Aujourd’hui, nous allons voir la distinction et l’interconnexion entre différents concepts liés à une recherche, à savoir la distinction entre le titre, le thème, le sujet de recherche, la problématique et la question de recherche, l’objet de recherche, l’ontologie et l’épistémologie de la recherche, la méthodologie et la méthode ; enfin, la structure d’un écrit suivant les 2 paradigmes d’une recherche. Tout d’abord, j’aborderai rapidement le titre, car finalement, celui-ci devrait être défini à la fin d’une étude car il reprendra les différents concepts et probablement quelques éléments méthodologiques. En conséquence, je pense que vous ne devez pas perdre du temps à chercher un titre à votre recherche pour le moment.
Mais vous devez avoir un thème de départ, une thématique de départ. Mais qu’est-ce qu’un thème ? Par exemple, dans le domaine de la psychologie, l’autisme, les thérapies alternatives sont des thèmes de recherche.
Ces thèmes de recherche sont très larges, très généraux et ne constituent pas encore ce que l’on va appeler un sujet de recherche. En effet, le sujet de recherche, de son côté, est un peu plus spécifique que le thème, un peu plus particulier dans le sens où il est plus précis pour pouvoir orienter vers une nouvelle recherche. Il contient donc une formulation un peu plus longue qu’un thème de recherche.
Par exemple, en médecine, « la qualité de vie dans le cancer colorectoral des patients suivant une chimiothérapie » peut être considéré comme un sujet de recherche. Vous voyez qu’il est plus précis que le thème, contient plus d’éléments et si nous devions insérer tous les mots-clés dans une base de données, nous obtiendrions, en principe, moins de résultats que si nous y avions inséré « Cancer colorectal » qui pourrait être la thématique de ce sujet. J’espère que vous voyez maintenant la nuance entre une thématique et un sujet de recherche.
L’entonnoir doit vous permettre de visualiser cet effort d’aller du général (le thème) vers le particulier (le sujet). Toutefois, vous n’êtes pas encore en bas de l’entonnoir et vous devez, à partir de la littérature explorée, dégager ce que l’on appelle la problématique de votre recherche. Ah, cette fameuse problématique qui fait peur à presque tous les étudiants et les doctorants et dont on se demande comme on va pouvoir la trouver et si on va réussir à la trouver.
Mais c’est quoi une problématique de recherche ? Dans un précédent article et une précédente vidéo, j’ai donné une définition de la problématique d’une recherche : « La problématique de recherche représente l’élaboration et la description d’un problème de recherche constaté dans la littérature (ou sur un terrain d’étude). Ce qui, dans un second temps, aboutit à une synthèse de ce dernier, formulée sous la forme d’une question de recherche et d’une hypothèse théorique qui en découle.
» Il s’agit donc d’un rétrécissement du sujet d’étude qui a été retravaillé et exploré à travers des recherches et des synthèses de la littérature. Généralement, tout part du constat selon lequel, certains angles précis relatifs à un sujet, sont identifiés par l’étudiant ou par d’autres chercheurs, comme nécessitant de faire l’objet de nouveaux travaux de recherche. Il s’agit donc de construire ici ce que l’on appelle l’objet de la recherche.
Cet objet de la recherche est une construction abstraite de la réalité qui est menée par le chercheur ou l’apprenti-chercheur. Cela passe souvent par le choix d’un cadre théorique qui va permettre de construire l’objet de la recherche en posant d’abord la question de recherche. Le fait d’apporter une résolution à cette problématique, doit avoir pour finalité d’apporter plus de connaissances au champ disciplinaire concerné, même modestement.
Je vous invite à aller voir mon article de blog et/ou la série de 4 vidéos sur la problématique d’une recherche, je vous mets les liens dans la description. Si la problématique avec la question de recherche et/ou les hypothèses de recherche ont permis d’objectiver la recherche que vous souhaitez mener, il va s’agir par la suite de vraiment opérationnaliser votre recherche à travers ce que l’on nomme la partie « Méthode ». En effet, la méthode devrait découler naturellement de votre problématique de recherche.
Toutefois, un certain nombre de questions doivent se poser et il est souvent nécessaire de s’interroger sur la posture ontologique et épistémologique que l’on va adopter dans sa propre recherche. Dans la recherche, on dit souvent qu’il existe deux paradigmes, deux courants dominants à un moment donné : 1. Le 1er paradigme serait celui qualifié de « comblement dans le manque des connaissances » ; 2.
le second serait qualifié de « résolution d’un problème ou de démarche exploratoire ». Dans le comblement des connaissances, les chercheurs sont vraiment académiques et donc très théoriques : ils vont lire des articles de revues et identifier un manque dans la littérature existante (knowledge gap) ; puis ils vont développer leur recherche. C’est ce que j’ai décrit dans mon dernier article de blog qui s'intitule : Comment trouver une problématique de recherche ?
