utilisées par les récitateurs de manière à examiner le rôle du livre dans l'apprentissage coranique.
L'objectif de cette étude est notamment de comprendre dans quelle mesure cet objet, le livre apparaît non seulement comme le garant de la sacralité du texte, mais aussi comme l'instrument mémonique privilégié qui permettrait son accès. Je vous laisse sur cette fin d'enquête pour cette première vidéo et je reviens dans la prochaine avec d'autres exemples d'étude de cas qui permettent d'interroger à travers l'étude de l'objet livre la manière dont les fidèles euh adhèrent au texte, adhèrent à ce lien à à la divinité. Et euh je finirai la capsule sur euh ces modalités de production hein que toutes ces que toutes ces que tous ces usages suscitent de la part des éditeurs, des imprimeurs qui doivent veiller euh avec soin à la confection de cet objet caractérisé par sacralité.
Et je vous expliquerai aussi la méthodologie employée pour parvenir à réaliser cette enquête. à tout de suite.