Voici le plus long mur au monde : la Grande Muraille de Chine, conçue il y a 2 300 ans pour protéger le pays des attaques mongoles. Mais connaissez-vous le 2e plus long mur au monde ? Il est situé ici, au beau milieu du Sahara.
Voici le “Berm”. Un gigantesque mur de sable construit par les Marocains dans le Sahara occidental. Il est quasiment aussi long que la distance entre Paris et Moscou.
Sur toute cette longueur, l’armée marocaine a enterré des centaines de milliers de mines ce qui en fait le plus long champ de mines au monde. Pourquoi les Marocains ont-ils construit de telles fortifications dans le désert ? Et pourquoi d’autres pays de la région construisent eux-aussi leurs murs de sable ?
Faites le test chez vous : tapez dans la barre de recherche sur Google Maps “Sahara occidental”. Vous verrez cette ligne en pointillé. Ça veut dire que c’est une frontière contestée.
Selon l’ONU, le Sahara occidental est un territoire non-autonome. Mais pour le Maroc, le Sahara occidental est marocain, point. Et dans le Royaume, cette frontière n’existe pas.
D’ailleurs, au Maroc, interdiction totale de parler de “Sahara occidental”, cet immense territoire rocailleux et aride grand comme la Nouvelle-Zélande. On préfère le terme “provinces du Sud”. La question du Sahara occidental est si épineuse, qu’elle fait partie des 3 grands sujets tabous au Maroc, avec le roi et la religion.
Et cette censure, on l’a ressentie. Pour préparer le sujet, comme d’habitude, j’ai contacté de nombreux interlocuteurs, mais là, ça a été vraiment compliqué d’avoir des interviews. Selon une source qui a tenu à rester anonyme, Bon, pourquoi cette question du Sahara occidental est-elle si épineuse ?
Promis, on va y venir. Mais d’abord, intéressons-nous à ce mur de sable marocain. Le Berm peut faire jusqu’à 5 m de haut.
Il est truffé de mines, de radars et de capteurs ultra-perfectionnés. Et à intervalles réguliers, on observe des bases militaires. Plus de 100 000 soldats marocains surveilleraient en permanence le désert.
Mais de quel ennemi redoutable se protègent-ils ? Eh bien, celui-ci. Ces hommes armés de kalachnikovs et entraînés à la guérilla dans le desert, font partie du Front Polisario.
Un groupe sahraoui qui réclame l’indépendance du Sahara occidental depuis plus d’un demi-siècle. Nous sommes en 1975. Après presque 200 ans de colonisation, l’Espagne annonce qu’elle va se retirer du Sahara occidental.
Immédiatement, le roi Hassan II saute sur l’occasion pour revendiquer le territoire et lance “La marche verte” : 350 000 Marocains pénètrent dans ces terres convoitées. La Marche verte offre le spectacle hallucinant d'une nation jetée dans l'aventure. Folie ou coup de bluff ?
Impérialisme ou nationalisme ? Je l'ignore. Le Maroc obtient ⅔ du Sahara occidental, tandis que la Mauritanie obtient le reste.
Mais c’est sans compter un 3e acteur : le Front Polisario. Ce groupe armé, qui luttait déjà contre le colonisateur espagnol, proclame la création de la République arabe sahraouie démocratique ou la RASD et déclare la guerre aux 2 nouveaux maîtres des lieux. Face aux attaques du Front Polisario, la Mauritanie jette l’éponge et lui cède ses terres le 10 août 1979.
Mais 4 jours plus tard, le Maroc annonce que l’ancien territoire mauritanien est désormais à lui. Armé et soutenu financièrement par l’Algérie, le Front Polisario multiplie les raids contre le Maroc. Et c’est là que le Berm voit le jour.
La meilleure solution qu’a trouvé l’État et l’armée marocaine pour arrêter les incursions des Sahraouis a été l’érection de ce mur. Sauf que ce n’est pas un seul mur. C’est toute une série de murs.
Entre 1980 et 1987, le Maroc construit les 6 principaux murs qui forment le Berm. Ils ont permis au Maroc d’assurer son contrôle sur 80 % du Sahara occidental. Il a ainsi la main mise sur l’immense façade maritime, très poissonneuse.
