Donc la conférence de ce soir, c'est une conférence que j'ai faite depuis quelques mois, mais qui, pour des raisons techniques, n'a jamais été bien enregistrée, donc que l'on refait. Vous n'êtes pas obligés de me croire, mais c'est vrai que ça fait pratiquement un an que j'ai fait cette conférence. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est toujours d'actualité, puisque la question de l'euro – il suffit de le voir – eh bien est en train de broyer... Comme vous le voyez, on a vu le drapeau de la Grèce, le drapeau de l'Irlande, le drapeau du
Portugal. Elle est en train de broyer progressivement non seulement les souverainetés d'un certain nombre de nos États membres de l'UE, mais également de détruire le niveau de vie, les acquis sociaux des Grecs, des Espagnols comme ici, des Italiens et aussi des Français – on y reviendra –, et puis également de nous mener vers des conflits d'une très grande importance en termes sociaux et politiques. Alors la tragédie de l'euro. Je commence tout de suite. En fait, il y aura deux grandes parties dans cette conférence : une première partie qui est une partie de nature historique et
une deuxième partie qui est une partie de nature technique, que j'essaierai de présenter comme j'essaye toujours de le faire De la façon la plus compréhensible et la plus claire possible pour le grand public. Parce que vous savez, il y a une façon de manipuler l'opinion publique française. C'est d'essayer de lui raconter n'importe quoi en se prévalant d'une espèce de jargon technicisant qui intimide la population. Donc personnellement, j'évite toujours le jargon. J'applique la maxime chère à nos aïeux de la grande pensée française, la pensée classique française : je pense à Nicolas Boileau dans « l'Art poétique
», sous Louis XIV, qui écrivait cette formule fameuse : « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Donc ce qui faisait normalement la qualité de la pensée de la langue française, c'était d'expliquer clairement des choses complexes. Et si vous lisez d'ailleurs les grands écrivains du XVIIIe siècle, les grands penseurs économiques – par exemple – ou politiques du XVIIIe siècle ou du XIXe siècle ou encore du début du XXe siècle, et vous trouvez une langue très pure et très claire, alors que de nos jours, eh bien nous
avons une langue qui, souvent, est volontairement absconse, obscure, utilisant des mots dont on ne connaît pas bien la signification pour clore le bec des gens. Par exemple, les gens vous disent : « Ce qu'il faut sur l'euro, c'est une meilleure gouvernance ». Bon. Personne ne sait Ce que ça veut dire qu'une meilleure gouvernance. Moi, j'ai demandé : « C'est quoi, une gouvernance ? ». On ne sait pas ce que ça veut dire. Donc on essaye de régler des problèmes en mettant des mots qui sont des mots obscurs. Alors c'est – je crois – l'une des
lignes directrices que je me fixe quand je fais ces conférences publiques. C'est d'essayer de me mettre à la portée de tout un chacun, et de moi-même, d'ailleurs, parce que je suis comme tout le monde. C'est-à-dire que quand j'ai découvert des problèmes techniques... Je ne suis pas plus malin que tout le monde. J'ai essayé simplement de les comprendre à fond, c'est-à-dire jusqu'au bout, en essayant de comprendre qu'est-ce qu'il y avait derrière. Voilà. Et on s'aperçoit qu'on peut rendre les choses plus simples et claires. Donc premièrement, qu'est-ce que c'est qu'une monnaie ? Qu'est-ce qu'une monnaie ? Pour
ceci – vous savez que je suis un passionné d'histoire –, je vous propose de revenir très loin en arrière, sous l'Antiquité grecque, et notamment sous Ἀλέξανδρος ὁ Μέγας, c'est-à-dire Alexandre le Grand, une des très grandes figures de l'histoire de l'Antiquité, le fils de Philippe de Macédoine, qui – comme vous le savez – a conquis une très grande partie de l'univers connu. Ça reste un homme politique d'une ampleur exceptionnelle. Il est question Des victoires d'Alexandre dans la Bible. Et je vais citer au cours des quelques planches qui suivent la Bible, dans l'Ancien Testament, à l'intérieur de
l'Ancien Testament dans le premier livre des Maccabées. Et en l'espèce, il s'agit du préambule, le chapitre 1, les versets (NDLR : de 1 à 4). C'est dans la traduction en français de (NDLR : l'École biblique et archéologique française de Jérusalem) parue chez Desclée de Brouwer en 1955. Donc dans l'Ancien Testament, qu'est-ce que l'on apprend ? Eh bien on apprend qu'« Alexandre, fils de Philippe, Macédonien, [...] poussa jusqu'aux extrémités du monde en amassant les dépouilles d'une quantité de nations, et la terre se tut devant lui ». Il amasse une quantité de nations. Il va en faire
un empire. « ...et la terre se tut devant lui. Le cœur d'Alexandre s'exalta et s'enfla d'orgueil ». Bah oui, ceux qui bâtissent des empires, ceux qui piétinent des nations sont toujours victimes du pêché d'orgueil. « Il rassembla une armée très puissante, soumit provinces, nations, dynastes et en fit ses tributaires ». Comme vous le savez, Alexandre le Grand va mourir au cours de ses pérégrinations, du côté de l'Indus. Et ensuite, son empire fugitif – comme finalement tous les empires – a été découpé en 4 grandes entités étatiques, dont l'une a été dévolue donc à certains de
ses successeurs, et notamment la Palestine, ou la Judée, Qui a échu donc à certains de ses successeurs, qui étaient donc la dynastie des Séleucides. L'un des successeurs, des lieutenants d'Alexandre le Grand s'appelle Antiochos Épiphane, qui a imposé sur l'ensemble de ses terres, donc notamment en Judée-Samarie, en Palestine... Si on parle de ces pays, c'est parce que c'est là que se passe l'histoire de la Bible. Il a imposé une monnaie unique qui est celle avec son effigie. Et voilà ce que nous dit la Bible. « En ces jours-là surgit d'Israël une génération de vauriens qui séduisirent
beaucoup de personnes en disant : « Allons, faisons alliance avec les nations qui sont autour de nous, car depuis que nous nous sommes séparés d'elles, bien des maux sont advenus ». Ce discours leur parut bon. Plusieurs parmi le peuple s'empressèrent d'aller trouver le roi, qui leur donna l'autorisation d'observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l'alliance sainte pour s'associer aux nations. Ils se vendirent pour faire le mal », « Le roi publia ensuite dans tout son royaume l'ordre de n'avoir à former
tous qu'un seul peuple et de renoncer chacun à ses coutumes : toutes les nations se conformèrent à l'édit royal ». On a ici le fantasme d'un empire qui veut égaliser toutes les nations, nier la spécificité des peuples. Vous voyez bien où je vais en venir, par rapport à la situation actuelle. C'est-à-dire qu'on considère que toutes les nations doivent ne former qu'un seul peuple et renoncer chacune à ses coutumes, comme actuellement, on voudrait que les Français, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Grecs deviennent tous des Américains, ou des Germano-Américains. C'est exactement la même chose. Donc
ça, c'est dans l'Ancien Testament, toujours le premier livre des Maccabées. C'est les versets 11 à 14, 41 du préambule, du chapitre 1. Et puis voici que l'un des successeurs d'Antiochos IV, Antiochos VII Évergète, qui est le roi... Donc séleucide d'origine grecque, lui, il règne sur la Judée entre -138 et -129. Et à ce moment-là, eh bien il est victime d'une attaque venue de l'est qui menace la stabilité de son pays. Et Antiochos VII est donc obligé de faire face à deux fronts : un front extérieur et un front intérieur. Parce que comme vous l'avez vu
tout à l'heure – je suis passé un peu vite –, eh bien on avait à l'intérieur du peuple juif dont la Bible raconte l'histoire une génération de vauriens, qui donc veut fusionner avec les autres peuples. Et ce qui n'est pas dit dans cet extrait, c'est qu'une autre partie du peuple juif, eux, entrent en résistance. Donc certains vont collaborer avec l'empire grec séleucide. Et d'autres, des Juifs, vont entrer en résistance. Or, Antiochos VII, donc l'un des lointains successeurs d'Antiochos IV, se trouve confronté – j'y reviens – à d'un côté une attaque venue de l'extérieur, et d'un
autre côté le front intérieur de la résistance juive contre la dynastie des Séleucides grecque. Et donc Antiochos VII va essayer d'arrêter la contestation interne en rendant au peuple juif une partie de sa liberté. C'est ce qui est décrit dans le premier livre des Maccabées, dans le chapitre 15. Et prêtez attention à ce qui est écrit. « Le roi Antiochos à Simon, grand prêtre et ethnarque, et à la nation des Juifs, salut ». Donc il convoque le chef des Juifs insurgés. « Puisque ces malfaiteurs se sont emparés du royaume de nos pères, ... »... Il s'agit
de ceux qui attaquent de l'extérieur le royaume des Séleucides. « ...que je prétends revendiquer la possession du royaume afin de le rétablir dans sa situation antérieure, et que j'ai levé quantité de troupes et équipé des vaisseaux de guerre avec l'intention de débarquer dans le pays pour tirer vengeance de ceux qui l'ont ruiné et qui l'ont dévasté ». « Eh bien moi, Antiochos VII, je te rends ta liberté », et donc, il dit : « Je te permets de battre monnaie à ton empreinte, avec cours légal dans ton pays. Que Jérusalem et le Temple soient libres
; que toutes les armes que tu as fabriquées et les forteresses que tu as bâties et que tu occupes te demeurent ». Premier livre des Maccabées, chapitre 15, versets 1 à 8, traduction de – comme je vous l'ai signalé tout à l'heure – (NDLR : l'École biblique et archéologique française de Jérusalem). Ça veut dire quoi ? Eh bien ça veut dire que dans ce livre qui a plus de deux millénaires, c'est la première fois dans l'Histoire, dans un texte écrit, de toute l'histoire du monde, que l'on découvre l'idée que la liberté est consubstantielle pour un
peuple à l'idée de battre monnaie à son empreinte. À l'époque, la monnaie, c'était celle d'Antiochos VII, que l'on voit ici. C'est marqué d'ailleurs ici en grec : Antiochos Evergetos. Et là, vous avez son profil à l'avers de la monnaie. Ensuite, d'ailleurs, suite à cette décision... Et là, ce sont des monnaies réelles que je vous présente. Eh bien nous avons ici quelques années après une monnaie juive qui a été frappée sous le règne de Yokhanan Hyrkanos, que l'on appelle dans la Bible selon les traductions Jean Hyrcan Ier, qui a été frappée entre -134 et -104 avant
J.-C., donc juste après la décision d'Antiochos VII. Et comme on le voit, cette monnaie, il n'y a plus Antiochos VII, justement. On voit au contraire qu'il y a une écriture en hébreu. Cette monnaie a été frappée à l'empreinte du grand prêtre des Juifs, conformément à la décision d'Antiochos VII. Ça, c'est un shekel qui a été frappé pendant la révolte célèbre de Bar Kokhba contre l'Empire romain en 132-136 après J.-C. Cette monnaie frappée par les Juifs révoltés contre l'Empire romain représente la façade du temple de Jérusalem à l'avers – on le voit ici –, et au
revers un lulav, c'est-à-dire une feuille de papier, avec la mention écrite en hébreu « Pour la liberté de Jérusalem ». Alors tout ceci, ça veut dire quoi ? Et quels sont les enseignements que l'on peut en tirer, de ce texte qui, pour la première fois – je réinsiste – dans l'histoire mondiale parle de la monnaie ? Eh bien depuis 2 140 ans à peu près, la Bible, c'est-à-dire le livre par excellence de la culture judéo-chrétienne, cette sagesse des nations... Il s'agit pas pour moi... Je ne me prends pas pour un prédicateur américain. Il s'agit pas
pour moi de faire un prêche. Il s'agit simplement pour moi d'attirer l'attention sur l'un des textes fondateurs de la civilisation dans laquelle nous sommes. Cette sagesse des nations, qui se situe au confluent des influences juive, grecque et romaine, eh bien nous a mis en garde depuis 2 140 ans. La liberté d'un peuple est consubstantielle à son droit de battre monnaie à son empreinte, comme dit le texte biblique. La monnaie, c'est la souveraineté d'un peuple. La monnaie, c'est la liberté d'une nation. Une monnaie plurinationale n'est jamais durable. En tout cas, c'est l'exemple d'Antiochos VII, qui est
obligé de ruiner sa propre monnaie unique qu'il avait voulu imposer. Ce qui est intéressant... C'est pour ça que je commence ma conférence par cette référence. C'est que toute l'histoire ultérieure a donné raison Au premier livre des Maccabées, et pas seulement dans la sphère de la Palestine. Ici, c'est un sesterce, qui était la monnaie unique de l'Empire romain. Vous voyez, d'ailleurs, il est frappé – si vous arrivez à lire – Vespasianus. C'était frappé à l'effigie de Vespasien, de l'empereur Vespasien. Vous savez qu'il est resté célèbre, d'ailleurs, dans l'Histoire, l'empereur Vespasien, puisqu'à Rome, pour avoir des rentrées
budgétaires, eh bien il avait décidé d'imposer un droit d'entrée, une petite taxe pour aller dans les latrines. C'est à partir de ce moment-là, d'ailleurs, qu'on a appelé ça des vespasiennes. Et il avait un fils Titus. C'est sous le règne de Titus qu'il y a eu d'ailleurs l'explosion du Vésuve et l'ensevelissement de Pompei. Titus, son fils, lui a reproché. Et Vespasien prend un sesterce, et lui met sous le nez, et lui dit : « L'argent n'a pas d'odeur ». C'est de là que vient cette expression. Eh bien l'Empire romain, aussi grand qu'il fût, s'est désintégré, et
avec lui eh bien la monnaie unique de l'Empire romain : le sesterce, fut démantelée avec la dislocation de l'Empire romain. Lui succéda notamment dans la partie orientale de l'empire, après la révélation au prophète Mahomet, lui succéda le Califat ommeyade, installé à Damas, qui s'était étendu sur une très grande partie des terres conquises par les califes, les premiers successeurs du prophète. Eh bien le dirham, qui était la monnaie unique du Califat omeyyade, s'est également désintégrée avec la dislocation du califat. Je ne vais pas vous parler trop des monnaies antiques. Je vais plutôt vous parler des monnaies
de l'âge classique, des monnaies qui nous concernent plus directement, et qui remontent au cours des 300, 400 ou 500 dernières années. Charles Quint, comme vous le savez, né en 1500, héritier des Habsbourg, devient en 1519, à 19 ans, l'empereur du Saint-Empire romain germanique. Et en plus de ça, il a donc son fils, Philippe II, qui va bénéficier des conquêtes que vont faire sous Charles Quint puis sous Philippe II les conquistadors. Vous savez que Cortés va conquérir le Mexique. Vous savez qu'ensuite, Pizzaro va conquérir le Pérou. Et à chaque fois, on va trouver au Mexique puis
au Pérou des mines d'or puis des mines d'argent. Et puis ensuite, les Espagnols conquerront des îles situées à l'est et au sud-est du Vietnam, et qui s'appelleront les Philippines, en l'honneur de Philippe II. Eh bien sous Philippe II, l'Espagne possédait donc ces territoires en Europe, la famille de Habsbourg, avec les Flandres, la Bourgogne, le royaume des Deux-Siciles et puis une partie de la péninsule espagnole, toute une série de... Les Açores, les Canaries, etc., toute une série de points de comptoir le long de l'Inde notamment, ou de la côte orientale de l'Afrique, mais surtout eh bien
les conquêtes de Cortés, De ses lieutenants dans l'isthme panaméricain, et puis les conquêtes de Diego de Almagro ou de Pizza, notamment au Pérou. Et les Espagnols vont donc imposer une monnaie, qui est considérée par les spécialistes comme la première monnaie supranationale des temps modernes, qui s'appelle le réal espagnol. Ce réal espagnol circule dans toutes les Amériques justement qui sont sous domination espagnole, et pas seulement. On va le voir dans un instant. Alors il est intéressant de regarder cette monnaie. Elle est passionnante. On y voit dessus, vous voyez deux hémisphères, et puis une couronne, et puis
ici deux colonnes. Alors regardons-la d'un petit peu plus près, cette monnaie. Il est marqué ici le long du listel « Utraque unum ». « Utraque unum », c'est une monnaie plurinationale. C'est la monnaie de l'empire espagnol. « Utraque unum », c'est du latin. « Utraque unum », c'est une formule qui est reprise d'une lettre de saint Paul aux Éphésiens, toujours la Bible. Ça signifie : « Nous sommes tous un ». « Nous sommes tous un », « Tous les peuples ne forment qu'un », « Nous sommes tous une seule monnaie, un seul peuple et un
seul empire ». Il s'agit d'affirmer la volonté de bâtir un empire mondial. Vous avez vu. Je reviens un instant, cette monnaie-là, celle-ci a été frappée en 1736. Donc c'est la même pensée qu'Antiochos IV dont je parlais tout à l'heure. C'est la même pensée que celle qui agite actuellement l'Europe. Il s'agit de faire tous un seul et même peuple, et notamment à partir d'une monnaie. Ce qui est intéressant, c'est que sur cette monnaie, vous voyez, il y a deux colonnes, et puis il y a des banderoles, des guirlandes qui s'entourent autour (NDLR: des colonnes). Si je
reviens un tout petit peu en arrière, vous voyez qu'il y a marqué : « Plus ultra ». « Plus ultra », voilà, c'est la devise qui était la devise de Charles Quint, qui a été reprise ensuite par la monarchie espagnole. « Plus oultre » en français. « Oultre », ça veut dire « outre », « au-delà ». Donc la formule, c'était : « Toujours plus au-delà », « Toujours plus au-delà ». Et puis on voit qu'il y a l'Univers. Ça veut dire quoi, « toujours plus au-delà » ? Et c'est quoi, ces deux colonnes ?
Eh bien ces deux colonnes représentent en fait ce que l'on appelait les colonnes d'Hercule. « Toujours plus au-delà des colonnes d'Hercule ». C'était quoi, les colonnes d'Hercule ? Pour ceux d'entre vous qui ne le sauraient pas, c'était ce que les anciens Romains et Grecs considéraient comme étant la pointe sud de l'Espagne, avec ici le rocher de Gibraltar, et puis la pointe nord du Maroc. Donc « Toujours plus au-delà de ces colonnes », ça voulait dire : « Toujours plus dans la conquête de l'Univers, pour ne former qu'un seul et même peuple, pour former un empire
mondial ». C'est ça, l'objectif. J'ajoute d'ailleurs au passage que Ceux d'entre vous qui s'intéressent à l'Espagne, allez jeter un œil sur le drapeau de l'Espagne d'aujourd'hui. Il y a exactement ces deux colonnes d'Hercule avec justement toujours le « Plus ultra ». C'est une réminiscence. Regardez l'une de ces colonnes, avec cette banderole qui s'entoure autour, là où il y a marqué « ultra ». Est-ce que ça ne vous fait pas penser à quelque chose ? C'est difficile à trouver. Mais quand je vous l'aurai montré, vous l'aurez compris. Eh bien regardez-le de très près. Nous avons ici
une colonne avec une espèce de banderole qui s'entoure autour. Et une façon de le symboliser, c'est ceci. C'est le symbole du dollar. Eh bien oui. Pourquoi ? Parce que tout simplement, le réal espagnol était étendu dans toutes les Amériques et fut utilisé notamment dans les colonies britanniques du Nouveau Monde. Avant la création du dollar, avant qu'il y ait les premiers dollars fabriqués à l'extrême fin du XVIIIe siècle, au début du XIXe siècle, les colons britanniques utilisaient le réal espagnol. Et donc ils ont utilisé ceci comme symbole du dollar. C'est quand même un clin d'œil assez
extraordinaire pour voir à quel point le dollar lui-même a repris cette volonté d'être une espèce de monnaie mondiale, notamment avec les accords de Bretton Woods. Et puis regardez là encore cette monnaie, parce qu'elle va disparaître bientôt. Elle va disparaître parce que, comme vous le savez, suite à la Révolution française, qui commence en 1789, qui connaît un rebondissement considérable en 1792 avec le manifeste du duc de Brunswick, qui met à feu et à sang d'un seul coup Paris... Le manifeste arrive fin juillet 1792. (NDLR : Le duc de Brunswick) demande des émigrés en Europe, qui ont
levé l'ensemble des troupes d'Europe pour aller mater la Révolution française. Eh bien donc le chef des émigrés, le duc de Brunswick envoie à Paris un ultimatum. Il faut rétablir Louis XVI et sa famille dans leurs anciennes prérogatives de monarque absolu. À ce moment-là, le peuple français se précipite aux Tuileries, incarcère Louis XVI, l'envoie à la prison du Temps. Donc c'est un tournant considérable dans l'histoire de France. Et puis comme vous le savez, on va découvrir quelques semaines après la fameuse armoire forte. On va découvrir que Louis XVI, en fait, était parjure, puisqu'il traitait avec les
émigrés au lieu de respecter la Constitution comme il s'y était engagé. Et tout ceci va mener à Valmy, la bataille de Valmy le 20 septembre 1792 où, donc, les troupes européennes essayent de battre les sans-culottes. Et à la surprise générale, alors que tout le monde pensait que les révolutionnaires français seraient écrabouillés, eh bien en fait, ce sont les révolutionnaires français qui gagnent. Et à cette bataille de Valmy du 20 septembre 1792, Qui va faire surgir le lendemain, le 21 septembre, la proclamation de la République française, qui est un événement colossal dans l'histoire du monde, puisque
la France, à l'époque, était le pays le plus peuplé du monde, à part l'Inde et la Chine. Mais enfin la France était beaucoup plus peuplée que par exemple le Royaume-Uni ou que les colonies d'Amérique. Donc le fait que le pays le plus peuplé de tout le monde occidental connu devienne une république est paru quelque chose d'inimaginable pour les gens de l'époque, puisqu'on croyait que les républiques, c'était forcément et seulement un petit État : la République de Florence, la République de Gênes, la République de Venise par exemple. Eh bien si je vous parle de cette histoire,
c'est parce que le 20 septembre 1792, il y avait à Valmy des Latino-Américains, notamment Francesco de Miranda, qui va devenir un des lieutenants de Bolivar, et qui va porter les idéaux révolutionnaires français en Amérique latine. Et le début du XIXe siècle va voir le début de la désintégration de l'empire espagnol avec des révolutionnaires qui vont se prévaloir des idéaux de la République française, de la Révolution française pour réclamer leur liberté et leur indépendance, ce qui va mener eh bien à la destruction du réal espagnol à partir de 1823 : le démembrement du réal espagnol, Monnaie
unique de l'empire hispanique. Avec l'apparition en 1813 du peso argentin, où l'on voit d'ailleurs ici... Vous voyez un bonnet phrygien qui est une reprise, un copié-collé des symboles révolutionnaires français, avec marqué dessus donc « En union y libertad ». C'est pas « À partir de 1823 », c'est « À partir de 1813 ». Il y a une petite erreur dans ma planche. En 1817, le peso chilien. En 1821, le peso colombien. En 1822, le réal péruvien. Vous voyez donc qu'à chaque fois, eh bien la monnaie qui était la monnaie d'un empire universel – enfin qui
se voulait tel – va se désintégrer en monnaie nationale. En 1824 apparaît le réal mexicain. En 1825 le peso bolivien, avec la création de ce pays qui prend le nom du Libertador, de Simon Bolivar. Entre 1830 et 1879, selon un processus très chaotique dû à l'histoire particulière du Venezuela, va arriver le bolivar vénézuélien. Et puis le tout dernier démembrement, ça sera en 1904 avec la création du balboa panaméen, pays qui est un démembrement lui-même de la Colombie, et où les États-Unis ont joué un rôle très considérable pour détacher ce morceau. Pourquoi ? Parce que, comme
vous le savez, c'était là que se situait le canal transocéanique entre l'océan Atlantique et l'océan Pacifique qui avait été construit, dont l'origine était française, avec Ferdinand de Lesseps, qui avait quelques années auparavant construit le canal de Suez. Il est à noter donc que toutes ces monnaies se sont créées en quelques années, dans des convulsions révolutionnaires. La création du balboa panaméen fut réglée en quelques semaines avec l'appui des États-Unis. Alors avançons dans l'histoire et examinons quelles sont les autres monnaies impériales qui ont connu le même sort. Et comme nous allons le voir, toutes les monnaies plurinationales
de l'Histoire se sont toujours désintégrées. Ça, c'était le kurus, qui était la monnaie unique de l'Empire ottoman. Vous voyez ici l'église de Sainte-Sophie, transformée en mosquée à partir de la victoire de 1453 de Mehmed II. La monnaie unique de cet empire ottoman avait été imposée sur toutes les conquêtes de l'empire, et notamment des pays sur le continent européen. Vous savez que l'Empire ottoman, notamment sous Soliman le Magnifique mais ensuite sous ses successeurs, avait gagné une grande partie de l'Europe orientale. L'actuelle Grèce, l'actuelle Bulgarie, l'actuelle Roumanie, l'ex-Yougoslavie, l'actuelle Hongrie étaient devenues des pays de l'Empire ottoman.