Article que je vous invite à consulter pour trouver une problématique à partir d’un knowledge gap, un trou dans la connaissance, que l’on peut identifier notamment dans la littérature. Dans la résolution de problème et l’exploration d’un problème de recherche, les chercheurs sont peut-être un moins académiques, disons-le clairement un peu moins scientifiques, car ils recherchent moins l’objectivité que dans la démarche précédente, à savoir le comblement de connaissances. Il va s’agir de résoudre un problème particulier, à un endroit donné et dont l’objectif ne sera pas de généraliser les résultats même si parfois il peut y avoir des tentatives de généralisation.
En ce qui concerne l’exploration d’un problème, ce sera dans le cas d’une démarche dite « exploratoire » où là aussi, il ne devrait pas y avoir de tentative de généralisation, le but étant de mieux comprendre un phénomène en l’explorant puis en le décrivant. Nous pouvons aussi considérer que finalement, nous pourrions avoir un continuum entre le fait de combler un manque dans la connaissance et résoudre un problème et on va se situer sur ce continuum soit au plus près du comblement de manque de connaissance dans la littérature soit vers la résolution de problème/démarche exploratoire. Abordons à présent l'ontologie.
Quelle est la signification de l’ontologie ? L’ontologie se définit comme étant la croyance au sujet de la nature de la réalité. Pensons-nous qu’il n’y a qu’une seule réalité ou qu’il n’existe pas qu’une seule réalité, mais plusieurs réalités ?
Nous avons nos deux paradigmes de recherche et nous allons voir quelle est la nature de la réalité et donc l’ontologie au sein de ces deux paradigmes. Dans le paradigme du « Comblement d’un manque de connaissances », nous allons le qualifier de positiviste, d’objectiviste. En effet, la réalité est unique et externe à nous, car on ne peut pas l’évaluer directement, la réalité étant indépendante des observateurs qui la décrivent.
Dans cette optique, les chercheurs peuvent se poser la question « Y a t-il une relation entre ces 2 concepts, entre ceux deux variables ? » On va donc étudier les relations entre différents concepts (on appelle ça souvent une recherche causale mais le plus souvent cela reste une approche corrélationnelle). Dans l’optique de ce paradigme, il ne peut y avoir qu'une seule réalité, par exemple lorsqu'on mène une expérience scientifique selon une étude randomisée et contrôlée, les résultats sont significatifs ou ils ne le sont pas.
Donc il ne peut y avoir qu’une seule réalité dans le « comblement d’un manque de connaissances ». Lorsqu’il s’agit de « résoudre un problème/Explorer un problème », vous vous en doutez probablement, il n’y a pas de réalité unique et il s’agit de comprendre le contexte, les personnes ; il s’agit de décrire ce qui est observé, c’est pourquoi on va nommer ce type de recherche, recherche descriptive ou recherche qualitative. Selon cette approche, la réalité est construite dans le contexte étudié (on parle d'approche constructionniste ou constructiviste) car différents contextes produisent différentes réalités.
Il ne peut donc pas y avoir de réalité unique selon cette approche. Abordons maintenant l’épistémologie qui en découle. En effet, l’épistémologie est dirigée et va découler des croyances ontologiques du chercheur.
L’épistémologie, c'est comment on acquiert les connaissances, comment on sait ce que l’on sait, c'est-à-dire la théorie permettant d’acquérir la connaissance. Dans le comblement de connaissance, l’épistémologie est dite empiriste, théorie d'après laquelle toutes nos connaissances viendraient de l'expérience. Ce qui entrainera la définition d’une méthodologie et d’une méthode en rapport, par exemple avec un questionnaire, on va tester des hypothèses au moyen de statistiques.
Dans la résolution de problème/exploration de problème, l’épistémologie est dite « interprétative » dans le sens où la construction des connaissances et des théories construites relève de l’interprétation des chercheurs, notamment grâce à l’analyse qualitative. Nous les avons déjà évoquées, mais la méthodologie et les méthodes, vous vous en doutez, vont quant à elles découler des croyances ontologiques et épistémologiques des chercheurs. Différence entre « méthode de recherche » et « méthodologie de recherche » C’est vrai que nous avons tendance à utiliser de manière indistincte « méthode de recherche » et « méthodologie de recherche ».
Pourtant, c’est une erreur, car il y a une réelle différence entre les deux. Quelle est donc cette différence entre « méthode de recherche » et « méthodologie de recherche » ? Une méthodologie de recherche représente la science, la philosophie des méthodes et donc la théorie qui peut être présente derrière une ou plusieurs méthodes.
Il s’agit de connaître la raison pour laquelle on va utiliser telle ou telle méthode. Les méthodologies de recherche sont donc des approches philosophiques et théoriques permettant de découvrir les savoirs et sont conduites par les croyances ontologiques et épistémologiques du chercheur. J’aurai l’occasion d’y revenir, mais chaque chercheur, de par sa formation reçue possède des croyances au sujet de la nature de la réalité observée et de la manière dont on peut acquérir les connaissances.
