Quand les manifestants crient “- What do we want? ” “- Climate justice! ” Que veulent-ils vraiment ?
Idéal philosophique, politique et social, la justice climatique reste un sujet très controversé. Et on va le voir, les négociations internationales sur le climat ont longtemps achoppé sur cette question, jusqu’à ce que la justice climatique soit mise au placard… Mais pour combien de temps ? Et du coup pour sauver le climat, vaut-il mieux se pencher sur les injustices historiques, ou suivre la sagesse de l’oncle de Spider Man ?
[Générique] Qu’est-ce que vous voulez ? “- Climate justice! ” Et vous la voulez quand ?
“- Now! ” Ah oui… Cette vidéo est réalisée en collaboration avec le philosophe Pierre André, que j’ai le plaisir d’avoir comme collègue à l’UCLouvain, et qui a soutenu une thèse à Sorbonne-Université sur la justice climatique, dont on va suivre le fil dans ces vidéos. Mais qu’est-ce donc que la justice climatique ?
Eh bien voyons ça dans la Conceptothèque ! Au fond, pourquoi parler de justice climatique ? Eh bien il faut bien comprendre que le changement climatique est un phénomène profondément inégalitaire (quant à ses causes et quant à ses effets), et ces inégalités couvrent de multiples dimensions (nationale, internationale, intergénérationnelle).
Et donc le changement climatique est bien un problème de justice dans un contexte d’inégalités. Comment faut-il partager les coûts de la lutte contre le changement climatique sachant que, en gros, ce sont les plus riches et les générations passées qui y ont contribué ou y contribuent présentement, alors que ce sont les plus pauvres (notamment en raison de leur plus grande vulnérabilité) et les générations futures qui sont ou seront les plus affectés par ses effets ? Et une des questions centrales de la justice climatique, c’est celle du partage des coûts des politiques climatiques (on parle souvent de « burden sharing »).
Et parmi ces politiques climatiques il y a soit des politiques d’atténuation (qui visent à réduire les causes du réchauffement planétaire, en réduisant les émissions) et des politiques d’adaptation (qui visent à limiter les effets du changement climatique, en améliorant la résilience des systèmes humains et naturels). Notons qu’il existe un autre débat concernant le partage du budget carbone, qui s’intéresse uniquement au partage des droits d’émissions permettant d’éviter un réchauffement climatique dangereux, donc uniquement à l’atténuation. C’est une approche distincte de celle du partage des efforts, et on en parlera dans une prochaine vidéo Cet idéal de justice climatique appliqué au partage des efforts a historiquement été au cœur des revendications des pays en développement et des ONG dans les négociations internationales sur le climat, Et suite aux revendications des pays en développement et des ONG, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques proclame en 1992 la norme des « responsabilités communes mais différenciées » et des « capacités respectives ».
Évidemment, ces expressions sont tout sauf claires, et peuvent être interprétées de manière très différente, et c’est même peut-être un peu le but vu qu’il s'agit de compromis issus de négociations internationales. Et donc c’est là que les chercheurs et les philosophes entrent en piste… ! Et donc des chercheurs ont tenté d’interpréter cette norme des « responsabilités communes mais différenciées » et des « capacités respectives ».
Et ils ont dégagé essentiellement trois principes du partage de l’effort de lutte la contre le changement climatique. Commençons par le plus évident. Le principe qui vient immédiatement à l’esprit est celui du « pollueur-payeur ».
On y fait d’ailleurs appel depuis des décennies dans les cas de dommages écologiques comme les marées noires. Ce principe s’appuie sur une intuition forte, selon laquelle la responsabilité morale dérive de la responsabilité causale : celui qui cause un dommage est responsable de le réparer. En fait, le principe du pollueur-payeur s’appuie sur le principe fondamental de non-nuisance, selon lequel : il ne faut pas nuire à autrui (en déstabilisant le climat par l’émission de gaz à effet de serre) et, si on le fait, il faut corriger la situation (en supportant les coûts de l’atténuation et de l’adaptation).
De plus, le principe du pollueur-payeur est généralement défendu par les économistes car il génère une incitation économique à ne pas polluer : si je dois payer pour les conséquences de mes actions, je je risque de réfléchir à deux fois avant de m’engager dans des activités polluantes (les économistes parlent d’internalisation des externalités négatives). Du coup, si l’on considère que le changement climatique est le résultat d’émissions cumulées depuis le début de la révolution industrielle, dans les négociations internationales il paraîtra logique d’appliquer le principe du pollueur-payeur à l’ensemble des émissions cumulées de chaque État. Et n’est-il pas naturel de penser que ceux qui doivent faire des efforts, ce sont avant tout les pays développés, puisqu’ils ont causé environ la moitié des gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle ?