Et la poussée ottomane avait été arrêtée en 1683 au siège de Vienne. Et à partir du XIXe siècle, on va parler de l'homme malade de l'Europe, avec la désintégration de cet empire, qui entre en décadence de 1828 à 1918. En 1828 apparaît le phénix grec. Alors c'est intéressant, parce que ça fait suite à la bataille de Navarin de 1827 Où les flottes françaises, anglaises et russes viennent à bout, enfin battent au large de la Morée les troupes de l'Empire ottoman. Et donc c'est le coup d'envoi pour la libération du peuple grec. Le peuple grec, qui
était donc sous domination ottomane, crée une première monnaie qui s'appelle le phénix. Vous savez ce que c'est que le phénix. C'est un oiseau légendaire de la mythologie grecque qui renaît de ses cendres. Donc pour les Grecs, la monnaie permettait de faire renaître la nation grecque de ses cendres. Alors suite à cette création, pendant les 4 années qui ont suivi, il y a eu une guerre de libération des Grecs contre l'Empire ottoman. Et puis ça a provoqué une flambée d'hyperinflation, de telle sorte que le phénix a été abandonné, et qu'une nouvelle monnaie a été créée en
1832, qui est le drachme ou la drachme grecque. Donc cette monnaie, la drachme, créée en 1832, a été le symbole de la libération du peuple grec de l'Empire ottoman. C'est cette monnaie qui a disparu le 1er janvier 2002 pour être remplacée par l'euro. L'euro, d'ailleurs, dont les Grecs ne voulaient pas entendre parler, même pas du nom. Je rappelle d'ailleurs au passage que le nom de la monnaie commune européenne qui avait été prévu par le traité de Maastricht, c'était l'ECU, qui était un acronyme anglais : European Common Unit, et puis qui, en français, faisait penser à
l'ancien écu que nous avions connu sous Louis XIV. Et ce sont les Allemands qui avaient voulu in extremis, après la signature et la ratification du traité, avant de lancer la monnaie, avaient imposé le nom de « euro », parce qu'ils ne voulaient pas du nom de « ECU ». Pourquoi ? Parce qu'« ECU » faisait penser aux Allemands à deux choses désagréables : d'une part « die Kühe », qui veut dire « la vache » en allemand, et d'autre part Eku, qui est le nom d'une marque de bière. Donc les Allemands se sont réveillés environ
8 ans après la bataille en disant : « Il n'est pas question de prendre le mot « ECU ». Nous voulons un autre mot. Et nous, ça sera « euro ». Et à ce moment-là, les Grecs ont protesté parce qu'« euro », « ούρo » en grec, veut dire « urine ». Et donc pas plus que les Allemands ne voulaient de « vache », les Grecs ne voulaient avoir une monnaie qui s'appelle « urine ». Mais en Europe, eh bien il y a les forts et les faibles. On le voit d'ailleurs en ce moment, justement
entre le conflit entre l'Allemagne et la Grèce. Et donc les Grecs se sont vu imposer une monnaie dont le nom même ne leur plaisait pas, et qui faisait disparaître le symbole même de la liberté qu'ils avaient reconquise à partir de 1828. En 1834, c'est l'Égypte, qui est un gros morceau de l'Empire ottoman, qui commence à se séparer du pouvoir de la Sublime Porte, c'est-à-dire l'Empire ottoman. Et cet Empire ottoman donc perd l'Égypte, et est remplacée par la dynastie Des Mamelouks, qui crée aussitôt sa monnaie en 1834 : la livre égyptienne. En 1867, un peu plus
tard, au fur et à mesure cette fois-ci que les Russes avancent, Nicolas Ier puis Alexandre II vont progressivement libérer les Balkans de l'emprise ottomane. Eh bien les peuples ainsi libérés créent leur propre monnaie : en 1867 le leu roumain, en 1868 le dinar serbe, en 1881, en bonne dernière, le lev bulgare. Et puis vous savez que l'Empire ottoman se désintégrera définitivement dans la foulée de la Première Guerre mondiale. La couronne était la monnaie unique de l'Empire austro-hongrois. Cette photo est assez émouvante, puisque l'on y voit ici l'archiduc François-Ferninand avec son épouse à Sarajevo, qui monte
dans une calèche, qui va être assassiné quelques secondes après par Princip. Vous savez que donc en 1914, c'est l'événement déclencheur de la Première Guerre mondiale. Déclencheur de cette Première Guerre mondiale qui va aboutir à la destruction des empires centraux, et tout particulièrement à la destruction de l'Empire austro-hongrois. Alors l'Empire austro-hongrois, du temps de sa splendeur, avait une monnaie unique qui s'appelait la couronne, qui était d'ailleurs avec une face écrite en allemand et une autre face écrite en magyar, c'est-à-dire en langue hongroise. Eh bien à partir de 1918 Et des traités successifs de Sèvres, etc. qui
vont redéfinir la carte de l'Europe, eh bien la monnaie unique va se désintégrer en même temps que l'Empire austro-hongrois. De 1919 à 1920, une partie de l'empire va se transformer dans ce que l'on appelle dans un premier temps le royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. Et dans un deuxième temps, on appellera ça le pays des Slaves du Sud, la Yougoslavie. Donc comme vous le voyez sur cette animation que je remontre, eh bien nous avons en fait cette couronne austro-hongroise qui va ici recevoir dans un premier temps une espèce de timbre national pour nationaliser,
rendre l'utilisation de cette monnaie – le temps d'en fabriquer des nouvelles – uniquement valable à l'intérieur de cette nouvelle entité étatique qui s'appelle la République des Serbes, des Croates et des Slovènes, c'est-à-dire la Yougoslavie. Il en sera de même pour la création de ce pays tout à fait nouveau qui est la Tchécoslovaquie, où on va également imposer un timbre national pour ce nouvel État le temps de fabriquer en 1919 des nouveaux billets avec marqué dessus « Republika Ceskoslovenska ». Il est à noter que l'ensemble du processus de création de la couronne tchécoslovaque fut achevé en
3 mois. C'est à noter, parce que nous avons un pays qui n'existait pas : la Tchécoslovaquie, qui est né d'un découpage suite aux Négociations avec Clémenceau, (NDLR : les 14 points du président Wilson américain), etc. Vous connaissez cette histoire. Eh bien ce pays qui n'existait pas, il y a donc tout à faire. Fallait donc créer ex nihilo un appareil étatique, une banque centrale étatique. Eh bien en l'espace de 3 mois, et alors même qu'il sort d'un conflit mondial, eh bien on crée une monnaie nouvelle. C'est pareil pour la nouvelle République d'Autriche allemande, ce que l'on
appelle aujourd'hui l'Autriche, qui est un petit pays, avec la ville de Vienne, mais qui n'est qu'une petite portion de ce qu'était autrefois l'Empire austro-hongrois. Eh bien dans un premier temps, on frappe, on met un timbre humide, comme on dit, c'est-à-dire un coup de tampon sur les billets, avec marqué comme vous le voyez peut-être ici « Deutschösterreich ». Ça veut dire « Autriche allemande ». Donc ça, ça a été frappé, ça a été mis aussitôt à partir de 1919 avec cette mention. Ça donne naissance de fait aux premières couronnes autrichiennes. Et puis dans la foulée, il
va y avoir les billets de couronne autrichienne, qui seront remplacés à partir de 1925, suite à l'extraordinaire flambée d'inflation que l'Autriche a connue, un peu comme l'Allemagne en 1923 – j'en parlerai tout à l'heure –. Cette couronne autrichienne fut remplacée par le schilling autrichien le 1er janvier 1925. De la même façon, cette couronne donna naissance aussi à la couronne hongroise. On voit ici le même processus : Un coup de tampon avec marqué dessus « Magyarország », qui veut dire « Hongrie » en langue magyare. Et puis juste après, 11 mois après, le 4 mai 1921,
le nouveau billet avec la couronne hongroise : egy korona. L'ensemble du processus de création de la couronne hongroise fut achevé en 11 mois. Quels sont les enseignements que l'on peut tirer de l'affaire du kurus ottoman par exemple ou de l'affaire du démembrement de la couronne austro-hongroise ? Dans tous ces cas, les nouveaux États nés après ces conflits affirmèrent leur indépendance et leur liberté en refusant de rester dans un système de monnaie unique. Ils en avaient une : le kurus, la couronne austro-hongroise, comme auparavant le réal espagnol pour la Bolivie, la Colombie, etc. Ils ont tous
refusé. Et s'agissant de tous ces pays, sortant de la guerre, sans expérience d'État souverain préalable, ils menèrent cette transition sans encombre et, en définitive, très facilement et rapidement : en gros de quelques semaines dans le meilleur des cas, par exemple la Tchécoslovaquie, à moins de 4 ans dans le pire des cas, notamment avec les rebondissements en Grèce ou en Autriche. Alors ce qui est intéressant, c'est de voir que le même système a prévalu, ce même constat tiré de l'expérience, ce constat empirique. Moi, je ne me gargarise pas de mots et de théories. Moi, je regarde
l'Histoire. Eh bien on a assisté de la même façon à la désintégration des empires du XXe siècle. La roupie était la monnaie unique du sous-continent indien, conquis par le Royaume-Uni. Ici, nous avons une monnaie avec – comme vous le voyez – « George VI King Emperor » : roi et empereur des Indes. Eh bien à partir de la partition des Indes de 1947 et de la libération du sous-continent, eh bien la monnaie s'est désintégrée avec l'apparition de deux nouvelles monnaies : la roupie indienne, qui ici va devenir... On reprend la monnaie antérieure, mais on la
frappe en mettant cette fois-ci le pilier des quatre lions de l'empereur Ashoka à Sarnath. C'est un symbole bouddhiste. D'ailleurs, le symbole actuel de l'Inde moderne, c'est le symbole de la République de l'Inde, de l'Union indienne. Et puis la roupie pakistanaise, puisque vous savez qu'au moment de la partition, il y a une partie qui est devenue l'Inde indienne, avec une grande majorité de la population hindoue, et la population musulmane a été... Il y a eu des transferts massifs de population, qui sont allés à l'est et à l'ouest du pays pour former le Pakistan. Et dans un
premier temps, eh bien on a repris la monnaie, la roupie indienne, et on a fait comme tout à l'heure. Je le montrais dans le cas par exemple de la Hongrie ou de l'Autriche. On a mis un coup de tampon avec marqué « Government of Pakistan ». C'est écrit en anglais. Ici, c'est écrit en ourdou, qui est la langue du Pakistan, avec toujours... Là, c'était un pis-aller, c'était pour faire vite, Le temps de publier les nouveaux billets. Et donc avec les nouveaux billets, avec la figure du père fondateur du Pakistan contemporain, qui est le musulman Muhammad
Ali Jinnah, le docteur Ali Jinnah. L'ensemble du processus de création de la roupie pakistanaise fut achevé en moins de 9 mois, alors même... Je réinsiste sur le fait que le Pakistan n'avait pas d'expérience d'État souverain en tant que tel – c'est une création nouvelle –, et alors même qu'il s'agissait des convulsions de la libération et de la décolonisation du sous-continent indien. Je vous renvoie au livre de Lapierre et Collins : « Cette nuit, la liberté ». Vous savez qu'il y a eu des dizaines de milliers de personnes tuées dans des affrontements. C'est dans ce contexte
extraordinaire que, néanmoins, la nouvelle monnaie pakistanaise fut créée en moins de 9 mois. La piastre indochinoise était la monnaie unique de l'empire français en Indochine, la monnaie de l'Indochine française. On voit d'ailleurs la patte de la France dans ces billets multicolores. Ici, c'est un billet de 100 piastres de l'Institut d'émission des États du Cambodge, du Laos et du Vietnam. Eh bien pareillement, lorsque à partir de 1947... Enfin il y a eu le début de la guerre de libération, et puis 1954 : les indépendances. Eh bien nous avons vu apparaître les monnaies de ces nouveaux États.
En 1947... Voici une coupure à l'effigie de Hô Chi Minh du dong vietnamien. C'était 7 ans avant même les accords de Genève Qui ont donné leur indépendance au Vietnam, au Cambodge et au Laos. En revanche, s'agissant du Cambodge et du Laos, il a fallu attendre 1954, l'indépendance formelle, pour voir apparaître le riel khmer et le kip laotien. Vous voyez d'ailleurs que ce billet est à l'évidence fabriqué par des officines françaises, des fabrications françaises. Le franc du Congo belge était la monnaie unique de l'Afrique centrale belge. Eh bien toujours sur le même processus, de 1960 à
1964, le démembrement de l'empire colonial belge a vu apparaître de nouvelles monnaies. En 1960, c'est le franc congolais. En 1964, le franc burundais. En 1964 également, le franc rwandais, les deuxième et troisième étant donc de ces nouveaux États : Burundi et Rwanda. Le dollar des Caraïbes britanniques était la monnaie unique des Antilles anglaises. Lorsque est venu le temps des indépendances de 1964 à 1966, sont apparus le dollar de (NDLR : Trinité-et-Tobago) en 1964, le dollar du Guyana en 1973, de même que le dollar de la Barbade en 1973. Le shilling est-africain était la monnaie unique
de l'empire britannique d'Afrique de l'Est. Avec les indépendances, de 1965 à 1966, on a eu le démembrement de ces monnaies. En 1965 apparaît le dinar sud-yéménite. En 1966 le shilling kényan, du Kenya. En 1966 également le shilling de Tanzanie, le shilling tanzanien. Et toujours la même année, le shilling ougandais, par démembrement de cette monnaie. La roupie indienne du Golfe était la monnaie unique du golfe Persique, de toute cette côte – n'est-ce pas ? – du golfe Persique qui était sous domination coloniale britannique. Les Britanniques utilisaient la roupie de l'Inde, dont j'ai parlé tout à l'heure.
Elle était utilisée pour l'ensemble de ces pays. Eh bien à partir des indépendances, à partir de 1961 et au cours des années 70 vont apparaître des nouvelles monnaies de tous ces États. En 1961, c'est le dinar du Koweït, le dinar koweïtien. En 1965 le dinar bahreïnite de l'émirat du Bahreïn. En 1966 le riyal omanais du sultanat d'Oman. En 1966 le riyal qatari de l'émirat du Qatar. Et en 1973, dernière venue en date, le dirham émirati de la fédération des Émirats arabes unis. Le dollar de Malaya et de Bornéo était la monnaie unique de l'Asie du
Sud-Est britannique, de l'empire colonial britannique. À partir de 1965, 1967 sont apparues successivement les monnaies du démembrement de cet empire. En 1967 le ringgit malaisien de Malaisie, le dollar singapourien de Singapour, le ringgit de Brunéi Darussalam, du sultanat de Brunéi. Vous savez que c'est un petit État qui se trouve au nord de Bornéo. En 1971, rappelez-vous cette monnaie pakistanaise qu'on avait laissée tout à l'heure avec la figure de Muhammad Ali Jinnah. Vous savez qu'en 1971, le Pakistan, qui avait été créé en 1947 Avec une partie occidentale et une partie orientale, s'est à son tour désintégré
en une partie orientale qui s'est appelée le Bangladesh et une partie occidentale qui a conservé le nom du Pakistan. Pendant la guerre qui a suivi... Il y a une guerre terrible qui (NDLR : s'est ensuivie), soutenue d'un côté par la Russie, de l'autre côté par les États-Unis et la Chine. En 1972, nous avons eu donc la création de la nouvelle roupie pakistanaise, toujours avec Muhammad Ali Jinnah, mais dans un dessin modernisé. Et en 1972, la création du taka bangladais. J'insiste sur le fait que le processus de création du taka bangladais fut achevé en moins d'un
an, alors même que le Bangladesh était et demeure, mais était à l'époque l'un des pays les plus pauvres de la planète, et qui de surcroît sortait d'une guerre de libération nationale, d'un conflit. En moins d'un an, un pays qui était extraordinairement pauvre a créé sa monnaie, qui est le taka bangladais. Et puis rapprochons-nous maintenant de l'histoire beaucoup plus contemporaine. Le dinar yougoslave qu'on a laissé – vous vous rappelez – en 1919 était la monnaie unique des Slaves du Sud. La désintégration de la Yougoslavie à partir de 1991 a amené le démembrement du dinar yougoslave, avec
de 1991 à 1994 création de la kuna croate, en 1992 le mark convertible bosniaque. C'est un nom assez curieux, Mais c'est effectivement en Bosnie-Herzégovine. C'est une monnaie qui est liée avec ce qu'on appelle un peg, c'est-à-dire un lien avec le mark allemand. C'est marqué dessus : « konvertibilna marka ». En 1993 le denar macédonien. Et enfin en 2003 le dinar serbe, la Serbie étant l'héritière finale – si j'ose dire – de la Yougoslavie. Vous voyez notamment qu'on est en plein conflit yougoslave. Entre 1991 et 1994, la guerre fait rage en ex-Yougoslavie. Eh bien ça n'empêche
pas que nous avons la création de ces monnaies nationales. Rappelons-nous que le rouble soviétique était la monnaie unique de l'Union soviétique, qui avait succédé d'ailleurs au rouble des tsars, ici avec l'effigie de Lénine. Eh bien comme vous le savez, à partir de 1990, le rouble soviétique, comme l'Union soviétique, vont se désintégrer. En 1990-1993 est créé le lats letton, la petite Lettonie, minuscule, qui proclame son indépendance de la gigantesque Union soviétique et qui dès 1990 fait éditer ses premiers billets : le lats letton. En 1991 apparaît la couronne estonienne. En 1992 le manat azerbaïdjanais. En 1993
le litas lituanien, de même que le rouble biélorusse, le leu moldave, le som de Kirghizistan en 1993, le somoni tadjik du Tadjikistan en 1993, le tenge du Kazakhstan, le tenge kazakhstanais en 1993, de même que le manat turkmène du Turkménistan, le dram arménien et le soum ouzbek de l'Ouzbékistan en 1994, Avec à la fin des fins la création du nouveau rouble russe. Et puis la couronne tchécoslovaque était la monnaie unique des Tchèques et des Slovaques. On l'avait laissée – vous le savez – après la Première Guerre mondiale. Eh bien comme vous le savez, à partir
de 1993 et de la désintégration de la République tchécoslovaque, la République tchèque a créé la couronne tchèque le 8 février 1993, monnaie théoriquement vouée à disparaître puisque la République tchèque est entrée dans l'UE, a ratifié le traité de Maastricht, a donc pris l'engagement formel d'adopter l'euro. Ça a été annoncé pour 2010, puis 2011, puis 2012, puis 2013. Et puis non, ça a été pour l'instant reporté sine die, puisqu'une grande majorité de la population tchèque ne veut pas abandonner la couronne tchèque, et puis parce que par ailleurs, les éléments survenus en zone euro depuis 2010 font
que, désormais, les Tchèques ne veulent surtout plus entrer dans ce capharnaüm qu'est devenue la zone euro, dont je parlerai tout à l'heure. La Slovaquie, elle, a été moins prudente. D'ailleurs, ce sont deux peuples différents, les Tchèques et les Slovaques. Donc eux, ils ont créé la couronne slovaque le 8 février 1993. Mais en revanche, ils ont adopté l'euro le 1er janvier 2009. Et donc cette monnaie a duré de 1993 à 2009, a disparu. Et maintenant, la Slovaquie fait partie de l'euro. Alors ce vaste tour d'horizon historique rapide, mais dont j'ai voulu vous montrer quand même rapidement
à quel point les mêmes phénomènes ont concerné des zones géographiques, des civilisations extraordinairement diversifiées dans le monde : en Asie, en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Europe, en Afrique, partout. Eh bien ce vaste tour d'horizon historique permet de tirer – je le crois – 8 enseignements capitaux. Le 1er enseignement, c'est que la création d'une monnaie supranationale est un classique de toute volonté impériale de colonisation. Depuis plus de 2 000 ans – on l'a vu avec Antiochos IV –, le concept sous-jacent des monnaies supranationales est toujours le même, toujours. Sous couvert de faire le bien des
peuples concernés... C'est toujours la motivation. Antiochos IV voulait – rappelez-vous – faire un seul peuple, une seule nation, que les Juifs aillent au gymnase, se fassent refaire les prépuces, etc. Il s'agissait de faire le bonheur des peuples. De même que faire l'euro, c'était faire le bonheur des peuples. Donc toujours sous couvert de faire le bien des peuples concernés, il s'agit d'imposer une monnaie unique ou une monnaie commune – on verra la différence tout à l'heure – en pensant qu'elle fera naître Un sentiment collectif d'appartenance à une même communauté de destin, et en lui imposant au
passage une même politique budgétaire, économique et financière. Donc si la France avait imposé la piastre indochinoise dans son empire d'Indochine, c'était dans cet objectif-là. L'objectif primordial d'une monnaie supranationale n'est donc jamais technique ou financier. C'est pas vrai. C'est pas pour des motifs techniques, financiers très importants qu'il faudrait faire une monnaie unique ou une monnaie commune. L'objectif est toujours, depuis plus de 2 000 ans, un objectif politique, et plus précisément un objectif impérial ou colonial. Le 2e enseignement, c'est que l'euro n'a strictement rien d'original dans son principe. Contrairement à ce qu'un certain nombre... Ce que tout
le monde dit : « C'est une invention extraordinaire, sans précédent », etc... C'est une banalité affligeante. Au contraire, c'est une monnaie dépendant d'un pouvoir central impérial dont l'objectif est de coloniser les peuples. Comme toute monnaie supranationale, c'est une monnaie de colonisation imposée par un empire. Derrière le réal espagnol, – vous vous rappelez qu'on a vu – il y avait la monarchie de Habsbourg, il y avait la monarchie espagnole : Charles Quint, Philippe II et ses successeurs. Derrière le kurus ottoman, il y avait le sultan de la dynastie des Osmanli. Derrière la couronne austro-hongroise, il y
avait la monarchie de Habsbourg. Derrière la roupie du golfe Persique, derrière le dollar de Malaya et de Bornéo, derrière le shilling de l'Est africain, derrière les monnaies qu'il y avait dans les Antilles, il y avait l'Empire britannique. Derrière le franc du Congo belge, il y avait l'État belge. Derrière le rouble soviétique, il y avait l'État soviétique. Derrière le dinar yougoslave, il y avait l'État yougoslave. Et derrière l'euro... Eh bien derrière l'euro, il y a quoi ? Eh bien derrière l'euro, il y a ceci. Ceci, c'est une citation que je présente dans toutes mes conférences, mais
qui est très importante à comprendre. Je pourrais en montrer d'autres, et des quantités d'autres. Ce sont les révélations du Daily Telegraph du 19 septembre 2000, suite à la déclassification des documents Confidentiel-Défense du département d'État américain à l'été 2000 pour les années 50 et 60. Vous savez que la loi américaine impose aux autorités américaines de déclassifier, c'est-à-dire de rendre publics les documents Confidentiel-Défense, notamment du ministère des Affaires étrangères américain, qu'on appelle le département d'État, avec une proximité par rapport aux écrits qui est beaucoup plus courte que ce que l'on trouve dans d'autres pays. En France, faut
attendre 50, 70 ans, 100 ans. Là, c'est pas du tout le cas. Les documents confidentiels du ministère des Affaires étrangères américain Jusqu'au 31 décembre 1969 ont été rendus publics à l'été 2000. Le Daily Telegraph... The « Britain's biggest-selling quality daily », le quotidien britannique de qualité le plus vendu de Grande-Bretagne – c'est un des journaux les plus sérieux du monde –, a envoyé l'un des journalistes les plus célèbres du Royaume-Uni, qui s'appelle Ambrose Evans-Pritchard, qui est allé voir les documents confidentiels en l'occurrence déclassifiés. Et voilà ce qu'il écrit dans cet article dont vous trouverez l'intégralité
sur notre site internet, et l'intégralité de notre traduction. « Des documents secrets du gouvernement américain qui viennent d'être déclassifiés montrent que la communauté des services secrets américains a mené une campagne, tout au long des années 50 et 60, afin de promouvoir l'unification européenne », « Les dirigeants du Mouvement européen (Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l'ancien Premier ministre belge Paul-Henri Spaak) étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains », donc financés par la CIA américaine et les services secrets. « Le rôle des États-Unis fut camouflé comme pour une opération secrète. L'argent de l'ACUE...
