En France, il existe aujourd'hui un écart de 24 % entre la moyenne des salaires des hommes et celle des femmes. Mais la vraie question serait de savoir quelle est la part de discrimination pure. Selon Marlène Schiappa, il s'agirait d'environ 4 à 10 % de discrimination.
Pour cela, il faudrait être capable de trouver un groupe contrôle, c'est-à-dire une entreprise dans laquelle on est sûr qu'il n'y a aucune discrimination possible et dans laquelle les salaires seraient perçus uniquement en fonction de la productivité, sans que l'employeur ne connaisse le sexe de ses employés. Et si l'on trouvait 0 % dans ce genre d'entreprise, alors on pourrait effectivement dire que l'écart salarial qu'on trouve dans les entreprises classiques relève effectivement de la discrimination. Or, il semblerait qu'Uber remplisse parfaitement ces critères.
Uber est une application qui permet de mettre en lien des chauffeurs avec des clientes pour aller d'un point A à un point B. Cette entreprise remplit les critères parfaits pour faire ce genre d'étude sur l'écart salarial, puisque d'une part aucune discrimination n'est possible. En effet, les salaires sont attribués de manière totalement automatisée par un algorithme, et cet algorithme est simple, transparent et connu de tout le monde.
Il est évidemment complètement "gender blind", comme disent les Américains, c'est-à-dire qu'il est impossible de prendre en compte le sexe de la personne. Il n'y a pas non plus de discrimination possible de la part des clientes, puisque l'on ne connaît pas le sexe du chauffeur lorsqu'on commande. De plus, les horaires sont totalement flexibles, donc les chauffeurs peuvent travailler exactement comme ils le souhaitent.
Des chercheurs de l'université de Stanford se sont associés avec des statisticiens de Schieber. Ils ont publié en 2018 une étude, toute récente, c'est à peine un mois, dans laquelle ils ont étudié les rémunérations de 1,9 million de chauffeurs d'Uber. Ils ont constaté qu'il existait un écart salarial entre les hommes et les femmes de 7 %.
C'est-à-dire que les hommes, pour une heure travaillée, gagnent 7 % de plus que les femmes. Les auteurs ont contrôlé un nombre incalculable de variables pour essayer de comprendre d'où venait cet écart salarial. En conclusion, ils ont remarqué que cet écart de 7 % s'expliquait par trois grands facteurs.
Le premier facteur est la vitesse de conduite : les hommes conduisent légèrement plus rapidement que les femmes, c'est de l'ordre de 2 %. Le deuxième facteur est l'expérience, qui est mesurée par le nombre d'heures travaillées. Cela signifie que les hommes travaillent plus que les femmes sur Uber, et donc ils ont plus d'expérience.
Selon les auteurs, ils savent mieux comment générer de l'argent à partir de la plateforme, c'est ce qu'ils appellent "learning by doing". Le troisième facteur est le choix des courses : les hommes et les femmes ne vont pas aller au même endroit et ne vont pas travailler aux mêmes horaires. En conclusion, on peut dire que même en l'absence totale de discrimination, il existe toujours un écart salarial entre les hommes et les femmes, parce que les hommes et les femmes ne travaillent pas de la même manière.
Cela peut être la discrimination et donc pas forcément une piste intéressante à explorer pour expliquer l'écart salarial entre les hommes et les femmes. Il vaudrait mieux se pencher sur des différences de préférences de travail entre les hommes et les femmes.