L'objet de ce troisième chapitre est d'aborder deux questions : la première, c’est celle des phases des projets et la manière dont elles se succèdent. Je vous parlerai ainsi d'ingénieries séquentielles et d'ingénierie simultanée et puis nous parlerons de la question des coûts et notamment de leur nature ; et vous le verrez, ce n'est pas toujours le même acteur qui supporte les coûts d'un projet. Pour commencer donc, ce que je propose c'est de vous présenter le système de développement en cascade qu'on appelle aussi le système de développement séquentiel.
Cela correspond en fait à la manière traditionnelle dont on développait des projets, par exemple des projets automobiles dans les années 70. Alors comment faisait-on ? Eh bien, tout d'abord on faisait une Étude Commerciale, une étude de marché pour essayer de comprendre quel était le type de véhicule qui serait utile pour le marché.
Ensuite, on passait à une Phase de Conception. La phase de conception est assurée par ce que l'on appelle le Bureau d'Études et son objectif est de produire les plans du futur véhicule, donc on va concevoir la carrosserie, le moteur, les fonctions de liaison au sol. Et lorsque l'on a terminé, on va faire intervenir un deuxième département qui s'appelle le Bureau des Méthodes.
Le rôle du bureau des méthodes, c'est, à partir des plans de l'objet final que l'on veut produire, de concevoir l'outil de fabrication, c'est-à-dire l'usine dans laquelle on va le fabriquer et il faut concevoir les lignes de fabrication, acheter les machines … et puis par exemple établir ce que l'on appelle des gammes de production qui spécifient toutes les opérations qui seront à faire. La phase suivante, c'est la Phase d'Industrialisation. C'est là que l'on va construire l'usine et la ligne de production.
Et puis finalement on va sortir des prototypes puis ce que l'on appelle des préséries afin de vérifier que la ligne fonctionne bien. C'est ce que l'on appelle la Qualification. Dans ce modèle de développement séquentiel, je pense que vous voyez ici tout de suite le problème : c'est que cela va prendre pas mal de temps puisqu'il va falloir procéder étape par étape.
De plus, on a des problèmes aux interfaces. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Eh bien, il est possible de dessiner les plans d'une voiture ou d'une pièce que l’on ne peut pas fabriquer.
Et donc à ce moment-là, l'ingénieur du bureau des méthodes va revenir voir l'ingénieur du bureau d'études pour lui expliquer qu'il doit modifier la conception de sa pièce, de manière à être compatible avec par exemple l'utilisation d'une certaine machine. Même chose entre l'industrialisation et la définition industrielle : il y a des moments où on va penser à prévoir des gammes de fabrication. Et puis de manière pratique, on n'aura pas la place, on n'aura pas les machines nécessaires disponibles, et donc on va devoir modifier la définition industrielle.
Au moment de la qualification, ben c’est un peu la même chose : on va s'apercevoir de petits défauts, et donc cela va amener à ajuster et revoir la ligne de fabrication. Et puis c'est même pire que ça … Pourquoi ? Parce qu'on peut s'apercevoir au moment de la qualification qu'on a quelque chose qui pose vraiment problème et dans ce cas-là, il va carrément falloir revoir la conception.
Ce qui veut dire derrière : revoir la définition industrielle, revoir l'industrialisation pour pouvoir à nouveau faire une phase de qualification. Combien de temps est-ce que ça prend ? Eh bien dans les années 70, le Time to Market, c'est-à-dire le temps entre la décision et les débuts de la production pour un véhicule automobile était de 5 à 7 ans.
Donc, on le voit non seulement on a ces étapes qui sont les unes derrière les autres, mais en plus on a tous ces problèmes d'allers-retours qui vont considérablement rallonger le projet. Voyons maintenant ce que l'on a mis au point à partir des années 80 : ce qui s'appelle l'Ingénierie Simultanée. Tout d'abord, revenons sur notre développement séquentiel classique.
Donc, je vous le rappelle, on commence par une phase de conception, puis ensuite une phase de définition industrielle, par le bureau des méthodes ; une phase d'industrialisation, donc : construction de l'usine, achat des machines, mise en route. Et puis une phase de qualification, avant finalement de … produire les objets, les véhicules que l'on souhaite fabriquer. Maintenant, qu'est-ce qu'on a changé dans les années 80 ?