»... ACUE, c'est un acronyme pour American Committee for United Europe : Comité américain pour une Europe unie : structure qui s'est créée après la Seconde Guerre mondiale, qui en dit long, d'ailleurs. Est-ce qu'on imagine un Comité français pour une Amérique unie, qui militerait pour que Cuba, le Venezuela, le Mexique entrent dans les États-Unis d'Amérique ? « L'argent de l'ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, ... », donc des fondations privées qui servent de paravent, de blanchiment – si l'on peut dire –, à l'origine de fonds secrets du gouvernement américain, « ...aussi bien que de milieux
d'affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. [...] Le département d'État jouait aussi un rôle ». Et regardez bien l'une des conclusions de cet article. « Une note émanant de la Direction Europe, ... » – du ministère des Affaires étrangères américain – « ...datée du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté économique européenne, Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice... » – de façon cachée – « ...l'objectif d'une union monétaire européenne ». Cette note recommande « d'empêcher tout débat jusqu'au moment où l'adoption de telles propositions deviendrait virtuellement inévitable ». Donc derrière l'euro,
il y a qui ? Eh bien il y a ça ! C'est l'un des grands secrets de la situation de l'Europe occidentale de nos jours, l'Europe entière. C'est que l'euro a été voulu par le gouvernement américain, de façon confidentielle, depuis 1965. Ça fait 47 ans. Non seulement les États-Unis ont exigé d'abord de faire l'Europe, deuxièmement d'avoir une monnaie. Et par ailleurs, tout a été fait pour empêcher tout débat, pour qu'il en soit ainsi, pour que la construction européenne ou la monnaie commune européenne soient imposées aux peuples sans qu'ils y voient grand-chose. Nous sommes aujourd'hui le
10 mai 2012. Il y a quelques jours, les Français ont élu un nouveau président de la République, suite à une élection présidentielle à nulle autre pareille dans notre histoire, puisque tous les débats de fond ont été évacués. Les débats ont été réduits à des petites joutes électorales assez minables. Mais en particulier, la question de l'euro, la question de fond : « Qu'est-ce que c'est qu'une monnaie ? », « Qui en a eu l'origine ? », « Est-elle viable ? », etc... Tout ceci a été traité par-dessus la jambe quand c'était traité, délibérément attribué à un
parti extrémiste, à Mme Le Pen, qui non seulement est d'une incompétence folle en matière monétaire comme on va le voir, mais qui de surcroît, y ajoute des commentaires d'extrême-droite qui diabolisent aux yeux du grand nombre tout débat sur la question. C'est assez pratique. C'est assez pratique de faire croire que lorsque l'on s'oppose à une monnaie européenne, c'est que l'on a finalement les yeux de Chimène pour le IIIe Reich. C'est le rôle du FN en France depuis maintenant 29 ans. Et c'est pour ça qu'il est médiatisé. C'est pour ça qu'il est mis tout le temps sur
le devant de la scène. En attendant, nous avons la réponse à la question que je me posais : qu'y a-t-il derrière l'euro ? Eh bien derrière l'euro, il n'y a pas d'État européen, puisque celui-ci n'existe pas, pas plus que n'existe le peuple européen, quoi qu'on en dise. Derrière l'euro, il y a un coup d'État du capitalisme financier anglo-saxon, venu des États-Unis d'Amérique sur les démocraties européennes. Et c'est à ceci qu'on est en train d'assister désormais, notamment en Grèce, en Italie, en Espagne et bientôt en France. Alors le 3e enseignement, c'est que toutes les monnaies plurinationales...
Et ça, c'est la bonne nouvelle. Je viens de vous donner une mauvaise nouvelle. Mais la bonne nouvelle, c'est que ce système... 2 140 ans d'histoire ont montré que ce système ne fonctionnait pas. Toutes les monnaies plurinationales se sont toujours disloquées, à toutes les époques, sur tous les continents, dans toutes les civilisations, et avec tous les régimes politiques, économiques et sociaux. Dans le combat de David contre Goliath, c'est toujours David qui finit par imposer sa volonté : la misérable Bolivie contre l'Espagne royale, la minuscule Lettonie contre l'Union soviétique, le microscopique émirat du Bahreïn contre l'Empire britannique,
le petit Laos contre l'Empire français. Le 4e enseignement, c'est que la durée de vie moyenne d'une monnaie supranationale, d'un point de vue empirique, Tiré de l'expérience, est de l'ordre de quelques décennies. La roupie du golfe Persique a duré 12 ans, de 1959 à 1971. Le dollar de Malaya et de Bornéo a duré 14 ans. La roupie pakistanaise 24 ans. Le franc du Congo belge : 44 ans au Rwanda et au Burundi, 73 ans au Congo. Le shilling de l'Est africain 45 ans. Le franc que nous avions imposé dans les pays du Maghreb a duré 46
ans au Maroc et en Tunisie, 50 ans en Algérie jusqu'en 1964. Le dinar yougoslave a duré 47 ans. L'Union latine, dont j'ai pas parlé, a duré 62 ans. Le rouble soviétique a duré 69 ans. La piastre indochinoise a duré 72 ans. 5e enseignement : les monnaies nationales qui avaient disparu dans une monnaie supranationale ont toujours réapparu, toujours. Le drachme grec est réapparu après une éclipse de 2 200 ans. C'est quand même la monnaie du temps de Périclès. Réapparue en 1832, disparue en 2002, et qui va réapparaître – tout le monde l'a compris – dans quelques
semaines ou dans quelques mois, ou dans quelques années. Je crois qu'on peut même maintenant compter en mois. Je le disais, je faisais cette conférence maintenant il y a plusieurs... Pas sous cette forme, mais je disais cela il y a déjà 5 ans, 7 ans. On me riait au nez. J'ai été interviewé en septembre de l'année dernière sur BFM TV par Nicolas Doze. Quand j'ai dit qu'il fallait que la France sorte de l'euro, parce que de toute façon, l'euro allait exploser, on m'a apporté la contradiction. Et depuis lors, M. Doze m'a fait comprendre que je ne
serai plus invité sur BFM. Sauf que maintenant, ces jours-ci, c'est M. Nicolas Doze lui-même qui explique aux auditeurs que l'euro va exploser en Grèce. Le dirham marocain est réapparu après une éclipse de plus de 1 100 ans. Le dong vietnamien qui avait été recréé avec Hô Chi Minh... C'est une vieille monnaie vietnamienne. Elle est réapparue après une éclipse de 66 ans au Nord, de 73 ans au Sud. L'Ukraine a recréé en 1991 le karbovanets, qu'elle avait déjà créé en 1917, donc qui a subi une éclipse de 74 ans. Le lats letton est réapparu après une
éclipse de 53 ans. Le litas lituanien est réapparu après une éclipse de 52 ans, tout comme la couronne estonienne. Le dollar de Trinité-et-Tobago est réapparu après une éclipse de 29 ans. Le dollar de Belize après une éclipse de 31 ans. Etc., etc. D'ailleurs, le franc lui-même a connu des éclipses. Il a été créé la première fois en 1360 pour payer la rançon de Jean le Bon après la bataille de Poitiers de 1356, où le roi de France avait été fait prisonnier par le Prince Noir, le prince de Galles, ensuite emmené en otage au Royaume-Uni. Et
puis vous savez qu'il avait disparu, le franc, sous la monarchie, et puis qu'il a été recréé par Napoléon sous la forme du franc germinal. Et puis il a disparu en 2002. Mais toute l'histoire du monde nous indique que le franc réapparaîtra. D'ailleurs, à chaque fois que le franc est réapparu, c'était dans un contexte de libération, en France. Les monnaies supranationales – c'est le 6e enseignement – suivent empiriquement une évolution en 4 phases. L'observation de l'histoire monétaire mondiale, que je viens avec vous de survoler, révèle que les monnaies supranationales, une fois créées, ne disparaissent jamais immédiatement.
Elles subissent ce que j'appelle une courbe d'hystérèse, qui franchit successivement 4 phases. La première phase : le pouvoir impérial impose la monnaie supranationale par la force ou – ce qui revient au même – par des élections sous propagande et par une force médiatique à laquelle on ne peut pas résister, une propagande outrancière, sans aucun débat, comme le recommandait la note du département d'État américain dont je parlais à l'instant. C'est la première phase. Dans une 2e phase, les peuples soumis acceptent la monnaie supranationale, tous. Ils n'ont pas le choix, que ce soit par la force des
armes ou par la force des médias, la force politique. Ils n'ont pas le choix. La monnaie supranationale est présentée comme un progrès, comme une simplification. Les peuples soumis à l'empire se sentent contraints de l'accepter. Puis finalement, ils s'y font, avec un mélange de curiosité et de résignation, en disant : « On verra bien ». « On verra bien », disaient les Vietnamiens quand on leur avait imposé La piastre indochinoise. « On verra bien », pensaient les Grecs quand ils avaient suivi tous les peuples d'Europe lorsqu'on leur avait imposé le kurus ottoman. « On verra bien
», pensaient les peuples de la péninsule arabique, quand le colonisateur britannique leur avait imposé la roupie du golfe Persique. Et puis vient une 3e phase. La 3e phase, c'est une lente maturation. C'est la divergence des intérêts nationaux et l'arrivée de ce que j'appelle les chocs asymétriques. C'est pas moi, d'ailleurs, qui ai inventé ce concept. J'en parlerai dans la deuxième partie, où je montrerai les arguments techniques qui expliquent pourquoi l'euro va exploser. La divergence des intérêts nationaux et les chocs asymétriques commencent à miner souterrainement, à ronger la monnaie supranationale. De plus en plus... C'est d'ailleurs ce
qu'on apprend en lisant le premier livre des Maccabées. La monnaie supranationale apparaît comme une entrave à la liberté. Et elle a des effets pervers. Cette phase, c'est la phase que j'appelle de la décantation. Et puis la 4e phase, c'est que la monnaie supranationale finit par exploser. Et ce qui est notable, c'est qu'elle explose dans le cadre d'un bouleversement politique libérateur majeur. Toujours. Il n'y a pas de monnaie supranationale qui disparaît comme ça. C'est toujours dans le cadre d'une guerre de libération, d'une guerre de décolonisation, d'un choc politique effarant comme l'effondrement de l'Union soviétique (NDLR :
ou) la désintégration de la Yougoslavie. Donc c'est dans le cadre d'événements politiques majeurs. Le 7e enseignement à tirer de cette histoire monétaire mondiale sur 2 140 ans, c'est qu'il est toujours beaucoup plus facile de sortir d'une monnaie supranationale que d'y entrer. Parce que pour y entrer, eh bien il y a toujours une guerre de colonisation. La piastre indochinoise, elle n'est pas née comme ça. Il a fallu que la France colonise l'Indochine, à partir de Napoléon III, sous la IIIe République. Il a fallu pour avoir le réal espagnol que l'empire d'Espagne colonise les peuples indiens d'Amérique
du Sud. Pareil pour l'Union indienne. Les guerres menées par le Royaume britannique dans le sous-continent indien ont commencé au XVIIIe siècle. Elles se sont achevées – si on peut dire « achevées » – au milieu du XIXe siècle pour redémarrer au milieu du XXe. En revanche, comme on l'a vu, retrouver une monnaie nationale est un processus rapide. En 1960, la très pauvre Guinée, bien que totalement sous-développée et sous-administrée, a quitté le franc d'Afrique de l'Ouest. Et elle est venue à bout des problèmes techniques en un an et demi, alors que c'était l'un des pays les
plus pauvres du monde. En 1965, la cité-État nouvellement indépendante de Singapour, bien plus développée et beaucoup mieux administrée que la Guinée, a mené à bien la création d'une nouvelle monnaie et l'introduction effective de nouveaux billets en à peine plus de deux mois. Dans le contexte dramatique de l'effondrement de l'Union soviétique et de la déroute économique qui (NDLR : s'est ensuivie), 15 nouvelles monnaies sont nées. Et la durée qui s'est écoulée entre la décision et la mise en circulation des billets s'est établie selon les cas entre quelques mois et 3 ans. Donc l'objection soulevée par les
partisans de l'euro sur les prétendues difficultés techniques insurmontables qu'il y aurait à recréer le franc est historiquement totalement fallacieuse. D'ailleurs, c'est à chaque fois le même boniment que l'on a sorti au peuple qui voulait se libérer. Et puis le 8e enseignement, c'est qu'il est faux qu'il y ait une loi de l'Histoire qui justifierait l'euro. C'est pas vrai. Il n'y a pas du tout de loi de l'Histoire qui justifie la création de l'euro. Au contraire. Je viens de vous donner une avalanche d'exemples contraires. Il n'y a au contraire qu'une seule loi monétaire qui a été attestée
par toute l'histoire du monde et qui figure – on le voyait en préambule de cette partie – dans le premier livre des Maccabées de la Bible : à chaque peuple sa monnaie ! Et nous avons ainsi la réponse à la question de cette première partie. Je posais la question : « Qu'est-ce qu'une monnaie ? ». Eh bien la réponse : une monnaie, c'est un peuple. C'est exactement ce que nous disait la Bible dans le premier livre des Maccabées. Et c'est ce que nous a montré toute l'histoire du monde, encore une fois dans toutes les civilisations
et sur tous les continents. Et on voit bien d'ailleurs... Les événements illustrent mon propos, beaucoup plus, encore une fois, que quand je disais ça il y a 4 ou 5 ans, où les gens étaient dubitatifs. Il suffit d'ouvrir son journal pour voir que la Grèce est en train d'illustrer comment va finir l'euro, puisque les Grecs, c'est un peuple qui n'est pas le peuple allemand, qui n'est pas le peuple français, et que l'euro convient aux Grecs comme un pardessus à une vache. Voilà. Alors nous voici arrivés à la deuxième partie de cette conférence. Parce que certains
pourraient me dire : « Oui, mais... », « Oui, mais... Mais vous nous parlez d'exemples anciens ». Ça, ce sont les gens qui ne sont jamais convaincus par rien. Ce sont les gens qui sont convaincus que nous vivons une époque qui n'est en rien comparable à la précédente. C'est ce qu'on dit toujours, vous savez. À toutes les époques, depuis que le monde est monde, il y a beaucoup de gens qui ont refusé les enseignements de l'Histoire en disant : « Mais non. Mais nous vivons un monde totalement différent ». Et quel est l'intérêt de l'histoire
? C'est justement que l'Histoire sert à deviner l'avenir, parce que quelque chose qui s'est sans cesse produit se reproduira. Sinon, c'est plus la peine de faire de l'histoire. Donc la question que vous vous posez peut-être, qu'il faudrait d'ailleurs se poser, qu'il est naturel de se poser : « Est-ce que par miracle, l'euro pourrait-il échapper au sort de toutes ces monnaies plurinationales qui l'ont précédé, et donc de s'installer définitivement ? ». Alors ma réponse est non. Ma réponse est non. Et j'annonce, je confirme, j'affirme, je le dis... D'ailleurs, c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai créé
le mouvement politique que j'ai créé : l'Union populaire républicaine, qui a été créée le 25 mars 2007, jour anniversaire du 50e anniversaire du traité de Rome. Donc on ne peut pas dire que nous surfons sur une vague. D'ailleurs, la Charte fondatrice a été approuvée ce jour-là et est en ligne depuis ce jour-là, et n'a pas subi la modification d'une virgule depuis ce jour-là, ce qui nous distingue de tous les autres mouvements politiques français, qui ont tous dit et qui continuent tous de dire une chose et son contraire sur l'euro. Eh bien nous, nous disons que
l'euro va inéluctablement exploser pour 7 raisons essentielles, qu'on va essayer de voir ensemble. Alors je les présente avant. Et puis on va les examiner l'une après l'autre après. 1re raison : parce que l'euro Est une monnaie commune et non pas une monnaie unique. Le système ainsi créé – je vais l'expliquer tout à l'heure – a pour effet de ne jamais sanctionner les déficits de la balance commerciale et de la balance des paiements courants d'un État de la zone euro vis-à-vis d'un autre État. 2e raison : le système de l'euro provoque structurellement la dégradation du bilan
des banques centrales des États vertueux, ce qui est à terme totalement insupportable pour eux, et tout particulièrement pour l'Allemagne. 3e raison : un taux d'intérêt unique pour 17 économies différentes est un processus systématiquement aggravant, que d'ailleurs les économistes dénoncent comme étant systématiquement procyclique, c'est-à-dire qu'il aggrave systématiquement toutes les situations cycliques. 4e élément : un taux de change externe unique pour 17 économies différentes est destructeur pour les économies les moins compétitives de la même zone monétaire. 5e raison : la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale – on verra ce que c'est – et n'est
pas capable de surmonter durablement des chocs asymétriques. 6e raison : l'euro conduit nécessairement à la fin de la démocratie. Et 7e raison : les plans de sauvetage de l'euro conduisent au pillage du patrimoine des peuples et des États au profit d'une oligarchie financière, ce qui annonce Des embrasements politiques dans toute l'Europe jusqu'à l'explosion finale. Alors on va examiner ces 7 points. Le 1er point, la 1re raison de l'explosion à venir : l'euro n'est pas une monnaie unique mais une monnaie commune. Ce système a pour effet de ne jamais sanctionner les déficits de la balance commerciale
et de la balance des paiements courants d'un État de la zone vis-à-vis d'un autre État. C'est l'un des grands secrets de l'euro. Les gens croient que les euros sont identiques, que vous avez un euro dans votre poche et que toutes les personnes de la même zone euro ont le même billet. Alors c'est à la fois vrai et faux. En apparence, – en apparence – tous les euros qui circulent sont identiques. Mais ce n'est qu'une apparence. Les euros ne sont pas identiques juridiquement. D'un point de vue juridique, l'Allemagne émet une monnaie allemande qui s'appelle l'euro. La
France émet une monnaie française qui s'appelle aussi l'euro. La Grèce émet une monnaie grecque qui s'appelle aussi l'euro. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que lorsque nous sommes entrés dans la zone euro, nous avons conservé notre monnaie nationale, mais (elle) a subi une mutation. Au lieu de s'appeler le franc, elle s'appelle l'euro. Désormais, elle est échangée au taux de 1 pour 1 avec les pays qui ont fait le même processus. L'Allemagne a changé le mark contre l'euro. La Grèce a enlevé La drachme, l'a remplacée par l'euro. Et donc il y a une convention
qui fait que 1 € en France = 1 € en Allemagne = 1 € en Grèce. Et enfin, comme nous appartenons à l'UE, il y a libre circulation des mouvements de capitaux. Il n'y a aucune limitation à ce change. Si vous avez 10 000 € sur votre compte courant à Samoëns ou à Verchaix ou à Annecy, vous pouvez ouvrir demain un compte à Düsseldorf à la Dresdner Bank et transférer vos 10 000 € dans ce compte à la Dresdner Bank de Düsseldorf. Si vous en avez 100 000, vous pouvez transférer vos 100 000 €. Si
vous en avez 10 000 000, vous pouvez transférer vos 10 000 000 €. Et ce faisant, l'argent que vous avez actuellement dans votre compte, qui est d'un point de vue juridique une créance sur la Banque de France, va devenir une créance sur la Bundesbank. Les euros émis par l'Allemagne sont des créances sur la Bundesbank. Les euros émis par la France sont des créances sur la Banque de France. Les euros émis par l'Italie sont des créances sur la banque centrale italienne. Les euros émis par la Belgique sont des créances sur la banque centrale de Belgique. Les
euros émis par la Grèce sont des créances sur la banque centrale de Grèce, etc. Parce que l'un des grands secrets, c'est que l'on n'a pas supprimé les banques centrales. Vous avez toujours la Banque de France. Vous avez toujours la Bundesbank. Vous avez toujours la banque centrale d'Italie. D'ailleurs, si vous reprenez Le traité de Maastricht ou le traité actuellement en cours, le TUE et le TFUE, vous vous apercevez qu'il est question du Système européen de banques centrales. Et la BCE est d'ailleurs composée dans son conseil d'administration des gouverneurs de toutes les banques centrales de la zone.