N’est-il pas naturel de penser que c’est à eux de réduire leurs émissions et de financer l’adaptation et la transition énergétique des pays en développement ? Intuitivement, l’application du principe du pollueur-payeur semble donner des résultats tout à fait raisonnables. Néanmoins, le principe du pollueur-payeur, aussi intuitif soit-il, pose un certain nombre de problèmes théoriques qui ont été longuement critiqués dans la littérature philosophique (Caney, 2010).
Premièrement, peut-on vraiment parler de « pollueur-payeur » si bon nombre des pollueurs sont morts (rappelons qu’on émet des gaz à effet de serre de manière massive depuis plus d’un siècle et demi) ? C’est l’objection de l’absence des pollueurs. N’est-il pas injuste de demander aux descendants de payer pour les actions de leurs ancêtres ?
On peut trouver diverses justifications pour contourner ce problème, par exemple en considérant que les responsables sont les États et qu’il s’agit d’acteurs collectifs qui perdurent dans les temps. Mais il reste que ces États vont nécessairement faire porter le poids des politiques climatiques sur les générations présentes, qui pour les plus jeunes d’entre eux ne sont aucunement responsables des émissions du passé. Le problème demeure.
La deuxième objection a été notamment formulée par le chef des négociateurs américains à la COP de Copenhague : "En fait, je rejette complètement la notion de dette, de réparations ou quoi que ce soit de ce genre. Pendant la majeure partie des 200 ans qui ont suivi la révolution industrielle, les gens ont béatement ignoré le fait que les émissions provoquaient un effet de serre. C'est un phénomène relativement récent.
" Et le truc c’est que… il a pas tout à fait tort. En tout cas, c’est un argument valable contre le principe du pollueur-payeur, l’objection de l’ignorance excusable : on n’est pas responsable moralement d’une action si on ignore légitimement ses conséquences. Difficile de reprocher à Thomas Savery, l’inventeur de la machine à vapeur, les conséquences désastreuses de son invention sur le climat.
la responsabilité causale ne suffit pas à justifier la responsabilité morale. Mais, contrairement à ce que semble penser le négociateur américain, l’argument ne permet pas de rejeter complètement toute responsabilité morale, puisqu’il ne vaut que jusqu’au moment où l’on ne peut plus plaider l’ignorance excusable. Mais du coup, où placer le curseur ?
A partir de quand peut-on considérer que qu’on savait, ou qu’on aurait dû savoir, les risques du réchauffement climatique ? Faut-il remonter aux travaux d’Arrhenius au XIXe siècle, qui avait déjà mis en évidence le rôle des combustibles fossiles dans l’effet de serre, et ses possibles conséquences sur le réchauffement des températures ? Mais Arrhenius ne s’en inquiétait pas beaucoup, considérant essentiellement les bienfaits de ce réchauffement pour l’agriculture dans les régions froides.
Faut-il considérer les premières alertes par des chercheurs dans les années 60-70 sur les dangers des émissions de CO2 ? Mais à cette époque la communauté scientifique était encore divisée. - …et risque de faire de l’atmosphère une espèce de serre.
- Ooooh… c’est un baratin ça ! Euh y a … l’histoire du CO2… - Vous êtes en train de paniquer les populations là ! - Je voudrais pas… Je suis pas tout à fait d’accord avec ce point de vue un peu… catastrophique.
On peut discuter sur cette possibilité de changement de deux à trois degrés centigrades liée au CO2, il y a bien des gens qui trouvent que c’est… très surestimé. - On commence à me casser les oreilles avec cette histoire de CO2 ! Faut-il placer le curseur aux années 80, avec la formation du consensus scientifique sur le réchauffement climatique ?
Le point de rupture le plus clair est sans doute la publication du premier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) en 1990, après lequel on peut considérer que tous les gouvernements du monde étaient informés. Mais si l’ignorance excusable s’arrête là, de 1990 ou de 1980 à nos jours, voilà une période bien limitée pour fonder une responsabilité morale des pays émetteurs. Cela laisse quand même de 600 à 800 milliards de tonnes d’émissions sans responsable.