Quelques exemples de méthodologies de recherche : la théorie ancrée (grounded theory), la phénoménologie… Ce sont des méthodologies de recherche, car elles relèvent d’un courant de pensée théorique et spécifique qui va orienter le chercheur dans sa méthode. Une méthode de recherche suit une procédure, un process, des stades par lesquels il faut passer impérativement de manière opérationnelle. Des méthodes de recherche peuvent être, par exemple, l’entretien, le questionnaire, l’observation, etc.
Ce ne sont finalement que des outils pour recueillir des données. En résumé, demandez-vous si ce que vous décrivez relève de comment vous allez recueillir les données (dans ce cas ce serait une/des méthodes), ou si cela relève d’une stratégie plus large d’aborder votre recherche (et qui relèverait dans ce cas précis de la méthodologie). Enfin, il faut comprendre qu’avec une méthodologie, vous pouvez utiliser différentes méthodes pour répondre à vos questions de recherche et/ou tester vos hypothèses.
Mais vous l’avez compris, chaque méthodologie a ses méthodes particulières et il doit y avoir une cohérence entre la méthodologie et les méthodes que vous allez utiliser. Quelle structure (forme et plan) adopter suivant le type de paradigme ? Nous allons aborder la structure ou la forme que doit prendre un écrit suivant le type de paradigme.
En effet, la forme va varier suivant le type d’études que vous souhaitez mener et les parties qui la compose auront plus ou moins de poids et d’importance dans l’écrit final. Dans le paradigme du « comblement des connaissances » où la recherche sera quantitative, il devrait y avoir : - Une introduction - Une revue de littérature parce que le but est de combler un manque dans la littérature. Si l’on ne sait pas identifier un manque ou si ça a déjà été étudié, pourquoi faire la recherche ?
Dans ce type de recherche, la revue de la littérature est la partie la plus importante avec la problématique et la discussion. - De cette revue de la littérature, on va extraire une problématique de recherche (un knowledge gap » et développer un modèle d’analyse, un modèle conceptuel où l’on va tester des hypothèses. En effet, il n’est pas possible de mesurer les concepts dans sa tête, on ne peut pas dire « je pense que… », il faut donc les tester de manière empirique.
- Élaboration de la partie « Méthode » - Collecte de données (par exemple on va créer un questionnaire et l’administrer) - Analyse des données - Discussion des résultats Dans le paradigme de « Résoudre un problème/explorer un problème » où la démarche devrait être qualitative, il devrait y avoir : - L’introduction - Les buts et objectifs de recherche (c’est vraiment le plus important) la question de recherche - La Méthodologie/Méthode de recherche - La revue de littérature (moins importante que pour les études quantitatives) - La collecte de données - L’analyse de données - La discussion des résultats - La validation qui consiste à apporter le maximum de validité à la recherche qualitative. Cette validation peut prendre différentes formes, par exemple en revenant auprès de certains sujets et leur soumettre l’analyse qualitative pour voir si l’analyse correspond à ce qu’ils avaient évoqué. Pour valider les résultats d’une recherche, il est possible d’utiliser un autre échantillon, d’autres cas, de faire analyser les données par d’autres chercheurs ou avec d’autres chercheurs pour un consensus… etc.
J’aurai l’occasion de revenir sur ce processus de validation des études descriptives, des études qualitatives. Sachez toutefois qu’il n’y a pas besoin de phase de validation dans les études quantitatives, puisque c'est objectif. Pour conclure sur le paradigme de recherche avec l’ontologie, l’épistémologie, la méthodologie, les méthodes, mais aussi la structure de l’écrit (que ce soit un mémoire, une thèse ou un article), il faut être consistant dans sa philosophie pour réaliser une bonne recherche.
Nous verrons prochainement comment ces deux approches peuvent se rejoindre dans une approche dite « pragmatique » et que l'on appelle recherche par les méthodes mixtes (mixed methods research). Toutefois, même si je vous ai exposé toutes ces phases à travers ces concepts, cela vous parait peut-être très linéaire, comme des process par lesquels le chercheur ou l’apprenti-chercheur doit passer systématiquement et successivement. Or il n’en est rien.
En effet, même s’il parait évidement qu’avoir un sujet de départ permet de se lancer dans sa recherche, une approche plus « globaliste » permet différentes entrées dans une recherche, différents points de départs possibles qui permettent de construire sa recherche et ce que nous verrons prochainement à travers la présentation d’un canevas d’une recherche, le « Research Design Canvas » proposé par Ben Ellway. . .
. Voilà, c'est terminé pour aujourd'hui. Je vous invite à liker la vidéo si vous l'avez appréciée et à vous abonner à cette chaîne en cliquant sur le bouton "s'abonner".
Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles vidéos. Merci.