Donc on n'a pas du tout supprimé les banques centrales nationales. Les traités parlent du SEBC, le Système européen de banques centrales. En ne supprimant pas les banques centrales nationales, les gouverneurs de chacune d'entre elles étant représentés au conseil d'administration de la BCE, les concepteurs de l'euro, et notamment les Allemands, ont choisi de facto un processus facilement réversible. Ce n'est pas parce qu'on aurait supprimé toutes les banques centrales pour ne plus avoir que la BCE que l'euro n'aurait pas été condamné, cf. les 2 000 ans d'histoire. Mais là, il est encore plus facile de revenir en
arrière, puisque nous avons nos banques centrales. Je rappelle... Rappelez-vous ce que je vous disais tout à l'heure : la création de la Tchécoslovaquie ou la création de pays en Afrique – la Guinée – qui n'avaient aucune expérience souveraine ni de banque centrale, qui en quelques semaines ont recréé leur banque centrale, ou quelques mois. Mais là, on n'a même pas besoin, puisque ça existe. Ça existe. Alors comment fonctionne réellement l'euro ? C'est peut-être l'une des parties les plus techniques de cette conférence. Mais j'essaye de vous la présenter de façon claire. Et puis vous aurez quand même
une satisfaction si vous m'écoutez bien. C'est que vous en saurez davantage que la quasi-totalité des Français, et pas seulement du peuple français, mais aussi des prétendus experts. Je vous renvoie à la fois où j'avais été interviewé sur BFM TV. J'avais rapidement présenté ça. Et où le président de Barclays France avait piqué du nez, parce qu'il n'était pas au courant. Nicolas Doze n'était pas au courant. Je parle même pas des responsables politiques qui ont brillé aux suffrages : Mme Le Pen ou M. Dupont-Aignan, qui disent : « Il faut transformer l'euro en une monnaie commune ».
Mais c'est déjà une monnaie commune. Ça veut dire qu'ils ne connaissent rien. Ça veut dire qu'ils ont le culot de se présenter au suffrage des Français, ils ne connaissent même pas techniquement ce dont ils parlent. Et je veux pas taper spécialement sur eux, parce que c'est pareil pour les autres. Alors comment ça marche ? Toutes les monnaies des États de la zone ont le même nom et la même apparence. Je vous l'ai dit tout à l'heure. Elles circulent totalement librement au sein du marché unique. Elles sont toutes librement convertibles entre elles à un taux fixe
de 1 pour 1. 1 € en Allemagne = 1 € en France = 1 € en Grèce = 1 € en Italie = 1 € en Finlande = 1 € aux Pays-Bas, etc. Donc visuellement, quand avec votre euro, vous allez en Italie et que vous achetez avec votre billet, on vous rend dans d'autres billets. Et vous avez le sentiment qu'effectivement, c'est une monnaie unique. Mais ça n'est qu'une apparence. En termes techniques, il s'agit d'un peg – comme on dit –, d'un lien de 1 pour 1 que tous les États de la zone se sont engagés
à respecter pour toujours et de façon illimitée. L'enseignement : l'euro n'est pas une monnaie unique, c'est une monnaie commune. Les Allemands, qui sont des gens précis, le savent et le disent parfaitement bien. Lorsque l'Allemagne de l'Est s'est effondrée avec le mur de Berlin, que l'Allemagne de l'Est a fusionné avec l'Allemagne de l'Ouest, la Banque centrale est-allemande a disparu, la monnaie est-allemande a disparu. Et les Allemands ont dit en allemand « die Einheitliche Währung ». « Die Währung », ça veut dire « la monnaie », en allemand. « Einheitliche », ça veut dire « unique ».
« Die Einheitliche Währung ». En revanche, la monnaie... Ici, c'est le Parlement européen. J'ai montré ces photos parce que vous voyez que là, c'est tout un peuple qui se retrouve. Vous vous rappelez la chute du mur de Berlin. Il y avait des millions de personnes Qui célébraient la réunification de tout un peuple. Ici, c'est une vue du Parlement européen. Je ne sais pas si vous êtes déjà allés au Parlement européen. Il n'y a personne. On se croirait dans un film de Jacques Tati. On voit de temps en temps, égaré, un club du troisième âge de
Carpentras auquel on fait montrer les miracles de l'Europe. Et puis on a un petit babil qui dure 15 secondes. Et puis les gens repartent. Et puis après, ça retombe dans un silence pesant. Il n'y a pas de peuple européen. Et là, les Allemands disent « die Gemeinsame Währung ». Ça veut dire « la monnaie commune ». Jamais vous n'entendrez des Allemands parler de monnaie unique lorsqu'ils parlent de l'euro. Alors les conséquences sont colossales. Les voici. Dans le système antérieur des monnaies nationales... On va prendre un exemple pour que vous compreniez bien. Vous avez un Allemand
qui s'appelle M. Goethe et qui a un compte dans une banque commerciale en Allemagne, mettons la Dresdner Bank, ou la Commerzbank. Et cette monnaie est adossée à la banque centrale nationale : la Bundesbank. Et puis vous avez un Grec, qui s'appelle M. Socrate, qui – lui – a un compte dans une banque commerciale de Grèce : la Banque du Pirée à Athènes ou à Thessalonique, qui est adossée à la Banque de Grèce. Auparavant, qu'est-ce qui se passait ? Il y avait un marché des changes. Lorsque M. Socrate achetait par exemple une Mercedes... Admettons que M.
Goethe est le concessionnaire ou le fabricant de Mercedes en Allemagne. M. Socrate payait la Mercedes en drachmes à la banque commerciale en Grèce, laquelle banque commerciale en Grèce convertissait les drachmes en marks sur le marché des changes. Puis ayant obtenu des marks en échange des drachmes, payée en marks, la banque commerciale de M. Goethe, qui créditait le compte de M. Goethe en marks... Donc tout le processus était régulé par le marché des changes. Si le solde du commerce extérieur grec était très déficitaire... C'est-à-dire qu'il y avait beaucoup beaucoup beaucoup de M. Socrate qui achetaient des
Mercedes, mais il n'y avait aucun M. Goethe qui achetait des produits grecs. Il y avait donc un déficit commercial de la Grèce vis-à-vis de l'Allemagne ou – si vous préférez – un excédent commercial de l'Allemagne vis-à-vis de la Grèce, parce qu'elle vendait beaucoup plus à la Grèce qu'elle ne recevait. Donc dans ce cas-là, ça voulait dire que le solde du commerce extérieur grec était très déficitaire. La balance des paiements courants de la Grèce allait devenir très déficitaire vis-à-vis de l'Allemagne. Et donc le taux de change du drachme allait baisser par rapport au mark sur le
marché des changes. La Bundesbank, en plus, ne voyait rien au système puisque elle, elle ne connaissait que des marks. Elle était donc protégée d'un afflux de monnaie de banque centrale grecque. Elle, elle n'avait que... C'était le marché des changes qui régulait et qui faisait baisser le taux du drachme par rapport au mark. Ça, c'était avant, avec les monnaies nationales. Et maintenant, avec le système de l'euro... On a toujours M. Goethe, qui a toujours un compte à la banque commerciale en Allemagne adossée à la Bundesbank. On a toujours M. Socrate, qui a toujours un compte à
la banque commerciale en Grèce adossée à la Banque de Grèce. Et on a toujours M. Socrate qui veut acheter une Mercedes. Mais cette fois-ci, au lieu de payer en drachmes, il paye en euros. Et cette fois-ci, puisque l'euro est une monnaie commune qui se change de façon illimitée au taux de change de 1 pour 1, eh bien il n'y a plus de marché des changes. Et la banque commerciale en Grèce ne passe plus par un marché des changes qui n'existe plus. Elle envoie directement les euros à la banque commerciale en Allemagne. Mais les euros qui
sont ici sont des euros qui sont des créances sur la Banque de Grèce. Ce sont donc des créances sur la Banque de Grèce qui sont envoyées directement en Allemagne. La banque commerciale en Allemagne, recevant ces euros en créances grecques, Va créditer M. Goethe des euros au taux de 1 pour 1. Mais M. Goethe ayant un compte en Allemagne, les euros en question deviennent des créances sur la Bundesbank allemande. Et donc la conséquence tout à fait nouvelle qui est la conséquence de l'absence de marché des changes et de ce système au taux de change de 1
pour 1, c'est que la banque commerciale en Allemagne va demander de la liquidité en euros créance allemande à la Bundesbank, pour justement créditer en euros créances la Bundesbank de M. Goethe. Et donc qu'est-ce qui va se passer au bout du compte ? Il va se passer que la Bundesbank va en fait être celle qui va prendre le risque qui, autrefois, était traité par le marché des changes. La Bundesbank va voir s'accroître ce qu'on appelle la base monétaire et son bilan de créances qui sont des créances sur la Banque de Grèce. Vous vous rappelez, dans le
schéma précédent, la Bundesbank ne voyait rien. Elle ne traitait que des marks. Là, elle voit apparaître des créances qui sont des créances pourries sur la Banque de Grèce. Le déficit du commerce extérieur grec, quant à lui, n'est plus du tout sanctionné. Auparavant, il était sanctionné, puisque comme je le dis : le marché des changes. Plus il y avait de déficit commercial et de déficit de la balance des paiements courants, Plus le Grec baissait sur les marchés des changes. Donc du coup, il y avait de moins en moins de M. Socrate qui pouvaient acheter des Mercedes,
parce que le prix des Mercedes était de plus en plus cher. Mais cette fois-ci, il n'y a plus de sanction. Donc le déficit du commerce extérieur grec n'est plus sanctionné par le marché des changes. Et c'est le bilan de la Bundesbank qui va se dégrader à toute allure. Ce qui permet de passer à la 2e raison de l'explosion à venir. Ce système provoque structurellement la dégradation des bilans des banques centrales des États vertueux, ce qui est à terme insupportable pour eux, et tout particulièrement pour l'Allemagne. Il faut se mettre un instant à la place de
nos amis allemands. Moi, je veux sortir de l'UE. Il y a d'ailleurs de plus en plus de gens avec moi, puisque notre mouvement, en ce moment, enregistre des taux presque records d'adhésion. Ça n'est pas du tout par xénophobie, par nostalgie, par racisme, par je ne sais pas quoi. C'est le contraire. Moi, je connais bien l'Allemagne. Et faut qu'on se mette à la place des autres. Moi, je suis assez scandalisé de voir que, maintenant, les plus européistes passent leur temps à taper sur les Allemands. Écoutez le discours de M. Mélenchon, le discours de M. Hollande, etc.
On fait tout porter comme si c'était de la faute de l'Allemagne. Moi, je dis : « Attendez, mettons-nous un instant à la place des Allemands ». C'est quoi, la place des Allemands ? Les Allemands, ils ont eu un drame historique effroyable au XXe siècle. C'est ce qui s'est passé à partir de 1922, avec une banque centrale qui s'appelait la Reichsbank qui a vu se dégrader son bilan, parce que c'était pas bien géré à l'époque. Et c'est les conséquences d'ailleurs de la Première Guerre mondiale. Et que ça a amené la disparition de leur propre monnaie. Le
15 septembre 1922, pour aller acheter un gâteau chez le pâtissier du coin, il fallait sortir 1 000 marks, ce qui était déjà considérable. Mais le 20 février 1923, il fallait sortir ce billet de zwanzigtausend Mark pour acheter le gâteau : un billet de 20 000 marks. Entretemps, la monnaie s'était dépréciée 20 fois, entre (septembre) 1922 et février 1923, le 20 février. Et puis le 18 septembre 1923, pour acheter le gâteau, il fallait un billet de zwanzig Millionen Mark, de 20 millions de marks. C'est-à-dire que la monnaie s'était dépréciée d'un facteur 1 000 en l'espace de
quelques mois. Et puis le 1er octobre 1923, c'était un billet de zehn Milliarden Mark, de 10 milliards de marks, pour aller acheter le gâteau. Et puis le 15 octobre 1923, c'était un billet de zweihundert Milliarden Mark, de 200 milliards de marks. Et quand vous partiez de chez vous pour aller acheter le gâteau, au moment où vous arriviez chez le boulanger, Vous ne pouviez plus acheter parce que le gâteau ne valait plus 200 milliards de marks, il valait 500 milliards de marks. Ça a été la disparition de la monnaie dans un phénomène cataclysmique, ce qui veut
dire au passage que les retraités ou les gens qui avaient un peu de biens, qui avaient placé des économies à la banque, qui avaient par exemple en 1919 ou 1920 500 000 marks, ce qui était beaucoup, eh bien en 1923, ils ne pouvaient même plus s'acheter une miette d'un gâteau avec leurs 500 000 marks. Donc les Allemands ont connu un traumatisme terrifiant qui a été la disparition de la valeur de leur monnaie en 1922, 1923 avec des conséquences économiques et politiques... Est-il nécessaire de les préciser ? Pour les Allemands, le maintien de la valeur de
la monnaie, c'est un tabou politique, économique et moral absolu. Et d'ailleurs, toute la société allemande... C'est pas Mme Merkel, c'est tous les Allemands. C'est pas seulement le peuple allemand. Ce sont aussi les dirigeants d'entreprise. Ce sont les économistes. Ce sont les banquiers. C'est tous les gens... Les Allemands sont tous sur cette ligne de pensée. L'objectif absolu des autorités allemandes, de la Bundesbank, de l'ensemble du corps social allemand, c'est de ne jamais mettre en danger la valeur de la monnaie qui circule, parce que sinon, c'est 1922-1923 et les suites, c'est-à-dire la montée du nazisme et la
Seconde Guerre mondiale. Pour réaliser cet objectif, la Bundesbank a un besoin absolu de garder un bilan sain et solide, et plus concrètement de conserver la possibilité de diminuer l'encours des liquidités en circulation. Alors ces contraintes induisent un ordre de préférence très strict et constant pour délivrer de la liquidité aux banques commerciales. Comme vous l'avez vu tout à l'heure – je le montrais dans l'exemple où la banque commerciale avait besoin de liquidités pour servir le compte de M. Goethe –, d'abord, elle délivre de la liquidité contre un nantissement à court terme, une garantie à court terme.
Ensuite contre un nantissement à long terme. Ensuite contre des achats fermes d'actifs, y compris de l'or. Enfin sans aucun nantissement. Et en dernier lieu, elle constate la perte pure. L'objectif des autorités, de la Bundesbank, c'est de se limiter au point n°1. Le piège de l'euro est en train de se refermer sur l'Allemagne. Si M. Papadopoulos ou M. Socrate, riche Grec possédant un compte en euros dans une banque commerciale grecque, prend peur sur le risque de faillite de la Grèce... Là, on n'est plus exactement dans le cas précédent de quelqu'un qui achète. Le cas précédent, c'est
le cas du déficit commercial. Ici, on est dans le cas d'un riche Grec ou d'une riche société grecque qui possède des millions d'euros qui sont en Grèce dans un compte courant ou dans un compte Rémunéré sur une banque commerciale, la Banque du Pirée, et qui sont des créances sur la banque centrale de Grèce. Et il se rend compte... Il suffit d'ouvrir les journaux, de voir la dégradation des notes par Standard & Poor's ou par Moody's. Et on lui dit... Il voit que, peut-être, la Grèce va faire faillite. Alors qu'est-ce qu'il fait ? Comme lui, il
est au courant, eh bien tout simplement, il va vider son compte en euros vers la Banque du Pirée, et il va les transférer dans un compte ouvert à la Deutsche Bank de Düsseldorf ou la Dresdner Bank de Leipzig, ou la Commerzbank de Hamburg. Et à ce moment-là, la citrouille va se transformer en carrosse, puisque les 10 millions – par exemple – qu'il possédait dans la banque à Athènes, qui étaient 10 millions de créances sur la banque centrale de Grèce, deviennent 10 millions de créances sur la Bundesbank, qui est considérée comme une des banques les plus
solides du monde. Et comme vous l'avez compris depuis mon schéma précédent, en termes juridiques et comptables, ça va avoir pour effet de gonfler le bilan de la Bundesbank de créances sur la banque centrale de Grèce. Donc celui qui va se ramasser le mistigri, c'est la banque centrale allemande. Donc vous comprenez bien qu'il y a deux phénomènes concurrents, enfin qui se conjuguent : d'une part le déficit commercial grec vis-à-vis de l'Allemagne... Et c'est pareil pour l'Italie, c'est pareil pour l'Espagne, C'est pareil pour la France. Et en plus de ça, la volonté des grandes fortunes grecques, italiennes,
espagnoles, portugaises, irlandaises, françaises d'aller protéger leurs actifs en les convertissant par un simple transfert d'écriture en créances sur la Bundesbank. Ça veut dire que la Bundesbank, en ce moment, se voit contrainte par ce schéma de l'euro de prêter de la liquidité en l'espèce à la Deutsche Bank contre une créance non négociable et non recouvrable qui est justement la créance sur la banque centrale de Grèce, sans aucun nantissement, et alors que le risque de perte sèche est réel. Dans le petit schéma, je vous montrais les points de 1 à 5. On est dans du 4,5. C'est-à-dire
on est quasiment dans l'horreur absolue pour les Allemands. Au lieu de prêter de la liquidité en fonction d'un nantissement, ils la prêtent parce qu'ils voient affluer chez eux des créances sur des banques centrales pourries des pays du Sud non recouvrables, non remboursables, sans nantissement, c'est-à-dire quasiment de la perte sèche. Horreur. C'est le spectre de 1923 qui resurgit. Et moi, je suis scandalisé que personne en France parmi nos prétendues élites, parmi nos prétendus experts, parmi nos prétendus journalistes ne viennent expliquer aux Français qu'est-ce qui motive les Allemands. On présente Mme Merkel comme une espèce de mère
Tape-Dur, comme si elle était une vicieuse. Le problème, c'est ça. C'est que les Allemands... Il faut savoir que le bilan de la Bundesbank ne cesse de se dégrader. Les spécialistes appellent ça Target. La migration des comptes en provenance des autres pays de la zone euro vers l'Allemagne s'accélère. C'est une tendance qui a débuté à l'été 2007, qui s'est accélérée après la faillite de Lehman Brothers, qui s'est encore accélérée avec la crise de l'euro, qui est arrivée maintenant sur la place publique au début de 2010. Les données sont secrètes. Mais il y a des montants de
plus en plus colossaux d'encours de créances sur d'autres banques centrales européennes qui viennent dégrader le bilan de la Bundesbank. Au 20 octobre 2011, la Bundesbank – semble-t-il – détenait 450 milliards d'euros sur d'autres banques centrales des pays du Sud. Il faut savoir qu'avant le début de la crise qui a commencé donc en 2007 et surtout en 2010, le bilan total de la Bundesbank était de 250 milliards d'euros. Et désormais, il y a toujours les 250 milliards d'euros, et il y a en plus 450 milliards d'euros. D'ailleurs, depuis le 20 octobre 2011, on est plutôt à
500 milliards d'euros en plus. Donc c'est quelque chose qui n'est pas anecdotique. Le bilan de la Bundesbank a triplé depuis l'arrivée de la crise. Et désormais, les deux tiers du bilan de la Bundesbank en actifs, Ce sont des créances pourries sur des banques centrales des pays du Sud. Donc c'est une croissance tumér... Comme une croissance d'une tumeur cancéreuse qui se développe à toute allure. C'est pour ça que vous avez eu l'économiste en chef de la BCE, qui est un Allemand, qui a démissionné, puis le deuxième économiste qui a démissionné, puis le patronat allemand qui tape
du poing sur la table, puis Mme Merkel qui exige que la Grèce... Parce que Mme Merkel, elle n'est pas libre de ses mouvements, parce qu'il y a les Américains qui sont derrière et qui disent : « Il faut garder l'euro », puisque l'euro est un processus d'asservissement, puisque l'euro a été voulu par l'empire euro-atlantiste qui veut dominer l'ensemble de l'Europe. Ça n'est pas pour rien que M. Timothy Geithner, le secrétaire aux Finances américain, ministre des Finances des États-Unis, est venu s'inviter à une réunion à l'automne 2011 en Pologne des ministres des Finances de la zone
euro. Enfin on n'a jamais vu ça. Pourquoi le ministre des Finances américain a-t-il participé à la réunion des ministres des Finances de la zone euro en Pologne à l'automne 2011 ? Parce qu'ils sont venus donner leurs instructions, comme M. Obama est venu à Cannes donner ses instructions. Parce que les Américains savent que si l'euro commence à se désintégrer, c'est l'ensemble de l'édifice – vous savez, c'est un château de cartes – qui risque de se désintégrer. Le début de la désintégration de l'euro, c'est comme le début de l'effondrement du mur, du rideau de fer à Sopron,
en Hongrie. Ça a été le début de la fin pour l'Empire soviétique en Europe. Et c'est ça que redoutent les Américains. C'est que la désintégration de l'euro entraîne en cascade l'effondrement de l'UE, qui est le processus d'asservissement qu'ils ont inventé pour dominer l'Europe. Je renvoie à mes conférences, et notamment à ma conférence « Qui gouverne la France et l'Europe ? » où, toute preuve historique à l'appui, j'explique ce qui s'est produit à partir de la Seconde Guerre mondiale, après le partage de l'Europe entre Roosevelt et Staline suite aux conférences de Potsdam, Téhéran et Yalta. Alors
donc ça veut dire que désormais, à la Bundesbank, il y a deux tiers de créances sur des pays pourris. Et c'est ceci qui explique que de tous les points de vue, l'Allemagne ne peut pas supporter la poursuite de cette situation. Mais l'Allemagne n'a pas les moyens politiques pour l'instant de dire non aux États-Unis, qui exigent qu'elle reste dans l'euro. Donc on voit fleurir en Allemagne une presse vent debout notamment contre les Grecs. Regardez ici. On voit la « Vénus de Milo » en train de faire un geste que la décence ne me permet pas de
commenter. « Betrüger in der Euro-Familie » : « la trahison à l'intérieur de la famille euro ». Et puis là, on voit ici... « Voilà comment ils brûlent nos beaux euros », « Sie brennen die schönen Euros ». Ici, c'est Bild qui écrit une lettre au Premier ministre de l'époque, M. Papandréou. Vous savez que les Allemands ont demandé d'avoir des gages, par exemple l'île de Korfu. Où va-t-on ? Alors la 3e raison de l'explosion à venir de l'euro ne concerne plus spécifiquement maintenant l'Allemagne comme les deux premières raisons. Ça ne concerne d'ailleurs pas seulement l'Allemagne,
parce que le phénomène de migration des comptes vers les banques centrales qui donnent le sentiment de solidité, c'est non seulement vers l'Allemagne qu'il se produit, mais aussi vers les Pays-Bas, vers le Luxembourg, un peu vers l'Autriche, vers la Finlande, et puis vers un pays extérieur à l'UE et à l'euro qui est la Suisse, où il y a eu une migration constante de gens qui viennent se réfugier en Suisse, ce qui d'ailleurs est en train de fragiliser beaucoup la banque centrale de Suisse et le franc suisse. Mais maintenant, la 3e raison de l'explosion à venir de
l'euro, c'est le taux d'intérêt unique pour 17 économies différentes, qui est un processus systématiquement aggravant, ce que l'on appelle en économie un effet procyclique. L'euro aggrave structurellement toutes les situations. Pourquoi ? Parce que la BCE, par principe, ne dispose que d'une seule monnaie, et donc d'un seul taux de refinancement pour actuellement 17 économies différentes. Or, ces 17 économies ont des besoins extrêmement différents. Par exemple, l'Irlande, qui était en surchauffe... C'est plus vrai. Mais pendant plusieurs années, l'Irlande était en surchauffe économique. On parlait du tigre celtique. Il y avait des taux de croissance de 5%, 6%,