Mais également les gigantesques mines de phosphate de la région qui ont permis au Maroc de devenir le 2e producteur mondial après la Chine. Car le sol du Sahara occidental abriterait 70 % des ressources mondiales de ce minerai essentiel pour fabriquer de l’engrais. Une exploitation des ressources naturelles jugée illégale par l’organistation Western Sahara Ressource Watch, qui rappelle que le Sahara occidental reste un territoire occupé.
Mais le Maroc, lui, compte bien tirer un maximum de profit de ses richesses. Il a d’ailleurs construit un tapis roulant de 96 km de long, pour transporter le phosphate des mines de Boukraa jusqu’au port d’El Marsa, près de Laâyoune. Visible depuis l’espace grâce à la poussière blanche laissée par la roche phosphatée, c’est le plus long tapis roulant du monde.
Bref, à l’ouest, l’ancienne colonie espagnole a bien changé. Mais à l’est du Berm, la situation reste figée. Les Sahraouis attendent toujours un référendum d’autodétermination, pourtant promis lors des accords de cessez-le-feu avec le Maroc signés en 1991.
Il y a une partie qui est restée dans la partie annexée par le Maroc et l’autre partie est en exil. Donc ça a séparé des familles. Cette population sahraouie qui est en exil vit dans des camps et un des grands problèmes, pour cette population, c’est qu’ils n’ont rien à faire.
Il y a très peu d’activité économique donc ils sont dépendants de l’aide humanitaire. Dans la ville de Tindouf, en Algérie, près de la frontière marocaine, entre 150 000 et 160 000 réfugiés sahraouis vivent toujours dans des camps gérés par l’ONU. Une situation qui risque bien de s’éterniser, surtout depuis que les États-Unis et Israël ont reconnu officiellement la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
Le mur marocain, qui était une exception dans la région, est devenu une sorte de modèle pour ses voisins. Vu du ciel, perdu au milieu du désert, on peut voir le long des frontières de plusieurs pays, ces interminables murs de sable, souvent 2 lignes érigées en parallèle. Dans cet article paru en 2021 dans “Le Monde diplomatique”, le géographe Laurent Gagnol fait un état des lieux de ces barrières qui restent tout de même beaucoup moins militarisées et fortifiées que le Berm marocain.
Les remblais de sable, c’est peut-être l’outil géopolitique le plus simple, le moins coûteux et le plus efficace. Il faut juste des engins de chantier de type bulldozer et avec ça, on peut sécuriser un territoire ou en tout cas, on peut mieux le surveiller. Le pays particulièrement surveillé par ses voisins, c’est la Lybie.
La Tunisie a érigé un mur de sable de 200 km de long à sa frontière. Pareil pour l’Egypte qui elle, a construit 270 km de fortifications. La situation a évolué depuis 2011 et 2012, c’est-à-dire depuis la chute du régime de Kadhafi, qui maintenait une sorte d’équilibre géopolitique dans la région.
Parce que Kadhafi arrosait. Et puis il tenait les rebelles. Et donc depuis, la situation est devenue très complexe et très instable.
La réponse de certains gouvernements, notamment d‘Afrique du Nord, ça a été d’ériger ces murs de sable. Par peur d’une contagion du chaos libyen qui a facilité le terrorisme, le trafic d’armes et de drogues dans la région, l’Algérie a elle aussi construit, en toute discrétion, un mur de sable à ses frontières à partir de 2015. Mais le pays est allé encore plus loin.
Le mur algérien s’est étendu aux frontières avec le Niger, le Mali et la Mauritanie. Des tranchées ont été construites pour éviter tout franchissement de véhicule et des pistes relient le remblais de sable à des bases militaires. Vu du ciel, pas facile de distinguer cette barrière, qui se fond dans le paysage.
Pourtant, elle est bien présente. En 2021, La quasi-totalité des frontières terrestres de l’Algérie étaient fermées. Au nom de la sécurité nationale, le gigantesque Sahara est devenu un espace cloisonné où il est de plus en plus difficile de circuler librement.
Et les premiers à en faire les frais sont les populations nomades mais aussi les migrants, qui, au péril de leur vie, tentent la traversée. Voilà, on espère que ce nouvel épisode d’Atlas vous a plu. N’hésitez pas à nous dire en commentaire si vous voulez qu’on aborde d’autres sujets géopolitiques comme celui-ci et surtout, n’hésitez pas à vous abonner !