Vu ses résultats très limités, le principe du pollueur-payeur ne paraît plus si intuitif que ça. . .
Enfin, la plus puissante objection qu’on peut formuler à l’égard du principe du pollueur-payeur porte sur toutes les émissions, qu’elles soient anciennes ou récentes. C’est l’objection de la pauvreté : que penser du cas d’un pays qui, bien qu’il émette des gaz à effet de serre, n’a pas les moyens financiers et technologiques de lutter contre le changement climatique, sauf à contraindre une grande partie de sa population à demeurer dans la pauvreté ? Le paysan indien qui gagne 2 dollars par jour est-il responsable parce qu’il cuisine avec du charbon de bois ?
Et on pourrait aussi transposer cette objection aux pays riches quand ils mettent en œuvre des politiques climatiques fondées sur le principe du pollueur-payeur sans tenir compte des inégalités de richesse. Donc dans la mesure où il mène à des politiques climatiques qui pourraient transgresser les droits fondamentaux des plus démunis, le principe du pollueur-payeur ne peut pas être absolu. Pour sauvegarder l’idée de responsabilité historique, on peut trouver un substitut ou une manière de compléter le principe du pollueur-payeur dans le principe du bénéficiaire-payeur.
Ce principe peut être énoncé ainsi : c’est à ceux qui bénéficient des émissions présentes ou passées (qu’ils en soient à l’origine ou non) de porter la responsabilité de la mise en place ou du financement des politiques d’atténuation et d’adaptation (Page, 2012). Le principe de bénéficiaire-payeur s’appuie sur l’intuition morale d’après laquelle il est injuste de bénéficier d’une injustice, même si on ne l’a pas causée. Supposons un musée qui possède dans sa collection des pièces archéologiques volées dans un autre pays.
N'est-il pas raisonnable de penser que le musée a une obligation morale de les restituer à son pays d’origine, même si la génération présente n’a eu aucune responsabilité dans cette spoliation ? C’est un cas totalement hypothétique, bien sûr. Une autre manière de comprendre le principe est de considérer la situation des bénéficiaires comme une forme de free-riding transgénérationnel, si vous me passez l'expression : même si ellles ne doivent aucune excuse pour les émissions de gaz à effet de serre du passé, les personnes qui en bénéficient aujourd’hui voyagent clandestinement dans le train du développement économique car elles en bénéficient sans avoir eu à en payer les coûts.
Prenons le cas des pays de l’UE qui se sont engagés à parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050 (et on en a parlé dans une autre vidéo). Imaginons qu’ils y arrivent. Imagions qu’ils soient neutres en carbone en 2050 : même dans ce cas, est-ce qu’on pourrait considérer que ces pays ont apuré toute leur responsabilité pour le réchauffement climatique ?
D’après l’approche du bénéficiaire-payeur, la réponse est non : même s’il parvenaient à zéro émission, ces pays ont très largement bénéficié des émissions de GES depuis la révolution industrielle sans en payer les coûts, et sont donc des passagers clandestins transgénérationnels. Ils auraient donc aujourd’hui encore une responsabilité historique parce que leurs citoyens actuels tirent toujours les bénéfices des émissions passées, qu’ils soient eux-mêmes des pollueurs ou non. Ce principe conduirait notamment à renforcer la responsabilité des pays européens, dont les émissions nationales ont eu tendance à décroître depuis les années 1990, mais dont on peut penser qu’ils ont toujours une responsabilité majeure à jouer dans le financement de l’atténuation et de l’adaptation des autres pays.
Et donc l’intérêt de ce principe du bénéficiaire-payeur c’est qu’il permet d’éviter les objections auxquelles le principe de pollueur-payeur est vulnérable. Premièrement, même si les pollueurs sont décédés, on peut se tourner vers les générations présentes qui bénéficient encore de leurs émissions passées. On ne reproche pas aux responsables du musée d’avoir volé une pièce archéologique, mais simplement de continuer de l’exposer pour attirer des visiteurs, alors qu’ils savent qu’il s’agit d’une pièce volée.