7% par an. On disait d'ailleurs aux Français : « Mais vous devriez prendre modèle sur l'Irlande ». Ce qu'on ne disait pas aux Français, c'était pourquoi l'Irlande avait des tels taux de croissance. Si l'Irlande a eu des tels taux de croissance, c'est pour deux raisons : d'abord parce que l'Irlande bénéficiait en averses des investissements américains notamment sur les sociétés notamment d'informatique... Il y a eu toute une série d'investissements américains notamment. Vous savez, dans la banlieue de Dublin, ce ne sont que des sociétés d'informatique. Donc des très forts investissements venus de l'étranger poussent la croissance. Et
la deuxième raison, c'est parce que l'Irlande bénéficiait de fonds structurels européens payés par nous, par les Allemands, les Français. Donc c'était notre argent qui faisait... Parce que si, au prorata... Vous savez qu'il y a à peu près 3 millions d'Irlandais. Au prorata de la population, si la France avait reçu de l'Europe autant de fonds que l'Irlande en a reçu, nous aurions reçu... Donc depuis l'entrée de l'Irlande en 1972 dans la CEE, puis dans l'UE, nous aurions reçu 1 760 milliards d'euros de subventions venues de l'Europe. Donc ce qui a fait le miracle irlandais, c'était d'abord
et avant tout notre argent. Donc venir nous reprocher de ne pas avoir le même taux de croissance que l'Irlande alors que l'Irlande bénéficie du fait qu'on nous pompait du fric pour le donner aux Irlandais, ça fait partie justement de ce tour de bonneteau des européistes. En attendant, l'Irlande, qui était en surchauffe, nécessitait des taux d'intérêt élevés. La France ou l'Italie, qui étaient au bord de la récession, avaient besoin quant à elles de taux d'intérêt très bas. L'Allemagne, qui comme je l'ai montré à l'instant, avait l'obsession de l'inflation, est toujours en faveur de taux d'intérêt plus
élevés que la Grèce, qui est moins rigoureuse, etc. Donc le métier de président de la BCE n'est pas très sorcier, en définitive, puisqu'il reçoit des contraintes venues de 17 pays qui lui disent tous une chose différente. Donc de toute façon, il sait qu'il mécontentera tout le monde. Donc quelle que soit la décision que vous prenez, vous allez mécontenter tout le monde. Donc qu'est-ce que vous faites ? Vous faites une cote mal taillée, vous faites un truc médian. Point. Il n'y a pas besoin – n'est-ce pas ? – d'avoir fait des études colossales pour en arriver
à ce genre de situation. Donc la BCE est contrainte d'arbitrer constamment entre tous les inconvénients, tous les souhaits opposés. Derrière un écran de fumée techniciste, la BCE ne peut rien faire d'autre que de fixer un taux d'intérêt médian, cote mal taillée entre les besoins opposés. Or, tout cela aggrave systématiquement toutes les situations, puisque ce taux médian est trop faible pour les besoins de l'économie irlandaise. Si par exemple l'économie irlandaise avait un taux de croissance de 8% avec un taux d'inflation de l'ordre de 7% ou 8%, elle avait besoin d'un taux d'intérêt – mettons – de
6% ou 7%. Mais au même moment, la France ou l'Italie voulaient un taux d'intérêt, avaient besoin d'un taux d'intérêt de 0% ou moins. Donc la BCE, elle fait un taux d'intérêt de 3%, par exemple. Mais 3%, c'est pas assez pour contrer les tendances inflationnistes de l'économie irlandaise. Donc l'économie irlandaise a des tendances inflationnistes. Elle aurait besoin d'un taux d'intérêt de 7% ou 8% pour lutter contre ces tendances. Et elle a un taux d'intérêt beaucoup trop bas. Donc on favorise les tendances inflationnistes en Irlande. A contrario, la France ou l'Italie avaient besoin d'un taux d'intérêt De
0% ou 1%. Je parle un petit peu au passé, parce que maintenant, le taux d'intérêt est extrêmement bas. Mais c'est montrer la viciosité du processus. C'est que les pays comme la France ou l'Italie, qui avaient besoin d'un taux d'intérêt extrêmement bas, au lieu d'avoir un taux d'intérêt à 0% ou 1%, avaient pendant longtemps un taux d'intérêt aux alentours de 3% ou 4% qui cassait la croissance. Donc ça favorisait systématiquement ce qu'on voulait combattre. Donc c'est la raison pour laquelle on parle d'effet procyclique. La BCE agit comme un tailleur que l'on forcerait à produire un vêtement
taille unique pour 17 personnes de taille et de corpulence très diverses. Si vous avez une seule taille, vous savez très bien qu'il y en a qui trouveront que le truc est beaucoup trop grand, d'autres qui sont beaucoup trop serrés, d'autres que le vêtement est beaucoup trop large. C'est exactement le problème de la monnaie commune européenne. La 4e raison de l'explosion à venir, c'est qu'un taux de change externe unique pour 17 économies différentes détruit les économies les moins compétitives. Je rappelle que le TFUE, sous l'empire duquel nous sommes, fixe notamment dans son article 282 les objectifs
de la BCE. « La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des États membres dont la monnaie est l’euro [...] »... Vous voyez d'ailleurs au passage qu'il est intéressant de relire le texte, Puisque comme je vous l'ai dit depuis le début, la BCE et les banques centrales nationales des États membres dont la monnaie est l'euro... Donc ça veut donc bien dire qu'il y a toujours les banques centrales nationales, et qu'elles jouent un rôle tout à fait décisif, puisque le bilan de la BCE représente à peu près 8% du bilan de toutes les banques centrales
nationales de la zone euro. 92% des bilans sont en dehors de la BCE. Donc c'est la BCE et les banques centrales nationales qui « conduisent la politique monétaire de l’Union ». Alinéa 2 : « Le Système européen de banques centrales (SEBC)... », qui est constitué justement de la BCE et de chaque banque centrale nationale, « ...est dirigé par les organes de décision de la BCE. L’objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix ». « Maintenir la stabilité des prix », ça veut dire quoi, en clair ? Ça veut dire que la BCE
n'a aucun objectif de taux de change extérieur de l'euro, par exemple : « Combien l'euro va valoir de dollars ? », « Combien l'euro va valoir de yens japonais, de wons coréens, de yuans chinois, de dollars australiens, de livres sterling, de francs suisses, de réals brésiliens ? », etc., aucun objectif de change extérieur. Aucun objectif de plein emploi non plus. Normalement, dans un pays normalement constitué, une banque centrale, qui est un outil décisif pour gérer une économie, doit se fixer des objectifs de lutte contre le chômage, de plein emploi. Elle n'en a aucun d'après les
traités européens. Elle n'a également aucun objectif de préservation de l'emploi et du savoir-faire industriel national. Nada ! Alors tout ceci... Il y a le facteur aggravant de l'euro. Alors je vais vous montrer deux courbes. Certains me disent que je suis dingue de présenter des courbes à mes compatriotes, que les gens n'y comprennent rien. Bah moi, je ne suis pas d'accord. D'abord, je ne pense pas être dingue. Deuxièmement, je pense que mes compatriotes, si on leur présente les choses sereinement et calmement, ils peuvent comprendre des choses qui ne sont pas si compliquées que cela. Ici, nous
avons deux courbes qui sont tout à fait instructives. C'est la comparaison de l'évolution du taux de change de l'euro par rapport au dollar sur la décennie 2000-2010. Vous voyez que l'euro a commencé au-dessus de 1 dollar, puis a baissé pour atteindre 0,85 dollar vers 2001. Puis il est repassé aux alentours de 1 dollar à partir de 2002-2003. Et ensuite, il n'a fait qu'augmenter pour atteindre un sommet aux alentours de 1,58 dollar au milieu de 2008. Et puis depuis lors, il suit un mouvement erratique. Et actuellement, il est aux alentours de 1,30 dollar. Et ici, vous
avez sur la même période – j'ai fait ça pour vous pour que ce soit bien clair – L'évolution du commerce extérieur de la France, avec en bleu nos exportations et en rouge nos importations. Donc comme vous le voyez, quand le bleu et le rouge... C'est mois après mois. Donc c'est pour ça que ça varie beaucoup. Ça, c'est jour après jour. Quand c'est mois après mois, ça varie beaucoup. C'est un peu comme des électrocardiogrammes. Mais vous voyez qu'ici, pendant cette période, on a à peu près une équivalence. Et puis ici, vous voyez des évolutions très divergentes.
Alors si vous suivez, si vous comprenez ce graphique, eh bien vous allez comprendre un phénomène qui est tout à fait décisif. C'est que la période pendant laquelle le commerce extérieur, au cours de la décennie écoulée, où nos exportations et nos importations ont été à peu près identiques, c'est la période pendant laquelle un euro était égal à un dollar, avec un décalage de 9 mois qui est le décalage habituel compté par les statisticiens, les économistes pour mesurer l'impact d'une évolution paritaire de change sur le commerce extérieur. Pour une raison très simple : c'est que lorsqu'il y
a des évolutions importantes des monnaies, il faut refaire les prix catalogue, les processus de prise de décision des achats ou des ventes, l'achat, la vente, ensuite la fabrication, l'envoi par le transport, ensuite l'arrivée dans le pays de destination où le produit est importé, et puis l'inscription dans les statistiques douanières. Donc on sait qu'il y a toujours un décalage qui est de 6 mois, 9 mois, 1 an, en gros 8, 9 mois pour mesurer l'impact sur le commerce extérieur d'une évolution de taux de change. Donc comme on le voit avec ce décalage, on voit que la
période pendant laquelle le commerce extérieur français a été équilibré au cours de la décennie, c'est celle pendant laquelle la parité était à peu près égale à 1 € pour 1 $. Et on voit que plus l'euro a monté par rapport au dollar, eh bien plus on voit monter les importations, ce qui est logique, parce que les produits étrangers sont de moins en moins chers. Puisqu'un euro, maintenant, au lieu de valoir 1 $, vaut 1,30 $, on peut acheter des produits fabriqués en dollars qui coûtent de moins en moins cher. En revanche, les produits que vous
fabriquez, vous, en euros, les Américains ou d'autres pays du monde, ils sont multipliés par 1,3, ils sont 30% plus chers, 40% plus chers. Et donc vous vendez de moins en moins. Et donc on voit apparaître un décalage qui est le décalage... Eh bien vous avez reconnu ici ce qu'on appelle un déficit commercial. Le déficit commercial de la France est devenu géant. Il est le témoin de ce que le taux de change extérieur de l'euro n'est pas compatible avec la compétitivité de l'économie française. Alors certains me disent, et certains non des moindres... J'entendais une fois M.
Bayrou qui disait : « Mais ça n'est pas de la faute de l'euro si nous avons un commerce extérieur déficitaire. Ça n'est pas de la faute de l'euro si nous perdons des emplois. Regardez l'Allemagne. L'Allemagne, elle a l'euro, elle a un commerce extérieur excédentaire. Donc c'est la preuve que l'euro n'y est pour rien. Et c'est de notre faute à nous, les Français ». C'est le discours de M. Bayrou. C'est le discours d'un certain nombre de gens. M. Bayrou ferait bien de regarder ce que je vais lui présenter. Parce que comment ça se passe concrètement ?
Nous avons par exemple – j'ai simplifié les chiffres – une Mercedes fabriquée en Allemagne qui se vend 100 000 €, et puis une Mégane Renault fabriquée... Imaginons qu'elle soit fabriquée en France. Elle est vendue 18 000 €. Et puis nous avons une voiture coréenne, une Hyundai, qui est la compétitrice de la Mégane, qui est fabriquée en Corée du Sud et qui est vendue 20 000 $. Alors lorsque 1 € = 1 $, comme c'était le cas au moment où notre commerce extérieur était équilibré, eh bien sur les marchés internationaux à la grande exportation, la Mercedes
qui valait 100 000 € vaut 100 000 $. Je parle pas des coûts de transport, etc. Je simplifie le schéma. La Renault Mégane, elle vaut 18 000 $. Et puis la Daewoo, la Hyundai – je ne sais pas comment elle s'appelle –, elle vaut 20 000 $. Bien. Alors qui sont les acheteurs ? Dans le premier cas, ici, c'est par exemple un golden boy de New York Ou bien un milliardaire saoudien ou bien un tycoon de Hong-Kong ou de Chine, ou une star d'Hollywood. Ils vont s'acheter la Mercedes 100 000 $. Et puis ici, vous
avez un couple britannique ou danois ou canadien. Qu'il soit dans la zone euro, peu importe. C'est un couple. Ils ont deux enfants. Ils hésitent pour leur acheter une voiture familiale. Ils regardent leur compte. Et entre la voiture française qui vaut 18 000 $, une voiture sud-coréenne qui est à peu près identique, eh bien ils achètent la voiture française parce qu'elle est moins chère que la voiture coréenne. Vous me suivez ? Je pense que l'exemple est clair. Alors maintenant... Ça, c'était pour 1 € = 1 $. Maintenant, nous prenons le même exemple. Mais cette fois-ci, l'euro
ne vaut plus 1 $, l'euro vaut 1,40 $. Si l'euro vaut 1,40 $, sur la grande exportation, la Mercedes ne vaut plus 100 000 $, elle vaut 140 000 $. Puisqu'à l'origine, elle vaut 100 000 €, on multiplie par 1,4. La Renault qui valait 18 000 € vaut désormais 25 200 $. Et puis la Hyundai, qui valait 20 000 $, vaut toujours 20 000 $. Alors qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que le golden boy de New York, le tycoon chinois, la star hollywoodienne, le cheik des Émirats arabes unis, il va acheter la
Mercedes 140 000 $, parce qu'il s'en fiche, lui. Il a plein d'argent. Ce qu'il veut, c'est acheter un statut social. Et donc la Mercedes : « Elle valait 100 000 $, elle vaut 140 000 $. Tant mieux, je vais l'acheter encore plus ». Résultat des courses : Daimler-Benz gagne 40% de plus. Mais maintenant, le couple qui a des problèmes financiers, eh ben lui, il ne va plus acheter la Renault. Il va acheter la Hyundai, parce que la Renault, maintenant, elle vaut beaucoup plus cher que la Hyundai. Et lui, ce qu'il cherche, c'est d'avoir une voiture
4 places, 4 portes avec un certain nombre d'équipements. Et il se fiche éperdument d'acheter une Renault. Il cherche simplement le meilleur rapport qualité-prix. Et donc Renault va perdre des parts de marché. Donc vous avez sur cet exemple que j'espère clair exactement la situation de la France et de l'Allemagne. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous n'avons pas la même compétitivité, nous n'avons pas les mêmes produits, nous n'avons pas la même industrie, nous n'avons pas les mêmes niches industrielles que les Allemands, la belle affaire. Alors M. Bayrou, il peut effec... Pas seulement lui,
mais lui notamment, et tous les pseudo-experts qui viennent culpabiliser les Français. « Bah oui, on fabrique pas des Mercedes ! Ah ! Eh bah oui, on fabrique pas des Mercedes. Voilà. Oui, M. Bayrou, c'est vrai. Mea culpa, mea maxima culpa. Nous ne fabriquons pas de Mercedes. Alors on fait quoi ? On va mourir parce qu'on va nous dire que nous sommes moins bien que les Allemands ? Bah non. Ça veut dire que nous, Il nous faut notre monnaie à nous qui nous permet de maintenir la compétitivité de l'industrie française ». Tout est là. Il y
aurait une autre façon de présenter les choses, dans un autre ordre d'idées. Mais j'essaie d'être le plus pédagogique possible. Et puisque je parle de pédagogie, justement, parlons d'élèves. Imaginez que dans une famille, les parents aient deux enfants : le premier, qui est un petit génie en maths, et le deuxième, qui est un petit génie en français, et que le premier, il réussit ses études et puis on le met en terminale S, il a le bac S avec mention bien ou très bien. Très bien. Et puis le deuxième, les parents obtus diraient : « Non, non,
non, il faut que tu fasses comme ton grand frère, que toi aussi, tu ailles en terminale S ». Et puis résultat des courses : il a pas son bac. La faute à qui ? La faute à qui ? La faute aux parents qui ont voulu mettre leur deuxième enfant qui a d'autres qualités que le premier, de le mettre dans les mêmes conditions, d'exiger de lui qu'il fasse la même chose. Bah non. Le deuxième, il avait d'autres qualités. Il fallait le mettre en terminale L. Faut l'orienter vers des études – je ne sais pas – littéraires,
etc. Il réussira dans son domaine. Donc on touche du doigt ici ce problème fondamental. Une monnaie, c'est un peuple, c'est aussi une économie. C'est que le taux de change extérieur de la monnaie, actuellement, favorise l'industrie allemande, alors qu'en réalité, elle détruit L'industrie française ou l'industrie italienne. Et on le sait : plus l'euro est fort, plus l'industrie allemande engrange des bénéfices, jusqu'au niveau à peu près de 1 € pour 1,50 $, 1,60 $, plus les industries françaises ou italiennes s'autodétruisent, au-dessus de 1 € pour 1 $. Et ceci est dû à des choses qui sont totalement
structurelles, qui sont dues à des problèmes de ce qui remonte sur des décennies et des décennies, que l'on ne peut pas changer. Actuellement, 1 € vaut 1,35 $, 1,30 $ (± 0,10). Le taux de change de compétitivité de l'industrie française est de l'ordre de 1 € pour 1 $. Ça veut dire que l'euro est actuellement environ 30% à 35% trop cher pour la compétitivité intrinsèque de l'économie française. En clair, la perte d'une politique monétaire indépendante a fait perdre à la France la maîtrise d'une politique de taux de change externe compatible avec la compétitivité de l'industrie
française, qui n'est pas la même que la compétitivité de l'industrie allemande. Et M. Bayrou n'y pourra rien changer. L'euro cher est en train de mettre à mal l'agriculture et les services français. J'ai pas parlé d'agriculture. Vous savez que pour la première fois depuis Vercingétorix, l'agriculture française est dépassée par l'agriculture allemande. Et l'euro cher est en train de détruire l'industrie française. Ça n'est pas uniquement un fantasme. Là, c'est le nombre de Milliards d'heures travaillées dans l'industrie française au cours des années 1997-2009. En 1997, 6,2 milliards (NDLR : d'heures). En 2009, un peu moins de 4,6. Et
en 2012, probablement quelque chose comme 4,25. On sera là. Ça veut dire que nous assistons à un suicide économique silencieux de notre pays. L'industrie française a perdu le quart du total des heures travaillées en 12 ans. Et quand je prends 1997, c'est parce que vous savez qu'on est à peu près... À partir de 1992 apparaît le traité de Maastricht. Et dans les années qui ont suivi, on a adopté la politique dite du franc fort, que les humoristes ont appelé la politique de Francfort : la politique dite du franc fort qui a consisté à coller le
franc au deutschemark pour faire comme si les Français allaient avoir la même monnaie. Le résultat, eh bien on le voit. Actuellement, nous perdons 800 emplois industriels par jour ouvrable. Tous les jours, 800 emplois en moins. Au cours des années 2009, 2010, 2011, les trois années dernières, la France a perdu 900 usines, pratiquement une par jour. Alors ceux qui viennent dire : « Nous allons laisser à nos successeurs des dettes épouvantables », c'est pas ça qu'on va laisser à nos successeurs. Parce que les dettes... Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les dettes. De
toute façon, on remboursera jamais la dette publique, pas plus les Allemands que les Américains, que les Français, Parce qu'il s'agit d'une dette qui est pour une large partie une dette virtuelle. Mais le problème, il n'est pas là. Ce qu'on va laisser à nos enfants, à nos petits-enfants, c'est un pays totalement désindustrialisé, et si possible aussi totalement désagriculturisé. Alors il nous restera quoi, à part les larmes pour pleurer, pour que nous soyons un pays riche ? Il restera la visite des musées. On va transformer la France en Venise. Mais la France n'est pas Venise. Parce que
Venise, c'est une ville. On peut vivre du tourisme dans une ville. Mais on peut pas vivre du tourisme dans un pays entier, sauf alors à devenir la Thaïlande. Et encore, la Thaïlande ne vit pas que de ça. Ou l'île Maurice. Et encore, l'île Maurice ne vit pas que de ça. La 5e raison de l'explosion à venir de l'euro, c'est que la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale, ce qu'on appelle une ZMO. Alors c'est quoi, une ZMO ? C'est un concept qui a été mis à jour par Robert Mundell, qui est un Canadien, qui
a été prix Nobel d'économie en 1999. Prix Nobel, vous savez, c'est... Enfin c'est une exagération, parce que c'est pas le prix Nobel vraiment d'économie. Alfred Nobel n'avait pas prévu de prix Nobel pour l'économie. Il avait prévu des prix Nobel pour la littérature, la paix, la chimie, la physique et la médecine. Donc le prix Nobel d'économie, c'est en fait un prix qui a été inventé dans les années 60 par la Banque de Suède, la banque centrale de Suède, qui est un prix en l'honneur d'Alfred Nobel. Donc c'est pas vraiment un prix Nobel. C'est un peu un
détail, mais j'aime bien la précision. En tout cas, ça récompense un économiste qui a fait des travaux considérés comme très importants. Donc lui, il a avec son équipe de chercheurs procédé un peu à ce que j'ai fait moi-même auparavant, c'est-à-dire une lecture historique de l'histoire monétaire du monde, donc ce qui prouve que c'est intéressant de faire ça. Et donc Robert Mundell a regardé l'histoire monétaire de très nombreux pays, et notamment les a étudiés sous l'angle de chocs asymétriques. Alors c'est quoi, un choc asymétrique ? Eh bien on parle de choc asymétrique si un État ou
une région d'un État subit soudain un important phénomène économique ou social qui ne se produit pas dans les autres États à côté ou dans les autres régions du même État. Exemple : le Japon subit un tsunami donc l'année dernière. Eh bien il subit un choc asymétrique, parce que ça va d'un seul coup occasionner des dépenses publiques considérables, il y a une désorganisation de l'économie, etc. C'est un choc Qui n'est pas connu par les pays circonvoisins. Autre exemple : je vais en parler tout à l'heure, de chocs asymétriques de la France avec mai 68 : un
choc social, des grèves gigantesques qui ne frappent pas les autres pays. Alors Robert Mundell et ses élèves ont établi empiriquement... « Empiriquement », ça veut dire comme ce que j'ai fait moi-même, c'est-à-dire simplement en regardant ce qui s'est passé à chaque fois, comment ça s'est passé à chaque fois au cours de l'Histoire. Robert Mundell et ses élèves ont établi empiriquement les règles de résorption de ces chocs asymétriques. Alors suivez bien. Ça nécessite un tout petit peu d'attention. Dans un premier cas, le territoire frappé par un choc asymétrique possède sa propre monnaie. C'est une théorie sur
les monnaies. Un État subit un choc asymétrique, et il a sa propre monnaie. À ce moment-là, les études qui ont été menées par Mundell ont montré qu'on peut résorber le choc par une modification du taux de change externe de la monnaie. Bah oui, parce que l'économie est devenue moins compétitive à cause de ce choc. Et donc on va dégrader le taux de change extérieur pour rétablir la compétitivité externe. Dans le deuxième cas, en revanche, le territoire frappé par le choc asymétrique n'a pas sa propre monnaie, mais il partage cette monnaie avec d'autres territoires, par exemple
