Mes chers camarades, bien le bonjour ! On peut être assez d’accord pour dire que mourir… c’est pas le truc le plus fun de l’existence. Mais y’a au moins un avantage : quand c’est fait, on nous fout la paix.
Sauf, bien sûr, si on vit en Égypte ancienne : alors là, c’est parti pour la course d’obstacle ! Lutter contre des serpents maléfiques, réciter des centaines de noms de portes et de démons, parcourir les eaux chaotiques en compagnie du dieu Rê… Le chemin vers la régénération, franchement c'est loin d’être de tout repos ! Alors on a vu tout ça dans un épisode précédent, que je vous mets en description, il faut juste cliquer sur le petit lien.
Pour aujourd’hui, on va se pencher sur un des principaux textes funéraires égyptiens : le Livre des Morts. Mais avant, préparez votre plus beau papyrus, enveloppez-vous dans vos bandelettes, car nous allons explorer le royaume des morts avec le partenaire de l’émission, le jeu vidéo Path of Râ, qui vient de sortir ! L’esprit du Pharaon a été pris au piège : il s’est réincarné en hiéroglyphe suite à une mort brutale, et il a besoin de votre aide !
En effet un dangereux périple l'attend, et de nombreux obstacles jalonnent le chemin de Râ. Vous êtes là pour l’accompagner, et toute la beauté du jeu, c’est qu’il se passe entièrement sur des fresques murales et des tuiles qu’il vous faudra réarranger. Ce jeu de puzzle solo est réalisé par Oneiric Tales, un studio indépendant français.
Laissez-vous bercer par la musique et la narration de cette histoire inspirée de faits réels, qui a été développée en collaboration avec Simon Thuault, Égyptologue. Ça peut aussi bien plaire au joueur occasionnel qu’au mordu de puzzle ou d’Égypte antique, alors rendez-vous sur Steam, Nintendo Switch et mobile car vous seul pouvez sauver notre pharaon ! Et en attendant, je vous laisse à votre épisode.
Le Livre des Morts a peut-être un nom super stylé, mais c’est loin d’être le plus ancien des écrits funéraires égyptiens. Les Textes des Pyramides et des Sarcophages, pour ne citer qu’eux, remontent à des époques bien plus anciennes, jusqu’à la 5e dynastie, autour de 2. 400 avant notre ère.
Le Livre des Morts arrive un bon millénaire plus tard, à partir de la 18e dynastie. En revanche, sa longévité est remarquable puisqu’il est encore publié à l’époque romaine, le dernier exemplaire connu datant précisément de l’an 63, sous l’empereur Néron. C’est le papyrus de Pamonth, et il est rédigé en démotique, une écriture cursive égyptienne que l’on retrouve notamment sur la célèbre pierre de Rosette.
En bref, le Livre des Morts fut utilisé pendant plus de 1. 500 ans ! Mais avant d’aller plus loin, pourquoi est-ce que ce bouquin ne s’appelle pas “Livre de rituels funéraires”, ou “Livre du clergé des défunts”, mais plutôt le ”Livre des Morts” ?
Même si faut l'avouer, c’est quand même plutôt pratique pour donner un petit côté romantique au cinéma ! À l’origine, cet ensemble littéraire s’appelle : « formules pour sortir au jour », ou « formule pour la sortie au jour ». Les différentes formules magiques qui composent le livre servaient donc à aider le défunt à s’extraire de sa tombe, se régénérer et profiter d’une vie éternelle bien méritée.
L’expression “Livre des Morts” vient en réalité des égyptologues ! Le chercheur allemand Karl Richard Lepsius l’utilisa pour sa publication du papyrus d’Iouefânkh en 1842. Ce papyrus, conservé au musée de Turin, fut l’une des premières versions du Livre des Morts à être traduite et publiée de façon systématique, et c’est donc à Lepsius, le chercheur en charge de ce travail, que l’on doit le nom “Livre des Morts”, qui est toujours utilisé aujourd’hui.
Voilà, on se retrouve avec le nom et la date, et on sait que le livre contient des formules magiques. Mais lesquelles précisément ? Hypercalifragilisticexpialidocious peut-être?