Eh bien, on est passé à un autre mode de fonctionnement. Alors vous le voyez : ici le problème que l'on a, c'est pas seulement que les étapes sont les unes derrière les autres, c’est qu’elles doivent se recouvrir parce qu'en fait entre la conception et la définition industrielle, il y a des allers-retours. De même entre la définition industrielle et l'industrialisation.
Que va-t-on faire pour accélérer le Time to Market ? Pour être plus rapide entre la décision de lancer un produit et sa mise sur le marché ? Eh bien, on va procéder de manière différente.
On va utiliser ce que l'on appelle l'Ingénierie Simultanée. Dans l'ingénierie simultanée, la première chose que l'on fait, c'est que … avant de commencer le projet, on réfléchit un maximum. Donc souvenez-vous de ce que je vous ai expliqué dans le paradoxe de la gestion de projet : le but, pour bien réussir un projet, c'est de bien le préparer.
Et donc on apporte un soin tout particulier aux études marketing parce que le marché devient dans les années 80 plus concurrentiel, et donc il faut mieux réfléchir au type de véhicule que l'on veut vendre. Et puis ensuite, on va faire ce que l'on appelle un avant-projet pour essayer d'évaluer et de préparer au mieux le déroulement du projet. Ensuite, eh bien le projet est lancé et ce que l'on va faire : c'est que … au lieu de faire travailler séparément le bureau d'études et le bureau des méthodes, on va les rassembler dans un projet sorti de l'organigramme et donc les faire travailler ensemble sur ce que l'on appelle un plateau d'ingénierie.
Donc, vous le voyez : on n'a plus réellement ces problèmes de recouvrement puisque finalement on travaille ensemble et en parallèle dès le début ! Industrialisation : eh bien, c'est la même chose, on essaie de commencer le plus tôt possible. C'est-à-dire qu'on s'attachera par exemple sur certains des travaux, par exemple : la construction du bâtiment, eh bien on la commencera le plus tôt possible au lieu d'attendre, et puis ensuite, au fur et à mesure qu'on aura plus d'information, eh bien on ajoutera le reste.
Ensuite, on a bien entendu la phase des préséries, des qualifications, des tests et puis finalement la production. Alors, qu'est-ce qu'on y gagne ? Eh bien, vous le voyez : on a un gain de temps très important entre la décision de lancer le projet et la première voiture produite.
Donc c'est le principe de l'ingénierie simultanée. Parlons maintenant des questions d'argent ! Je vous propose pour commencer de comparer les coûts d'un projet et les coûts d'un produit.
Reprenons le schéma que je vous ai proposé. Donc, je vous rappelle qu'au lancement du projet, on a ici en ingénierie simultanée 2 phases avant de commencer : donc Marketing et Avant-projet. Et puis ensuite, on a des phases de : bureau d'études, bureau des méthodes, industrialisation, préséries, qu'on a numérotées ‘ABCD’.
La particularité du coût à ce moment-là, c'est que c'est une dépense que l'on ne va réaliser qu'une seule fois ! C'est ce qu'on appelle un Investissement, c'est-à-dire que . .
une fois qu'on a fait la conception d'un produit, on n'a pas besoin de la refaire. Une fois que l'on a construit une usine, eh bien il suffit de la faire fonctionner. D'accord ?
Donc, c'est le principe de l'investissement. C'est un coût que l'on va avoir une seule et unique fois. Ensuite, quand on se lance dans la production en série, la nature des coûts est différente.
On a ce que l'on appelle des coûts de production ou des coûts de fabrication. Une particularité des coûts de production : c'est que ce sont des coûts variables. Qu'est-ce que cela veut dire des coûts variables ?
Eh bien, tout simplement, l'idée est que si vous produisez 2 fois plus de voitures eh bien vous allez avoir 2 fois plus de dépenses. Par exemple : 2 fois plus de voitures, c’est 2 fois plus de pneus à acheter et donc on a des coûts variables. Et puis, pour terminer, nous avons une autre nature de coûts, une fois que la voiture est vendue.
Alors ça, nous n'y avons pas pensé, mais c'est extrêmement important, vous savez que posséder une voiture c'est bien mais si on veut l'utiliser, il va falloir faire le plein, l'alimenter en essence, faire des révisions régulièrement, faire des vidanges et cela ce sont les coûts d'utilisation. Diapositive 5/7 (numérotée 31) - Notion de coût global - (10 mn 07 s - 12 mn 36 s) Alors cela bien sûr m'amène à la notion de coût global. Ici la quantité de coûts, le montant des coûts, et là le temps.