d'autres régions du même pays, qui – eux – n'ont pas connu le même choc. Et alors toute l'histoire monétaire du monde étudiée par Robert Mundell et ses équipes a montré que la résorption du choc nécessitait alors 3 possibilités de sortie. Premièrement une très bonne mobilité du facteur travail dans tout l'espace partageant la même monnaie. Prenons un exemple pour que ce soit clair dans votre esprit. Imaginons par exemple aux États-Unis d'Amérique un choc asymétrique. C'est par exemple les sinistres industriels dans la région de Detroit, les grands lacs, avec par exemple la faillite des grands constructeurs automobiles
comme Chrysler. Eh bien qu'est-ce qui se passe à ce moment-là, si dans le Michigan, il y a d'un seul coup une montée, une flambée de chômage ? Et on est à l'intérieur des États-Unis, où il y a la même monnaie qui est le dollar. Première possibilité : mobilité du facteur travail. Ça veut dire : eh bien il va y avoir l'exode massif de chômeurs, qui vont quitter le Michigan pour aller vers d'autres États des États-Unis, par exemple dans la Sun Belt : en Floride, Texas, etc., ou sur la côte ouest, en Californie, dans des endroits
qui n'ont pas connu les mêmes sinistres et où il va y avoir de l'emploi. Deuxième solution : l'harmonisation salariale, fiscale et sociale entre les territoires partageant la même monnaie. Deuxième possibilité : on harmonise donc tous les salaires et les charges sociales. Et la troisième possibilité de règlement, ce sont des transferts financiers payés au sein de la zone monétaire par les contribuables des territoires non frappés au profit des populations des territoires victimes des chocs asymétriques. Par exemple, en France, il y a – mettons – un choc asymétrique, il y a – je ne sais pas, moi
– un sinistre industriel. Il y a 1 500 emplois perdus dans une région. Eh bien qu'est-ce qui va se passer ? Il va se passer que ces gens vont aller à l'Assédic, à Pôle emploi, et ils vont recevoir des rémunérations de chômage. On va essayer de leur retrouver un reclassement. Ces rémunérations, en fait, sont des transferts financiers venus des autres zones de la France. C'est ce qu'on appelle la solidarité nationale. Donc Robert Mundell dit : à ce moment-là, si l'une de ces trois caractéristiques est réglée, fonctionne, à ce moment-là, nous sommes dans une zone monétaire
optimale. Alors voyons ce que ça donne de façon très concrète. De façon très concrète, on a connu en France un exemple particulièrement spectaculaire de choc asymétrique. Ça a été mai 68. Le mouvement étudiant a commencé à s'étendre aux salariés de l'industrie à partir du 13 mai 1968. Il s'est mué alors en une grève générale d'une ampleur totalement historique, puisqu'on a compté le 25 mai 1968 9 millions de grévistes – ça battait le record historique Précédemment détenu qui était de 6 millions de grévistes qui remontait à 1936 – avec occupations d'usines. Et vous voyez ici les
photos. Là, c'est la rue Gay-Lussac à Paris avec les saccages de voitures, et puis donc les occupations d'usines. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur l'histoire de mai 68, mais c'est pas l'objet de cette conférence. Alors comment on est sortis de mai 68 ? Eh bien par le 27 mai 1968 : les accords de Grenelle. Vous reconnaissez ici Georges Pompidou Premier ministre, Jacques Chirac jeune secrétaire d'État à l'emploi, Georges Séguy qui à l'époque était le secrétaire de la CGT, la CGT de l'époque étant le bras séculier du Parti communiste français, qui était lui-même
le bras séculier, enfin qui avait des liens très étroits avec Moscou et l'Union soviétique. Et sur quoi ont débouché ces accords ? Sur une hausse sans précédent de 35% de ce que l'on appelait à l'époque le SMIG, c'est-à-dire le salaire minimum interprofessionnel garanti, qui passa d'un seul coup, d'un seul de 2,22 F à 3 F de l'heure. Ça a mené à une hausse en cascade des salaires au-dessus, parce quand on augmentait les gens qui étaient au salaire minimum, évidemment, ceux qui étaient juste au-dessus devaient être eux aussi montés. Sinon, ils auraient été en dessous de
ceux qui gagnaient le moins. Et donc au total, ça a fait un effet d'aspirateur sur l'ensemble de la hiérarchie salariale : Une hausse de 10% en moyenne de l'ensemble des salaires réels, ce qui est une hausse tout à fait spectaculaire. J'observe d'ailleurs... Vous voyez que là, c'est un titre de journal : « Pompidou banque ». Et on voit également ici « Lente tendance à la reprise », parce qu'en réalité, eh bien... Ça a été d'ailleurs le début de la fin pour le Parti communiste. Ça a commencé peut-être à ce moment-là. C'est qu'il y a eu
un décalage par rapport à ce qu'attendait la population, notamment les ouvriers, qui ont considéré que c'était en partie une trahison de la part de la CGT. Ça, peu importe. Il s'agissait d'un cas typique de choc asymétrique que subissait la France et que ne subissaient pas nos partenaires commerciaux, parce que d'un seul coup, les ouvriers gagnaient 35% de plus. Mais en Allemagne, ils gagnaient pas 35% de plus. C'était 0% de plus. En Suisse, en Italie, en Belgique, c'était 0% de plus. Donc la France connaissait un choc asymétrique. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Il s'est passé
que naturellement, l'augmentation considérable des salaires s'est traduite dans le prix de vente, que les prix de vente des produits français à l'exportation se sont mis à flamber. Ils ont augmenté de 10%, 15% pour tenir compte de l'augmentation salariale, qui ne représente pas 100% du coût du produit, mais qui représente parfois 30% ou 35% ou 40% du coût du produit. Donc si vous avez une augmentation de 35% des salaires, Ça veut dire une augmentation au bout du compte de 15% par exemple du prix de vente à l'exportation. Et donc on a vu se creuser le déficit
commercial français. Et donc on a vu apparaître un déficit de notre balance des paiements courants. Et le franc a commencé à être attaqué sur les marchés des changes. Le résultat des courses, c'est qu'une fois que De Gaulle a quitté le pouvoir, le 8 août 1969, le gouvernement de Chaban-Delmas, Premier ministre de Georges Pompidou devenu président de la République, a procédé à une dévaluation du franc de -11,1% en plein mois d'août. Et quelques semaines après, c'est le deutschemark qui a été réévalué. Donc qu'est-ce qui s'est passé ? Cet ajustement monétaire suivi d'une réévaluation du deutschemark quelques
mois après a permis mécaniquement de diminuer le prix des exportations françaises et d'effacer le choc asymétrique. On avait augmenté les salaires – mettons – dans une entreprise en moyenne de 25% ou 28%, entre ceux qui étaient au SMIC, ceux qui étaient au-dessus. Bon. Cette augmentation de salaire de 25% avait fait augmenter les prix de vente à l'exportation – mettons – de 15%. L'entreprise ne vendait plus à l'exportation. Si, maintenant, le franc est déprécié de 11,1% et si le mark est apprécié un petit peu, ça veut dire que mécaniquement, on va à l'exportation, traduit en marks,
on va ramener le prix À ce qu'il était auparavant. Et on va pouvoir de nouveau revendre. Vous me suivez. Ce qui est tout à fait intéressant, c'est que cette dévaluation fut politiquement parfaitement bien acceptée par l'ensemble des Français, et d'autant plus – d'autant plus – que la formidable injection de pouvoir d'achat qui avait été décidée sous le coup des événements a eu un effet que les économistes keynésiens connaissent bien, mais que le patronat ou les forces – comment dirais-je – connaissent moins bien, qui est l'effet de l'augmentation du pouvoir d'achat. Ça a été une forte
augmentation du pouvoir d'achat. Et quand les gens reçoivent du pouvoir d'achat, ils consomment. Et en consommant, ils relancent l'économie. Et à ce moment-là se met en œuvre le multiplicateur keynésien que certains d'entre vous connaissent. Donc résultat des courses : c'est qu'en définitive, ça a donné en fait une dynamisation fantastique à l'économie française pendant les années 1970, 1971, 1972, où le taux de croissance français a atteint +4%, +5%, +5,8% – de mémoire – en 1972, où la France volait de record en record en matière de taux de croissance (NDLR : je n'ai pas ces chiffres-là). C'était
le résultat un peu inattendu pour certains de ces hausses salariales de 1968, mais qui avaient été donc suivies de cette dévaluation. Alors maintenant, maintenant, vous avez compris le problème. De nos jours, qu'est-ce qu'on fait s'il y a un nouveau mai 68 ? On fait quoi ? Une première possibilité : on refuse tout type d'accord de Grenelle. On dit : « Pas du tout ! Il faut maintenir la rigueur salariale et sociale ». Très bien. Ça, c'est ce que disent tous les gouvernements. Mais ça, les gouvernements, ils disent ça quand tout va bien. Sauf que quand
vous avez 50 agriculteurs qui brûlent des pneus sur une route de Bretagne, aussitôt, c'est la panique à la préfecture de Saint-Brieuc ou de Quimper. Et puis d'un seul coup, on commence à ouvrir les subventions, parce que le gouvernement... Les gouvernements. Je fais pas un truc droite ou gauche. C'est pareil. Le gouvernement actuel... Ça sera pareil sous M. Hollande que c'était sous M. Sarkozy. Ils savent très bien que la situation est très mauvaise. Donc ils veulent surtout calmer tout début d'incendie. Donc moi, je veux bien qu'on dise qu'on va refuser tout accord de Grenelle coûte que
coûte et maintenir la rigueur salariale et sociale. Mais je n'y crois pas. S'il y avait vraiment 9 millions de grévistes dans les rues, le gouvernement français ne pourrait pas envoyer les tanks. Donc l'autre hypothèse, c'est d'accepter des nouveaux accords de Grenelle avec une hausse très forte des minimas sociaux, de l'ordre de ceux accordés le 27 mai 1968. C'est comme ça qu'on en est sortis, quand même. Et si on en est sortis comme ça, c'est parce qu'il n'y avait pas d'autre moyen. Mais alors il se passerait quoi, puisque nous n'avons plus maintenant la libre possibilité de
déprécier notre monnaie ? On ne peut plus avoir recours au réaménagement monétaire, puisqu'on est dans l'euro et que, par construction, – je vous l'ai expliqué tout à l'heure – 1 € en France = 1 € en Allemagne = 1 € en Grèce = 1 € en Italie. C'est le principe même du traité de Maastricht. Alors eh bien à ce moment-là, pour résorber ce choc immense, les travaux du prix Nobel Mundell nous disent ce qu'il faudrait absolument. Première possibilité : la mobilité du facteur travail. Ça veut dire qu'il faudrait que les Français acceptent massivement par dizaines
ou centaines de milliers d'aller chercher du travail en Allemagne, au Danemark, en Angleterre... Non, (NDLR : ni en Angleterre ni au Danemark, mais dans les autres pays de la zone euro, c'est-à-dire) en Allemagne, aux Pays-Bas, en Slovaquie, au Portugal. Et il faudrait en plus qu'on les y accueille volontiers. Poser la question, c'est y répondre. Il est évident que ça n'arrivera jamais. Vous n'allez pas avoir des centaines et des centaines de milliers de Français qui vont aller chercher du travail dans la Ruhr ou en Slovaquie ou au Portugal. Ça n'arrivera jamais, d'autant moins que, justement, dans
tous ces pays, il y a justement déjà un fort chômage. Donc cette première possibilité est fermée. Deuxième possibilité : que tous les autres pays acceptent d'harmoniser avec les nouvelles conditions salariales et fiscales apparues en France. En gros, il faudrait que tout le monde augmente les salaires de 35%. Évoquer cette hypothèse, c'est effectivement ricaner tout de suite, puisque ça fait des années et des années que, justement, certains imaginent que l'Europe va favoriser l'harmonisation salariale et fiscale alors qu'elle est au contraire fondée sur l'objectif inverse. Tous les pays de l'Est refusent toute harmonisation salariale et fiscale justement
pour conserver l'avantage compétitif que leur a procuré l'entrée dans l'UE. Cette deuxième possibilité est fermée. Et la troisième possibilité : que les peuples du reste de la zone euro acceptent de financer une part des transferts sociaux requis pour traiter le chômage flambant qu'il y aurait en France, puisqu'on aurait 2 millions de chômeurs en plus, 2,5 millions, 3 millions. Et donc il faudrait que ce soient les autres peuples qui acceptent de financer. C'est ce qui se passe en ce moment en Grèce. Ce qui se passe en Grèce, la crise de l'euro en Grèce, c'est un choc
asymétrique. La quasi-faillite de l'État grec, c'est un choc asymétrique subi par la Grèce. Et selon les travaux de Mundell, les Grecs ne sont pas venus chercher Par centaines de milliers du travail en Allemagne ou en France. Et selon les travaux de Mundell, les autres pays n'ont pas accepté de se mettre en faillite. Donc la dernière possibilité, c'est ce qui se passe avec le FESF, avec le MES : on ponctionne les autres peuples de dizaines et de centaines maintenant de milliards d'euros pour essayer de renflouer la Grèce. Avec les problèmes que vous voyez, puisque les Allemands,
les Finlandais, les Néerlandais, etc. sont vent debout contre le système, et qu'il ne s'agit que de la petite Grèce. Mais s'agissant de l'Italie ou de l'Espagne qui sont des PIB beaucoup plus importants, ou de la France, les sommes en jeu seraient tellement colossales qu'il est évident que aucun peuple ne voudrait faire ceci. La réponse donc à la question, c'est que personne ne sait comment on pourrait régler un nouveau mai 68, tout simplement. C'est d'ailleurs ce qui est en train d'apparaître en Grèce. Mon illustration sur mai 68, c'est ce qui est en train d'apparaître en Grèce,
puisque la contrepartie du point n°3, du MES et du FESF, c'est justement la vente de tout le patrimoine des Grecs. Et c'est justement ce que les Grecs refusent. Donc en fait, le choc asymétrique en Grèce est en train de provoquer l'explosion de l'euro et la sortie de la Grèce de l'euro. Alors la 6e et avant-dernière raison – on achemine vers la fin de cette conférence – De l'explosion à venir de l'euro, c'est que l'euro conduit nécessairement à la fin de la démocratie. D'abord, je me permets d'insister sur le fait que les partisans de la construction
européenne piétinent de plus en plus allègrement la légalité juridique. Par exemple, le gouvernement allemand, en 2010, avait déjà proposé... Puisque ça fait depuis le printemps 2010, d'après les sources d'information confidentielles mais bien placées dont je dispose, c'est depuis le printemps 2010 que les Allemands veulent sortir de l'euro, justement avec l'arrivée – vous savez – de la migration des comptes dont je parlais tout à l'heure. Donc à partir de ce moment-là, le gouvernement allemand a proposé d'exclure la Grèce et les mauvais élèves – ce qu'ils appellent les mauvais élèves – de l'euro. Le petit problème, c'est
qu'il n'y a aucune procédure d'exclusion prévue dans les traités. Il n'y a d'ailleurs aucune possibilité de sortir de l'euro prévue dans les traités. La seule et unique possibilité de sortir de l'euro, c'est de sortir de l'UE et de dénoncer le traité de Maastricht et les traités successifs qui ont créé l'euro. C'est la seule et unique possibilité. Donc c'est par l'article 50 du TUE. C'est d'ailleurs ce qu'avec beaucoup de constance, de cohérence intellectuelle et de logique, je propose personnellement depuis 5 ans, puisque c'est juridiquement et légalement parfaitement légal. C'est la seule possibilité. C'est sans doute la
raison pour laquelle je ne suis pas invité sur les grands médias : puisque personne ne peut me contredire, puisque j'ai raison, puisque tous les textes me donnent raison. C'est très embêtant de ne pas pouvoir contredire quelqu'un puisque les textes sont là pour faire foi. Alors on a montré au cours de la présidentielle des gens qui vous ont dit : « Moi, je vais sortir de l'euro en restant de l'UE ». Mais il n'y a aucune possibilité. Je pense à M. Dupont-Aignan. Je pense à Mme Le Pen, qui disait le lundi : « Il faut sortir
de l'euro », le mardi : « Ah non, non, il faut pas sortir de l'euro. Il faut attendre que l'euro explose ». Ça, c'était M. Louis Aliot sur RMC. Le mercredi : « Ah non, non, j'ai jamais dit qu'il fallait sortir de l'euro. Il faut sortir de l'euro de façon groupée : la France, l'Espagne, l'Italie, etc., le Portugal et la Grèce ». Le jeudi, Mme Le Pen disant : « Ce qu'il faut, c'est une meilleure gouvernance de la zone euro ». On sait pas ce que ça veut dire. Le vendredi, Mme Le Pen qui nous
dit : « Il faut transformer l'euro en monnaie commune », ce que dit aussi M. Dupont-Aignan, ce qui prouve qu'ils ne savent pas comment ça marche, puisque c'est justement une monnaie commune. Et puis le samedi, maintenant : « Faut y rester ». C'est les dernières nouvelles. Mme Le Pen voulait rester dans l'euro, tout à fait, dans les dernières nouvelles. Et le dimanche, eh bien on n'en parle plus du tout. Je renvoie d'ailleurs ceux qui ne veulent pas me croire... Je leur demande une seule chose. C'est d'aller lire les professions de foi qui ont été envoyées
aux 46 millions d'électeurs français par les services de l'État : les seuls documents électoraux officiels accrédités donc par les services publics, qui ont été envoyés aux 46 millions d'électeurs. Regardez la profession de foi de Mme Le Pen, celle de M. Dupont-Aignan. Il n'y est pas question à aucun moment de l'euro. C'est ce qui s'appelle se moquer du monde. Nous avons affaire à une histoire qui est d'une complexité importante. J'ai essayé de vous le montrer au cours de cette conférence, qui n'est d'ailleurs pas tout à fait terminée. Nous avons affaire à un sujet majeur pour notre
avenir collectif. Eh bien aucun candidat... Alors j'en ai parlé de deux. Mais M. Mélenchon a dit que vouloir sortir de l'euro, c'était être maréchaliste. Donc pour M. Mélenchon, ça veut dire qu'il faut être pétainiste. Il faut être pétainiste. C'est du pétainisme, ce que je viens de vous montrer ? Non. C'est simplement une écriture précise, technique, irréfutable de la situation actuelle. Aucun des autres candidats, d'ailleurs, n'a abordé le sujet de l'euro de façon exhaustive. En d'autres termes, on a volé aux Français l'élection présidentielle, puisque sur ce sujet totalement décisif, qui est en train de nouveau de
sauter à la figure de l'ensemble des peuples d'Europe, Eh bien au moment capital de l'élection présidentielle, tout a été fait pour me barrer la route personnellement, parce qu'on sait que je suis – excusez-moi de le dire – compétent en la matière. J'ai quand même été délégué général à l'intelligence économique au ministère des Finances. Donc je suis quelqu'un qui connaît le sujet. Eh bien tout a été fait pour que je ne puisse pas parler. Alors je reviens à l'égalité juridique. Sur quelles bases juridiques des politiciens français, ou des politiciennes, ont-ils lancé des campagnes pour sortir de
l'euro, puisqu'ils refusent par ailleurs de dénoncer les traités européens ? Je viens d'en parler à l'instant. Il y a 3 choses essentielles à savoir. 1) : les traités européens sont comme des poupées russes. Ils sont tous repris par le suivant. Le traité de Rome de 1957, c'est la première poupée russe. Et puis après, vous avez le traité de Maastricht de 1992 qui l'a repris et l'a agrandi, en changeant la numérotation des articles pour que plus personne n'y comprenne rien. Et puis après ça, vous avez eu le traité d'Amsterdam de 1997, qui est une poupée russe
encore plus grande, qui a repris les traités antérieurs en changeant encore la numérotation pour que personne n'y comprenne rien. Et puis après ça, vous avez le traité de Nice de 2000, qui est une poupée encore plus grande, qui a repris les traités antérieurs en rechangeant la numérotation pour que personne, décidément, N'y comprenne rien. Et puis vous avez eu la constitution européenne qui était encore un traité supplémentaire qui reprenait le précédent, et puis que les Français ont envoyé bouler. Et à ce moment-là, M. Sarkozy a dit : « Non, non, les Français, en fait, ils sont
pas du tout contre. Simplement, il y avait un petit point-virgule là qui leur plaisait pas. Donc on va le refaire ». Et nous avons eu droit à ce qui est une forfaiture politique et morale : à la ratification par les députés et les sénateurs français du traité de Lisbonne, qui reprend donc tous les traités antérieurs et qui, pour simplifier – si j'ose dire – les choses, le coupe en deux, avec un traité qui est dit le (NDLR : traité sur l'Union européenne), qui s'appelle le TUE... Ça ne s'invente pas. C'est le TUE. Et l'autre, c'est
le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, qui s'appelle le TFUE. J'espère que vous m'avez suivi. C'est à peu près incompréhensible pour le commun des mortels. Et d'ailleurs, les meilleurs experts s'y perdent. Et c'est fait pour. En attendant, tous ces traités, donc, sont en fait les uns dans les autres repris. Le deuxième point, c'est que les traités ne prévoient aucun dispositif juridique pour sortir de l'euro. Le troisième point, je vous l'ai dit. C'est que la seule possibilité juridique de sortir de l'euro, c'est de sortir de l'UE en application de l'article 50 du TUE qui, justement,
est fait pour cela et uniquement pour cela. Alors autre exemple de forfaiture juridique des européistes : c'est ce que l'on a appelé dans le jargon la clause dite de « no bail-out », c'est-à-dire de non-renflouement d'un État. Eh bien cette clause a été violée par les plans de sauvetage de l'euro en Grèce. C'est quoi, la clause de no bail-out ? Elle est fixée par l'article 125 du TFUE. Elle interdit expressément aux États membres de prendre à leur charge les engagements financiers d'un gouvernement national, en l'occurrence d'aider à combler un déficit budgétaire. C'est le point 3)
de Mundell. Donc les Allemands qui avaient fait imposer cette clause dans le traité de Maastricht repris donc dans la 125 du TFUE, eh bien donc justement, voulaient remédier par avance à ça. Mais le poids, la pression politique notamment venue de Washington pour sauver l'euro a fait qu'on a bâti le FESF et le MES, qui sont contraires à cette clause de no bail-out. C'est un article qui était d'ailleurs juridiquement tout à fait fondé, parce qu'il était destiné à se prémunir contre ce que les juristes appellent l'aléa moral. C'est-à-dire qu'on considère en droit – mais ce qui
est quelque chose de bon sens – qu'il n'est ni raisonnable ni démocratique de laisser les contribuables d'un pays payer pour les erreurs des gouvernements d'un autre pays sur lesquels ils n'ont aucun contrôle démocratique. Et c'est exactement ce qui se passe, Parce qu'au même moment qu'on vous explique que la France n'a plus un fifrelin et que nous sommes obligés de tout fermer : les écoles en zone rurale, les gendarmeries en zone rurale, les hôpitaux en zone rurale, et tout en zone rurale... On supprime partout. On remplace un fonctionnaire sur deux. Paraît-il qu'on n'a plus un rond.