Ces formules utilisées lors des enterrements et des rites funéraires en général servent à offrir au défunt tout ce dont il pouvait avoir pour franchir les différentes étapes de son parcours dans l’au-delà. Elles sont généralement rédigées à la première personne : le mort les prononçait lui-même, étant l’acteur majeur de sa propre régénération. C’est pourquoi il s’identifie parfois à certaines divinités comme Rê ou Thot : ça lui permet de s’approprier les pouvoirs de ces dieux, la force créatrice qui lui donne le pouvoir de faire s’accomplir ce qui se trouve dans les formules magiques.
Cependant, vous vous en doutez, même avec la meilleure volonté du monde, eh bien un mort… ça ne parle pas ! C’est pourquoi les formules sont écrites sur du papyrus, ou sur le sarcophage, voire même directement sur les bandelettes de la momie, comme c’est le cas sur celle du pharaon Thoutmosis III ! Ainsi le mort est en contact avec elles, ce qui lui donne les pouvoirs nécessaires.
Il ne reste plus au prêtre qu’à les prononcer au nom du défunt ! Dans tous les cas, tout ce procédé était réservé aux plus riches, parce que la production et la rédaction d’un papyrus demandait plusieurs semaines de travail et coûtaient donc assez cher. Et il y en a toujours qui ne peuvent pas s’empêcher d’étaler leur pognon !
Le plus extravagant Livre des Morts connu à ce jour est le papyrus Greenfield, conservé au British Museum de Londres : il fait près de 37 m de long ! Il accompagnait une certaine Nésytanébtishérou, au nom aussi long et compliqué que son papyrus ! Au 10e siècle avant notre ère, durant la 21e dynastie, elle était la fille du roi Pinédjém II… Ceci explique cela !
Mais la plupart de ces livres ont un format assez standard. L’encre noire est majoritairement utilisée, le rouge étant réservé aux passages importants et au nom de divinités plus ou moins maléfiques comme Seth et Apophis. Le rouge sert aussi parfois aux didascalies, ces indications destinées au prêtre qui lit, lui disant quels gestes ou actions effectuer.
Le plus souvent le texte est rédigé en hiératique, une version cursive de l’écriture égyptienne. Le tout est disposé en colonnes, parfois accompagné de vignettes complétant les formules écrites. Ces vignettes peuvent être très diverses selon les moyens mis à disposition des rédacteurs du papyrus : certaines sont de simples tracés à l’encre noire, quand d’autres sont des compositions très détaillées et multicolores.
De rares exemplaires portent même plus d’illustrations que de texte, à l’image du papyrus de Nespakachouty, de la 21e dynastie, conservé au musée du Louvre. Et au British Museum, le papyrus d’Ani, de la 18e dynastie, reste particulièrement célèbre pour sa beauté et sa conservation exceptionnelle. Pour l’exposer, un égyptologue de l’époque a choisi de couper en tranche ce coûteux exemplaire de 25m de long… Le saucissonner comme ça, ça tient du sacrilège, dans tous les sens du terme !
La plus célèbre vignette du papyrus d’Ani a souvent été reprise pour illustrer la pesée du cœur par Anubis et Osiris, jugement décidant du droit du défunt à accéder ou non à l’au-delà. On y reviendra en fin de vidéo : c’est le moment de descendre dans le cœur du texte, pour comprendre le fonctionnement du Livre des Morts. Évidemment, la magie surpuissante que contient le Livre des Morts n’est pas censée venir d’un simple mortel, ce serait beaucoup trop facile !
Les Anciens Égyptiens eux-mêmes attribuaient souvent sa rédaction originelle à Thot, le dieu à tête d’ibis ou de babouin, le patron des scribes et père de l’écriture. Si tout un lot d’amulettes préservait le corps physique, le cadavre momifié, le Livre des Morts était lui chargé de sauvegarder les éléments constitutifs de l’être, ce qui fait d’une personne un être vivant. C’est le cas du Ba, que l’on associe souvent à l’âme, même si ce concept est plutôt lié à nos religions du Livre.