Deuxièmement, l’ignorance légitime du passé n’a pas d’importance puisqu’il ne s’agit pas de dire que les bénéficiaires sont coupables, mais simplement qu’ils ont des devoirs de remédiation à honorer. Troisièmement, le principe de bénéficiaire-payeur paraît éviter l’objection de la pauvreté puisqu’en pratique les bénéficiaires des émissions passées sont, en gros, des pays riches qui ont largement de quoi financer la lutte contre le changement climatique. On pourrait certes objecter que les bénéficiaires n’ont pas forcément consenti aux richesses dont ils bénéficient et que s'ils sont des passagers clandestins, c’est bien malgré eux (Nozick, 1974).
On les a poussés à bord de ce train intergénérationnel bien qu'ils n'avaient pas de ticket. Vous comprenez monsieur le contrôleur ? Toutefois cet argument ne semble pas vraiment convaincant si on considère qu’il ne s’agit pas de rendre tous les bénéfices tirés des émissions passées, mais simplement d’en rétrocéder suffisamment pour éviter une violation massive des droits humains par les effets du changement climatique.
Le principe du bénéficiaire-payeur semble donc plutôt bien pallier les objections faites au principe du pollueur-payeur. Toutefois, d’un point de vue strictement pratique, il est plus difficile de quantifier les bénéfices tirés des émissions passées que les émissions elles-mêmes, ce qui peut poser un véritable problème si on veut répartir avec précision la responsabilité de mettre en place des politiques climatiques. Jusqu’ici, on s’est intéressé à la question du partage des efforts du point de vue d’une approche rectificative de la justice.
Mais ce n’est pas la seule approche possible. Et si vous avez suivi mes vidéos précédentes, vous savez ce qui va suivre. En effet, on peut aussi tout simplement choisir de se débarrasser de l’idée de responsabilité historique et opter pour une conception distributive de la justice climatique.
Dans cette approche, on se tournera plutôt vers le futur pour chercher une répartition équitable des efforts entre les acteurs plutôt que de se référer aux actions passées ou à la situation historique de ses acteurs. Un principe représentatif de cette approche, est le principe de la capacité à payer, qui dit que c’est ceux qui ont la plus grande capacité de lutter contre le changement climatique qui ont l’obligation d’assumer la plus grande part de l’effort (Caney, 2005). Du coup, qu’est-ce qui justifie ce principe de capacité à payer ?
On peut justifier ce principe en partant d’une expérience de pensée bien connue : supposons qu’un bon nageur passe à côté d’un étang où se noie un enfant ; il pourrait très bien sauver la vie de l’enfant, sans prendre de risque ; le seul désagrément pour lui sera de tremper ses vêtements et salir ses chaussures neuves (Singer, 1972). Le bon nageur a-t-il l’obligation de sauver l’enfant, même si ce n’est pas sa faute s'il est tombé dans l’eau ? La plupart d’entre nous répondrions sûrement que oui, validant ainsi l’intuition morale d’après laquelle on a le devoir de sauver des vies ou de protéger autrui si on a la capacité de le faire à un coût très modéré.
Le principe derrière cette intuition est sans doute familier aux fans de Spiderman : Un peu plus catchy que la version plus récente : Donc ce principe de Spiderman revient à dire “pouvoir implique devoir” : “parce que tu peux faire le bien, tu le dois”. Appliqué au changement climatique, ce principe implique que ce sont les acteurs qui en ont la plus grande capacité qui doivent lutter contre le changement climatique, parce qu’ils peuvent ainsi sauvegarder les intérêts fondamentaux des plus vulnérables et des générations futures, indépendamment du fait qu’ils soient des pollueurs ou des bénéficiaires des émissions. Pour les négociations internationales sur le climat, cela reviendrait à dire qu’il faudrait répartir les coûts de l’atténuation et de l’adaptation en fonction, par exemple, du PIB par habitant des États et de leurs capacités techniques.
Une fois de plus, la majeure partie de l’effort est attribuée aux pays les plus riches, mais cette fois-ci pas en raison de leur responsabilité historique, mais purement en raison d’un devoir d’assistance à la sauvegarde des droits humains les plus fondamentaux. L’expérience de pensée de l’enfant dans l’étang permet de mesurer la différence de teneur morale entre le coût insignifiant des politiques climatiques pour les plus favorisés - quelques points de PIB tout au plus (Stern, 2007) – et celui, incommensurable, de l’atteinte aux droits et aux intérêts les plus fondamentaux des plus vulnérables et des générations futures. Dans le fond, le principe de la capacité de payer est un principe de justice très courant, qui est notamment central dans la justice fiscale avec l’impôt progressif sur le revenu (ceux qui ont des revenus plus élevés que les autres doivent contribuer davantage au financement de l’État).