Qu'est-ce que c'est que le coût global ? Eh bien, l'idée c'est de faire la somme de toutes ces dépenses que l'on va avoir. Première chose : les coûts de développement, donc ces coûts de développement sont des coûts d'investissement et ils sont faits une fois et ils sont supportés par l'industriel qui va vendre le produit.
Même chose pour les coûts d'industrialisation ; donc : construction de l'usine, achat des machines, toujours … assumés par l'industriel. Ensuite, les coûts de fabrication : donc là, bien sûr, avant de vendre, il va falloir fabriquer les véhicules. Il s'agit, je vous le rappelle, de coûts variables, donc qui sont proportionnels au nombre de véhicules fabriqués contrairement aux coûts de développement et d’industrialisation qui sont des coûts fixes, des investissements.
Ensuite, eh bien c’est le client qui devient propriétaire du véhicule, et à partir de ce moment-là, c'est lui qui va en assumer les coûts ! Et donc, ce sont ici ceux correspondant à l'utilisation et la maintenance. Et puis pour terminer, une chose que l'on oublie souvent : Qu'est-ce qui arrive à un véhicule quand on a fini de l'utiliser ?
Est-ce que par exemple on prend la vieille batterie, on la jette dans une rivière ou on la laisse dans la terre ? Eh bien, nous avons ici un dernier type de coût qui est tout à fait important : c'est ce que l'on appelle les coûts d'extinction. Les coûts d'extinction correspondent au recyclage, à la décharge, éventuellement la dépollution ; et ces coûts d'extinction sont essentiellement assurés par la communauté, éventuellement même par les générations futures.
Vous savez que si vous prenez une pile et que vous la jetez dans un champ, eh bien, vous allez empoisonner la terre mais que ce sera essentiellement vos descendants qui devront assumer cette pollution que vous, vous avez faite gratuitement ! Voilà donc ce que c'est que la notion de coût global et vous le voyez, quand on pense à un projet, il faut non seulement penser au coût que l'on va assumer mais aussi aux coûts qui vont être encourus par la suite que ce soit sur le client ou même globalement par la communauté. Diapositive 6/7 (numérotée 32) - Synthèse - (12 mn 37 s - 13 mn 31 s) Une synthèse pour terminer ce chapitre maintenant.
Donc, nous avons parlé de l'organisation d'un projet, c'était le thème. Je vous ai tout d'abord présenté le développement en cascade avec ses inconvénients. Je vous ai ensuite montré une alternative qui est l'ingénierie simultanée, qui consiste en fait à paralléliser autant que possible des phases du projet, et puis à réfléchir en amont.
Nous avons vu ensuite la notion de coût : donc je vous ai présenté les coûts de développement, de production en série, d'utilisation et d'après-vente pour finalement arriver à la notion de coût global. Et donc, c'est ce coût global que l'on cherche à optimiser. Quelques questions maintenant pour terminer cette partie de la formation : Alors, dans vos activités, est-ce que vous pouvez dessiner les étapes d'un projet ?
Alors, des projets vous en avez beaucoup hein ? vous faites donc des projets personnels, Vous pouvez même imaginer les projets qui ont le projet qui a conduit à fabriquer un objet dont vous vous servez : un ordinateur par exemple. Et imaginez quelles sont ces étapes, soit en les ordonnant en mode séquentiel, soit en essayant de passer en ingénierie simultanée.
La question c'est de savoir quelles sont les tâches que l'on peut paralléliser, c’est-à-dire faire en même temps, et quelles sont celles qui doivent forcément se succéder les unes aux autres en mode séquentiel. Qu’est-ce que vous en déduisez ? Est-ce qu'on peut gagner du temps ?
Et si oui, comment ? Deuxième sujet de réflexion par rapport aux coûts du projet : à votre avis, qui les a supportés ? Et sous quelle forme ?
Donc entre le fabricant, le client, l'utilisateur et puis finalement ce qui se passe à la fin c’est-à-dire les coûts d'extinction et de recyclage. Ce chapitre est maintenant terminé : donc je vous propose de passer au quiz pour vérifier que vous avez bien assimilé ce que je vous ai présenté. Alors, pour continuer, eh bien je vous propose de me suivre dans le quatrième chapitre où je vous proposerai de regarder avec moi des cas concrets.
Notamment dans le bâtiment / travaux publics et l'automobile, et nous verrons comment se répartissent les responsabilités entre les acteurs.