L'écart salarial entre les femmes et les hommes, il est de combien ? J'étais obsédée par l'idée d'aller chercher le chiffre qui serait le signe d'une discrimination salariale envers les femmes. En fait, c'est beaucoup plus subtil et beaucoup plus intéressant que ça.
En réalité il y a trois chiffres de l'écart salarial entre les hommes et les femmes mais vous allez voir c'est facile à comprendre ! Parce que le Grand Écart c'est voir les différences en un seul graph' pour penser les bonnes solutions ! En 2017, en France les femmes salariées du secteur privé gagnent en moyenne 5,3% de moins que les hommes à poste égal et à durée du travail égale.
L'Insee par d'écart inexpliqué puisqu'il montre la différence de salaire entre les femmes et les hommes qui exercent la même profession, c'est à dire avec le même libellé d'emploi au sein de la même catégorie socioprofessionnelle. Et même, dans la même entreprise. C'est très précis !
Il reste encore des différences objectives qui pourraient réduire ou augmenter cet écart mais qu'on ne peut pas encore mesurer. L'expérience et l'ancienneté, d'abord. Les femmes ont progressivement rattrapé leur présence sur le marché du travail.
Mais il existe encore plus d'ancienneté, contenue dans le groupe des salariés hommes, que dans le groupe des salariés femmes. Les heures supplémentaires, ensuite. Il est probable que le salaire moyen des hommes soit un petit peu gonflé par les heures supplémentaires payées qu'ils font.
Le diplôme, enfin. À tous les niveaux de postes, les femmes sont en moyenne plus diplômées que les hommes; ce qui devrait justifier un revenu salarial supérieur. Bref, dans ses 5,3 % d'écart inexpliqué.
Il y a probablement de la discrimination qui joue mais on ne peut pas déterminer pour combien. . .
Le bilan c'est qu'une femme salariée du privé doit travailler dix neuf jours de plus chaque année pour gagner autant qu'un homme qui exerce le même poste, également à temps plein. Ok ! Maintenant si on compare les salariés du privé qui travaillent à temps plein, mais tous postes confondus, les femmes gagnent en moyenne 16,8% de moins que les hommes.
On parle d'écart en équivalent temps plein. Pourquoi est-ce que l'écart se creuse encore de plus de 10 points lorsqu'on arrête de contrôler par la nature du poste occupé ? Parce que les femmes et les hommes, précisément, ne font pas les mêmes métiers ne travaille pas dans les mêmes secteurs ni dans les mêmes entreprises.
On appelle ça la ségrégation professionnelle. Les femmes sont plus concentrées dans un plus petit nombre de professions, en moyenne moins rémunératrices. 1 femme sur 20 qui travaille est secrétaire.
Moins de femmes occupent des postes hiérarchiquement élevés. 17 % des femmes sont cadres contre 23 % des hommes. Cette partie verte c'est l'effet nature du poste occupé de l'écart salarial.
Ce n'est pas discriminatoire. C'est normal de gagner un salaire d'infirmières quand on est infirmière. Un salaire de conducteur quand on est conducteur.
Mais ça pose quand même des questions sur la place des sexes dans le travail. Est-ce que toutes les filles qui voudraient ou pourraient devenir chimiste le sont ? Est-ce que tous les garçons qui voudraient ou pourraient devenir psychologue le sont ?
Pourquoi si peu de femmes aux plus hauts postes ? Pourquoi les métiers exercés en masse par des femmes sont-ils moins valorisés ? L'écart de salaires entre les sexes pour tous les salariés à temps plein s'est réduit de façon régulière depuis 40 ans.
Attention la ségrégation salariale ne s'est pas améliorée. Mais l'accès des femmes aux postes les plus rémunérés s'est amélioré, ce qui explique la baisse de l'écart salarial. Ok maintenant si on compare le revenu de tous les salariés du privé, quel que soit leur poste et quelle que soit leur durée du travail, les femmes gagnent en moyenne 28,5 % de moins que les hommes.
Pourquoi l'écart se grossit-il de plus de 10 points encore quand on ne contrôle plus par la durée du travail ? Parce que les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel. En 2018, sur 10 salariés à temps partiel huit sont des femmes.
Cette partie bleue c'est l'effet durée du travail de l'écart salarial. Cet écart n'est pas discriminatoire. C'est normal de gagner moins si on travaille moins d'heures dans la semaine ou dans l'année.
Mais il pose des questions importantes sur la place des genres sur le marché du travail. Est-ce que toutes les femmes qui sont à temps partiel le sont par choix désiré ? Est-ce que tous les hommes qui pourraient ou voudraient être à temps réduit le sont ?
L'écart de salaire entre toutes les salariés et tous les salariés du privé, tout poste et toutes durées du travail confondus, a eu une évolution plus irrégulière. Il a d'abord diminué jusqu'à la fin des années 70, puis il a stagné pendant 20 ans, des années 80 aux années 2000, en raison de l'explosion du temps partiel des femmes, avant de diminuer jusqu'à son niveau actuel. Ramené à une carrière de 42 ans, ça fait : deux années deux mois et 23 jours de travail en plus pour obtenir la même somme d'argent.
Trois chiffres différents pour expliquer l'écart de salaire entre hommes et femmes c'est bien parce que ça permet de poser de bonnes questions à chaque échelle de raisonnement. Si on s'intéresse à l'éventuelle discrimination salariale que peuvent subir les femmes embauchées pour le même poste que les hommes, alors c'est ce 5,3 % qui doit interpeller. Si on s'intéresse au pouvoir économique entre les sexes, c'est bien la valeur dans la poche des femmes à la fin de l'année, à la fin d'une carrière, par rapport à la valeur dans la poche des hommes qui compte !
Alors c'est bien cet écart de 28,5 % qui est pertinent. L'écart de salaire il est calculé forcément sur un nombre réduit d'entreprises puisque toutes les situations où il n'y a pas un homme et une femme qui exercent exactement la même profession dans la même entreprise ne rentrent pas en vue. On parle ici de l'écart de salaires dans le secteur privé.
Il existe aussi dans le secteur public. Il est un petit peu moins élevé : 12,4 % contre 16,8 % pour l'écart en équivalent temps plein. Mais par contre, il se réduit moins vite et l'accès aux postes les plus rémunérés il est aussi inégalitaire.
Selon moi, il existe encore plein d'aspects fascinants de l'écart salarial entre les hommes et les femmes, comme par exemple regarder l'écart au début de la carrière plutôt qu'à la fin de la carrière. Ou alors, encore plus intéressant, l'écart entre les salariés pères et les salariées mères. Merci d'avoir regardé le Grand Écart et on vous dit au mois prochain !