Son application à la justice climatique ne fait qu’en élargir l’échelle au monde entier et aux générations futures. C’est une manière de dire que la distance physique et temporelle importe en fait peu dans le cas du changement climatique, qui menace les intérêts vitaux de l'ensemble de l'humanité. Mais le principe de la capacité de payer peut aussi servir à penser les injustices climatiques à l’échelle nationale en soulignant le fait que ce sont les plus aisés qui devraient contribuer le plus à l’effort d’un pays pour réduire ses émissions et s’adapter aux effets du changement climatique.
On pourrait objecter que le principe de la capacité de payer est moralement moins intuitif que les principes du pollueur-payeur et du bénéficiaire-payeur parce qu’il fait fi de la responsabilité historique et qu’il s’appuie sur un principe de bienfaisance, potentiellement moins consensuel et en tout cas moins impératif que le principe de non-nuisance (sur lequel repose les principes du pollueur-payeur et du bénéficiaire-payeur). Néanmoins, cette approche distributive de la justice climatique évite bon nombre des problèmes philosophiques auxquels s’expose l’approche rectificatrice, qui cherche à corriger les injustices historiques. Et donc comment trancher entre ces deux approches ?
On a vu que le principe du pollueur-payeur, souvent considéré comme le principe évident et indiscutable dans ces discussions, faisait face à de nombreux problèmes théoriques : absence de pollueurs, ignorance excusable, et objection de la pauvreté. Le principe du bénéficiaire-payeur évite pas mal de ces problèmes, même si c’est au prix d’une plus grande difficulté empirique pour quantifier les bénéfices. Plus généralement, l’avantage de l’approche rectificative est de fournir une “narration des injustices climatiques sur le temps long” (André 2020), qu’on pourrait présenter sous la forme d’une dette écologique contractée par les pays développés à l’égard du reste du monde.
L’approche distributive, quant à elle, a pour grand avantage sa simplicité. Elle revient à dire “faisons fi du passé, et regardons pragmatiquement qui sont les plus à même de financer les efforts pour lutter contre le changement climatique ? ”.
Elle relève également d’un idéal de solidarité internationale, puisqu’elle revient à dire que les pays riches ont le devoir de prêter assistance aux autres parties du monde affectées par le réchauffement climatique, et pas juste de rectifier leurs actions passées. Mais paradoxalement, c’est sans doute là une des faiblesses de cette approche, tant la scène internationale est frileuse vis-à-vis de toute question de justice distributive. Par contraste, l’approche rectificative du principe du pollueur-payeur ou du bénéficiaire-payeur présente certainement une plus grande force rhétorique, et une plus grande acceptabilité politique.
Dès lors, que faire ? Vu le sujet qui nous occupe, je ne peux pas m’en sortir en vous laissant sur un “c’est compliqué”. C'est compliqué.
C'est compliqué. C'est compliqué. C'est compliqué.
#cestcomplique Vu l’urgence climatique, il paraîtrait indécent que des querelles philosophiques interminables viennent faire obstacle à l’adoption d’un cadre de justice climatique pour le partage international des efforts. Mais peut-être que cette impasse n’en est pas vraiment une. En effet, si on se penche sur l’application de ces différents principes, on observe une certaine convergence entre leurs résultats : les mêmes pays squattent systématiquement le haut du classement, même si c’est dans un ordre différent.
Du coup, une façon très pragmatique de sortir de cette impasse serait d’adopter une approche hybride, en combinant plusieurs des principes dont on a discuté. C’est la voie adoptée par certains auteurs et certaines ONG, qui proposent des modèles hybrides entre ces différents principes. Ainsi, l’ONG Ecoequity utilise une formule pondérant le principe du pollueur-payeur et de la capacité à payer pour définir une “gamme d’équité”, et la comparer avec les engagements des différents pays.
Mais qu’en est-il justement ? Où en est l’idée de justice climatique dans les négociations internationales ? Et dans quelle mesure les promesses et efforts des états se conforment à cet idéal ?
Cliquez ici pour le savoir dans la suite de cette vidéo. Cette vidéo a été réalisée avec le soutien de l’UCLouvain, et je voulais surtout faire un très chaleureux merci à mes tipeurs pour leur soutien enthousiaste et sans cesse grandissant ! Et pour plus d’infos sur le pourquoi de ce financement participatif, suivez le lien en description !
Merci !