Paraît-il... M. Fillon nous a expliqué en 2008 que la France était un pays en faillite. On n'a jamais vu ça, d'ailleurs : un Premier ministre en exercice expliquer que son pays est un pays en faillite. Bon. Et au même moment, vous avez vu que tout le monde trouve tout à fait normal... Et même si vous commencez à poser des questions, on vous regarde comme si vous étiez quelqu'un de mal embouché. Eh bien on a décidé que les Français vont verser au cours des prochaines années 12 ou 16 milliards d'euros comme première contribution au Mécanisme européen
de stabilité, et au passage de prendre des engagements – je vais en parler tout à l'heure – de 153 milliards d'euros, c'est-à-dire des sommes inimaginables qui dépassent l'entendement du commun des mortels. Et tout ceci pour en fait payer pour les erreurs du gouvernement grec, sur lesquelles les Français n'ont pas voté. Donc l'article 125 était fondé sur ce principe fondamental de l'aléa moral. C'est comme si je vous disais : « Tiens, vous habitez dans un immeuble, vous êtes au deuxième étage. Votre voisine du quatrième, bon, elle s'est acheté une télé à écran plat, elle doit 2
500 € à la banque. Elle a pas les moyens. Donc vous allez payer à sa place ». Alors bon, si vous aimez bien la voisine du 4e, vous cotisez. Mais enfin vous ronchonnez. Sauf que maintenant, si après... Ça, c'est la Grèce, la voisine du 4e. Mais si après, on vous apprend que le voisin du 6e étage, lui, il avait lancé une entreprise. Il a fait faillite. Et cette fois-ci, c'est pas 2 500 € qu'il faut payer, se partager la copropriété, mais c'est que désormais, il y a 10 millions d'euros, et qu'il faut que vous vendiez
– vous – tous vos biens pour rembourser les dettes du voisin du 6e, là, c'est plus possible. Alors ça, c'est l'Italie et la Grèce, c'est ce qui arrive. Il y a quand même des limites. N'est-ce pas ? Alors le TFUE, dans l'article 282 dont je vous avais déjà parlé tout à l'heure, précise par ailleurs dans l'alinéa 3 que la BCE est « indépendante dans l'exercice de ses pouvoirs et dans la gestion de ses finances. Les institutions, organes et organismes de l'Union, ainsi que les gouvernements des États membres respectent cette indépendance ». Alors en clair, qu'est-ce
que ça veut dire ? Ça veut dire que la BCE n'a aucun ordre à accepter ni aucun compte à rendre aux États, et donc aux électeurs. Parce qu'il y a une grande mode qui s'est répandue depuis une vingtaine d'années. C'est que tout le monde est censé trouver formidables les autorités prétendument indépendantes. « Alors ça, c'est formidable. Ah, une autorité indépendante, qu'est-ce que c'est bien ! ». Mais elles sont indépendantes de qui et de quoi ? Elles sont indépendantes des électeurs. C'est tout. Est-ce que vous croyez que la BCE... On va voir d'ailleurs de qui elle
est peuplée : le nouveau président de la BCE M. Mario Draghi, qui est l'ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. Et M. Mario Draghi, il est pas indépendant de Goldman Sachs. Il est indépendant des électeurs. Donc c'est ça que ça veut dire, une autorité indépendante. On nous a présenté ça comme le summum de la démocratie, (Bisou) le raffinement suprême. En fait, non. C'est une dictature. C'est justement... À ce titre, on multiplie les autorités indépendantes. Alors tout ceci a donné quoi ? Eh bien le plan d'austérité au Portugal en avril 2011. Voici l'extrait d'un journal qui s'appelle
Le Figaro, qui expliquait avant les élections qui ont eu lieu au Portugal le 5 juin 2011... Voilà la situation. « Les Portugais éliront une nouvelle majorité le 5 juin, ... » – aux élections législatives – « ...mais ils n'auront pas le choix du programme : de droite ou de gauche. Le vainqueur devra imposer l'austérité jusqu'en 2014 au moins. Trois semaines plus tôt, chaque grand parti s'y sera engagé individuellement, auprès de l'UE et du FMI. Cette perte de contrôle politique est le prix à payer pour un plan (...) décidé vendredi dans ses grandes lignes par la
zone euro, les 27 pays de l'UE et la Banque centrale européenne ». En d'autres termes, ce plan « vise à mettre l'État portugais au régime sec, à lancer un « ambitieux programme » de privatisation pour réduire la dette publique et, enfin, à assouplir le marché du travail ». C'est Le Figaro du 9 avril 2011. Vous voyez : partout, d'ailleurs, c'est la même histoire. On privatise pour réduire la dette publique, une dette publique qui sort de Dieu sait où. M. Sarkozy nous a laissés 600 milliards d'euros de dettes supplémentaires en 5 ans alors qu'il s'était fait
élire sur l'idée de la réduire. Moi, j'aimerais qu'on explique aux Français à quoi ont servi ces 600 milliards d'euros sur lesquels personne n'a donné son accord. Et surtout, avec quoi on va rembourser ces 600 milliards d'euros ? On a affaire à des jeux d'écriture absolument ahurissants, et comme par hasard dans tous les pays de l'UE. Et la seule solution qu'on propose à tous les peuples : « Faut vendre », « Faut vendre », « Faut vendre », « Faut vendre », « Faut vendre ». Et on vend à qui ? On vend à des fonds
de pension américains, qui nous payent en monnaie de singe, c'est-à-dire en dollar qui ne vaut rien. Alors à ce titre, On va bientôt vendre – je sais pas – le château de Versailles, la Grande Chartreuse, la Joconde, le port de Marseille, tout. On va le voir dans un instant. C'est ce qu'on demande aux Grecs. Alors il y avait quand même des gens qui s'étaient émus au sujet du Portugal en disant : « Mais enfin ça sert à quoi de faire des élections si tout est joué d'avance ? ». Réponse de M. Amadeu Altafaj, porte-parole de
la Commission européenne, le 29 avril 2011... Un journaliste qui disait : « Mais quelle est la légitimité démocratique de votre système ? ». Réponse du porte-parole : « Ce n'est pas nécessaire ». Au moins, c'est clair. « On ne peut simplement plus se permettre d'attendre. (...) Le plan d'austérité à négocier avec Bruxelles sera contraignant pour le futur gouvernement, qui ne pourra pas en changer les termes. Ce n'est plus leur programme. C'est le nôtre ». Moi, j'appelle ça un coup d'État, un coup d'État à échelle continentale, dont l'application en l'espèce est le Portugal, un coup d'État
de nature fascisante pris par des forces antidémocratiques. C'est de ça qu'il s'agit. C'est pour ça que c'est pas du tout drôle, ce qui se passe en ce moment. C'est très très très très grave. C'est pourquoi je parcours la France. Le 18 mai 2011, c'était Mme Merkel qui réunit ses troupes à Meschede en Allemagne, dans l'ouest de l'Allemagne, Le 18 mai 2011, et qui dit au cours d'une réunion de la CDU : « Il faudrait que dans des pays comme la Grèce, l'Espagne, le Portugal, on ne parte pas à la retraite plus tôt qu'en Allemagne, que
tous fassent un peu les mêmes efforts. C'est important. Nous ne pouvons pas avoir une monnaie commune » – d'ailleurs « commune », elle dit, Mme Merkel – « ...et certains avoir beaucoup de vacances et d'autres très peu. À la longue, ça ne va pas ». 18 mai 2011. Hitler en avait rêvé, Maastricht l'a fait. Et puis en août 2011, l'incroyable diktat de Trichet et de M. Draghi à Berlusconi, au Premier ministre italien. C'est une tyrannie qui se met en place à l'insu des peuples, mais avec l'accord de leurs prétendus représentants. On a appris donc en
août 2011... Enfin en septembre 2011 cette lettre qu'avait écrite M. Trichet, président de la BCE, qui est un homme que je connais d'ailleurs. C'est un apparatchik qui n'a jamais été élu par personne, qui se ferait jamais élire par qui que ce soit quand on voit le bonhomme, et qui donc écrit avec M. Mario Draghi ceci à M. Berlusconi : « Cher Premier ministre. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a discuté le 4 août de la situation de l'Italie sur les marchés obligataires. Le Conseil des gouverneurs... » – de la BCE – « ...considère que
les autorités italiennes doivent d'urgence adopter des mesures propres à restaurer la confiance des investisseurs. Dans les circonstances actuelles, nous considérons les mesures suivantes comme indispensables. Premièrement, nous estimons qu'il est nécessaire de mettre en place des mesures d'envergure pour stimuler une croissance potentielle ». Au passage, je suis désolé de gâcher un peu la fête des électeurs français qui ont voté pour M. Hollande qui pensent que M. Hollande va relancer la croissance, puisque M. Hollande a dit : « Il faut qu'il y ait une composante en faveur de la croissance ». Mais elle y est. C'est ce
que ne cessent de dire les gens de la BCE. Donc c'est pour ça d'ailleurs qu'après l'élection de M. Hollande, tout le monde a dit : « Mais vous avez raison ! », « Hollande, vous avez raison ». M. Barroso, lui : « Vous avez raison, M. Hollande. Il faut la croissance. Et pour la croissance, il faut faire davantage et il est crucial d'avancer avec détermination ». C'est quoi, la croissance ? Il faut « une stratégie de réforme globale (...) et crédible ». Inclure la « libéralisation totale des services publics locaux et des services professionnels »
est nécessaire. « Cela devrait être appliqué en particulier à l'offre des services locaux via des privatisations de grande ampleur ». Donc ce que Mme Merkel, M. Rajoy, M. Barroso, M. Monti... Ils ont déjà répondu à M. Hollande. « Oui, oui, vous avez raison. Il faut être pour la croissance. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle il va falloir privatiser en France dare-dare ». Est-ce que vous croyez que M. Hollande a été élu par ses électeurs pour privatiser dare-dare tout ce qui reste encore à privatiser en France ? On continue. Il faut « adapter les salaires et
conditions de travail aux besoins spécifiques des firmes ». Qu'est-ce que ça veut dire, à votre avis, d'« adapter les salaires et les conditions de travail aux besoins spécifiques des firmes » ? Il faut « une révision en profondeur des règles régissant le recrutement et le licenciement des salariés ». On sait d'ores et déjà que la Commission européenne attend du prochain gouvernement qu'il s'attaque en France au CDI. Ils attendent que M. Hollande supprime les CDI. On va voir si les électeurs de M. Hollande sont de cet avis. « Des mesures fiscales correctives supplémentaires sont nécessaires ».
« Il est possible d'intervenir davantage dans le système de retraites, en rendant plus contraignants les critères d'éligibilité aux pensions d'ancienneté », ça veut dire réduire les retraites. « En alignant rapidement l'âge de la retraite des femmes ayant travaillé dans le secteur privé », ça veut dire augmenter l'âge de départ des femmes, car il y avait des mesures sociales en faveur des femmes en Italie. Le gouvernement italien doit également « envisager de réduire de façon significative le coût des emplois publics, ... ». Qu'est-ce que ça veut dire, « réduire le coût des emplois publics » ?
Ça veut dire « licencier les fonctionnaires et diminuer le salaire des restants ». « ...en durcissant les règles de renouvellement du personnel et, si nécessaire, en baissant les salaires ». C'est quand même M. Trichet, élu par personne, et M. Draghi, choisi par Goldman Sachs et élu par personne, qui demandent au président du Conseil italien qui a été quoi qu'on puisse penser de M. Berlusconi... Qui lui demandent des mesures qui sont des mesures... Enfin tout ça, ce sont des mesures qui sont des choix fondamentaux de la démocratie. C'est toute une politique gouvernementale qui est imposée par
deux olibrius qui n'ont aucun mandat démocratique. Il faut « un mécanisme de réduction automatique du déficit » qui soit mis en place, « stipulant que tout dérapage par rapport aux objectifs sera automatiquement compensé par des courbes horizontales dans les dépenses discrétionnaires ». C'est la preuve d'ailleurs, au passage, qu'ils n'ont rien compris à l'économie keynésienne non plus, puisqu'ils ne savent pas que quand on coupe dans les dépenses, on contribue à enfoncer un pays dans la récession. Et donc on contribue à faire s'effondrer encore plus les recettes fiscales. Ça fait quand même... Moi, j'étais dans un cabinet
ministériel en 1995. Plan Juppé I : -8% dans tous les budgets des ministères pour annuler le déficit public. Ça fait 17 ans qu'on coupe dans tous les budgets – il n'y a d'ailleurs plus rien à couper – des ministères. Et plus on coupe dans les budgets des ministères, et plus le déficit augmente. Cherchez l'erreur. L'erreur a été expliquée dès les années 30 par Keynes. C'est qu'un État, c'est pas comme un ménage. Un ménage de salariés, s'il dépense trop, s'il diminue ses dépenses, il va se retrouver dans le vert, parce qu'il reçoit des salaires qui sont
identiques. Mais un État, c'est pas un ménage qui est salarié. Un État, c'est une espèce d'économie avec des effets, des actions et des rétroactions. Et donc si vous diminuez les dépenses de l'État, si vous coupez le pouvoir d'achat des gens, si vous coupez le pouvoir d'achat des fonctionnaires, les gens ne dépensent plus. Et donc eh bien c'est toute l'économie qui dégringole l'une après l'autre. Et au bout du compte, si les gens ne dépensent plus, il y a des entreprises qui font faillite ou qui n'ont plus de bénéfices. Donc il n'y a plus de rentrées fiscales
de l'impôt sur les sociétés. Il y a moins de rentrées fiscales dans la TVA. Et puis au bout du compte, il y a moins de rentrées fiscales globalement, et de façon plus grave que les dépenses qu'on a coupées. Donc c'était Keynes qui avait montré que lorsqu'on est dans un état de récession, la pire des choses à faire, C'est de couper dans les dépenses publiques, parce que ça aggrave la récession et ça aggrave le déficit qu'on prétend combler. Ça fait 17 ans que ça dure en France. Et on continue. Et pas seulement en France. En Italie,
c'est la même chose. « Nous considérons qu'il est crucial... »... Regardez (NDLR : ce qu'écrivaient M. Trichet et Mario Draghi à M. Berlusconi). « Nous considérons... » – nous – « ...qu'il est crucial que toutes les mesures énumérées (...) soient adoptées aussi vite que possible par décrets-lois ». En russe, un décret-loi, ça se dit oukase, un oukase. Un décret-loi, ça veut dire : il s'agit de court-circuiter le Parlement italien. Réellement. En France, on appelle ça une ordonnance. « Nous encourageons aussi le gouvernement à prendre immédiatement des mesures pour assurer une vaste réforme de l'administration publique,
afin d'améliorer l'efficacité administrative et la bienveillance à l'égard des entreprises ». On a vu de qui ces messieurs sont les agents. C'est d'ailleurs parce que M. (Berlusconi), président du Conseil, a traîné les pieds pour mettre en œuvre... Parce qu'il avait considéré que son poste n'avait plus de rôle, n'avait plus de sens. Il était devenu désormais le factotome de deux olibrius. C'est justement parce qu'il a traîné les pieds que l'oligarchie – vous savez – a pointé le pouce vers le bas et a décidé de le lourder. Le 28 septembre 2011, des nouvelles mesures Sur la gouvernance
économique ont été adoptées par le Parlement européen, dans le dos des Français bien entendu. On a appelé ça le six-pack. Et parmi ces mesures qui ont été votées, notamment par les parlementaires européens, notamment tous les parlementaires de l'UMP, du MoDem, également de EELV, une partie des socialistes, français. Qu'est-ce qui est prévu ? Il est prévu d'instaurer une nouvelle amende de 0,2% du PIB pour les pays de la zone euro qui transmettent des statistiques falsifiées en termes de données sur les déficits et la dette. Bon alors rassurez-vous, c'est à peu près tous les États, sauf peut-être
les Allemands. Et il est prévu d'appliquer une sanction de dépôt portant intérêt de 0,1% du PIB dans le cas où un pays de la zone euro n'agit pas selon les recommandations proposées pour corriger le déséquilibre macroéconomique. Que veut dire ce jargon ? Ça veut dire que si un gouvernement, le gouvernement français par exemple, décidait de ne pas agir selon les recommandations proposées – c'est-à-dire des obligations de faire fixées par la Commission –, eh bien la France sera assujettie à payer une amende de 0,1% du PIB. Une sanction, ça veut dire : comme notre PIB est
de l'ordre de 2 000, 2 100 milliards d'euros, ça veut dire une amende de 2 milliards d'euros pour la France si d'aventure les électeurs français décidaient d'une autre politique Que celle exigée par la Commission européenne et la BCE. Ça veut dire d'ailleurs que M. Hollande – et on va rigoler –, au cours des semaines, des mois qui viennent... Il va avoir sans doute un petit état de grâce. Je sais même pas s'il va avoir lieu. Enfin en tout cas, rendez-vous en septembre, octobre, novembre. M. Hollande, s'il n'applique pas les mesures décidées par la Commission européenne
ou par M. Draghi, c'est-à-dire des gens que les Français ne connaissent absolument pas, c'est-à-dire de privatiser les services publics, de porter l'âge de départ à la retraite à 65, 67 et 70 ans. C'est ce qu'il a été décidé pour nous. Il y a un plan de rigueur qui a été préparé aux oignons pour la France. Personne ne vous en a parlé. Nous, on nous a fait voter : « Ouh, ouh, faut voter ». Mais personne ne vous a dit ce qui nous attend. Et si d'aventure on n'appliquait pas immédiatement ces décisions à partir du mois
de septembre, on aura une amende de 2 milliards d'euros. Et au même moment, les engagements financiers colossaux qui violent les traités et qui sont pris aussi dans le dos des peuples... J'en parlais pour le FESF, qui représente un risque de perte sèche à terme. Certains nous disent : « Oui, mais ce ne sont que des engagements ». Mais « Ce sont des engagements »... Si vous vous engagez Auprès de votre banque de dire : « Oui, si Mme Untel, qui habite au 5e étage, si elle peut pas payer, je m'engage à rembourser à sa place
jusqu'à hauteur de 30 000 € », ça veut dire quand même que vous risquez 30 000 € de perte sèche. Alors nous, c'est pas 30 000 €. C'est 158,5 milliards d'euros pour les Français. Je rappelle que cet engagement est contraire à l'article 125 du TFUE qui interdisait expressément les renflouements d'un État par un autre, et est effectué sans aucune garantie. Sans aucune garantie ! Pour renflouer des banques, on exige des peuples qu'ils agissent comme justement les banques refusent toujours elles-mêmes d'agir. Allez donc voir une banque pour faire un emprunt pour acheter un appartement ou une
villa. Allez donc voir une banque. Elle va vous demander quoi ? Elle va vous demander votre salaire, votre fiche de paye, etc., etc., les revenus de la famille. Bon. Elle va demander ce que vous avez comme propriété, ce que vous avez comme autres crédits. Et une fois qu'elle aura fait tout ça, si elle vous accorde le crédit, elle ne l'accordera qu'à la condition – comme vous le savez – de prendre une hypothèque de premier rang sur le bien immobilier que vous allez acheter. De telle sorte que si d'aventure, vous ne payez pas, elle a toujours
une garantie à faire jouer. Eh bien on demande aux peuples de donner des garanties sans aucune prise de garantie. Il n'y a que les Finlandais... Parce qu'il y a des pays qui sont quand même mieux dirigés que d'autres. En Allemagne, aux Pays-Bas, en Finlande, on a des gouvernements qui sont davantage respectueux de leur peuple respectif. Donc les Finlandais qui ont été taxés de 14 milliards alors que la France a été taxée de 158,5 milliards, eh bien les Finlandais ont exigé que les 14 milliards d'euros qu'ils donnaient en garantie pourraient être gagés sur des actifs en
Grèce. En d'autres termes, c'est ce que disait M. Padoa-Schioppa dont je parlais dans d'autres de mes conférences. Président du think-tank Notre Europe, il est décédé il y a 2 ans, le pauvre. Mais il était auparavant président d'un club de réflexion qui s'appelle Notre Europe, dont Jacques Delors était le président fondateur. Diplômé du MIT à Harvard aux États-Unis, ancien président du comité directeur du FMI, ancien ministre de l'Économie et des Finances italien de 2006 à 2008, ancien membre du directoire de la BCE... Enfin bon bref, un européiste, un des grands dirigeants européistes dont vous n'avez jamais
entendu parler bien entendu, mais enfin qui était au cœur des opérations. Italien. Dans la revue Commentaire, n°87, qui est une revue française, dans un article intitulé « Les enseignements de l'aventure européenne », M. Padoa-Schioppa avait écrit ceci : « La construction européenne est une révolution même si les révolutionnaires ne sont pas Des conspirateurs blêmes et maigres, mais des employés, des fonctionnaires, des banquiers et des professeurs ». « L'Europe ne procède pas d'un mouvement démocratique. Elle s'est faite en suivant une méthode que l'on pourrait définir du terme de « despotisme éclairé ». Je rappelle pour ceux
qui l'auraient oublié ce qu'est le despotisme éclairé. Le despotisme, c'est la tyrannie. Et « éclairé », ça fait référence à Catherine la Grande, Catherine de Russie, donc au XVIIIe siècle, qui, après avoir fait assassiner son beau-père, qui était tsar, puis son mari, qui était tsar, pour devenir tsarine à la place... Elle avait quand même une certaine personnalité. Eh bien avait noué une relation épistolaire avec Voltaire pour se donner un genre, d'être une philosophe des Lumières, en tout cas d'être intéressée. Pareil pour Frédéric de Prusse, qui était également un despote en Prusse, mais qui se donnait
un genre en correspondant avec Voltaire. Donc c'est ça, le despotisme éclairé. Ce sont des gens qui font semblant de s'intéresser au bon peuple, mais qui sont en fait des despotes. Alors cette citation de M. Padoa-Schioppa... On pourrait en citer 50. Mais je la trouve personnellement intéressante, parce qu'elle vide de sens, elle montre à quel point les traités européens, notamment le TUE, (NDLR : le traité sur l'Union européenne), sont des articles qui sont fondés sur des mensonges. L'article 1 bis dit : l'Union européenne « est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de
liberté, de démocratie ». Et on nous dit ça dans l'article 1 bis. Mais les gens, les insiders... Comme on dit en anglais, c'est-à-dire les gens qui connaissent le dessous des cartes. Ils disent : « Mais non, l'Europe, en fait, c'est du despotisme éclairé ». C'est-à-dire : « On sait mieux, nous, une toute petite oligarchie, bancaire, euro-atlantiste, nous, nous savons mieux que les peuples ce qu'ils font ». Donc en réalité, le TUE ne veut rien dire dans un certain nombre de ses descriptions. Ça fait penser à la Constitution de l'Union soviétique de Staline de 1936. On
avait l'impression que c'était le paradis sur terre, une démocratie très avancée. Chaque mot était en fait un mot piégé. En fait, l'Europe, c'est le despotisme éclairé. Et nous l'avons vu. Eh bien nous l'avons vu des toutes dernières semaines. Et maintenant, ça se voit comme le nez au milieu du visage. Et il appartient donc aux Français de se mobiliser. Ou alors si les Français décident de ne rien faire et de rester dans leurs pantoufles en train de regarder TF1, eh ben moi, j'aurai perdu mon temps. Mais à ce moment-là, ça veut dire que tout un continent
et toute la France et toute une civilisation va s'effondrer dans la tyrannie. On l'a vu. C'est Goldman Sachs, qui est une banque d'origine anglo-saxonne, eh bien Goldman Sachs qui, désormais, Est l'un des grands dirigeants de l'ensemble de cette colonie américaine qu'est devenue l'Europe. M. Peter Sutherland, président de Goldman Sachs International, président pour l'Union européenne du Transatlantic Policy Network... C'est un club de réflexion qui est en train de préparer ce qui est la prochaine étape à partir de 2014, c'est-à-dire dans 2 ans : la création qui a déjà été approuvée dans votre dos par les parlementaires
européens, la constitution d'un grand marché transatlantique, c'est-à-dire l'apparition de cet empire euro-atlantique dirigé par Washington dans lequel nous sommes voués à disparaître selon les concepteurs de toutes ces opérations, qui veulent éviter tout débat, qui traitent de conspirationnistes tous ceux qui donnent toutes les citations que je fais, et qui veulent surtout que les peuples restent bien en train de dormir devant TF1. Alors Peter Sutherland a fait nommer M. Mario Draghi, qui était son jeune collaborateur, qui a remplacé Jean-Claude Trichet... Il a été nommé président de la BCE en novembre 2011. Il était auparavant vice-président de Goldman
Sachs Europe. Donc vous voyez que c'est un junior par rapport à Peter Sutherland : ancien vice-président de la Commission européenne, ancien président du groupe de Bilderberg, président de Goldman Sachs International, donc qui a fait nommer M. Mario Draghi. Et puis Goldman Sachs a fait nommer M. Mario Monti à la place de M. Berlusconi. Vous avez vu : je vous ai expliqué pourquoi M. Berlusconi traînait les pieds pour obéir à M. Trichet et à M. Draghi. Donc l'oligarchie a fait comme les empereurs romains : pointer le pouce vers le bas, qui désignait la mise à mort
des gladiateurs – n'est-ce pas ? – dans le cirque de Rome quand ils avaient déplu. Donc M. Berlusconi, que aucun scandale... Je suis pas là pour défendre M. Berlusconi. Mais je signale quand même qu'aucun scandale de mœurs, aucun scandale financier... Il était venu à bout de sa carrière politique. Sauf que lorsque l'oligarchie, avec des gens comme Peter Sutherland ou comme Barroso ou comme les dirigeants d'un certain nombre de grandes banques, ont décidé de dégager Berlusconi, il n'a pas pu tenir plus de 10 jours. Et il a été remplacé par M. Mario Monti, ancien consultant de
Goldman Sachs, ancien commissaire européen. Il a été nommé sénateur à vie. Pourquoi se gêner ? On aurait pu aussi nommer toute sa famille jusqu'à la fin des temps sénatrice. Il a été nommé sénateur à vie par le président de la République italien, sur demande, bien entendu. Et ensuite, il a été nommé de là président du Conseil italien, c'est-à-dire le chef du gouvernement, sans élection. Le président du Conseil italien, c'est celui qui a la réalité du pouvoir. Le président de la République, en Italie, est un chef d'État sans pouvoir. C'est comme si on nous apprenait –
tiens – qu'on a nommé un nouveau président de la République en France. C'est d'ailleurs presque ce qui s'est passé. Mais c'est une autre histoire. Donc lui, il a été nommé sans élection en novembre 2011. Et puis vous avez vu qu'il avait succédé en fait... Quelques semaines auparavant, la même chose s'était produite en Grèce, lorsque M. Papandréou, qui était le Premier ministre grec socialiste, qui avait été élu par les urnes, lui, il a eu comme M. Berlusconi des états d'âme. Il a lancé l'idée d'un référendum... Enfin il n'a pas lancé l'idée, il a décidé – le
Premier ministre grec – d'un référendum pour demander aux Grecs s'ils étaient d'accord. Aussitôt, l'oligarchie a décidé qu'il fallait le descendre, parce qu'il n'était pas tolérable de demander l'avis du peuple grec. Donc vous avez eu aussitôt tous les journaux du continent qui ont traîné M. Papandréou dans la boue. Et il a été obligé d'avaler son chapeau en revenant à la télévision une semaine après en disant qu'il renonçait à son référendum. C'est quand même inimaginable. Et à partir de ce moment-là, il a été dégagé et remplacé par ce nouveau milieu, au sens « milieu mafieux ». On
a en fait affaire, même si c'est des cols blancs, des cravates, nous avons affaire à un phénomène de nature mafieuse, qui est en train de s'abattre sur le continent. M. Papadémos, qui a été nommé Premier ministre grec sans élection, il était l'ancien conseiller – c'est un Grec, Loukas Papadémos – De la Banque fédérale de Boston, aux États-Unis, ancien gouverneur de la Banque de Grèce de 1994 à 2002, au moment même où la Grèce s'est qualifiée pour l'euro grâce à des comptes falsifiés par Goldman Sachs, et ancien vice-président de la BCE. Donc ce monsieur, Papadémos, c'est
quand même le type qui a falsifié les comptes de la banque centrale de Grèce avec la complicité de Goldman Sachs pour entrer dans l'euro ! Donc ce monsieur devrait être en fait en prison, comme d'ailleurs les autres de Goldman Sachs. Ils devraient être en prison, ces gens-là. Ils ont violé les lois. Ils ont violé les comptabilités pour faire entrer dans l'euro. Eh bien non seulement il n'est pas en prison, mais il prend le pouvoir sans aucune élection. Et vous trouvez que tout ça est très drôle. Je ne trouve personnellement pas que ce soit très drôle.