En Égypte ancienne, le Ba agissait comme une énergie indispensable à la vie et qui continuait à exister même après la mort. C’est pourquoi de nombreux rites funéraires sont destinés à faire survivre le Ba éternellement, lui qui assure la liaison entre l’au-delà et ici-bas. C’est la raison pour laquelle le Ba est figuré sous les traits d’un oiseau à tête humaine, ses ailes lui permettant de s’élever vers le ciel puis de revenir à la tombe s’unir avec le corps momifié du défunt.
Bref, le Ba c’est le b. a. -ba de la vie éternelle… mais c’est pas si simple !
Deuxième élément non physique à perdurer : le Ka. C’est la force vitale pure, celle qui anime le corps durant la vie et qui continue de recevoir les offrandes après la mort. Les fonctions vitales des Égyptiens étaient censées encore servir après la mort : ils devaient ainsi se nourrir, boire, faire leurs besoins, faire l’amour de temps à autres… Bref, ils prolongeaient dans l’au-delà tout ce qui faisait d’eux des humains durant leur existence terrestre.
Et le Livre des Morts assurait tout ça, unifiant le Ka et le Ba du défunt avec sa momie, lui garantissant régénération et vie éternelle. La formule 89 est d’ailleurs très claire, je cite : La totalité des Livres des Morts accumule 192 formules. Bien sûr, aucun exemplaire n’en comprend l’intégralité, ça serait trop long et trop coûteux, il y a donc toutes sortes de versions.
Les plus courtes n’ont qu’une poignée de formules, et les plus fournies en comptent des dizaines. Certaines sont des “ grands classiques” très récurrents, comme les formules 1, 17 et 64, qui sont parmi les plus anciennes et que l’on retrouve quasiment à chaque fois. Évidemment cette numérotation vient des Égyptologues, et n’existait pas à l’époque de la rédaction des livres.
D’ailleurs l’ordre d’enchaînement des formules peut varier. Mais la numérotation moderne suit quand même une certaine logique vis-à-vis du contenu des formules. On peut par exemple diviser le Livre des Morts en cinq grandes sections : Les formules 1 à 16 introduisent généralement les papyrus : il y est question des funérailles du défunt et de son arrivée dans l’au-delà.
C’est le cas du papyrus d’Iouéfânkh, qui débute par une petite didascalie suivie de la formule elle-même : Le défunt donne ensuite des ordres à ses serviteurs, les petites statues que l’on appelle « ouchébtis », littéralement « ceux qui ont répondu (à l’appel) ». La deuxième section, des formules 17 à 63, voit le défunt retrouver l’usage de toutes ses capacités vitales grâce au rituel d’Ouverture de la bouche. Ce rite était effectué par des prêtres sur la momie ou le sarcophage et permettait au mort d’être à nouveau capable de respirer, de voir, d’entendre, de se nourrir, etc.
On lui rend également son cœur et son nom, deux éléments constitutifs de l’être humain sans lesquels il ne peut exister, aussi bien sur terre que dans l’au-delà. La formule 23 nous dit ainsi : « Formule pour ouvrir la bouche d’un homme dans le séjour des morts […] Ma bouche est ouverte par Ptah avec son burin, avec lequel il ouvre la bouche des dieux ». Puis vient la troisième section : là, le défunt régénère en s’identifiant carrément à Osiris et à Rê, le dieu solaire !
Mais le mort doit d’abord prouver qu’il connaît les formules magiques et rituelles indispensables à sa résurrection. Alors seulement il parvient au jugement de son cœur par Osiris, le dieu des morts. C’est à ce moment là que le défunt démontre la vertu et la piété de sa vie : pourvu que le poids de ses péchés ne fasse pas basculer la balance de la justice !
Je cite : « Voici le rouleau de papyrus grâce auquel on sépare un homme des péchés qu’il a commis, grâce auquel on voit le visage des dieux […] « Je connais le nom des 42 dieux qui sont avec toi en ce jour du jugement de mes affaires. […] Ma pureté est celle du grand Phoenix qui est à Héracléopolis ». Ça fait pas rire !
Mais si le défunt sort de ce jugement lavé de ses péchés, eh bien il peut rejoindre les champs d’Ialou, la région de l’au-delà dans laquelle les champs sont d’une fertilité parfaite. Là, il peut manger, boire, dormir, faire l’amour… Bref, tout ce qu’il apprécie, et pour toujours ! Le Livre des Morts demande, je cite : « Fais que je reçoive les meilleurs morceaux de bœuf et de volaille !