Et enfin, la dernière raison, la 7e raison de l'explosion à venir de l'euro, c'est que les plans dits de sauvetage de l'euro, qui en fait sont des plans qui servent à renflouer les banques, conduisent au pillage du patrimoine des peuples et des États au profit d'une oligarchie financière, et que tout ceci va provoquer des embrasements politiques dans toute l'Europe, jusqu'à l'explosion finale. Je voudrais à cet égard attirer votre attention sur ce qui se passe en Grèce, Ou plus exactement ce que l'on a demandé au peuple grec. Pour récupérer 50 milliards d'euros de leur dette publique
d'ici à 2015 et réduire la dette de 340 milliards d'euros, l'État grec a décidé – c'est ça qui s'est passé avec M. Papandréou puis Papadémos – de privatiser une trentaine d'entreprises. D'ailleurs, c'est le même genre qu'on demande aux Grecs ou qu'on demande aux Italiens, qu'on demande aux Portugais, qu'on demande aux Espagnols, et bientôt qu'on demandera aussi aux Français. Donc voilà la liste de ce qui a été demandé aux Grecs. Parce que personne en parle. Alors pour renflouer la Grèce, il y a le journal La Tribune qui avait dit en juin 2011 : « Une grande
partie de ces entreprises... » – donc des entreprises du peuple grec, du patrimoine public – « ...ont de bonnes chances d'être rachetées par les banques mêmes qui sont en partie à l'origine des problèmes financiers grecs ». Vous voyez bien qu'en fait, nous avons affaire à un racket au niveau planétaire. C'est Goldman Sachs qui falsifie les comptes, qui pousse la Grèce à accepter des dettes qui sont en fait des jeux d'écriture. Et au bout du compte, comme l'écrit le journal La Tribune lui-même, ce sont les banques mêmes qui vont récupérer le patrimoine public, qui là, sont
des actifs bien réels, en échange d'une dette fictive. Alors ce que l'on a demandé aux Grecs, c'est de privatiser ceci : OTE, n°1 des télécommunications en Grèce, à privatiser en intégralité, la Banque postale : les 34% du capital qui étaient encore détenus par le public doivent être cédés au privé, les ports du Pirée et de Salonique, c'est-à-dire les deux plus grands ports grecs, dont l'État détenait encore 75% du capital, devaient être entièrement privatisés et rendus à des intérêts privés, notamment étrangers. La société d'eau de Salonique – l'État possédait 74% – devait être entièrement privatisée, ou
du moins jusqu'à 40%. EAS, entreprise spécialisée dans les systèmes de défense, détenue à 100% par l'État, devait être cédée jusqu'à hauteur de 66% du capital. La loterie nationale, dont l'État possédait 100%, devait être privatisée à hauteur de 67%. Le groupe gazier DEPA : contrôlée à 65%, cette entreprise a été privatisée à hauteur de 33%. Trainose, la compagnie nationale des chemins de fer grecque, qui était possédée par l'État, doit être totalement privatisée. Larco, le groupe minier dont l'État possédait 55% des parts, devait être entièrement privatisé. Le PMU, équivalent du PMU français, pour les paris urbains :
le gouvernement devait entièrement privatiser. Il en détenait 100%. Casino Mont Parnes, qui est une société de jeux, qui était possédée par l'État grec, devait être entièrement privatisée. Les licences De téléphonie mobile devaient être cédées à 100%. Helliniken, un ancien aéroport, détenu à 100% par l'État : entièrement privatisé. Le programme pour 2012 et 2013 : l'aéroport international d'Athènes dont l'État détenait 55% : entièrement à privatiser, le réseau des autoroutes Egnatia Odos : détenu à 100%, entièrement privatisé, la Poste hellénique : 80%, privatisée jusqu'à 40%, OPAP, paris sportifs : 34%, entièrement privatisé. L'ensemble des ports régionaux grecs,
qui étaient détenus entre 77% et 100% par l'État, devaient être privatisés pour descendre jusqu'à 43% à 66%. La société d'eau d'Athènes, possédée par l'État de 61%, devait être privatisée jusqu'à 27%. EVO, l'entreprise majeure dans le domaine de la défense, détenue par l'État grec à 51%, devait être privatisée jusqu'à 16%. La caisse des dépôts et consignations, détenue par l'État à 100% : entièrement privatisée. L'Électricité de Grèce, détenue à 51% par l'État, devait être privatisée jusqu'à 17%. La société des autoroutes Hellene 1, possédée à 100% par l'État grec, devait être entièrement privatisée. L'ensemble des aéroports régionaux grecs
de taille 1, c'est-à-dire les plus importants, possédés à 100%, devaient être privatisés jusqu'à 49%. Hellinikon, la IIe tranche de l'aéroport, possédée par l'État à 100%, devait être entièrement privatisée. Enfin, toutes les participations bancaires, détenues jusqu'à 100% Par l'État, devaient être privatisées, de même que la Banque agricole, l'équivalent du Crédit agricole français, détenue par l'État grec à hauteur de 76%, doit être privatisée jusqu'à 25%. C'est-à-dire tout. Voilà. Alors on comprend un peu mieux, quand on a cette liste, pourquoi il y a des gens qui s'immolent par le feu en Grèce, pourquoi la Grèce est dans un
état d'anarchie croissante, pourquoi il y a des manifestations où l'on voit de plus en plus... Les Grecs considèrent désormais l'UE pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une construction fascisante, qui est en train de voler la démocratie dans tout le continent. Les manifestations de rue qui se multiplient. Vous avez vu dimanche dernier, le 6 mai 2012, les élections en Grèce, où désormais, le Parti socialiste, qui est le jumeau du Parti socialiste français... Au moment où M. Hollande a été élu président de la République, l'autre membre de l'Internationale socialiste, le PASOK, a subi une déroute historique comme on
n'avait jamais vu, puisqu'il avait été créé en 1974, au moment de La chute du régime des colonels grecs, et il est tombé... Il avait fait généralement 35%, 40% des suffrages. Il est tombé à 13%. Je sais pas si vous vous rendez compte de la gifle. Et pareil, d'ailleurs, pour l'équivalent de l'UMP local, puisque tous ces partis européistes... C'est comme l'UMP et le PS en France, et puis le MoDem, tous ces partis européistes qui refusent de regarder la réalité en face se sont pris une gifle monumentale. Et donc ils sont maintenant minoritaires. Sauf qu'en Grèce comme
en France, malheureusement, eh bien il y a deux partis d'extrême-droite : le LAOS et puis un nouveau venu néonazi qui s'appelle Aube dorée, qui ramassent à eux deux à peu près 10% ou 15% des voix. Et puis à gauche, vous avez l'équivalent du Front de gauche et le Parti communiste, qui – lui – est anti-européen, qui ramasse 15%. Évidemment, ces partis ne peuvent pas faire alliance, puisqu'ils accréditent le clivage droite-gauche. Et donc on reste dans la situation actuelle. Le soutien populaire à ce qui se passe est minoritaire. Mais comme le système s'est arrangé comme en
France pour diviser l'électorat qui veut se battre pour le maintien de la Grèce indépendante ou comme en France d'une France souveraine et indépendante... Mais en France, tout est fait pour le diviser entre une gauche et une droite totalement irréductibles. C'est très bien conçu. En tout cas, Voilà ce qui se passe avec un pays qui est en train de verser dans l'anarchie. Il est temps de conclure cette conférence. Aucun plan de sauvetage ne peut guérir les défauts congénitaux d'une monnaie supranationale. 2 140 ans d'histoire nous l'ont montré. La conclusion, c'est que l'euro n'est pas viable. Les
plans de sauvetage ne peuvent traiter que des effets à court terme et non les causes à long terme. Aucun plan de sauvetage, même si ça nous coûte à nous des dizaines de milliards d'euros, aucun plan de sauvetage ne pourra jamais donner la même compétitivité à toutes les économies de la zone. On pourra donner des dizaines, des centaines de milliards d'euros que les Grecs resteront toujours des Grecs et les Allemands des Allemands. Transformer les Grecs en Allemands, les Français en Néerlandais, les Italiens en Finlandais, les Portugais en Autrichiens, on ne pourra pas le faire. Créer un
peuple européen qui n'existe pas sauf dans les discours des idéologues... J'ajoute au passage une idée qui m'est chère. C'est que le peuple européen mythique est d'ailleurs de plus en plus invraisemblable du fait des évolutions démographiques et migratoires divergentes entre les nations d'Europe. Milton Friedman, prix Nobel d'économie décédé maintenant, américain... Que je ne porte pas forcément dans mon cœur. C'est le pape du monétarisme. C'est une autre histoire. Mais enfin c'était un homme qui avait des réflexions tout à fait intelligentes. Interviewé au moment de l'apparition de l'euro dans le portefeuille des Français, des Européens, avait été interrogé
par le journal allemand Die Welt. Je crois que c'était le 7 janvier 2002. Et voilà ce que disait Milton Friedman il y a 10 ans : « Le succès de l'euro est encore incertain en raison des rigidités et des désaccords politiques qui existent parmi les 12 membres de l'Union monétaire. Après la disparition des taux de change comme mécanisme d'adaption, la question est : qu'est-ce qui va le remplacer ? ». C'est en fait la même question que celle que posait Robert Mundell, autre prix Nobel d'économie dont je vous ai parlé tout à l'heure. « Ce qui
doit le remplacer, c'est de la flexibilité. Ce qu'il faut, ce sont des salaires flexibles, des prix flexibles et beaucoup de concurrence et de mobilité ». On retrouve les critères de Robert Mundell avec les ZMO. « Dans ces conditions, l'euro pourrait être un succès. Mais... »... – disait ce prix Nobel d'économie il y a 10 ans – « Mais quand on observe le degré actuel d'inflexibilité parmi les 12 États membres, ... »... – il y en a plus 12, maintenant, dans la zone euro, il y en a 17 – « ...il est tout à fait pensable
qu'étant donné les conditions actuelles, L'on obtienne une augmentation des dissensions politiques plutôt qu'une diminution. Mon analyse économique montre qu'il est très douteux que l'euro soit un grand succès. La Banque centrale européenne est responsable de 12 États et il est presque impossible de les satisfaire tous ». Milton Friedman, dans Die Welt du 7 janvier 2002. Eh ben c'est exactement ce qui se passe : une augmentation colossale des dissensions politiques plutôt qu'une diminution, et en fait, c'est pas un succès, c'est un échec cinglant, d'autant plus que maintenant, il y a plus 12 États, mais il y en
a 17. Autre prix Nobel d'économie : Paul Krugman, le 1er juin 2011, qui annonce : « L'heure de la débâcle pour la zone euro ». Ça n'est pas François Asselineau qui parle. Je donne des exemples de Milton Friedman, de Paul Krugman : « C'est maintenant l'heure de la débâcle pour la zone euro ». Et regardez le titre... Le magazine Der Spiegel, l'un des plus grands magazines allemands. En janvier 2002, avec l'apparition de l'euro sous forme fiduciaire dans nos porte-monnaie et nos portefeuilles : « Euroland, die neue Geldmacht ». Ça veut dire « Euroland, la nouvelle
puissance financière ». C'était en janvier 2002. Juin 2011, Der Spiegel, toujours le même : « Plötzlich und erwartet. Nachruf auf eine gemeinsame Währung ». Ça veut dire en français « Soudain et attendu. Nécrologie pour une monnaie commune ». « Monnaie commune »... « Gemeinsame », pas « Einheitliche ». Et le 7 novembre 2011... C'est un exemple que je n'ai pas eu le temps de modifier, mais que j'aurais pu modifier ces jours-ci, là, hier. Ce sont les taux qui battent de nouveaux records sur certains pays. C'est très très important. Ça veut dire quoi ? Ça veut
dire que sur les marchés financiers, lorsque l'Italie, la Grèce émettent des emprunts, les marchés financiers exigent des taux de rémunération de plus en plus élevés, alors que lorsque l'Allemagne émet mes mêmes emprunts, les marchés financiers demandent des taux d'intérêt de plus en plus bas. Il y a eu un petit calme là, au début de cette année. Et là, ça a redémarré. Hier, les taux d'intérêt demandés par les marchés financiers sur des nouvelles émissions allemandes étaient quasiment... Très très faibles, le plus bas historique, à 1%. Sur la France, c'est dans les 2 et quelques. Mais sur
la Grèce ou sur l'Italie, c'est reparti à la hausse, vers les 6 et 7. Ça veut dire quoi ? Les gens qui croient que nous avons une même monnaie, une monnaie unique, c'est impossible de comprendre. Comment pourrait-on avoir des taux d'intérêt différents pour une monnaie unique ? Alors s'il y a des différences de taux d'intérêt qui sont demandés sur les dettes émises par l'Italie, la Grèce, la France et l'Allemagne, ça veut dire tout simplement que Les investisseurs savent qu'il y a des monnaies qui sont des créances sur les banques centrales respectives nationales. Et s'ils acceptent
de payer des taux très très bas pour l'Allemagne, c'est parce qu'ils savent que s'ils ont une créance sur l'Allemagne et si l'Allemagne sort de l'euro, eh bien elle créera un mark, et que le mark va s'apprécier beaucoup. Donc à la limite... On a même vu récemment des taux d'intérêt négatifs sur les émissions allemandes. C'est-à-dire que les marchés financiers sont en train de tester le peg, comme on dit, c'est-à-dire de tester le lien 1 pour 1 entre les États membres de (NDLR : la zone euro), et que les marchés financiers parient sur une explosion prochaine de
l'euro. Et donc ils veulent de l'émission allemande, parce qu'ils veulent... Ensuite, ça se transformera en une créance sur la Buba, la Bundesbank, c'est-à-dire en un mark, c'est-à-dire en une créance qui va s'apprécier de 10%, 20%, 30% lorsque les Allemands auront recréé le mark. En revanche, s'ils exigent de l'Italie des taux de 5%, 6%, 7%, ça veut dire qu'ils anticipent une prochaine... « Prochaine », ça peut être dans 2 ans comme dans 2 mois ou dans 2 semaines. Mais pas dans 25 ans. Et donc ça veut dire qu'ils anticipent que l'Italie, si elle revient à la
lire, la monnaie se dépréciera rapidement. La signification de cette divergence des taux d'intérêt... Alors une fois que vous aurez su ça, vous aurez tout su. Vous en savez plus que votre banquier. Vous en savez plus que tous les grands dirigeants des partis politiques français. Vous en savez ce que savent les gens qui connaissent le mieux le sujet. C'est que ce lien, ce peg de 1 pour 1 entre la Bundesbank et la banque centrale d'Italie est attaqué. Hier, il était de nouveau attaqué sur l'Italie et sur la Grèce. Or, tous les spécialistes des monnaies savent que
toute l'histoire monétaire contemporaine nous a appris que lorsque les pegs sont attaqués... Les pegs, – je rappelle – c'est le lien fixé forfaitairement à 1 pour 1. C'est le principe même du traité de Maastricht. Lorsque les pegs sont attaqués, tôt ou tard, ils ont toujours fini par céder. C'est-à-dire qu'il y a un moment à partir duquel ça n'est plus possible de suivre. Alors une façon par exemple dont l'euro pourrait exploser, c'est si par exemple l'Allemagne décidait de remettre en cause le peg de 1 pour 1, en disant par exemple qu'ils restent dans l'euro, mais qu'ils
n'acceptent plus le taux de 1 pour 1. À ce moment-là, ça voudrait dire quoi ? Ça voudrait dire qu'on voit arriver différents euros. Si l'euro banque centrale de Grèce ne peut plus se convertir en un euro banque centrale allemande, eh bien ça veut dire qu'on voit réapparaître, même si ça ne dit pas son nom, des monnaies nationales. Et d'ailleurs, ça sera coté à ce moment-là immédiatement différemment sur les Marchés internationaux. Vous achèterez un euro allemand, et vous achèterez à un prix différent l'euro grec. Donc il suffit pour cela que le gouvernement allemand, demain, décide qu'il
n'y a plus de taux de 1 pour 1 au moment des transactions inter-zone euro : « C'est terminé ». Et nous n'aurons plus de nos yeux que pour pleurer, puisque nous aurons rien prévu – nous –, alors que d'après beaucoup d'informations qui circulent, les Allemands – eux – ont déjà fait réimprimer des marks. Je terminerai cette conférence en citant ce proverbe latin : « Quos vult perdere Jupiter dementat » : « Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre ». Vous savez, c'est ce que disaient les Romains des dirigeants suprêmes, et notamment des dictateurs quand ils
perdaient le sens des réalités. Nous avons affaire à une classe politique au niveau continental qui est en train de perdre complètement le sens des réalités, et qui est complètement aveuglée. Ils pensent être les détenteurs de la rationalité, de la responsabilité, etc. Ils sont au contraire les fourriers de l'irresponsabilité et d'un processus qui est en train d'entraîner tout le continent vers l'anarchie. Comme pour toute monnaie supranationale, – on l'a vu en commençant cette conférence, on le voit en la concluant – remettre en cause l'euro, c'est remettre en cause le pouvoir impérial qui est derrière. C'est pour
cela que tout vrai débat sur la sortie de l'euro Est interdit dans les médias français et européens. Seuls sont autorisés à contester l'euro des incompétents d'extrême-droite, ce qui permet de le caricaturer et de l'entourer d'anathèmes. Cette caricature représentait M. Papadémos avec le pacte de stabilité sous forme d'une corde pour se pendre. La conclusion, c'est que l'euro n'est pas viable sur le long terme, mais l'on prétend interdire d'en débattre sérieusement et d'en sortir. Ainsi s'est nouée la tragédie de l'euro, dans laquelle s'enfoncent la France et les pays d'Europe. Je vous remercie de votre attention. (Applaudissements)