[…] Je suis dans le champ des Offrandes ». Mais ça n’est pas fini : durant la quatrième section, le défunt navigue sur la barque divine en compagnie du dieu Rê. Il traverse ainsi diverses régions de l’au-delà et récite des formules destinées à protéger sa tombe et sa momie afin que celles-ci perdurent toujours.
Je cite : « Alors Isis dit : « Je viens comme le vent ; je suis venue pour être ta protection ! […] Que ton corps ne périsse jamais ! ».
Et avec la cinquième et dernière section, la boucle est bouclée : le défunt s’identifie à différentes divinités comme Horus, et récite des hymnes aux autres dieux afin de s’assurer leur protection. Comme vous l’avez constaté le Livre des Morts, comme la plupart des compositions littéraires égyptiennes, fait intervenir tout un tas d’épisodes mythologiques et de divinités diverses et variées. Par exemple lorsque le défunt s’identifie à Osiris, rappelant la fois où le dieu assassiné par Seth est ressuscité par Isis et Nephthys.
Idem avec les mythes entourant le dieu Rê qui, sur sa barque, parcourt le ciel durant le jour, et le monde souterrain pendant la nuit. Le mort peut tantôt être identifié à Rê lui-même, tantôt l’accompagner sur sa barque et faire office de garde du corps en repoussant les ennemis du dieu solaire. Apophis, le serpent géant du chaos, fait alors office d’adversaire ultime, une sorte de boss final qui doit être anéanti chaque nuit.
Tout le long de son parcours, le défunt connaît d’ailleurs toute une série de transformations : il se change en faucon aux formules 77-78, en lotus à la formule 81, ou encore en divinité comme Ptah ou Sobek, le dieu à tête de crocodile. Cette succession de métamorphoses est un héritage direct des Textes des Sarcophages. Dedans, le mort a même droit à un destin similaire à celui des princesses Disney : il peut se transformer en étoile et monte au ciel, pour y briller toute l’éternité !
Ça fait chaud au cœur ! Le Livre des Morts n’est donc pas ce terrifiant ouvrage qui réactive une momie aussi pourrie que maléfique dans les films d’horreur. S’il est célèbre, c’est autant grâce à sa longévité de 1.
500 ans, qu’à son contenu. Il inclut les plus célèbres scènes de toute la mythologie égyptienne : comme la pesée du cœur, l’ouverture de la bouche, l’union du Ba, etc. Et puis faut pas oublier sa forme physique : des papyrus de dingue, magnifiques, longs de plusieurs dizaines de mètres.
On comprend pourquoi c’est devenu un objet culte, surtout avec un surnom aussi badass ! Et pour rappel, vous pouvez vous-mêmes vivre cette aventure dans l’au-delà en jouant à Path of Râ ! Le jeu vient de sortir ce 5 décembre sur Steam, Nintendo Switch et Mobile, et sera en promotion à -20% jusqu’au 24 décembre sur PC et Switch.
C’est très beau, poétique et cinématique, on s’attache vraiment à ce petit hiéroglyphe de pharaon prisonnier de la pierre et voué aux pièges de l’au-delà. Décidément le studio français Oneiric Tales nous régale, pile pour la période des fêtes : alors quand c’est la course, posez-vous un peu, et évadez-vous en Égypte antique. Résolvez des puzzles dans un cadre vraiment original.
Et bien sûr, puzzles et énigmes cachent un secret à découvrir : les réelles circonstances de la mort du roi d’Égypte ! Alors rendez-vous dans l’autre monde, et merci à tous d’avoir suivi cet épisode, merci au camarade égyptologue Simon Thuault de la chaîne Le Phare à On d’avoir travaillé dessus, en partenariat avec Path of Râ - un jeu auquel il a aussi participé en tant que consultant, donc ça promet ! N’oubliez pas qu’Osiris pèsera vos bonnes actions, alors si vous likez, partagez cet épisode et si vous vous abonnez à la chaîne, ça pèsera forcément dans la balance de la justice !
Salut à tous, et à très bientôt !